WHITINGHAM, LE PRÉTENDU BEAU-FRÈRE DE CALVIN
l'article ne cite pas Willis, la source dite originale, mais seulement Hutchinson, Dnrbam, II, p. 151, qui s'appuie sur Willis.
Arrivons donc à « Willis, I, p. 2/;. » Aucun des auteurs qui invoquent son témoignage n'nidique le titre de son ouvrage. C'est curieu.\; il faut donc chercher.
Il y a, d'abord, de Browne Willis un ouvrage intitulé : History of ahbies (171S-1719). Mais dans le premier volume de cet ouvrage, ni à la page 253, ni dans tout le chapitre sur Durham, ni à l'index, il n'y a rien sur Whitingham. Celui-ci n'est pas même nommé. Toutefois, à la page 253, il est dit: « Pour la description de cette cathédrale, ayant donné un long récit' à ce sujet, dans ma Notitia parliamenlarin, Vol. II, déjà cité, j'extrairai ici.... » Willis [History of abhics] I, p. 253, ne contient pas le texte indiqué, et tout au plus renvoie à Willis [Notitia parliamentaria], II. — C'est de plus en plus curieux.
Or il y a en effet un ouvrage de Browne Willis, intitulé Notitia parlicimentaria : or, an Hislory of tbe coiinlies, cities, and boroiighs in England ami IVales ; j-ji;-iyso. Ht dans le second volume de cet ouvrage, il y a deux chapitres sur Durham (II, p. 509-535); mais ni dans l'un ni dans l'autre chapitre Whitingham n'est seulement nonmié '.
Il est vrai que, dans sa description et dans l'énumération des tombes dont il parle, Br. Willis s'en réfère spécialement à un petit volume anonyme et intitulé : « Tbe ancicnt rites, and monimients of tbe monastical, and catbedral cbttrcb of Dnrbam, collected ont of ancient manuscripts, about the time of the suppression, published by J. D. [Davies] of Kidwelly, 1672. »
Ce livre fournit une description minutieuse de tout ce qui se trouvait en fait de chapelles, d'ornements, de monuments, de mausolées dans l'église de Durham, jusqu'aux « visitations, » qui en amenèrent la destruction plus ou moins complète sous Henri VIII et sous Edouard VI. Il est question de Whitingham ; mais seulement pour signaler le zèle d'iconoclaste qu'il aurait exercé sur ce qui existait encore des anciens restes du sanctuaire catholique -. Il est même question de la femme de Whitingham. Mais voici en quels termes : « Mrs. Whitingham, après la mort de son mari, enleva de la cuisine du doyen le dernier bénitier et le porta dans sa maison au North-Baiiy, vis-à-vis du verger du doyen, à l'extrémité Est de l'Eglise, et le plaça dans sa cuisine. Elle transporta aussi diverses pierres tombales qui recouvraient des prieurs et des moines, lorsqu'elle bâtit sa maison au Baily avec des pierres. Pour ce fait elle fut l'objet d'une plainte et efle laissa hors de la porte les pierre? qui d'abord avaient été placées dans l'intérieur de sa maison '. »
En conséquence, la seule référence invoquée par Mac Crie, par Christopher Anderson (i" édition), par William Hutchinson, et par tous les auteurs que nous avons pu consulter, est à la fois incomplète et inexacte. Tous citent WilHs, I, p. 253, sans indiquer de quel ouvrage de Willis il s'agit. Et aucun des deux ouvrages de Willis ne contient l'inscription donnée par Hutchinson. Nous ne contestons pas l'authenticité de cette inscription; nous nous bornons à noter la bizarrerie de la référence sous l'autorité de laquelle elle se présente, et nous regrettons de n'avoir pu vérifier ni l'origine, ni la date du seul texte invoqué.
lui tout cas, dans aucun des anciens documents, dans aucune des deux sources les plus anciennes, ni dans la Notice, ni dans les Ancient rites, il n'y a aucune allusion à la prétendue parenté de Whitingham avec Calvin.
Et, au contraire, nous pouvons invoquer une autorité considérable, celle de A. Wood, dans ses Atbeucc oxonicnses. (Nous citons la troisième édition, celle de Bliss, 1813, I, p. 4.J7 ; mais la première édition est de 1691-1692, et elle contient la même déclaration, I, col. 152. A. Wood était
L II est vrai qu'il y a d'autres ouvrages encore de Br. Willis; par exemple A survty of Ihc cathedrals conlaining an histury of their foundations, dates of consécration, admission of the bishops, deans, etc. Londres, 174a, 3 vol. — Nous n'avons pas eu occasion de le consulter. — i. The ancien! rites, p. 49, 67, 101, 119. — 3. Ibiil., p loa, 103.
JEAN CALVIN m 85
APPENDICE V
né à Oxford, le 17 décembre 1632.) « Whitingham passa quelque temps parmi les étudiants de Paris, mais il séjourna surtout à l'Université d'Orléans. A peu près pendant ce temps-là (alwnt that tinte), si je ne me trompe (if i mislake not), il prit pour femme, Catherine, la fille de Lewis Jacqueine, par sa femme l'héritier de Gouteron, seigneur de Ingrue et Turvyle, près de la dite cité d'Orléans. »
Or, nous savons avec quel soin A. Wood avait étudié la vie de Whitingham. C'est dans ses papiers qu'on a trouvé, manuscrite, la notice publiée par Lorimer '. Il s'est aussi servi de l'ouvrage anonyme : The ancieut Rites, et lui a emprunté quelques renseignements plutôt défavorables à Whitingham -. Et c'est Wood, si bien informé, qui le déclare : Whitingham a été le mari non pas de Catherine Calvin, mais de Catherine,... Jacquemin d'Orléans. — Notons que le vrai nom de l'époque est bien Jacquemin. Si le Livre des Anglais écrit Jacquetnayne, c'est à cause de la prononciation anglaise. Dans l'ouvrage de Wood, le nom est devenu Jacqueine, dans celui d'Andcrson, Jacqiiierrc, dans le Dictionary, Jacqueman ■•.
4. A. Wood avait raison, sinon sur la question de date et de lieu, mais sur la question de personne; car enfin nous arrivons à un document contemporain et authentique, le contrat de mariage de Whitingham avec Catherine Jacquemin.
Aux Archives de Genève, dans les minutes de Jean Ragueau, le notaire bien connu du seizième siècle, au volume des actes de 1556 à 1558, et, à la page 80, se trouve cet acte décisif:
Contrat de mariage du 31 octobre 1556, entre «honorable Guillaume Whitingham, fils de défuncts Guillaume Whitingham et Helaine Wilkinson, ses père et mère, natif de la ville de Chestre on (sic) pays d'Angleterre, à présent habitant à Genève, d'une part, et honeste Catherine, fille de défuncts honorable Loys Jacquemyn et Jeanne Goictron, ses père et mère, natifve d'Orléans, on pays de France, aussy pour le présent habitant à Genève, d'aultre part. » Ce contrat est passé dans la maison d'habitation de Michel Jacquemyn et de François Bernier, frère et beau-frère de la fiancée. Celle-ci se constitue en dot la somme de 800 livres tournois, représentant sa part [du tiers] dans « la vente d'ung héritage situé à Tourville, paroisse de Sebouville, en Beaulce, pays de France. » D'autre part, son futur époux lui assigne un douaire de 400 livres tournois, réduit à 200 « au cas qu'il y aura enfans du dit mariage. » — Parmi les témoins du contrat de mariage se trouvent Germain Colladon, docteur en droit, et Conrad Bade, imprimeur.
Dans ce contrat de mariage, il y a lieu de noter le nom de la mère de Whitingham, Hélène Wilkinson, nom qui ne semble pas encore avoir été remarqué. Le Dictionary ne le connaît pas, et dit que la mère de Whitingham était fille de « Haughton of Haughton (Hoghton) Tower, Lancashire. » — Le contrat de mariage du 31 octobre 1556 ne dit pas où était située l'habitation de Michel Jacquemyn et de François Bernier. Mais la quittance dotale du 27 octobre 1557 est aussi signée dans la maison d'habitation de François Bernier, et cette fois-ci il est spécifié que cette maison est « située près la place de Nostrc-Dame la Neufve, près Sainct-Pierre, » c'est-àdire à la Taconnerie*. — En 1560, au moment de la mort de leur fille Suzanne, les Whitingham demeuraient « en la Tour de Boys ^. »
Le mariage fut célébré le 1 5 novembre «. — On comprend qu'ayant sous les yeux le texte de ce
I. Lc.rimcr, p. 304. - S. IbiJ., p. 317, n. - .t. Observation de M. Th. Dufour. - 4. Voir plus haut, p. 345,
cl n. 3. :; Ken^iLigneinent lourni par M. Th. Dufour (Livre des Anglais, p. 130, et Registres des décès, vol. III,
''■ ''^ yliifflms. p. 105. - Le fils ainO de Whitingham, Zacharie, fut baptisé le l^ août 1557; sa fille ainée,
. t.- le 1 1 décembre 1558. Jbid., p. 73, 74. - Tous les deux moururent jeunes : Suzanne fut inhumée le
'/■ f- ''■^'^> '-' ^'■^T''^'''" </« d.-cis. vol. m, p. 82). - Whitingham laissa après lui deu.x fils, Timothée et
WHITINGHAM, LE PRÉTENDU BEAU-FRÈRE DE CALVIN ÔjS
contrat, l'arcliiviste Th. Heyer, dans la notice qu'il a consacrée à Whitingliam, n'ait pas munie fait allusion à son fameux mariage avec Cathcfine Calvin.
Et le mystère s'éclaircit.
Whitingham a bien lipousc Catherine. Mais cette Catherine, qui habitait Genève, était d'Orléans. Et la tradition, induite en erreur par ces deux domiciles, a dédoublé la personne : il y a eu deux Catherine, une d'Orléans, une de Genève. Puis, pour figurer une des deux, la tradition a inventé une Catherine Calvin. Et puis... la tradition s'est embrouillée inextricablement'.
I. Je ne cite plus ici que ce qu'a écrit le D' Mitchell dans son Livre des Anglais, p. 6 : « Il est dit que, en 1550, il épousa la sœur de Calvin ; mais, s'il en est ainsi, cette union doit avoir été très courte. Whitingham n'est pas marié quand il vient à Genève, et, comme il l'est rappelé subséquemment (p. 14), il épousa là Catherine Jacquemaync, d'Orléans, fille de Louis Jacquemayne, héritier de Gouteron, seigneur de Ingrue et Turvyle. » — Le D' Mitchell a été un des savants écossais les plus exacts et qui, au siècle passé, ont le mieux étudié l'histoire des origines de la Réforme. Au moment où je voulus aller le voir à Saint-Andrew, pour l'interroger sur Whitingham, il était au lit, presque mourant. Il voulut cependant me recevoir pendant un quart d'heure pour me redire, au moins, ce qu'il me disait déjà dans une des dernières lettres qu'il ait écrites d" octobre 1898) : avec quel plaisir il aurait aidé le biographe « d'un homme qu'il vénérait autant que Jean CaKin {one whom I voterate so mitch us John Calvin). »
Appendice N" VI- LA FllÉTENDUE SŒUR DE CALVIN
le n';ii pas donné, dans le précédent appendice, contre le mariage de Whitingham avec la sœur de Calvin, l'argument le plus sérieux — et qui aurait pu me dispenser de tous les autres — c'est que cette sœur, nommée Catherine, n'existait pas. Donc Whitingham ne l'a pas épousée.
Mais à ce propos, je tenais à reviser et à corriger les indications fournies, dans mon premier volume, sur la famille de Calvin.
J'ai raconté ' que, si on ne tient pas compte d'un enfant de Gérard Cauvin et de Jeanne le Eranc mort ea bas âge-, Calvin avait eu deux frères, Charles et Antoine, et deux sœurs, Marie et une autre, dont on ignore le nom. — J'ai raconté de plus que, d'après le chanoine Le Vasseur, Gérard Cauvin perdit sa première femme, et en épousa une seconde, une veuve, qui ne lui donna aucun enfant.
Et, ce disant, j'ai dit ce que répètent tous les historiens. Mais, aujourd'hui, obligé d'étudier de plus près la question, à propos du mariage de Whitingham, j'ai des doutes sur la parf;iitc exactitude de ces renseignements traditionnels.
Je constate que personne n'a jamais fait mention d'une sœur appelée Catherine. On a parlé d'un frère mort en bas âge, mais d'une Catherine, jamais un mot.
Le chanoine Le Vasseur : « Ce Gérard eut deux femmes.... D'icelle [Jeanne lé Eranc] il eust six enfans, quatre fils et deux filles, Charles, Jean, Antoine, le nom du quatriesme n'est sçeu, d'autant qu'il décéda fort jeune.... Après le décès de Jeanne le Eranc, Gérard convola en secondes nopces et prit une vefve qui ne luy donna aucun enfant •'. » — En tout six enfants, dont quatre fils.
Papirc Masson : « Gérard eut d'elle [Jeanne le Eranc] six enfants (^sex susccpit liberos), Charles, Jean et Antoine. Les noms des autres sont à peine connus des habitants de la ville (ne tiiitiiicipihus qttidem ipsis nota fere siint) *.
Drclincourt cite une « Information » qu'un membre des Etats généraux de Hollande, Corneille van Jcr Mylc, reçut d'un notaire de Noyon, lors de son voyage dans cette ville. Mais « cette information avoit été faite de Calvin, il y avoit longtems. » — Cependant, l'auteur de l'Information ne
I. Jr.m ( .i.'rhi, I, p aa et n. a, 3; p. 46, n. 3. — i. Appelé François. — .'(. Aiiiialeri de l'igUse de Noyon, rtc, P- "■' '' ' i'- [•'"'' '•'■■■ ■■nis clogiorum pars sccunda. 1638.