Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps
Ce volume était complètement rédigé, et presque complètement imprimé avant la guerre. Ainsi les événements actuels n'ont pu en modifier ni le fond, ni la forme.
Il n'en est pas moins vrai que ces événements ont créé autour de ce volume ce que j'appellerai une atmosphère de singulière actualité. A aucune époque sa publication ne pouvait être plus opportune.
Aujourd'hui, il y a une crise de VEglise catholique. Je laisse de côté le dogme. Mais le « catholicisme », c'est-à-dire l'universalisme de la papauté, a sombré dans sa neutralité. Des Etats peuvent être neutres, c'est-à-dire peuvent avoir envie de sauvegarder par la neutralité politique (qui n'implique chez aucun de leurs citoyens la neutralité morale) leurs intérêts matériels. Mais une Eglise chrétienne ne peut pas être neutre. En renonçant à dire le Droit et le Devoir, elle renonce à sa raison d'être. Du moment que sur les questions de Droit et de Devoir les fidèles d'une Eglise sont divisés, et ont le droit d'être divisés, ils ne font pas partie de la même Eglise.
Il y a une grande crise du Luthéranisme . — Je n'ai pas modifié, au cours des événements actuels, mes idées sur Luther. Je l'avais jugé sur ses paroles et sur ses actes. Et comme, depuis Luther n'a rien dit, et rien fait, je n'ai aucune raison pour modifier ce jugement. — ■ Quelques mois avant la guerre, j'avais remis à mon éditeur le manuscrit d'un volume intitulé : Les grandts caloinuies contre Luther (faisant suite à mon volume : Les grandes calomnies contre Calvin). Si ce volume est publié, il le sera sans modification. J'aurais honte de moi-même comme historien, si je me laissais influencer, pour juger un homme, par des événements déroulés trois ou quatre cents ans... après sa mort. — Mais Luther n'est pas tout le Luthéranisme, et nous avons assisté à une crise du Luthéranisme actuel en Allemagne. Or mon étude montre précisément que, si Luther n'est pas responsable de cette crise, du moins il n'avait pas su prendre les précautions nécessaires pour la prévenir. Autant son génie religieux reste magnifique, autant ses capacités ecclésiastiques et politiques apparaissent ce qu'elles étaient, insuffisantes. Ce n'est point une révélation, c'est une confirmation. En n'organisant ni une Eglise ni un Etat selon son idéal, Luther a laissé la place vide et libre pour les organisations ultérieures, et ses successeurs en ont profité pour élever des édifices, que sans doute Luther, retrouvant son impétueuse génialité des premiers jours, balayerait du vent de sa colère.
Entre le néo-catholicisme et le néo-luthéranisme je ne conteste pas que les Eglises dites réformées ne soient, elles aussi, — surtout en France peut-être, — en pleine crise, et cette crise intérieure est fort grave. Mais ces Eglises ont un avantage immense. Aujourd'hui, le Calvinisme historique brille d'une jeunesse et d'une force, qui émerveillent la pensée d'un nombre croissant