‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 3)Chapitre 22 sur 176 · I. Conuucntaire. Galates l'V · texte numérisé non relu

I. Conuucntaire. Galates l'V

que les chiens viennent à dire : « Voilà un bel Evangile ? » Si les papistes avoyent gaigné sur nous, comment viendroyent ilz à blasphémer ceste saincte ParoUe? C'est la doctrine de vérité, digne d'admiration entre les anges : elle seroit estimée doctrine de chien...! Nostre Dieu est au ciel ; il fait tout ce qu'il luy plait. II est dit notamment nostre Dieu. S'il y avoit un Dieu au ciel, auquel nous n'eussions point d'accointance, que nous serviroit cela ? Pourtant est-il dit : Nostre Dieu. Cela est réciproque : est-il nostre Dieu, il nous advoue pour ses enfans. // est au ciel... c'est à dire qu'il gouverne tout.... Le soleil, la lune et les estoilles sont bien hautes, mais Dieu est par dessus. Si un prince terrien est eslevé en son throne, trois ou quatre degrez par dessus ses subjectz, il est bien hault, mais nostre Dieu ; au ciel ! au ciel ! Il a domination sur tout le monde. Il tient toutes créatures en bride pour les assubjettir à sa volunté, et cependant il est non seulement nostre Dieu, et Sauveur, mais il n'est point le Dieu de ceux qui nous persécutent....

« // fait tout ce qu'il vent. Quand les meschans auront blasphémé, que cela seroit pour nous faire perdre courage, venons à ce poinct: Nostre Dieu fait ce qu'il veut. Rien ne le destournera qu'il ne nous ayde ; le diable pourra nous suggérer beaucoup de fantasies ; mais, par cette cogitation : Dieu fait ce qu'il veut., nous pourrons repoulser ses assaux.... Nous savons qu'il nous veut ayder 1 II Fa dit. Il n'est point trompeur. Fait il ce qu'il veut ? Il veut nous assister ; il ne nous veut point abandonner en la nécessité. Il le fera donc. Voila la conclusion qu'il faut faire !...

» Ce pendant si faut il commencer par humilité. Vueilles oublier noz fautes. Regarde à l'honneur de ton nom, Seigneur ! S'ilz viennent à bout de leur entreprise, voilà comme à bride avallée ton nom sera blasphémé. O Seigneur, que tu y mette ordre, que tu y mette remède....!

» Nous devrions bien avoir un autre zèle. Nous ne sçavons que c'est de Tunion que nostre Seigneur a voulu estre entre ses membres. Sommes-nous de son Eglise ? Il faut avoir une conjonction spirituelle avec tous fidèles. Comme il n'y a qu'un seul Dieu, un seul rédempteur, une seule doctrine véritable, une seule foy, un baptême, aussi nous faut il tous estre un corps. Il faut donc que nous ayons une conjonction les uns avec les autres. Si un membre souffre, nous en devons tous avoir compassion. Or maintenant nous voyons qu'il n'est point question-d'un membre : toute l'Eglise est en dispersion; icy une poignée, là une autre. Nous avons tous un mesme Evangile, nous sommes environnez d'ennemis. Devons-nous nous séparer ? devons-nous dire : ceux-là sont loing de nous ? nenny. Hz sont de l'Eglise, et nous sommes ses membres. Puisque nous avons un mesme Père au ciel, que nous ayons une fraternité tous ensemble, voire qui soit plus que fraternelle....

» Les iniques, les infidèles se confieront en leurs chariots et chevaux, en leurs lances et espées ; mais nous espérons au nom du Seigneur nostre Dieu, combien que les fidèles puissent user de glaive, quand cela se fera par ordonnance publique, comme quand Dieu aura donné quelque prince chrestien. Nous aurons les

PASTEURS ET DOCTEURS

munitions, les moyens, la prudence ; mais où sera nostre glaive, nostre confiance ? en rinvocation du nom de Dieu. Que cela soit tousjours vérifié, que Dieu combatte pour nous, et que nous nous reposions, comme dit Moyse du peuple I Comment se fait cela ? Le peuple batailloit : cependant, il ne se reposoit point donc. Cela s'entend que le peuple ne se confioit point en sa vertu; ainsi nous nous reposerons (combien que nous soyons au guet), quand nous attribuerons tout à la main de Dieu

»Ce Psaume présent, c'est comme si Dieu venoit là se présenter, nous disant: « Vous voyez mon Eglise, ceux qui sont en affliction, ce sont voz frères, ce sont voz membres. Je n'ay qu'une Eglise; quand on l'outrage, c'est ma cause. Il est question de l'honneur de mon nom. Item, la chose pourra venir jusqu'à vous. Le lieu des autres n'est pas plus exposé au dangier que le vostre. Que vous ne dormiez donc point ! Quand vous voyez le feu enflambé, quand vous voyez que Satan a esmeu ses suppotz, pensez à m'invoquer !... Il ne faut point que ce soit comme une rhétorique froide.... Ne disons point Donne gloire à ton nom et ce, pendant que nous n'ayons point ceste affection.... Non ! Que nous ayons un vrai zèle ; que nous estimions cela plus que nostre vie, je dy mesme que le salut de nez âmes ; que nous perrissions plustost que ton nom soit diminué en rien que soit.... Que nous prisions plus ton nom que toutes choses. Il est vray que nous sommes hommes. Nous ne devons point estre sans humanité. Pour ceste cause nous te requérons qu'il te plaise avoir pitié de noz povres frères. Mais sur tout que nous ayons esgard à l'honneur de ton nom....' »

Ainsi pensa et parla, tel fut Calvin, pasteur et docteur.

' Opcra XXXII, p. 457-464.

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