TROISIEME PARTIE A Genève
SSISTONS maintenant à la fondation du Consistoire genevois.
Au début de la Réformation, l'Etat de Genève, comme les autres Etats protestants en Allemagne et en Suisse, avait accaparé le pouvoir spirituel, et ce qui florissait, c'était la césaropapie. Sur ce fait il ne peut y avoir, il n'y a aucun doute : c'est le point de départ '.
Le premier essai de résistance, « les premiers symptômes d'une divergence de vue^, » datent de Calvin, dès son arrivée: « Lui seul avait des convictions assez enracinées, était doué d'un caractère assez énergiquement trempé, pour ne pas reculer devant l'entreprise audacieuse de lutter, lui, étranger et sans appui, contre les autorités établies par le suffrage populaire et armées des pouvoirs les plus étendus ^ »
La lutte ! Une lutte aux péripéties quelquefois dramatiques, qui se concentre sur ce point : l'excommunication, c'est-à-dire la discipline, c'est-à-dire l'autonomie du Consistoire, c'est-à-dire l'indépendance de l'Eglise; une lutte avec trois dates principales: i537, les Articles; 1541, les premières Ordonnances; i56i, les Ordonnances définitives.
Les Articles du 16 janvier i337 disent:
« Nostre Seigneur a mis en son église la correction et discipline d'excommunication par la quelle il az vouUu que ceux qui seroyent de vie déordonnée et
1. < On peut considérer comme le point de départ de l'ingérence de l'autorité civile dans les affaires de l'Eglise la décision rendue le 30 juin 1532, qui enjoignait au clergé de prêcher l'Evangile sans mélange d'inventions humaines. > (A. Roget, L'Eglise et F Etat à Genève, du vivant de Calvin, 1867, p. 8, n. i. — Jean Calvin, II, p. 112.) « Aussi peut-on dire hardiment que Genève navigua pendant quelques années en pleine césaropapie. » (A. Roget, Ibid., p. lo.) — 2. Ibid., p. 12, 13.
3. « Calvin dut subir à Genève, surtout au début, beaucoup plus de choses qu'il n'en imposa; son activité dans noire ville fut essentiellement une lutte. > A. Roget, Ibid., p. 7. « Calvin n'aura pas de repos jusqu'à ce qu'il ait obtenu pour l'Eglise le droit d'excommunication, et cette question sera pendant vingt ans une source de discussions et de conflits toujours renouvelés, parce qu'au fond elle implique la question de la suprématie... en matière spirituelle. C'est là ce qu'il répugne au pouvoir civil de concéder et en fait jamais il n'y consentira franchement.» Choisy, La théocratie à Genève du temps de Calvin, p. 30, 31.
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indigne d'ung crestien, et qui mespriseroyent, après avoyr este admonestez, de venir à amandenient et se réduire à la droicte voye fussent dèjectez du corps de Tesglise et, quasi comme membres pourriz, couppès jusqu'à ce qu'ils revinssent à résipiscence, recognoyssant leur faulte et paoureté. » — Cette discipline a été corrompue par les « pseudo-évesques », qui Tont « ravy à l'assemblée des fidèles, et tiré à eux. » Il serait expédient « quelle futz remise sus en Tesglise, et exercée selon la reigle que nous en avons en l'escripture. « En conséquence les Articles demandent au Conseil : « que vostre playsir soyt ordonner d'eslire certaynes personnes de bonne vie et de bon tesmoignage entre tous les fidèles, ...les quelz estans départis et distribués en tous les quartiers de la ville, ayant Toil sus la vie et gouvernement d'un chascun et s'il voyent quelque notable vice à reprendre en quelque personne, qu'ils en communiquent avecq quelcung des ministres pour admonester quicunque sera celluy lequel sera en faulte et l'exorter fraternellement de se corriger '. »
Telle est l'origine, le germe du Consistoire calviniste, réunion de pasteurs, et d'anciens, c'est-à-dire de laïques pris « entre tous les fidèles. »
La césaropapie proteste. Le 25 octobre iSJiy, le Conseil, en un style peu clair, enjoint aux prédicateurs une grande modération, et se réserve le droit de s'enquérir des suspects ■-. — Le 4 janvier lySS, la résolution est péremptoire : « Est arresté que l'on ne reffuse la sène à personne ^ » Quelques semaines après, Calvin, écrivant à Bullinger, parle de sa « très malheureuse condition, )j des « efforts des méchants » et avoue sa défaite : « A mon avis nous n'aurons pas une Eglise durable (diiiturnam)^ tant que la vieille, c'est-à-dire l'apostolique discipline ne sera entièrement restaurée.... Nous n'avons pas encore pu obtenir [extorquere : l'effort a été grand, mais vain) que le piir^ le saint exercice (observatio) de l'excommunication fut remis en usage''. » — Trois mois après, Calvin et Farel, prenant le bâton de l'exil, sortirent de Genève. La césaropapie triomphait. Les successeurs pusillanimes des Réformateurs déclarèrent, le 3 décembre, qu'ils administreraient la Cène « selon l'ordonnance qu'il plairaz az Messieurs de fère ^ » — Pour plus de servilité ils enlevèrent de la liturgie les formules qui avaient pu gêner les communiants indignes ''. — Pendant ce temps, Calvin battait en retraite ; mais, défendant pied à pied ses principes, au Synode de Zurich (fin avril i538) il présentait des articles de paix (ad pacem reslituendam). L'article VI concernait l'affermissement de la discipline. Lui et Farel ajoutaient :