Kuyper, p. 63. — 2. Jbid., p. 55. — -l- Md-, p
Parmi les institutions que Laski organise, il faut faire une place à part à ce qull appelle la prophétie [ratio prophetiœ). C'est une assemblée, dans laquelle peuvent être discutées et expliquées, par une comparaison mutuelle des passages de TEcriture, toutes les choses (omnia) qui, dans les sermons de la semaine précédente, ont été exposées ou mal (non recte), ou pas assez clairement, ou qui ont laissé dans l'esprit des auditeurs quelque hésitation (dubitaiinnem). Car « il ne saurait y avoir de danger plus grand pour une Eglise que les dissentiments de doctrine [doctrinœ dissidia) ». — Cette « prophétie » n'est autre chose que la « congrégation » instituée à Genève par Calvin, chaque vendredi, et où eurent lieu les discussions, dont quelques-unes sont restées célèbres. — Naturellement Laski se préoccupe de l'ordre à faire régner dans ces « prophéties ». Donc parmi les membres du Consistoire, et même parmi les autres membres de l'Eglise, quelques personnes, graves et modestes, sont désignées, qui ont seules le pouvoir de parler à leur tour dans les « prophéties ». — Et la liberté de l'Eglise ? « Chaque membre a la liberté [omnes qui sunt ex ecclesia) d'exposer à l'une des personnes désignées tous ses doutes et objections soit de vive voix, soit par écrit. » Et les personnes désignées exposent le tout dans la prophétie. — Laski estime que cette « prophétie » est propre à « confirmer la doctrine » et à réveiller les ministres de la Parole de leur torpeur et oisiveté [torpor et otium), en les forçant à étudier les questions '.
Le gros volume de Laski contient encore de nombreux chapitres, des liturgies, le tout aussi clair, aussi pieux, aussi détaillé, aussi minutieux.
A la suite des persécutions de Marie la Sanglante, les réfugiés de Londres se réfugièrent de nouveau sur le continent, plusieurs en Frise, et pour se constituer adoptèrent le système presbytérien synodal"-.
C'est au Couvent de Wesel, i568, et puis au Synode d'Emden, iSyi, que les principes posés par Calvin, propagés par Laski, furent appliqués. Et plus tard, en 1610, se réunit un synode général des Eglises réformées rhénanes, wesphaliennes^ — Les luthériens mécontents composèrent le célèbre distique : « Genève, Wesel et la Rochelle, sont du Diable l'enfer second'. »
Avant le Couvent de Wesel, il y avait eu une correspondance entre l'Eglise de Wesel et Calvin".
Au Couvent, 3 novembre i568, vingt communautés néerlandaises, se trouvaient représentées par 46 pasteurs et anciens. Le président était le célèbre pasteur hollandais Pierre Dathen. A côté de lui se trouvaient Marnix de Sainte- Aldegonde et autres calvinistes importants. « Pour que dans toutes les Eglises néerlandaises (belgici), il y ait consentement [consimilis ratio), dans les choses
1. Kuyper, p. 102, 103. — 2. L'Eglise réformée n'a pas été d'abord fondée et propagée par des indigènes, par des théologiens indigènes, mais par des étrangers, c'est-à-dire par les réfugiés des Pays-Bas (wallon et allemand,jdes communautés françaises et anglaises de Londres), Gœbel, I, p. 396. — 3. Gœbel, p. 96. — 4. Ibid., p. 40. — 5. Calvin aux français retirés à Wesel, 13 mars 1554. Opéra XX, p. 419; — Les ministres de Genève sux frères de Wesel, 13 mars 1554. Ibid., XV, p. 78 ; — Calvinus Vesaliensibus, Ibid. XVI, p. 286; — Calvin à l'Eglise de Wesel, i'''' janv. 1563, Ibid., XVIII, p. 619.
LE CONSISTOIRE
de la doctrine et de la discipline, il a paru bon de proposer les articles suivants, après avoir pris l'avis des Eglises les mieux réformées'. »
Les circonstances dans lesquelles le Convent se réunissait étaient assez semblables à celles dans lesquelles s'était réuni le Synode de Paris de i55g. De plus les protestants n'étaient pas d'accord entre eux. Les luthériens s'organisaient à leur manière. Laski, l'ami respecté de Dathen et de Marnix, tout en établissant les anciens, selon le mode calviniste, avait prôné la charge des superintendants. A Zurich, dans le Palatinat, les Eglises d'Etat s'étaient constituées. Le Convent se rapprocha décidément du système calviniste de Genève, laissant seulement de côté tout ce qui était politique, et ajoutant logiquement les diverses assemblées synodales -.
Les propositions du Convent furent acceptées définitivement au Synode d'Emden. Et il y eut une province allemande des Eglises néerlandaises, province soumise au Synode général néerlandais '\
Le Convent avait défini comme suit la charge des anciens (dont un avait été affecté à chaque quartier) : « Chacun doit veiller avec soin sur la partie de la communauté qui lui est assignée; il doit visiter les membres qui lui sont confiés, au moins une fois par semaine, et, de plus, toutes les fois que la coutume de chaque communauté le comporte, en particulier aux époques de la célébration de la Cène ; il doit s'informer soigneusement de leur vie, de la pureté de leur conduite, de leurs exercices dans la piété; il doit avertir avec douceur et cependant avec fermeté, et selon les circonstances, il doit consoler ou punir ceux qui ont besoin de consolation ou de punition^ »
Le Convent — synode calviniste, très calviniste, mais d'une Eglise sous la croix ; il ne faut oublier ni l'un ni l'autre — a quelque défiance visà-vis de l'art et de la « vie de société ». A propos de la représentation des pièces religieuses, il pense comme le Synode national de Dordrecht, en 1578: il est opposé à ce qu'un ministre de la Parole, avec quelques-uns de ses auditeurs, joue publiquement à la paume devant la nef. Ce n'est pas vu avec horreur (jvird nicht perhorresiirt), mais le rappel de i Cor. X, 23, montre ce que l'on désire. Peut-on aller au tir le dimanche ? Sans doute le tir est une chose indifférente (mittelmàssig Ding) : mais c'est une occasion, pour beaucoup, d'actions frivoles, et le sabbat « en est profané.... » Notre auteur ajoute : « Que l'on n'oublie pas cependant, pour juger justement, les violents excès, auxquels les distractions de cette époque donnaient lieu. Peut-on lever les épaules en face d'une conception et d'une règle de la vie, qui reconnaît en principe ces choses indifférentes, et qui, dans le détail, se prononce en général pour l'abstinence, et imprime à toute la vie un caractère de critique sans merci ? Cela fait partie de cette fermeté sans laquelle, sur le Rhin, une Eglise évangélique n'aurait jamais pu se maintenir ^ «
1. Rieker, p. 6, n. 2. Werken der Marnix-Vereinigung, II, 3, P- 9' — -• Wolters, p. 324. — 3- laid., 328. — 4. Ed. Simons, Niederrheinisches Synodal- und Gemeindeleben « wtier dent Kretis », 1897, p. 18. — •5. Ed. Simons, Ibid., p. 21.
23o LA PENSÉE ECCLÉSIASTIQUE
Au surplus, cette austérité n'a aucun rapport avec le monachisme et la fuite du monde. Le Convent est aussi social qu'austère. Il blâme le désir du gain, contre toute charité, chez les marchands ; il blâme l'accaparement des grains ; il défend les petites gens contre les maîtres durs, a Ainsi le Synode, en langage moderne, n'est pas loin du christianisme social; en tout cas il n'est pas d'avis, que l'Eglise doive éviter anxieusement toute influence directe sur la vie sociale et économique '. »
Du reste que l'on juge l'arbre à ses fruits. — L'heure de la persécution a sonné. Le Consistoire sauve l'Eglise, le Protestantisme.
« Que le protestantisme, sans l'appui d'un fort pouvoir civil, n'ait pas succombé à la pression de la contre-réformation, comme dans beaucoup d'autres régions, il le doit à la constitution presbytérienne-synodale. C'est avec raison que "Werner Teschenmacher donne à un chapitre de ses Annales inédites ce titre : « Conservation (Erhaltiaig) des Eglises évangéliques dans la principauté de Juliers et de Berg par les réunions de classes et de synodes [in den conventibus classicis et synndalibiis-). » — Et Lang décrit et e.xplique : Le Consistoire sauve l'Eglise parce qu'il sauve la morale, la piété, la religion pratique et pratiquée. En 1614, Wesel est pris par les Espagnols : « Toute espèce de gens aux mœurs relâchées arrivent ; l'immoralité augmente ; les mauvais esprits se réveillent; le service religieux est effrontément troublé. Mais dans le presbytère il y a une force organisée pour la résistance. Il exerce avec plus de sévérité sa discipline ecclésiastique, la discipline des mœurs; il cite les suspects devant son tribunal ; avec une extrême attention, il découvre toutes les transgressions et en même temps, dans l'épidémie qui sévit, il donne un modèle de chanté chrétienne, et rattache comme de force tout le monde à une religion qui porte de pareils fruits. Des consolateurs sont envoyés, à domicile, aux malades ; en peu de semaine ils succombent; d'autres sont choisis, (et plusieurs fois de suite,) qui avec un égal dévouement portent les mêmes consolations^. »
Pour se maintenir, les « Eglises sous la Croix » eurent tout particulièrement recours à la discipline calviniste, qu'elles appliquèrent avec sévérité et avec enthousiasme, n Chez tous les membres de la communauté, avant la célébration de la cène, les Anciens avec les pasteurs faisaient la ronde, exhortant les fidèles à une sérieuse préparation ; et après, on se renseignait pour savoir qui s'était abstenu de la communion. La même chose était faite pour ceux qui ne venaient pas écouter la Parole de Dieu ; on leur demandait leurs motifs, on les pressait amicalement de rejeter toute crainte''. » Cet exercice de la discipline n'était pas sans excès, sans inconvénient. « Malgré tout, écrit cependant l'historien de ces communautés, les influences heureuses l'emportent de beaucoup, et même, quant à ce qui concerne l'étroitesse, que cette rigueur, que cette rudesse même ont imprimée à ces communautés, — quant à leur répulsion pour tout ce qui était papiste ou mondain, — on peut se demander si, sans une pareille énergie, un peu
1. Ed. Simons, Ibid., p. 20. — i. Ed. Simons, Niederrlteinisches, etc., p. 3. — ;!. Lang, IVuizelit, etc., p. 92. — 4. Ed. Simons, Eine altkblnische Seetsorgegemeinde, p. 10.
LE CONSISTOIRE 23 I
étroite, tant de communautés auraient pu résister au terrible effort de la contreréformation '. »
Or, — fait capital à noter, — l'exemple des communautés calvinistes fut contagieux et les Eglises luthériennes de la région adoptèrent la même discipline. Oîi trouver un plus bel hommage et plus significatif! Et de combien d'arguties fait-il justice? « En lôSg, la Marck luthérienne se donna une constitution, qui était complètement imitée de celle qui était en usage, depuis cent ans, chez les réformés. La même sévérité de la discipline est ici recommandée'^. » A tel point il est faux de dire, avec Ritschl, que la discipline calviniste était affaire de tempérament et d'opposer ici latin et allemand, réformé et luthérien !
Sous l'influence de cette discipline, les Eglises rhénanes atteignirent un développement spirituel, qui a rempli d'admiration et d'émotion ceux qui en ont retrouvé les traces dans les vieux procès-verbaux.
« Que Ton prît un soin consciencieux du culte régulier, de l'instruction religieuse de la jeunesse, cela parait tout naturel. Cela signifie quelque chose cependant, quand on pense que ces réunions devaient être tenues secrètement. Et il faut lire le récit de la surprise, à la suite de laquelle une partie de la communauté fut conduite du culte en prison ; il faut lire les précautions sur le changement de maison, sur les annonces, sur les mesures prises pour chaque réunion, sur les gardes qui étaient apostés, pour avoir une idée des dangers et des difficultés occasionnés par les événements les plus élémentaires de la vie de la communauté. Cependant la communauté se laissait si peu détourner de ces exercices que, au moment des plus grandes persécutions, ou bien quand elle n'avait pas de pasteur, les Anciens faisaient les exhortations et dirigeaient les instructions du catéchisme. — Que les pauvres fussent secourus, cela paraît aussi naturel. Mais que, dans les circonstances si pénibles où se trouvaient les communautés évangéliques de Cologne, le soin des pauvres, selon la conception de Calvin et de a Lasco, ne fût pas laissé à quelques fidèles miséricordieux et riches, mais fut considéré comme une affaire de la communauté, c'est un fait digne de remarque. Un des caractères les plus significatifs de ce soin des pauvres, c'est qu'il est inséparable de la cure d'âmes.... C'est le Consistoire qui l'exerce ^... Nous voyons une vie de la communauté qui est complètement pénétrée par les forces religieuses et morales, nous voyons une communauté qui est portée par le sentiment qu'elle est une communauté de Christ et qui, en cette qualité, a devant les yeux la mission qu'elle a à remplir, d'être une communauté vraie, vivante.... Elle est un foyer de foi et d'amour, un refuge pour les faibles et les pauvres, pour ceux
1. Ed. Simons. Die atteste evangelische Gemeinde-Armenpflege am Niederrlteiii, p. 53.
2. Ibid., p. 96. La plupart des évangéliques passèrent de la confession luthérienne à la confession calviniste. « Le petit nombre de ceux qui restèrent luthériens et les communautés luthériennes, qui se fondèrent ensuite, se conformèrent, pour leur constitution, au modèle réformé, qu'elles avaient sous les yeux. et ne se distinguèrent plus de lui que par leur doctrine. » Lie. Ed. Simons, Die atteste cvangetisclie Gemeinde-Armenpflege am Niederrtiein und itire Bedeutung fiir misère Zeit. 1S94, P- 54-
:i. Ei)ie alth:ôlmscl\e Seetsorgegemeinde, p. 7, 8.
qui s'égarent et qui pèchent, un centre d'instruction et d'éducation pour un christianisme viril '. »
Et les Eglises calvinistes des bords du Rhin deviennent un foyer qui éclaire et réchauffe toute l'Allemagne. « Il me suffit, dit M. Lang, de rappeler la fondation de la Société rhénane des Missions, des Sociétés bibliques, de la Société du Rhin et de la "Westphalie pour les prisonniers, de la Société pour Israël, des Unions de jeunes gens, de la Société évangélique pour l'Allemagne, de la Maison des diaconesses de Fliedner, sans parler des nombreuses petites œuvres de charité qui ont couvert la province. » Il y eut une magnifique floraison. Les prédicateurs les plus remarquables par leur piété et leur éloquence parlaient du haut des chaires (Gottfried-Daniel Krummacher, Wilhelm Krummacher, Sander, Roffhack). « Ils ont eu, dit notre auteur, une importance religieuse non seulement pour les pays du Rhin et pour le Wupperthal, mais pour toute l'Allemagne. Nous récoltons maintenant ce que ces hommes et leurs contemporains ont semé -. »
Disons enfin :
Ce que le calvinisme fit sur les bords du Rhin, c'est ce qu'il a fait partout, et je cite l'opinion de Sohm que l'on n'accusera pas de trop d'impartialité en faveur du calvinisme, de Sohm, ce type du tempérament ultra-luthérien : « Il fut donné à l'Eglise réformée de répandre l'Evangile au loin, sur le monde romain et angloaméricain, et de dominer, par la force de son organisation, la vie individuelle et celle de l'Eglise. Quelle ferveur de vie religieuse, quelle puissance d'expansion ne voyons-nous pas dans le puritanisme rigide de l'Eglise écossaise, qui n'aurait pu se déployer sous cette forme que sur le terrain de la foi réformée. Et c'est dans l'Eglise réformée qu'a grandi la Constitution presbytérienne et synodale, qui assure au peuple chrétien une participation régulière au gouvernement de l'Eglise, idéal entrevu déjà par la Réformation luthérienne'*. »
1. Eine altkôlnische Seelsorgegeiiieinde, p. 15, 16. — 'î. A. Lang, Die geschkhtlicheii Witrzelii, etc., p. 104. — ."?. Sohm, Aperçu de l'Histoire de l Eglise chrétienne, p. 195.