D'^ W. HoUweg, p. 150, 151. — -2. Ibid., p
•!. < Pour autant que vous n'estes qu'un membre particulier, non seulement vous povez licitement, mais aussi debvez supporter et souffrir telles infirmitez qu'il n'est pas en vous de corriger.... Quand nous viendrions en quelque lieu, où il y auroit forme diverse, il n'y a celuy de nous qui, par despit d'une chandelle ou d'une chasuble, se voulut séparer du corps de l'Eglise, et par ce moien se priver de l'usage de la Cène. Il nous faut garder de scandaliser ceux qui sont encore détenus en telle infirmité, comme si vous les rejectiez par trop légière occasion > (Opéra XV, p. 79-80). — Autre part il leur déclare que < dans les cérémonies extérieures, il se montre facile et flexible (facilem et flebilem) », sans qu'il estime toujours utile de « suivre la folle morosité (stultae morositati) de ceux qui ne veulent rien abandonner de la coutume >. Dans la liturgie anglicane « il y a beaucoup d'inepties tolérablcs >• (itiiiltas lolcrabiles ineptias). Opéra XV, p. 394, 1555, 16 janvier.
4. Opéra XV, p. 80. 13 mars 1554 (et non 14). — S- t>' W. Hollweg, p. 155.
de la communauté et les conseils différents de Strasbourg, de Francfort ? 11 consulta a Lasco, qui connaissait la situation de Wesel mieux que Calvin. A Lasco savait que le luthéranisme à Wesel était devenu d'une orthodoxie sèche et farouche ; que les doctrines différaient ; qu'il ne s'agissait pas de supporter des faibles, mais de résister à des obstinés. Il conseilla la résistance. — Et nous voyons ainsi Calvin, mal informé il est vrai, mais instinctivement porté à la patience, au support, à la tolérance et commençant par donner tort à ses amis !
Pérucel soumet de nouveau le cas cà Calvin, avec de nouvelles explications. Calvin devient plus prudent, tout en restant fidèle à son point de vue premier. Il dit à Pérucel de se donner peine pour que tout le monde reconnaisse qu'il supporte ce qui est superflu, sans l'approuver '. — Il y eut comme un commencement de persécution, puis une période de bienveillance : les Réformés eurent une église pour leur culte ; mais le magistrat maintenait l'obligation aux cérémonies.
Calvin reçoit des éclaircissements de V. PouUain, et en même temps des troubles analogues éclatent à Francfort, où il y a un nouvel Heshusius, l'ultra-luthérien fanatique Marbach. Calvin va à Francfort, s'y rencontre avec Pérucel et V. Poullain ; puis il donne à Pérucel une lettre pour l'Eglise de 'V\'esel -. Il a beaucoup hésité, dit-il : il s'est décidé à distinguer entre la conduite du pasteur et celle des simples fidèles. Pour les fidèles, Calvin maintient son opinion : ils doivent tolérer ce qu'ils ne peuvent empêcher. Le pasteur a moins de liberté. Il conseille aux fidèles de laisser partir leur pasteur, Pérucel.
Les ultra-luthériens recommencèrent leurs persécutions. Ils exigèrent la signature de la Confession de foi d'Augsbourg, tout au moins d'une confession relative à la sainte Cène. On en appela à Mélanchthon. Pendant ce temps, une femme mourante refuse de reconnaître dans le pain et le vin le vrai corps de Christ ; elle se voit refuser la cène par le pasteur ; elle meurt, et elle est enterrée près de la potence ^ — Et Mélanchthon est timide. Calvin a bonne espérance: cependant il a quelque crainte. Mélanchthon parlera-t-il contre sa conscience '' {mala fide)'i
Les ultra-luthériens mettent tout en œuvre pour obtenir une condamnation des Réformés. Mélanchthon, cependant, ne s'en laisse pas imposer. Il conseille la tolérance. — Les ultra-luthériens sont fort mécontents et ils font décider que les étrangers devront avoir quitté Wesel le \" mars iSSy. Les exilés demandent un délai : c'est l'hiver, le Rhin est difficilement navigable. Rien n'y fait. Le magistrat refuse brutalement.
Et puis, après un intervalle, la lutte recommence avec les anciens Wallons restés à Wesel. Les ultra-luthériens réclament (i56i) la signature de la Confession luthérienne. Les Wallons refusent (i562), mais inquiets, intimidés, ils en appellent à Calvin. Et celui-ci répond sur un autre ton qu'au début. Au début il s'agissait de choses extérieures : on devait céder. Aujourd'hui il s'agit de la
1. La lettre est perdue, mais son contenu est indiqué d'après un ouvrage de Pérucel. D' W. Hollvveg, p. 157 et n. i.
2. Opéra XVI, p. 286-288. — 3. D'^ W. Hollweg, p. 160. — '1. Opéra XVI, p. 342.
LES SACREMENTS SyS
doctrine, on doit résister '. Les Wallons résistent, le 3 novembre i563-. Heshusius accourt. 11 attaque les pasteurs luthériens, trop doux à son avis. « A moins que, dit-il, les deux pasteurs, du haut de la chaire, ne déclarent en termes clairs qu'ils rejettent Calvin et ses partisans, je ne peux pas les reconnaître comme de vrais docteurs, je ne peux pas les reconnaître pour frères. » Sur ce, la femme de Heshusius mourut. Les parents prient Fun des deux pasteurs luthériens de présider à son ensevelissement. Heshusius se hâte de lui écrire : « J'apprends qu'on t'a appelé pour l'ensevelissement de ma femme. Mais je veux que tu ne t'en mêles pas. Personne ne doit penser que je suis d'accord avec toi. Aussi longtemps que, du haut de la chaire, tu ne maudiras pas les erreurs de Calvin dans la sainte Cène, je te tiens pour quelqu'un qui est de sa secte, ou qui se moque des deux religions ^ » Et l'ensevelissement se fit sans pasteur. Mais l'excès même de cette intolérance amena un revirement. Heshusius fut chassé de la ville, et l'Eglise eut quelque repos.
Ainsi les ultra-luthériens, héritant de l'esprit d'intransigeance qui avait animé Luther à Marbourg, qui, dans un moment malheureux, lui avait fait refuser la main tendue par Zwingle, se laissaient aller à de tristes violences. — C'était comme une fatalité ! Héritant de l'esprit de conciliation, que Calvin avait montré dans ses admirables efforts pour un Consensus universel, les huguenots ne cessèrent d'offrir la paix à leurs frères luthériens. — C'était comme une bénédiction ! En i63i, le Synode national de Charenton déclara « que parce que les Eglises de la Confession d'Augsbourg convenoient avec les autres Eglises réformées dans les points fondamentaux de la vraie religion, et qu'il n'y avait ni superstition ni idolâtrie dans leur culte, les fidèles de la dite communion qui, par un esprit d'amitié et de paix, se joindroient à la communion de nos Eglises de ce royaume, pourraient sans faire aucune abjuration être reçus avec nous à la table du Seigneur''. »
Comme nous l'avons montré ailleurs, si les ultra-luthériens l'avaient permis, l'esprit de tolérance et d'union de Calvin aurait changé le sort du protestantisme en Europe ! — Il reste que l'histoire de la pensée et des actes de Calvin, à propos du sacrement de la sainte Cène, est peut-être l'histoire qui contredit le plus la légende. Elle met en la plus admirable lumière les profonds côtés de sa piété mystique et les beaux côtés de son caractère. C'est la question de la sainte Cène
l. " Dieu n'est point sopViiste, et ne se laissera point moquer par telles cavillations.... Nous vous prions au nom de Dieu, si vous avez esté endormis pour ung peu de temps, de vous réveiller a bon escient. » Opéra XIX, p. 619-622.
i. Opéra XIX. p. 625. — 3. D'^ W. Hollweg, p. 166.
'1. Aymon, Synodes nationaux, II, p. 501. Le paragraphe est intitulé: « Décret en faveur de nos Frères les luthériens. » Le paragraphe se termine par ces lignes : •• ... et qu'en qualité de parrains, ils pourroient présenter des enfans au baptême, pourvu qu'ils promissent au Consistoire de ne les soliciter jamais, ni directement ni indirectement, de transgresser la doctrine reçue et professée dans nos églises, mais qu'ils les instruiroient et éléveroient dans les points et articles qui leur sont communs avec nous, et touchant lesquels les luthériens et nous sommes d'accord ->. — Document bien étonnant pour l'époque. Ce n'est pas la tolérance, mais c'est le premier pas vers la tolérance.
qui a fourni aux protestants l'occasion de leurs plus antifraternels débats. C'est la question de la sainte Cène qui a fourni à Calvin l'occasion de ses efforts les plus fraternels. Et, d'une manière générale, en pensant à la grandeur, à la force que TKglise de Calvin a données aux protestants dont il a assuré le salut, en pensant à ce que Calvin voulait lui donner de grandeur et de force, si c'est l'homme d'Rglise qui a été le plus maudit, ce n'est pas l'iiomme d'Eglise qu'il faut le moins admirer.
6. Une idée spécifiquement réformée est celle du Christ agissant (Christus non otinsus). Cette conception de la royauté du Christ excite les chrétiens & puisqu'ils lui appartiennent, à agir sur le monde pour le former et le transformer,
selon son esprit Nous sommes les représentants responsables de son honneur,
de la continuité de son œuvre'. »
L'Eglise est l'organe de Dieu pour l'établissement et la propagation du royaume de Christ. « En premier lieu nous avons le royaume de nostre Seigneur Jésus Christ qui nous doit estre recommandé.... C'est là où consiste toute nostre félicité et salut.... Toutes principautez du monde sont comme figure et image du royaume de nostre Seigneur Jésus Christ -. »
« Tandis que le luthérien, non sans une certaine étroitesse, surtout à l'origine, aimait à se contenter de la conviction que Christ régit tout immédiatement, et connaît lui-même le temps et l'heure de l'extension de son règne, temps et heure que nous ne devons pas devancer de notre propre initiative, — le Réformé, au contraire, pense continuellement à cette parole de l'apôtre que les chrétiens doivent être les collaborateurs de Dieu (i Cor. III, 9), et, comme le dit la Confession helvétique de i536, Mitarbeiter Gottes^... Ils ne doivent pas se contenter d'ouvrir toujours davantage leurs propres cœurs à l'amour compatissant du Christ, mais ils doivent travailler sans relâche à ce que le Seigneur Jésus-Christ, auquel appartiennent tous les peuples et tous les royaumes de la terre, puisse entrer aussi vite et aussi complètement que possible en possession de cette légitime propriété. Il ne s'agit pas seulement du salut des hommes..., il s'agit de l'accomplissement de la gloire du Seigneuv, plénitude Chrisii^ dit Musculus, pour que le Christ soit accompli et parfait [plenus quodammodo reddatur et perfectus) '\ »
« On ne pense pas [chez les Réformésl que l'œuvre de l'Eglise soit achevée, quand, à la façon catholique, on a donné à la société civile, tant bien que mal, un certain vernis de christianisme, tandis que, au fond, on conserve les anciennes tendances, le tempérament naturel. On réclame une transformation logique, et
1. Schncckenburger, Zur kirchlichen Christologie, 1848, p. 163, etc. — -2. Sermon XI sur la Première Il Timothée, LUI, p. 132. — :?. Coti/essio helvetica prior, 1536, art. XV.
i. Von Scheele, Theologisclie Synibolik, traduction du suédois en allemand, 1881, III, p. 122. — De cette préoccupation sort tout naturellement ce que l'on croit avoir inventé de nos jours, le r/iris/ùiiiisiiir sncinl. Nos Réformateurs du seizième siècle en ont été les infatigables promoteurs, et ils ont péché plutôt par excès. On le verra dans la suite de ces études.
opérée jusque dans les plus petits détails, de tous les rapports '. » — Et « aujourd'hui encore, continue notre auteur, nous voyons de temps en temps, dans les pays réformés, en particulier dans la Grande-Bretagne, de pareilles idées se faire jour. On ne se contente pas de travailler à une transformation chrétienne de la vie du peuple, intérieurement, selon les convictions. On veut aussi, quelquefois par la force, imposer une façon de vivre qui n'est pas l'expression de la vie personnelle.... Cette tendance du réformé à créer « un royaume correct du Christ, qui doit arriver à sa réalisation parfaite avec le Millenium dans une sainteté extérieure, » est le produit, a-t-on dit, de la christologie et de la théorie réformée du sacrement. Pour le luthérien, qui sait que le Christ est déjà personnellement présent dans son Eglise, aucun de ces deux besoins ne se fait sentir"-. »
Evidemment ce jugement peut, sur certains points, être exagéré. Mais même sous cette forme, peu favorable, la conception réformée se trahit, — en contraste avec la conception luthérienne, — comme une force toujours agissante d'organisation et de transformation sociale !
Tout naturellement, la pensée du Christus non otiosiis devient un appel incessant à la Mission intérieure et extérieure. Ici les critiques de notre auteur luthérien se transforment en éloges, qui ont deux fois plus de valeur.
« Au contraire, dit-il, il faut considérer comme une très précieuse manifestation de ce besoin d'activité le zèle extraordinaire que toutes les Eglises réformées, les plus petites comme les plus grandes, ont manifesté pour la Mission intérieure autant qu'extérieure ^. Par là elles ont surpassé de beaucoup l'Eglise luthérienne, si nous faisons abstraction d'une tille de celle-ci, l'Eglise des Moraves, qui, du reste, à propos de ce zèle missionnaire et dans certaines autres choses, montre une certaine parenté avec l'Eglise réformée ''. »
Nous avons des textes, aussi remarquables que peu connus, de Calvin luimême. Voici d'abord pour la Mission intérieure, pour l'évangélisation :
« Notons que Dieu aujourd'hui veut que nous mettions peine, chacun en son endroict, de multiplier l'Eglise. La semence d'Abraham ne s'engendre plus selon la chair par mariage charnel, mais elle s'engendre de la semence incorruptible de la ParoUe de Dieu, comme dit S. Pierre ; et quand Dieu nous fait la grâce que nous pouvons gagner quelqu'un, pour l'attirer à son troupeau, que nous sommes comme pères spirituels. Et voilà pourquoy aussi les ministres de la Parolle sont nommez Pères, et l'Eglise a le nom et le titre de mère en général, pour ce qu'elle conçoit les enfans de Dieu. Or cependant que tous ne soyent pas en office pour annoncer la Parolle de Dieu, si est ce qu'une personne privée pourra, estant membre de l'Eglise, engendrer des enfans spirituels à Dieu, quand