‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 3)Chapitre 9 sur 176 · L EGLISE · texte numérisé non relu

L EGLISE

Essayons donc, devant cet imposant édifice, de nous recueillir, et de distinguer le « signe » le plus étonnant, le plus inattendu, et, dans ce sens, le plus caractéristique de cette Eglise : elle repose sur un double jugement de charité.

I. Il s'agit d'abord d'un jugement de charité sur les moeurs. « Entre les Corinthiens, dit Calvin dès i53g, il n'y avoit pas quelque petit nombre de gens qui eust failly, mais tout le corps estoit quasi corrompu, et n'y avoit pas une espèce de mal, mais plusieurs. Les faultes n'estoyent pas petites, mais grandes et énormes transgressions. La corruption n'estoit pas seulement aux meurs, mais aussi en la doctrine. Que fait sur cela le Sainct Apostre, c'est-à-dire un instrument esleu du Sainct Esprit, sur le tesmoignage duquel est fondée l'Eglise ? Cherche-il de se diviser d'eux ? les rejette-il du règne de Christ ? leur dénonce-il une dernière malédiction pour les exterminer du tout? Non seulement il ne fait rien de tout cela, mais plustost il les advoue pour Eglise de Dieu et compaignie de Saincts, et les confesse estre telz... Qui [donc] osera oster le nom de l'Eglise à ceux ausquelz on ne peut point reprocher la dixiesme partie de telles faultes ^ »

La sanctification est progressive, et, à tous les textes déjà cités, Calvin ajoute celui-ci, en iSSg : « Je confesse bien qu'en incitant les hommes à saincteté, on ne doit point estre froid ne lasche, mais qu'on y doit travailler à bon escient; au reste, de faire à croire aux hommes, pendant qu'ils sont au chemin (/;/ ciirsii), que desja ils sont accomplis, c'est les abbreuver d'une resverie diabolique {diabolicwn esse comiuentum dico-). »

Et Calvin ne se contente pas de professer ces idées, il les applique. S'il y a un point où il se soit montré sévère, c'est bien celui de la Sainte Cène. Plutôt que d'admettre des indignes à la table du Seigneur, il est parti pour l'exil. Plus tard son héroïsme, en face des Libertins qui voulaient profaner la table sainte, est célèbre. Mais cette sévérité est l'affaire de l'Eglise et non du simple fidèle : « Je confesse certes que c'est un grand déshonneur, si les chiens et les pourceaux ont lieu entre les enfans de Dieu {inter filios Dei pnrci et canes)... Et de faict, si les Eglises sont bien policées {bene moratœ), elles n'endurent point les meschans (sceleratos), pour les nourrir en leur sein, et ne recevront point à la Cène indifféremment (promiscue) les bons et les mauvais. » Toutefois il ajoute : « Mais encores que l'Eglise ne s'acquitte point de son devoir, ce n'est pas à dire qu'un chacun particulier doyve [protinus) prendre conseil de se séparer des autres ^.. Les vices des autres, encores qu'ils soyent en grand nombre (vel paucoriim, pel multorum vitia) ne nous empeschent point que nous ne puissions là faire profession de nostre chrestienté, usans des sacremens de nostre Seigneur en commun avec eux, d'autant qu'une, bonne conscience n'est point blessée par l'indignité des autres, fust-ce mesme du Pasteur'*. »

1. Bf p. 275. — IV, I, 14. — -2. 1559. IV, I, 20. — :!. 1543. opéra l, p. 547. — IV, i, 15. — 4. 1543. Opéra I, p. 550. — IV, I, 19. — « Quand saint Paul nous exhorte à user purement de la Cène il ne requiert point que chacun examine son compagnon (uniis aliuui examiitet), ou qu'un homme examine toute l'Kglise, mais qu'un chacun s'esprouve soy-mcsmc... La compagnie des meschans ne nous nuit de rien. > 1543. Opéra I, p. 547. — IV, 1, 15.

Bien plus, on n'accusera pas Calvin de faiblesse exagérée vis-à-vis du catholicisme romain. Eh bien ! même ici, il se montre prudent et réservé : « En somme, nous ne nyons pas du tout [complètement] qu'il n'y ayt là église, et aussi ne le concédons pas simplement. » Sans doute « les marques requises » sont « effacées » ; « ce sont églises contaminées et pollues des abominations de l'Antéchrist. » Mais enfin, « ce sont églises, en tant que nostre Seigneur y conserve les reliques de son peuple, lesquelles y sont misérablement dispersées, et aussi qu'il y reste encores quelques enseignes d'Eglises, et principalement celles dont l'efficace ne peut estre destruite, ne par l'astuce du diable, ne par la meschanceté des hommes'. » C'est en tout cela que « nostre Seigneur requiert » que nous usions de « clémence ». Il ne faut pas, «la laissant derrière, s'adonner du tout à rigueur et sévérité -. »

Et Calvin entreprend tout un plaidoyer en règle contre les rigoristes, en faveur des tolérants : « Ceux qui sont tant scrupuleux et chagrins, sont plus tost menez d'un orgueil et fausse opinion qu'ils ont d'estre plus saincts que les autres que d'une vraye sainctetéou affection d'icelle». — A ces « esprits phrénétiques », il rappelle qu'il faut éviter deux écueils : nier que les saints « eux-mêmes de l'Eglise » soient «pécheurs, ou quand ils ont failly les exclure de toute grâce ^ ». — Sur ce point Calvin n'hésite pas à blâmer l'excès de sévérité des anciens docteurs. « La Parolle de Dieu, laquelle nous devons seule icy tenir pour nostre reigle, requiert une plus grande modération et humanité. Car elle enseigne que la rigueur de la discipline ecclésiastique ne doibt point aller jusques-là que celui, dont on doibt chercher le proffit, soit accablé de tristesse '*. )>

Tout au contraire, Calvin demande aux fidèles « qu'avec humanité Cmisericorditer) ils corrigent ce qu'ils pourront corriger, et ce qu'ils ne pourront, qu'ils le portent en patience, gémissants, par affection de charité {cum dilectionej, sur les fautes de leurs prochains, jusques à ce que Dieu les amende, ou bien qu'il arrache l'ivroye et le mauvais grain en purgeant le froment ''. » — Enfin à ceux qui, par rigorisme, veulent toujours se séparer, notre Réformateur adresse ces paroles étonnantes : « Qu'ilz réputent qu'en une grande multitude il y en a plusieurs qui sont vrayement bons et inocens devant Dieu, lesquelz ils ne peuvent appercevoir à l'œil ; qu'ilz pensent aussi que du nombre des vicieux, il y en a beaucoup qui ne se plaisent et ne se flattent point en leurs vices, mais souvent estans touchez de la crainte de Dieu, taschent de se réduire en une meilleure voye; qu'ilz pensent combien il n'est pas question de juger d'un homme pour un faict, ou deux, ou trois, veu qu'il advient aucunes fois aiix plus sainctz de faillir bien lourdement; qu'ilz estiment que la parole de Dieu et ses sainctz sacremens ont plus de vertu et d'importance à conserver une Eglise, que les vices d'aucuns membres pourriz n'ont à la dissiper; finalement qu'ilz réputent, que le

1. Bf p. 2&2, 283. — IV, II, 12. — 2. W p. 274. — IV, I, 13. — 3. B^ p. 285. — IV, I, 23. Le texte de 1559 ajoute seulement cette qualification de •phrenitici spiritiis ». - i. B^ p. 2S9. — IV, l, 29. — ."i. 1543. Opéra I, p. S48. — IV, T, 16.

jugement de Dieu doibt avoir plus d'authorité à déterminer où il y a Eglise, et où il n'y en a point, que l'opinion des hommes '. »

2. Après le jugement de charité sur les mœurs^ vient le jugement de charité sur la doctrine.

Voici le texte de iSSg : « Qui plus est, il y pourra avoir quelque vice, ou en la doctrine, ou en la faceon d'administrer les sacremens, qui ne nous devra point du tout aliéner de la communion d'une Eglise. Car tous les articles de la doctrine de Dieu ne sont point d'une même sorte. Il y en a aucuns, dont la cognoissance est tellement nécessaire, que nul n'en doibt doubter, non plus que d'arrestz ou de principes de la chrestienté. Comme pour exemple, qu'il est un seul Dieu, que Jésus-Christ est Dieu et Filz de Dieu, que nostre salut gist en sa seule miséricorde, et autres semblables. Il y en a d'autres les quelz sont en dispute entre les Eglises : et néantmoins ne rompent pas l'unité d'icelles. — Ce sont les parolles de l'apostre que si nous voulons estre parfaits, il nous faut avoir un mesme sentiment. Au reste, que si nous avons quelque diversité, Dieu nous révélera ce qui en est. En cela ne monstre-t-il pas que si les chrestiens ont aucune discussion des matières qui ne sont point grandement nécessaires, que cela ne doit point faire de trouble ne sédition entre eux ? — Je n'entendz icy de maintenir aucuns erreurs, voyre les moindres du monde, et ne vouldroiz qu'on les nourrist par les dissimuler et flatter. Mais je diz qu'il ne fault pas, par dissention, légièrement abandonner une Eglise, en laquelle est gardée en son entier la doctrine principale de nostre salut et les sacremens, comme nostre Seigneur a ordonné. Ce pendant si nous taschons de corriger ce que nous y deplaist nous ne faisons que nostre devoir "'. »

L'édition de i536, on peut le remarquer, indiquait ces idées. Elle ne les développait pas. Loin de faire reculer Calvin, comme on l'a si souvent prétendu, l'expérience, par un vrai progrès, l'a amené à poser de plus en plus, comme nous l'avons vu, la base de tout vrai libéralisme dogmatique, à savoir la distinction entre les doctrines essentielles, et les doctrines secondaires •*.

Sans doute, dans la suite des temps, on pourra faire varier la liste exacte de ces doctrines ; mais le principe fécond est posé. Calvin ne dit pas : peu importent les doctrines, même les plus essentielles. Non. « Il y en a aucunes, explique-t-il, dont la cognoissance est tellement nécessaire que nul n'en doibt douter, non plus que d'arrestz ou de principes de la chrestienté. » Et encore : «La conjonction que les fidèles doivent avoir en charité dépend tellement de l'unité de foy, que ceste-ci en est le fondement, la fin et la reigle d'icelle... Tout accord qui se fait hors la Parole de Dieu, est une faction d'infidèles, et non point consentement de fidèles. » Voilà qui est clair. « L'Union consiste en deux liens : ascavoir qu'il y ait accord en saine doctrine, et qu'il y ait charité fraternelle \ » Ainsi la charité fraternelle ne doit pas faire oublier l'importance de l'accord doctrinal,

1. Bf p. 276. — IV, I, 16. — i. Bf p. 272, 273. ^ IV, I, 12. — .'!. Voir plus haut. — i. 1543, Opéra, I, p. 556. — IV, u, 5.

pas plus que l'accord doctrinal ne doit faire oublier l'importance de la charité fraternelle.

Ici, ni ailleurs, nous ne prétendons du reste que Calvin ait toujours appliqué les principes qu'il a posés ; nous disons seulement qu'il les a posés.

L'Eglise, c'est Christ !... Calvin est parti de la royauté de Christ, de la Christocratie. Christ est le chef, le souverain, le roi de l'Eglise. Et après avoir déroulé son idée à travers ses lettres, ses opuscules, et les diverses éditions de son Institution^ à travers surtout les méandres d'une conception dont la richesse n'est pas sans complication, même en tenant compte des apparentes contradictions de toute vie organique, nous le retrouvons en face de la même déclaration : l'Eglise, c'est Christ!

Nous avons suivi Calvin non sans peine. L'idée de l'Eglise est une idée difficile en soi ; elle nous est rendue plus difficile encore par notre mentalité actuelle. Depuis des années, peut-être depuis le di.x-huitième siècle, les Réformés français ont de plus en plus abandonné l'idée calviniste de l'Eglise, et aujourd'hui ils sont arrivés, en un certain sens, aux antipodes. Pour Calvin, l'Eglise c'est Christ; pour nous l'Eglise, c'est un cadre. D'un côté une personne, et quelle personne : Christ ! De l'autre, une machine rigide, et quelle machine, un cadre! D'un côté la vie, et quelle vie, celle de Christ! de l'autre côté, une abstraction, et quelle abstraction, celle d'un cadre! — Et il est vraiment curieux de voir l'accord qui règne sur ce point, entre ceux, qui, avec mépris, font le procès des Eglises devenues des cadres ecclésiastiques, et ceux qui, avec respect, estiment que la Réforme a grandi la foi en réduisant l'Eglise à un cadre ecclésiastique. Quelle est l'explication de ce fait étonnant? Depuis cent ans, et de plus en plus, on a enlevé à l'Eglise son activité religieuse proprement dite, en fondant à côté d'elle, en dehors d'elle, quelquefois contre elle, des Sociétés pour la diffusion de la Bible, pour l'Evangélisation intérieure, pour les Missions, etc., etc. Je ne demande pas ici : à qui la faute? Peu importe. Le résultat a été que l'Eglise a été étiolée, vidée d'une grande partie de sa substance, de sa moelle et de son sang. Elle a été réduite à la prédication ; elle a été privée des œuvres qui intéressent le plus les contemporains, les hommes autour d'elle. C'est ainsi qu'elle est devenue un cadre, vide, sec, plus ou moins vermoulu. Après quoi la pratique a été mise en théorie. Que cette Eglise-cadre mérite beaucoup de critiques, soit. Mais quel rapport cette Eglise-cadre a-t-elle avec le « corps mystique » de Christ ? Quel rapport y a-t-il entre l'idée que se font les Réformés actuels de l'Elglise et l'idée que s'en faisait le Réformateur, Calvin? — Avec notre mentalité, nous sommes devenus inaptes à comprendre l'idée de l'Eglise selon Calvin!...

Aussi après avoir essayé d'expliquer cette idée par les textes successifs de V Institution, pour finir, il nous faut la résumer encore une fois par les textes

expUcatifs des Commentaires, postérieurs à V Institution de i543'. Nous allons constater, non pas, comme on le dit si souvent, un appauvrissement mais un enrichissement de mysticisme.

Voici comment Calvin parle, à un moment où FEglise visible attire toute son attention et toutes ses préoccupations, où il est de plus en plus impliqué dans les luttes violentes, terribles pour l'Eglise visible, i Cor. 12 : 12 : « Les chrestiens ne sont pas seulement un corps politique, mais ils sont le corps mystique et spirituel de Christ... Le nom de Christ est yci mis pour l'Eglise. » — Eph. 5 : 29 : « Personne neust oncques en haine sa chair, mais la nourrit et entretient, comme aussi fait le Seigneur l'Eglise. L'exemple et patron de ceste unité, qu'il avoit mise au mariage, est manifesté en luy et en l'Eglise. Et c'est un beau passage (lociis insignis) de la communication secrète {de mystica communicatione) que nous avons avec Christ. » — Ephés. i : 23 : « L'Eglise est le corps de Christ et l'accomplissement d'iceluy. Dieu l'a ordonné chef sur l'Eglise... l'Eglise est le corps de Christ... Certes c'est un honneur souverain qu'ha l'Eglise, que le Fils de Dieu se répute -aucunement imparfait, s'il n'est conjoint avec nous... Et pourtant [pour cela] quand il traite la similitude du corps humain en la première aux Corinthiens (XII : 12) il comprend toute l'Eglise sous ce seul mot : Christ. ))

Sans doute l'Eglise repose sur la Parole de Dieu, comme sur son fondement. La Parole de Dieu, c'est la doctrine contenue dans la Parole de Dieu. Mais le fond, le résumé, l'essence de cette doctrine, de cette Parole, c'est le Christ. Eph. 2 : 20 : « Saint Paul nous monstre yci quelle est la marque de la vraye Eglise. Quant à ce mot Fondeinent, il n'y à point de doute qu'il ne soit yci pris pour doctrine... Ainsi saint Paul monstre que la foy de l'Eglise doit estre fondée sur ceste doctrine... Mais il faut noter le moyen par lequel il est dit que l'Eglise est là fondée. Car à parler proprement. Christ est le seul fondement, d'autant que luy seul soustient toute l'Eglise ; il est luy seul la règle et la mesure de la foy. Mais c'est par la prédication de la doctrine que l'Eglise vient à estre fondée en Christ. » — Eph. 4 : i5 : « La somme est qu'il faut que Christ croisse seul, et tous les autres soyent abattus, à ce que l'Eglise soit bien dressée et ordonnée. » — On remarque combien il est difficile de distinguer si Calvin parle de l'Eglise invisible ou de l'Eglise visible. 11 parle continuellement des deux, c'est-à-dire de la même Eglise à la fois et toujours invisible et visible.

Et c'est parce que cette Eglise se ramène, se réduit au corps mystique de Christ, que Calvin peut distinguer entre ce qui est essentiel, c'est-à-dire ce qui concerne Christ, et ce qui est secondaire, c'est-à-dire ce qui ne concerne pas Christ. La distinction des points fondamentaux et des points secondaires caractérise toujours sa théorie : « Ne cherchons point une Eglise n'ayant aucune ride ou macule 0 (1 Cor. 1:2). — « Saint Paul recognoist pour Eglise une compa-

1. Notons bien les dates. Le Commentaire sur la première Epître aux Corinthiens est de 1546, sur la seconde, de 1547- Le Commentaire sur l'Epître aux Ephésiens est de 1548.

gnie où il y avoit tant de mal et d'ordure » (2 Cor. i : i). Dans un corps il peut y avoir des membres malades gangrenés : tant que le cerveau fonctionne et le cœur bat, il y a vie ; le corps subsiste. — Et c'est parce que TEglise se ramène, se réduit au corps mystique de Christ, à ce que l'on ne voit pas. à ce que Ton ne touche pas, qu'en attendant la décision de Dieu, les hommes doivent se contenter d'une décision charitable : « Il faut résoudre par jugement de charité que tous ceux qui sont appelez sont appelez à salut... La débonnaireté chrétienne veut qu'on espère bien de tous ceux lesquelz, estans entrez en la droite voye du salut, sont encore en la course. » — Comme c'est parce que l'Eglise se ramène, se réduit au corps mystique de Christ que les fidèles doivent être unis, tels les membres d'un même corps: « Un corps et un esprit! Combien doit estre parfaite l'unité des chrétiens!... Par les quelles paroles il signifie l'homme tout entier, comme s'il disoit que nous devions estre du tout unis de coiys et d'àme. et non pas en partie seulement. » (Eph. 4 : 4.) « La proportion et ordre bien compassé, qui est en l'Eglise, consiste en une unité faite de plusieurs parties assemblées, asçavoir quand la variété des dons tend à un mesme but : comme en la musique (in syniphonia) il y a divers chants, mais ils sont modérez et compassez l'un à l'autre d'une si bonne proportion que tous font un accord (conceniiim)y) ( i Corinthiens 12 : 4). « De ceste diversité des grâces est faite une unité en l'Eglise (Ex ista varietaie ita ecclesia imitatem) comme en musique divers tons estans assemblez, font une plaisante mélodie {siiavem melodiam). »

Ces comparaisons musicales sont très familières à notre Réformateur. Elles sont au nombre de celles qu'il emploie le plus souvent.

Et en définitive, autant le cadre ecclésiastique est déplaisant, autant l'Eglise est « plaisante » ; — autant le cadre est rigide, autant l'Eglise est souple ; — autant le cadre est brut, mort, autant l'Eglise est organique, vivante; — autant le cadre est immobile, inerte, autant l'Eglise est active, agissante; — autant le cadre est une abstraction, autant l'Eglise est une force, une vie : le Christ.

Voilà comment et pourquoi notre Eglise réformée actuelle peut être considérée comme un cadre démodé, peut être déclarée impuissante. Il n'en est pas moins vrai que l'Eglise réformée, l'Eglise de Calvin, l'Eglise-Christ, a été l'institution qui a concentré en elle toutes les forces de la Réformation et a sauvé le protestantisme et le monde moderne.

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