AVANT- PROPOS
Dans une première partie, nous avons essayé d'étudier la Prépara lion de Calvin à son oeuvre de Réformateur, sa « Jeunesse », ses « Premiers essais », jusqu'à son retour à Genève.
Dans une seconde partie, nous avons essayé de décrire le Milieu social, politique, pittoresque, où Calvin va désormais accomplir son œuvre de Réformateur. Et, à notre étude sur la « Genève Calviniste », on peut joindre notre « Iconographie calvinienne », le volume spécial, publié à l'occasion du Jubilé de 1909. Le corps en eifet est le 0 milieu » de l'esprit, comme la ville est le « milieu » de l'histoire. La figure est un des miroirs les plus fidèles de l'âme, et on ne connait jamais tout à fait quelqu'un, semble-t-il, si on ne l'a pas « vu ».
Dans une troisième partie, nous voudrions maintenant nous rendre compte du PrOi^rtiinnif que notre Réformateur va suivre et réaliser. D'autant plus que ce programme même est la partie la plus importante de son oeuvre, celle qui a créé, constitué le Calvinisme, non pas seulement à Genève, mais dans les deux mondes, non pas seulement au xvi'' siècle, mais jusqu'à aujourd'iuii. Ce program.me, en effet, n'est pas autre chose que la « Pensée de Calvin », sa pensée religieu.se, sa pensée ecclésiastique, sa pensée politique et sociale.
Et l'on sait que ce programme a été arrêté, d'une façon vraiment complète, pendant le séjour à Strasbourg. Calvin l'apporte à Genève avec son Inslitittion de 1539. — C'est exactement le moment où nous sommes.
En abordant la Pensée reli^^iense de Calvin, nous avons le sentiment vif que, à chaque pas de notre route, les difficultés se succèdent, et ne diminuent pas. Bien au contraire!
Pour exposer, comme il conviendrait, la « pensée religieuse » de Calvin, il taudrait non seulement la connaître à fond, mais la comparer exactement avec les pensées contemporaines de Luther et de Zwingle : c'e.st dire qu'il faudrait aussi connaître à fond la pensée religieuse de Zwingle et de Luther. Et il faudrait enfin connaître et analyser soigneusement les pensées qui ont précédé celle de Calvin à la lin du moyen âge, et celles qui l'ont immédiatement suivie, qui en ont été le premier développement à la fin du x\r' siècle.
En d'autres termes, il faudrait être un maître expérimenté dans la Dogmatique, dans l'Histoire des dogmes, et dans la Symbolique.
Tout ce que nous pouvons affirmer, c'est que nous sentons parfaitement les exigences de la tâche, et... l'impossibilité où nous sommes de les remplir.
Nous n'osons pas nous vanter de connaître à fond la Pensée de Calvin, malgré toutes les années que nous avons consacrées à vivre dans sa familiarité. Comment pourrions-nous dès lors nous faire la moindre illusion sur la manière superficielle dont nous connaissons les autres grands Réformateurs du wi"^ siècle, et les grands docteurs du moyen âge, et les principaux docteurs calvinistes? Pour cette connaissance exacte il nous faudrait, nous semble-t-il, plusieurs vies.
Aussi nous croira-t-on, sans doute, quand nous dirons l'étonnement, l'admiration que nous font éprouver les Histoires des dogmes récemment parues en Allemagne. Ce sont de vrais prodiges d'érudition. Leurs auteurs ont l'air de connaître leurs innombrables héros plus intimement que nous ne connaissons notre héros unique, Calvin.
Il est vrai que, dans ce domaine sur lequel nous avons concentré notre étude, nous n'avons pas toujours trouvé toutes les informations de nos devanciers ni complètes, ni sûres. Et nous nous