‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 26 sur 149 · Voir pour les détails, Jean Calvin, II, p · texte numérisé non relu

Voir pour les détails, Jean Calvin, II, p

fi. Il s'agit du symbole Nicéno-Constantinopolitain, ou Quiciimqiie, dit d'Athanase.

tement la divinité de Christ.... Dis donc, voyons, de quel droit m'accuses-tu d'Arianisme? De cette infamie je veux être délivré, et je ne souffrirai pas qu'un si indigne soupçon pèse sur moi. »

Voici ce qu'il y avait au fond du débat. Farel, dans un traité tout populaire, n'avait pas exposé le dogme de la Trinité avec les termes de l'école, et les adversaires de Farel avaient profité, dès i534, de ce fait pour l'accuser, ou le féliciter, de partager les idées déjà publiées par Servet, dans son De Trinitatis erroribiis. Les termes de l'école n'étaient pas davantage dans le catéchisme que Calvin et Farel venaient de publier. Caroli s'appuyait sur ce fait. Calvin pouvait le réfuter facilement : car les termes réclamés de Trinité, de Personne, se trouvaient dans son Institution de i536. Mais Calvin ne voulait pas se justifier en se séparant de Farel, et voilà pourquoi il prétendait prouver leur orthodoxie commune, indépendamment des mots dont ils s'étaient ou ne s'étaient pas servis dans tel ou tel ouvrage. — Alors un grand synode se réunit à Lausanne, le 14 mai 1537. Calvin y lut, en particulier, la Confession sur la Trinité, qu'il avait préparée, d'accord avec ses amis ', et qui, soit textuellement, soit librement, sera presque en entier introduite dans son Institution de i539. C'est là qu'il faisait appel à l'expérience chrétienne, à cette connaissance active (practica) plus certaine que toute spéculation oisive iotiosa), et proclamait la divinité du Christ X que nous avons apprise par une expérience certaine de piété (certa pietatis experientia)-. » — Il ajouta que ni lui, ni Farel n'avaient horreur de ce mot Trinité, que ses écrits en faisaient foi. Mais il y avait une question de liberté {liberum usum in Ecclesia constare semper voluinius). « Tout ce qu'ils ne veulent pas, c'est, par leur consentement, approuver cette tyrannie que, la chose étant suffisamment claire, la foi doive être liée à des mots et à des syllabes. » Il faut respecter certains scrupules même déplacés. Si donc, par un de ces scrupules, quelqu'un se refuse à se servir de ces mots, Calvin et ses amis ne « voient pas là une raison suffisante pour que cet homme, d'ailleurs pieux et professant les mêmes idées religieuses, soit répudié par eux. » — Il conclut : « Calvin et ses amis ne veulent pas introduire dans l'Eglise cette tyrannie que, sous peine d'être tenu pour hérétique, quelqu'un doive répéter les mots dictés par un

autre ''. »

Ces déclarations de i537 ont été reproduites, imprimées, par Calvin en i545. Voici comment les juge un des derniers auteurs qui s'en soit occupé : « Dans cette circonstance, Calvin a montré qu'il se sentait moins lié à la tradition ecclésiastique que la plupart des Réformateurs. En tout cas on ne saurait se représenter les mots de Calvin sur les symboles dans la bouche d'un Luther ''. » Seulement le même auteur s'étonne que Calvin n'ait pas mis mieux d'accord sa théorie et sa pratique. C'est un point que nous n'avons pas à toucher en ce

J. Calvin à Virct, 23 avril 1537- Herminjard, IV, p. 229 et n. 9.

i. Pro C. Farello et colkgis ej,is, adversus Pétri Caroli calumnias, Defensio.... Opéra Vil, p. 3"-3M.

:!. . In eandem religionem nobis sensu consentiens. » Defensio, p. 3"9-

4. Eduard Bàhler, Petrus Caroli ttiid Johannes Calvin, 1904, p. 78.

JEAN CALVIN IV

DIEU

moment. Il nous suffit de constater, tout au moins, Fantinon-iic dont il ne saurait être permis de supprimer un des termes.

2. Cette indépendance de Calvin vis-à-vis des symboles nous étonne. Non moins indépendant se montra notre Réformateur vis-à-vis de la tradition e.xégétique. l'^t toute cette attitude, — que nous ignorons aujourd'hui parfaitement, — scandalisa fort ses adversaires. D"un commun accord, ils maintinrent au nombre de leurs plus constantes et plus dangereuses accusations l'accusation de Caroli : Calvin était Arien ! Nous avons un curieux témoignage de ces accusations dans le petit livre d'.Egidius Hunnius, docteur et professeur de la théologie sacrée à Wittenberg, en i5g5 : Calvinus Judai^ans K Le sous-titre explique qu'il s'agit « desglosses et corruptèles judaïques par lesquelles J. Calvin n'a pas eu horreur de corrompre, d'une façon détestable, les passages et les témoignages les plus célèbres de la Sainte-Ecriture sur la glorieuse Trinité, etc. »

Pour nous faire une idée de la mentalité théologique de notre Réformateur, il vaut la peine de parcourir quelques-unes de ces « gloses », en pensant à la liberté, à l'audace dont alors faisait preuve une pareille exégèse.

Genèse I, i : Dieu. « Pour ce que Moyse use du mot Elohim, qui est de nombre pluriel, on recueille qu'il parle de Dieu, en trois personnes : mais pour ce que la preuve d'une chose si grande me semble peu ferme, je n'insisteray point sur le mot. Plustost j'avertiray les lecteurs de se donner garde de telles gloses violentes-.» — Genèse XIX, 24: « L'Eternel fit pluvoir sur Sodome... soulfre et feu de par l'Eternel.... Quant à ce que les anciens se sont eflforcez de prouver la Divinité de Christ par ce tesmoignage, ce n'est point chose assez seure^ » — Psaume XXXIII, 6. « Les cieux ont esté faits par ki parole [verbo) du Seigneur (dninini) et tout l'exercite d'iceux... par ï esprit (spiritit) de sa bouche.... Parquoy, quand il est question de prouver la Déité du S. Esprit, je ne voudroye pas insister contre Sabellius, par ce tesmoignage*.» — Michée V, i, 2. «Il signifie ici que ce ne sera point une chose soudaine.... Voilà le simple sens et naturel du Prophète. Je sçay bien qu'il y en a d'aucuns qui s'opiniastrent par trop, et maintiennent qu'il parle ici de l'essence éternelle de Jésus-Christ. Et quant à moy, je recognoy bien volontiers que la divinité de Jésus-Christ nous est ici approuvée. Mais, pour ce que jamais on n'arrachera cela des Juifs, j'aime mieux prendre simplement ce que les mots du prophète sonnent, asçavoir que le (ihrist ne sortira pas ainsi subitement de Jérusalem.... Les autres aussi amènent une subtilité nouvelle, c'est que le Prophète dit : ses issues, en nombre pluriel, à cause des deux natures de Jésus-Christ. Mais il y a une absurdité en cela"'.... » — Esa'ie VI, 3 : Saint, saint, saint. « Les anciens ont usé de ce tes-

I. Le premier chapitre est consacré à la doctrine du Dieu un et trinitaire, à la divinité éternelle du Christ et du Saint-Esprit, p. 7-60; le chapitre suivant est consacré aux prophéties sur le Messie, sa naissance, sa passion, sa résurrection, son ascension, p. 60-178.

î. « Commcntarii in Genesin. > Openi XXIII, p. 15. Traduction 1564. — :i. lôid., p. 27S. — l. 0/>era XXXI, p. 327. Traduction 1561. — .l. Traduction 1563.

Page 1