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JEAN CALVIN IV
ig4 LA LOI
d'Eyvptc. (.-en est tini de Moïse; sa charge ne dure que jusqu'à Tépoque de Christ.... (^ue Ton laisse les fantastiques {die Schivàrmer) avec leur Moïse; que Ton laisse Moïse être un législateur du peuple d'Israël, et qu"on ne le charge pas sur le cou des païens et des chrétiens '. »
Certes, on s'explique l'attitude de Luther. 11 s'agissait povir lui de briser le joug intolérable qui pesait sur les épaules de la chrétienté; de nictlrc tin à cette recherche d'oeuvres, de mérites, qui, par un légalisme judaïque, aboutissait à la négation de la morale et de la religion chrétiennes. Il s'agissait entin de s'opposer aux folies de ces Schwanner. de ces fantastiques, qui, sous prétexte d'Ancien Testament, épouvantaient le monde de leurs scandales. Luther obéit ici à son rôle providentiel, à son rôle occasionnel, à son tempérament personnel, et aux expériences dramatiques par lesquelles Dieu l'a fait passer.
Il n'en reste pas moins vrai que son langage est violent, et que ces paradoxes occasionnels, momentanés, plus ou moins bizarres, — comme on en trouve tant chez Luther, — prêtent à des malentendus, à des équivoques.
On le vit bientôt. Le parti des antinomiens, — de ceux qui sont opposés à la loi, — se prévalut de Luther et de ses déclarations. Ln 1327, Agricola, pasteur à Eisleben, se scandalisa de ce que Mélanchthon, dans ses Visiiaiions-Artikeln (règles à suivre pour la visite des Kglises), avait insisté sur la nécessité de prêcher la repentance, en s'appuyant sur les Dix commandements. 11 déclara que la vraie repentance devait venir de la foi, de l'amour, et non de la loi, non pas ex violatinne legis. mais ex violatione fidei, non pas ex liiiiore pœiuv, mais ex ainore jiistitia'. Il fallait donc prêcher la repentance en faisant appel aux souffrances et à la mort du Fils de Dieu, selon l'Evangile, et non pas aux Dix commandements selon la loi de Moïse. « Le Décalogue, conclut-il, a sa place à l'hôtel de ville et non pas en chaire -. »
Luther se hâta de protester dans un traité : Contre les aiilinoiuiens, adressé à un pasteur d'Eisleben, i53(). — Il était étonné d'une telle interprétation de ses écrits, lui qui, « aussi vieux et savant qu'il était, répétait chaque jour, mot à mot, comme un enfant, les Dix commandements ^. » Et il insistait sur le premier usage de la loi, laquelle doit réveiller les consciences et conduire au Christ. « Qui enlève la loi, dit-il, doit aussi enlever avec elle le péché *. » — « Il faut prêcher hi loi, là où l'on veut prêcher Christ". » — Toutefois, le traité ne parle pas du troisième usage de la loi. On l'a fait observer. C'est Mélanchthon qui mentionne les trois usages pour la première fois, en i535; et ils sont déhnitivement enregistrés, adoptés par la dogmatique luthérienne dans la Formule de concorde de 1 58o **.
I. « Aiislegiing der zehn Gebote aus dcm 19. und 20. Kapitel des zweiten Bûches Moses, gepredigt zu Wittenberg, 1528. > Ed. d'KrIangun, vol. XXXVI, p. 32-40. — i. Voir K. Mullcr, Syiiibolik. p. 275 et n. 17, 18. Œhlcr, Symholik, 2<' édit., p. 574 et ss. — « Plus tard les Sociniens nièrent l'unité de l'ancienne et de la nouvelle loi morale, rétrécirent et réduisirent autant que possible la loi ancienne, pour faire voir autant que possible que le Christ avait élargi et perfectionné la loi chrétienne. » Gihler, p. 582. — ■'!. Il'iWcr dte Aii/iiioiiier. Ed. d'Erlangen, vol. XXXII, p. 2 et 4. — i. Jbid., p. 5. — 'i. Ibid., p. 8. — 0. K. Mullcr, Symbotik. p. 319, et n. 22.