‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 80 sur 149 · Br, p. 401, 402. m, .XVI, 3. — 2. B'', p. 400. m, XVI · texte numérisé non relu

Br, p. 401, 402. m, .XVI, 3. — 2. B'', p. 400. m, XVI

:i. Bf, p. 422. III, XVIII, 2. — Voici un très beau développement sur le pur caractère de la morale calviniste: « Il est certain que si nous ne servons à Dieu que selon que nous craindrons de l'avoir contraire, c'est une façon servile. Or Dieu ne veut pas que nous soyons comme mercenaires en le servant.... Nous devons avoir une affection libérale de servir à Dieu, et non point que nous soyons menés dune contrainte servile.... Il faut que nous soyons menez d'une affection gratuite en servant à Dieu, et néantmoins que nous soyons tous asseurez que Dieu ne permettra point que nostre labeur soit inutile.... Cependant, toutesfois, si faut-il que le service que nous rendons à Dieu soit libéral,... que nous ayons une affection libérale pour nous dédier pleinement à Dieu,... sans avoir esgard qu'il nous traite bien ci-après... [non pas comme ceux trop charnels] qui veulent obliger Dieu d'une façon trop estrange ; ils ne sont point comme enfans envers leur père ; car il y a un regard servile qui les pousse ; ils sont mercenaires, louagiers.... |I1 faut] que ceste affection libérale précède, afin que nous ne facions point une paction avec Dieu, pour dire qu'il nous soit oljligé selon nos appetis.... Quand nous aurons fait tout ce qui est possible, Dieu ne nous sera point redevable ; mais, quand il nous promet loyer, j'entens qu'il est gratuit, que cela n'est pas que nous layons mérité, ne que nous en soyons dignes ; mais c'est d'autant que, comme il nous a rcceus en sa grâce, il veut advouer nos œuvres, ouy, lesquelles il fait par son sainct Esprit.... Quant à Dieu, il faut qu'il soit honoré à cause de soy-mesme, d'autant qu'il le mérite ; il faut que nous soyons tellement ravis à son honneur que nous ne pensions point à nous, sinon en second lieu, et en un degré inférieur. » (Sermons sur le livre de Job. Opéra XXXIII, p. 185-188.)

'». Bf, p. 387. III, XIV, 16, — .'i, Bf, p. 388. Ibid., 18,

Esprit habite dans les saints', » « signes de leur vocation, dont [uihie, d'où ils réputent leur eslection -. «

Si les bonnes œuvres sont la preuve de notre salut, plus nous ferons des bonnes œuvres et plus nous aurons des preuves de notre salut. Et comme la grande préoccupation du fidèle, du calviniste, c'est d'arriver à être sur de son salut, il trouve-', par un détour, dans sa conception des bonnes œuvres, un des plus puissants motifs pour accomplir des bonnes œuvres. Loin d'être paralysée, son activité en est surexcitée.

Et, en définitive, tout revient à ceci : les bonnes œuvres découlent de la foi comme la chaleur vient du soleil, comme le fruit vient de l'arbre. Il y a nécessité naturelle, organique. — Et par conséquent : attention ! Tout arbre qui ne produirait pas de bons fruits prouverait seulement qu'il est mauvais. Toute lumière qui ne produirait pas de chaleur prouverait seulement qu'elle ne vient pas du soleil !

Nous résumons ici des idées émises, il y a longtemps, par Hundeshagen, Miiller, Beck. Ces idées nous paraissent justes. Mais, sous leur forme résumée, elles peuvent soulever des objections que nous n'avons pas le temps de résoudre. Nous les donnons à titre d'indications.

Un des caractères essentiels du christianisme, c'est d'avoir prêché une morale dépendante de la religion : l'une est la cause, l'autre est l'effet. D'abord aimer Dieu, dit le Christ, puis aimer ensuite les hommes, et cela revient à ceci. (Mat. XX, 27.)

Donc union intime, absolue, entre la rehgion et la morale.

On peut dire encore : la religion et la morale sont une seule et même chose, composée de deux parties, de deux éléments : expiation du péché, pardon, c'est l'élément spécifiquement religieux, objectif; culpabilité, repentir, c'est 1 élément spécifiquement moral, subjectif. — Il est bien évident que, pour l'Evangile et le chrétien, ces deux éléments sont inséparables et presque indistinguables. Ils ne sont distinguables qu'en vertu d'une abstraction, en réalité illégitime. Toute la

l. B^, p. 389. Ibii/., 18, 19-

■î. Bf, p. 390. Ibid., 20. — L'absence des bonnes œuvres est la preuve que Dieu nous renie, que nous sommes infidèles : < La confession de foy emporte, non point seulement que la langue parle, mais que toute la vie responde, suyvant ce que dit sainct Paul de faire profession de chrestienté par bonnes œuvres.... Ceux qui renoncent Dieu par leurs œuvres, par cela se déclarent assez infidèles devant les hommes.... Ils renoncent Dieu par leurs mauvaises œuvres: ainsi Dieu les désavoue, de son costé, voire quelque babil qu'il y ait au bout de la langue. . {Sermons sur la pr.emière à Timothée. Opéra LUI, p. i99-) - Catéchisme d'Heidelberg: . Pourquoi devons-nous faire des bonnes œuvres?... Pour que nous soyons en nousmêmes sûrs de notre foi, d'avoir ses fruits {dasz wir bey uns selbst uusers glaubens ausz seintn fruchlni

geiviss sein), XXXIL 86.

:t. .Ceu.x que Dieu a prédestinez par sa miséricorde à l'héritage de la vie éternelle, il les mtroduit, selon sa dispensation ordinaire, en la possession d'icelle, par bonnes œuvres. » 111, xiv, 21.

reliefion chrétienne est essentiellement morale; et toute la morale chrétienne est essentiellement religieuse !

il n"en est pas moins vrai qu'en tait les hommes ont passé leur temps à s'efforcer de séparer l'élcment religieux de l'élément mcjral. Que de religions immorales et que de morales irréligieuses!

Le catholicisme romain est une de ces déformations du christianisme, qui consiste à insister sur l'élément objectif, religieux et divin, au détriment de l'élément subjectif, moral et humain.

Pour le catholicisme romain, l'important a été le péché de la race, du premier homme, auquel les hommes participent, mais pas personnellement. — Et de même, les moyens pour être délivrés du péché sont transcendants, magiques (ex opère operato). Le péché et la grâce passent de plus en plus du domaine moral dans le domaine religieux, même théologique et métaphysique. L'Lglise est l'institution salutaire, constituée par les fonctionnaires du salut, par la hiérarchie des prêtres.

Cette conception se concentre dans le sacrement de l'autel, dans la messe. Seule l'Eglise possède la messe, le sacrement, et la force de ce sacrement est telle qu'il peut agir malgré la passivité de l'individu, sans la participation de l'individu (messe à voix basse pour des absents).

Alors, sans doute, l'Eglise réclame de la foi, mais une foi intellectuelle, qui consiste dans une soumission plus ou moins passive de l'intelligence. Et l'autorité de l'Eglise est aussi absolue que permanente: la dignité de la vie présente et le bonheur de la vie future, tout dépend de l'Eglise.

La doctrine explique l'histoire. Dans le catholicisme romain, il y a une tendance à la passivité. L'individu est diminué dans sa dignité, affaibli dans son activité. Sa disposition est d'accepter, comme un mineur perpétuel, l'autorité souveraine de l'Eglise '.

La Réformation comprit ce qu'était la messe, et voilà pourquoi elle l'attaqua avec tant de passion. A Yopus operaluni -, la Réformation opposa le salut par la foi.

La réconciliation, qui était extérieure, qui s'opérait sans la participation de l'individu, devient intérieure. L'individu est appelé à déployer toutes les énergies intérieures de son repentir et de sa foi. Tous les intermédiaires sont supprimés: il reste un don com])let, immédiat, de l'individu à Dieu, vie de l'individu en Dieu. L'Eglise n'est plus l'institution sacramentelle. Le sacrement n'est pas sacerdotal, magique. Tous les fidèles appartiennent, en principe, au sacerdoce. La vraie Eglise est invisible ^

1. < Afin que nul nimaj^ine une application de sorcelerie, telle que les papistes la forgent, l'apôtre nous fait diligemment noter ce qu'il adjouste incontinent après, asçavoir que tout cela gist en la prédication de l'Evangile. > Commentaires, 2 Corinthiens V, ly.

2. < La foy est exempte et délivre de toute sujétion des hommes.... La foy ne recognoist point d'autre sujétion que de la parole de Dieu, et n'est nullement sujete à la domination des hommes. > Commentaires, 2 Corinthiens I, 24.

3. On lira certainement avec intérêt un jugement porté sur le protestantisme historique par un auteur

I\ irsriKir \ rioN imr ia koi 287

A la foi connaissance {fides est cognitio, dit le Catéchisme), à la foi intellectualiste et passive, succède la foi mystique et dynamique. " La foi, dit la Confession d'Augsbourg^ ne consiste pas seulement dans une connaissance historique, mais dans la confiance avec laquelle on saisit les promesses de Dieu '. " Quant aux déclarations de Calvin nous en avons déjà cité une foule -.

Dans le catholicisme romain, il y a une tendance à la passivité. Dans le protestantisme des Réformateurs, il y a une tendance à l'activité. Seulement, si le catholicisme romain, et toute déformation de l'Evangile, sont l'e.xagération de l'un des deux éléments de la religion, — l'élément religieux et l'élément moral, — au détriment de l'autre, le protestantisme n'est le protestantisme intégral que dans la mesure où il maintient aux deux éléments leur importance égale, et proclame un Evangile essentiellement objectif et subjectif, divin et humain, une religion essentiellement morale et une morale essentiellement religieuse.

Telle est, dans l'histoire du dogme, la place et l'importance de la justification par la foi.

sincèrement catholique, et pour lequel ■< la Contre-Réformation qui succéda à la Réforme a fait une œuvre admirable» — « Qu'est-ce que la Réforme en sa réalité sentimentale? C'est le problème réduit à son expression la plus simple et conduit du côté de la solution la plus radicale: le péché originel, total; la grâce, invincible ; entre la conscience humaine et l'action divine, entre le pécheur et la grâce, pas d'intermédiaire, prêtres, sacrements, bonnes œuvres. La préoccupation du paradis ou de l'enfer, du bonheur ou du malheur éternel devient en un sens secondaire. Jusqu'ici, les gens religieu.x vivaient en préparant leur dernière heure et en vue du jugement. Le jugement après la mort n'est plus pour les Réformés qu'une ratification ; il se fait en réalité durant la vie. L'heure essentielle est l'heure de la conversion, celle où l'âme sent son péché et Dieu en elle, et accepte l'action divine ; la sanctificarion est contemporaine de la justification; les risques de la vie future passent au second plan ; il s'agit de la vie actuelle, de l'être actuel, et ce n'est pas dans la joie du paradis ou dans la géhenne de l'enfer que consiste le salut ou la damnation : ils consistent, avant tout, dans l'état de l'âme encore ici-bas, dans la présence ou l'absence de Dieu au fond de la conscience. > (Fortunat Strowski, Pascal el son temps, 1907, p. 7, 5, 6.)

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