III. Wigand Koeln
Wigand Kœln est l'imprimeur du célèbre Catéchisme et de la célèbre Confession de foi de 1537. — Nous avons reproduit le fac-similé de la première page de chacune de ces deux publications. Citons le texte des Registres du Conseil du 27 avril 1537, ainsi conçu : « Touchant à
1. Les Registres ilu Conseil ne parlent pas de Viret. — Lettre du 11 juillet 1543. Optra, XI, p. 593, 594. Henninjard, VIII, p. 4+7-449. — -• Sur Benoît Textor, voir Cartier, p. 121-142 — 3. Décembre 1544. Opéra, XI, p. 822. - i. lbitl., n. 4. — o. Ibid., p. 833.
la confession de nostre foy, e[sjt concluz que l'on les pregniez se que Vuigan [e]n aura inprymer, et luy an fère ancoure inprymer, et les luy poyez, et les lyvré aus disanni[e]rs, pour les livré an seuls [c'est-à-dire : à ceux] de leur dysannes, affin que quan l'on vysytera, que le peuple soyt mieuls informé. Et luy at-t-on fet ung mandeman de six copes fromen an dédusyon et [e]n
az lyvré 1500 '. »
Qui était ce Wigand Kœln-? Un imprimeur établi à Genève dès 1521, qui prenait la qualité de Teulhonicus et se disait nains ex Francia orientait, c'est-à-dire originaire de Franconie. C'était donc un compatriote des deux premiers imprimeurs de Genève, Adam Steinschaber et Henri
Wirzburg.
Lui s'appelait Vuygandus ou Wygand Kœln. Mais les Registres et les historiens ont fait subir à son nom les plus bizarres transformations : Karolong, Karolun, Karould, Kaulz, Collombz, Colon. A. Roget dira: « le libraire Venga, » et Gaberel : « Holn, Vigaud. » Puis son prénom devient le nom de son fils et n'a pas des destinées moins étranges : Vigean, Vyzan, Vyjehan, Vitjehan, Vijehain, Vyjan....
Il eut d'abord ses presses et sa boutique de libraire dans une maison située rue de la Cité, près de la ruelle de Bémont, qui la confinait au nord 3.
Wigand Kœln jouissait d'une belle situation. Il est admis gratuitement à la bourgeoisie ( 1531) ; il est membre du Conseil des Deux-Cents (1533, 1534); il entre au Conseil des Soixante (1535). Cette même année, sa fille Georgea épouse l'ex-gardien du couvent de Rive, Jacques Bernard, et, à ce propos, Jeanne de Jussie écrit : « Et tantost print à femme une belle jeune fille d'un riche imprimeur. » — Un événement moins heureux attira sur lui l'attention du Conseil, en 1544. Jacques Bernard expose « la neccessité de Vijan, imprimeur, son beau-père, lequelt est détenu suspicionné de peste. » Toutefois la maladie n'eut pas d'issue fatale, et Kœln ne mourut qu'entre le 1 2 février 1 545 et le 9 février 1 54e.
Il avait représenté une industrie caractéristique, celle d'où a fini par sortir le journal moderne. Parmi les trente-huit publications que M. Th. Dufour connaît l de Wigand Kœln, antérieurement à la Réformation de 1535, une dizaine « appartiennent à cette catégorie de minces brochures où étaient racontés les événements les plus récents, les nouvelles du jour, comme les victoires des Turcs, les batailles livrées dans la Haute-Italie, le couronnement d'un souverain, ou encore quelque subite catastrophe, telle qu'une inondation en Flandre, etc. C'est avec raison qu'on a vu dans ces feuilles volantes les ancêtres du journal'0.... »
Outre les feuilles occasionnelles, Kœln publiait des almanachs et des pronostications. C'était par excellence l'éditeur populaire, et l'on comprend pourquoi Farel et Calvin le choisirent comme éditeur du Catéchisme et de la Confession de foi. Il s'agissait d'atteindre le peuple.
La révolution religieuse vint tarir, au moins pour moitié, la source des revenus de notre imprimeur. La maison Kœln, ne renouvelant pas son matériel de types gothiques, se borna presque à la publication des almanachs et des livres d'école. Mais elle renouvela encore moins, semble-t-il, son esprit que son matériel, et Gabriel Vigean, fils de Wigand Kœln, fut dans un conflit perpétuel avec Calvin, le Consistoire et le Conseil.
Dès le 14 décembre 1546, Calvin se plaint au Conseil « qui [qu'il y] az auleungs librayre qui
I. Registres du Conseil. Vol. 30, f. 219. Th. Dufour, p. 11, 12. — 2. On trouvera tous les renseignements et tous les textes, dont nous nous sommes servi pour ce paragraphe, dans Th. Dufour, p. 67-78, et puis dans Cartier, p. 79-92. — •'!. Prope capellam />o>i/is Rodani, dit la souscription des Proverbia communia. — \. Collection des Bibliophiles genevois, n. 1, 1893, p. 10. — îi. Th. Dufour, Notice citée, 1878, p. 70. M. Emile Weller a donné dans le Serapeum, en 1859 et 1860, un catalogue des brochures qui ont été publiées en langue allemande, de 1505 à 1599. Son étude a pour titre Die dcutschen Zeitungen des sechsehnten Jahrhunderts, et sa liste comprend 584 numéros. (Th. Dufour, p. 71, n. 2.)