‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 5)Chapitre 138 sur 166 · QUELQUES IMPRIMEURS DE CALVIN · texte numérisé non relu

QUELQUES IMPRIMEURS DE CALVIN

sont conta- l'escriptures, et aussi que c'est en mocquerie de Dieu, et qui serovt besoings de les

détendre. » Le 6 janvier 1547, remontrances turent faites à Vigean par le ( Il remercia

de ce qu'on lui marquait « les choses que ne sont nécessaires et requises, 0 et promit de les effacer et de montrer ses almanachs de l'année suivante au ministre Poupin. — Quelques ;>>urs après, 17 janvier, sur une nouvelle plainte des pasteurs contre Vigean et ses almanachs, g dans lesquelt a mys plussieurs choses que sont contre l'ordonnance de Dieu et aut deshonneur de- Genève, » Calvin lui-même fut chargé par le Conseil de procéder à la collection du texte. Enfin le 27 le Consistoire intervient de nouveau.

Mais l'année suivante on ne fut pas plus avancé, et Calvin reparut devant le Conseil (6 septembre 1548), dénonçant « les almanach que se impriment dans Genève, dans lesqueulx ill v a plussieurs superstitions ; » dénonçant particulièrement que « s'empryment en l'imprimerie de Vijan des Instructions d'enfans dans lesquelles ill v a plussieurs vdolatric

A partir de ce moment la question des almanachs était posée; elle semble n'avoir jamais été résolue. En 1549, le ministre Abel Poupin reçoit une gratification pour avoir corrigé les almanachs de Vigean et comme ni les menaces ni les corrections ne suffisent, le 23 décembre, Calvin « faict grandes remonstrances de la déshobeissance de l'imprimeur. » Le Conseil décide de le châtier et de le mettre en prison.

Leçon inutile! En 1553, Vigean imprime des alphabets « à la custume papistiques et anciene. 0 Le Consistoire lui administre des remontrances. Trois mois après, le Consistoire constate qu'd a « de plus fort » imprimé ce qu'on lui a défendu. Et l'imprimeur obstiné continue à reparaître devant les magistrats en 1554, en x55^> en 1 5 57-

Cela tourna tout à fait mal. Le 25 février 1557, Gabriel Vigean, sa femme et sa belle-mère sont cités en Consistoire. Il est accusé d'avoir chanté des chansons dissolues, d'avoir été à Annecy célébrer ses Pâques et de « se retirer à la papaulté. » Sa femme le fait rentrer de force à Genève, grâce « à un officier » qu'elle impétra des Seigneurs, et qui alla quérir le renitent, bien que celui-ci criât que, s'il allait en sa maison, il battrait tant sa femme qu'il la tuerait.... Il essaya même de s'étrangler en se mettant « le poulce dessoubz le menton. » — Pour toutes ces fautes, qui n'étaient évidemment pas vénielles, Gabriel Vigean fut condamné, « à crié à Dieu et à la justice mercy et tenir trois jours prison en pain et eau, en luy commandans de suyvre les sermons, luy deffendans de ne rien imprimer, mesmes les armanatz '.... »

Plus intéressante que Vigean, restait la question des almanachs. Si Vigean s'obstinait à braver ainsi Calvin et toutes les autorités, c'est certainement parce qu'il y trouvait son compte. Il y avait donc toute une clientèle, qui tenait à ses vieilles habitudes et que n'offusquait pas quelqueobservation grivoise, ni surtout quelque phrase papistique.

Que faire ? On crut, après tant d'années d'efforts, avoir enfin trouvé la solution du problème, et en 1558 (5 mai), Conrad Badius obtint un privilège pour publier exclusivement des almanachs corrects et orthodoxes, « avec réformation telle que les superstitions et sorceleries qui sont contenues es vieux. » Il n'y eut plus qu'une difficulté : le public refusa d'acheter les almanachs nouveaux. Il fallut que Badius réclama la vente forcée « d'aultant, disait-il, dans une nouvelle requête (21 novembre), que le peuple ne tient compte de ceux-cy. » Lt même toutes les décisions continuèrent à être impuissantes. Car deux ans après ( 1 4 octobre 1 560), fatigué de lutter contrele mauvais vouloir de la population, Badius vint demander qu'on le libérât de son contrat « de continuer l'impression des almanach, » ou bien qu'il plût au Conseil « faire publier une défence générale de n'en achepter d'aultres que ceux que seront imprimés [par lui] 2. »

1. Voir pour tous ces textes Cartier, p. 79-92- - 2. Ibid., p. 84, n. 5.

Cette petite histoire de Wigand et des almanachs jette un jour curieux sur Ja grande histoire de la Réformation genevoise. Kceln, le père, était un des citoyens pour qui la Révolution accomplie par Farel n'était pas une affaire religieuse. Son fils se rapprocha de nouveau du papisme, par intérêt et par absence de goût pour le rigorisme calviniste, tandis que, au fond de la population genevoise, restait une opposition anti-protestante, bravant toutes les décisions, toutes les menaces et prête à soutenir les Libertins.

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