FAREL, L EVANGELISTE DE LA SUISSE ROMANDE
donner quelque instruction à ceux qui ne savent en latin, touchant brièvement aucuns poinetz, sur les quelz le monde n'estoit bien enseigné, alin que tous ceux de la langue Françoise peussent avoir plus droite intelligence et cognoissance de Jésus.... Combien que regardant ma petitesse, je n'eusse tasché ne proposé derien escrire... aussi par luy admonesté d'escrire, je ne peu refuser que je ne misse peine et diligence de faire, comme j'estoye enhorté d'un si grand pasteur '. »
Comment ne pas regretter de ne pouvoir rien citer de ces pages « en langue vulgaire, » écrites « pour les pauvres brebis de Dieu, » « pour les simples, » le tout tiré de la sainte Ecriture?
Même en écrivant Farel parle ; que devait-ce être, quand il prêchait ? Il possède en effet à un rare degré l'art et le goût, il faut dire la passion, de parler au peuple : attaqué, ripostant, insulté, insultant.
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Le Sommaire de Farel.
Première page *.
* Voir note 6. (p. 153.)
2. Un jour, à Montbéliard, on annonce la venue d'un marchand d'indulgences. Le Conseil de la ville refuse d'intervenir. Aussitôt Farel écrit au duc (1 1 novembre 1524) : « Un de ces fripons et de ces brigands est venu prêcher à Montbéliard, et il se propose, sous l'invocation de saint Antoine, de plumer dimanche prochain les pauvres sujets de Votre Altesse.... Là-dessus nous avons, comme vos fidèles sujets, sollicité le Conseil de Montbéliard de s'opposer à ces blasphèmes et à ces voleries... nous offrant nous-mêmes {et très spécialement Farel)*, dans le cas où nous ne prouverions pas notre dire, à livrer notre corps et notre vie aux châtiments les plus sévères qu'il plairait au tribunal de prononcer. Mais, en face de ce drôle, leur glaive est resté rouillé dans le fourreau.... Nous vous supplions humblement, très excellent prince, de prendre en considération l'honneur de Christ et le salut de vos pauvres sujets.... Mais afin que personne ne puisse, au nom de la Parole de Dieu, adresser à Votre Altesse ou à nous, le reproche d'avoir fait violence à cet individu et de l'avoir expulsé sans l'entendre, nous consentons bien (si tel est le bon plaisir de Votre Altesse) à le laisser entrer avec sa marchandise, mais à condition qu'il ne prêche, ou ne débite rien qu'après avoir auparavant prouvé qu'il tient de la Parole de Dieu le droit et le pouvoir de le faire 3 »
Evidemment celui qui écrit ainsi tient bien à la main une épée encore plus
1. Aux lecteurs fidèles, p. 219, 220. — -2. La lettre est écrite au nom de Farel et de Gayling. Le texte conservé est allemand. — 3. Herminjard, I, p. 303, 304.
qu'une plume : « Que veux-je, sinon qu'elle flamboie ! » Quelle verve ! quel dédain des circonlocutions et des restrictions ! Comme les choses et les gens sont appelés par leur nom ! Et quelle ardeur! « Notre corps et notre vie... » pnurvu que Dieu triomphe et sa Parole !
Seul sur la brèche, Farel se voit contraint, lui qui n'est pas pasteur, de distribuer les sacrements d. A ces époques de crise et de création, la vocation divine dispensait de la vocation humaine. Puis il rentre à Strasbourg, vers avril 1 525.
A Strasbourg, Farel retrouve son ancien maître et ami, Le Fèvre d'Etaples, avec Roussel, Michel d'Arande, Védaste, hôtes, comme lui, de Capiton. Après un séjour bienfaisant et fécond de plus d'un an (i 525-1 526), il repart, traversant l'Alsace, au milieu des plus grands dangers. Il est même sur le point de périr, une nuit d'orage, dans des marécages près de Schlestadt. Il est à Bâle, le 25 octobre i52ô2, et, se dirigeant vers le centre de la Suisse, il essaie de pénétrer à Xeuchàtel. Il avait mis « un surplis de prestre, d'autant que sans cela n'eust esté ouy ; aussy il se transfigurait, dit le chroniqueur, au commencement sans idolâtrie, en plusieurs manières, pour avoir entrée de prescher en la langue franceoise 3. » Mais au moment où il monte en chaire, il est reconnu et forcé de quitter la ville.
Alors il se retire à Aigle, qui appartenait à Berne. « Estant là arrivé, il luy fust besoin d'user de subtils moyens pour avoir entrée à prescher, et entre autres il se fist maistre d'écolle, et apprenoit les petits enfans à ses propres despens 4. »
C'est au milieu de novembre i52Ô qu'il était arrivé et avait ouvert une école sous le nom & Ursinus. Voici du reste comment il s'annonça lui-même aux Seigneurs de Berne : « Guillaume Farellus, votre très humble et obéissant serviteur, est venu s'établir à Aigle avec l'intention d'y ouvrir une école, pour instruire la jeunesse dans la vertu et la doctrine, et pour se procurer à lui-même les ressources nécessaires à sa subsistance 5. »
Ce n'était pas là un simple déguisement. Ursinus était le nom (latinisé) de sa mère, et le Réformateur était bien doublé d'un pédagogue. — Ne nous lassons pas de noter le même fait! C'est dans une petite école, celle de Farel, que commence la Réformation de la Suisse romande. C'est dans une petite école, celle de Froment, que commence la Réformation de Genève, et, le jour où la Réformation romande triomphe, Genève proclame l'instruction populaire et obligatoire !
Naturellement, avec Ursinus, la chaire d'école se transforme vite en chaire de temple, et, le 3o novembre, il prêche pour la première fois".
I. Herminjard, I, p. 305, n. 3. — i. lbid., I, p. 453. — 3. lbid., I, p. 461, n. 15. — i. lbid. « Pour Farci ce furent de beaux moments que ceux de son premier séjour à Aigle. Jamais peut-être plus de prudence, jamais plus de douceur ne se montrèrent unis à son zèle. > Le Chroniqueur, p. 57. — fi. Juin 1527. Herminjard, II, p. 22. — 6. lbid., I, p. 461.