FAREL, LEVANGELISTE !)!■: LA SUISSE ROMANDE
Tel fut le lutteur. Que serait-ce si nous l'avions vu — avec son corps trapu, de pauvre apparence, son teint brûlé par le soleil, sa figure osseuse aux traits rudes et forts, la barbe longue et mal peignée, l'œil en feu, la bouche large d'où
Portrait de Farel d'après le tableau conservé à la Bibliothèque de la ville de Neuchâtel.
sortait une voix tonnante... sur la place publique, ou dans la cathédrale, effrayant, entraînant les masses ?
Et que serait-ce surtout, si nous l'avions entendu ? Il ne nous reste aucun discours de lui. Il improvisait. Nous ne dirons pas que le vent a emporté ses paroles, mais elles sont restées cachées dans le cœur de ceux qui les entendaient. Et cependant nous pouvons très bien nous faire une idée de cette éloquence, une des plus grandes de son siècle, a-t-on dit, car ses écrits, même ses écrits les plus dogmatiques, sont de vrais discours. Ainsi le voilà qui, dans son Sommaire, expose comment l'Eglise catholique empêche de lire la Bible, a Là, dit-il, le Nouveau Testament, contenant la mort et passion de Jésus, la doctrine que chascun chrestien doit tenir et croire, est deffendu. » A cette idée, il tressaille d'émotion et d'indignation, et s'écrie : « Hée Dieu, quelle horreur! O soleil peulx-tu jecter tes rays sur tel pays? O terre peulx-tu porter telles gens et donner fruict à tel peuple, qui ainsi contemne et desprise ton créateur? Et vous,
Seigneur Dieu, estes-vous si miséricordieux, et si tardif à ire et vengeance contre ung si très grand oultrage faict contre vous '. »
Plus loin, à propos de la résurrection, il s'écrie: « O vrays champions et propugnateurs de la parolle de Dieu, ayez bon courage, la victoire vous est preste, le triumphe ordonné avec le grand capitaine Jésus. Ne tournez le dos en ceste bataille très vertueuse. Entrez hardiment dedans i. » Tel est le style du livre.
Du reste, si nous n'avons plus de discours adressés par Farel aux hommes, nous avons encore tel discours adressé à Dieu, telle prière qui certainement est un excellent échantillon de son éloquence 3, prière ardente, longue, qui se continue, sans pouvoir cesser, semble-t-il, infatigable, pleine d'exclamations, d'appels.... Au lieu de s'adresser à Dieu, le voilà qui s'adresse aux hommes. Exalté par la sainteté de sa mission, surexcité par le danger qui le menace, partagé entre la haine de ce Satan qu'il croit entendre frémir et rugir, et la pitié pour ces pauvres âmes qui s'engouffrent dans l'abîme éternel, en pleine rue, du haut d'une borne, il laisse déborder sa parole aux Ilots pressés, tourbillonnants; c'est un torrent irrésistible, qu'aucune digue ne peut arrêter; il roule à travers les cœurs et les consciences ses appels, ses menaces, ses objurgations, ses supplications ardentes, ses anathèmes terribles « L'Eglise de France
récemment a admiré Calvin, car personne n'enseigna plus doctement. Toi aussi, Farel, elle t'admira récemment, tonnant, car personne ne tonna plus fortement4. »
Et ce fut un éclat de ce tonnerre qui arrêta Calvin épouvanté et donna ce Français à Genève, et Genève à la Réforme française.
1. Sommaire, édition Baum, p. 88. — 2. Ibid., p. 118. — .'i. G. Farel, Du vray usage de la croix. i. Gallica mirata est Calvinum Ecclesia nuper, Quo nemo docuit doctius.
Est quoque te nuper mirata, Farelle, tonantem,
Ouo nemo tonuit fortius. (Icônes, article P. Viret.)
zAvdc^ia)n indices , coonofee,
B A S 1 1 E Ai-, PER lOAfr 11cm opo rinmu