Herminjard, II, p
place] à une tant excellente œuvre, qui, par la grâce de Dieu, est venue en place qui à bon droit doit estre veue et lue '. » Quelques années avant, sa modestie vis-à-vis de Zwingle n'avait pas été moins remarquable : « Je t'en
conjure, lui écrivait-il [9 juin '527;, si tu vois quelque œuvre à faire, avertis, ordonne, commande, car si c'est la volonté de Dieu, je suis tout disposé à m'y appliquer 2. »
Il est très sensible. Calvin l'appelle : « mon frère très doux, très suave ; » et encore : « mon âme (animus meus). » 11 s'étonne de sa puissance de souffrance. « Viens, écrit Calvin à Viret; autrement nous perdrons Farel, accablé de dégoûts (lœdio). Je n'aurais pas cru que pareille douleur pût saisir ce cœur de fer 3. »
On ne peut dire qu'il fut tolérant, mais son cœur de théologien sut être large. Homme d'action, et surtout homme de la Bible, il s'en tenait aux doctrines essentielles de l'Evangile, sans abuser de la métaphysique. Caroli n'alla-t-il pas jusqu'à l'accuser, du reste comme Calvin, d'arianisme ? Surtout il avait soif d'union entre tous les vrais protestants. Il faut lire son admirable lettre à l'ami, au collègue de Luther à Wittemberg, Pomeranus [Bugenhagen] , à propos des discussions relatives à la Cène : « Que l'amitié se resserre entre ceux qui reconnaissent que le Christ nous a été fait de la part de Dieu sagesse, etc....
» Qu'il ne nous semble pas honteux de nous avouer vaincus, puisque Pierre aussi, après avoir vaincu les prêtres et les scribes, céda à Paul.... Mon cher Pomeranus, j'ai voulu balbutier tout cela auprès de toi pour que tu le comprennes : je ne désire rien que l'union et la concorde de l'Eglise, et elle se maintiendra facilement si nous avons la même charité, si nous sommes unanimes dans nos sentiments, sans contention, sans vaine gloire, estimant humblement les autres plus excellents que nous mêmes, etc....4 »
Verre de communion de Farel. (p. 165)
). Aux lecteurs fidèles, p. 231-234. — 2. Herminjard, II, p. 20. Encore un exemple de cette étonnante modestie. Il écrit à Calvin, en le priant de lui corriger certaines lettres: « Tout ce que j'ai, c'est que je ne suis jamais content de moi.... Mais ma tête est trop dure... et j'ai été si longtemps Farel que je ne puis plus être un autre, en écrivant. Je ne puis chasser mes figures, mes barbarismes, mes solécismes. Mon style n'a aucune clarté.... Voici mes lettres à Bucer. Je t'en prie, ne les lis pas, mais fais les lire par quelque oisif. Pourquoi te fatiguerais-je par mes inepties ? Si tu as un moment, fais-t'en lire un morceau... et tu me rendras un bien agréable service, si tu m'invectives, comme je le mérite. » (27 août 1550, Opéra, XIII, p. 632.) — 3. 23 avril 1537, à Viret. Herminjard, IV, p. 230. — i. Herminjard, I, p. 395"397-