‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 5)Chapitre 45 sur 166 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

L'exil.

I. La liberté de la discipline. — II. La liberté de la chaire. — III. Berne et le caractère de Calvin. — IV. La conformité des cérémonies. — V. Synode de Lausanne. — VI. La catastrophe. — VII. Calvin et Farel à Berne. — VIII. Synode de Zurich. — IX. Kuntz et la décision finale. — X. Les critiques de Calvin.

X attendant, les difficultés relatives à la Confession de foi touchaient à leur terme. Officiellement abandonnés par les Bernois (28 décembre 1 537 * N ^es derniers récalcitrants se soumirent, le 4 janvier i5382. « Les prédicants se déclarèrent satisfaits. Ils avaient obtenu la victoire. Sans doute, P. Ameaux et plus d'un autre citoyen n'avaient pas prêté le serment. Mais c'était fini et il n'en est plus question 3. »

Vaine apparence! Plus excitée que jamais, l'opposition, arborant aux chapeaux des giroflées vertes, s'écriait qu'on pourrait bien faire des tètes rouges. Et en effet, à la question de la Confession de foi avait succédé la question de l'excom-

1. Après avoir été informés du propos de table des ambassadeurs bernois à Genève, propos rapporté en plein Conseil général, le 25 novembre : « tous ceux qui avaient juré la Confession de foi étaient parjures, » Farel et Calvin coururent à Berne, et obtinrent un désaveu officiel. Le 6 décembre, le Conseil de Berne annonce l'envoi d'ambassadeurs, et prie de les attendre. (Opéra, Xb, p. 130, 131.) Le 8, il rédige ses instructions. Le 9, il écrit que, d'après le rapport de Hugues Vandel, tout étant en « bone tranquillité, » il n'envoie pas son ambassade. (lbid., p. 133.) Le 10, Farel et Calvin paraissent au Conseil, pour rendre compte de leur voyage à Berne. Le 13, arrive la lettre bernoise écrite le 9. 11 y a Conseil ordinaire, puis Conseil des Deux Cents, le 14: « Or est que, par les paroles d'aulcungs, ils se sont destornés envoyer les dicts ambassadeurs et en hont icy rescriptz. » (Registres du Conseil, vol. 31, f. 135.) On résout que Farel retournera à Berne avec les ambassadeurs genevois. Le 28, le Conseil de Berne réitère ses exhortations et l'annonce du départ de ses ambassadeurs. Il dit que la Confession est « selon Dieuz et la Saincte Escripture, et par ainsy conforme à nostre religion » Leurs Excellences ajoutent le vœu que • les maulvais soient reculez de leurs sinistres machinations. > (Herminjard, IV, p. 332. Opéra, Xb, p. 134. — Voir A. Roget, Histoire du peuple de Genève, I, p. 55 et suiv. Annales, p. 217-219.) — i. Herminjard, IV, p. 340, n. 2, 3. — ■i- Cornélius, p. 151.

munication, ou de la discipline. Or si, sur la première, Calvin avait trouvé un Conseil docile, prêt à lui accorder ses demandes, sur la seconde, un nouveau Conseil allait se montrer réfractaire.

Pourquoi ? M. Heiz l'explique excellemment. « Genève voulait attester son protestantisme, car elle ne voulait pas le retour de son évêque. Le but était atteint par la Confession. Mais cela ne veut pas dire que les Genevois fussent évangéliques de cœur. Le Conseil pouvait édicter des ordonnances, très correctes ecclésiastiquement, et cependant être secrètement d'accord avec ceux qui, sans appartenir aux nombreux crypto-papistes et aux Anabaptistes de la ville, ne voulaient pas de Calvin et d'un tribunal de mœurs, dans lequel il aurait sa place avec ses collègues, et qui pensaient, ce qui fut dit plus tard, qu'un seul homme mélancolique ne devait pas gâter les plaisirs de toute la ville — Ce parti voulait bien avoir l'apparence du protestantisme: il ne voulait pas être en réalité réformé1». — A cette déclaration ajoutons tout de suite celle de Cornélius expliquant la pensée du Conseil : « A la place, dit-il, des hommes pieux, les fonctionnaires civils; à la place de l'Eglise, les hommes du gouvernement ; à la place de l'excommunication, la peine du bannissement. Ce n'est plus une discipline, c'est une extension du droit de police sur la conduite des citoyens2. » Voilà bien encore une fois la double question que nous avons signalée : moralité de la religion et indépendance de l'Eglise. En vérité, comment blâmer Calvin d'avoir énergiquement protesté et d'avoir tout sacrifié plutôt que la moralité de la religion et l'indépendance de l'Eglise ? Sur lequel des deux points de son programme pouvait-il transiger ?

Dès l'ouverture de la crise par la séance du Conseil général, on voit l'influence de Berne augmenter, et l'influence du Réformateur dans le Conseil diminuer. Le vendredi 28 décembre 1 537, ^ est question de la Cène, le Conseil décide d'attendre le retour des ambassadeurs envoyés à Berne. Dans la ville l'excitation grandit. Les propos violents se font entendre contre les prédicants (iei janvier 1 538). La question de la Cène revient le jeudi 3. Les prédicants expliquent que « en la Sène ordonnée de Dieu ne doibvent entrer gens dissonnés à l'union des fidelles, ny semans division.» Ils ne sont donc pas d'avis, dimanche prochain, d'y v. recepvoir ceulx que il sçaivent estre désunys. » Ils demandent « l'advis de Messieurs. » Le Conseil n'ose se prononcer et répond que « l'on tiendra demain le Conseil de Deux Cents. » Or celui-ci oppose aux demandes des Réformateurs... une fin de non recevoir pure et simple : « Item est parlé que les prédicans disent que bonnement il ne porroit donner la Sène aux contrarians à l'union. Est arresté que l'on ne reffuse la Sène à personne3. » (Vendredi 4 janvier.)

Ainsi le jour même où se terminait le conflit entre les Réformateurs et le peuple, relatif à la Confession de foi, le nouveau conflit entre les Réformateurs et le gouvernement, relatif à la discipline de l'excommunication, éclatait.

1. Heiz, Article cité. — 1 Cornélius, p. 141. — 3. Registres du Conseil, vol. 31, f. 146. Annales, p. 219, 220.

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