CALVIN ET LUTHER
l'intimité religieuse de Luther. L'importance de Calvin (à part ses autres dons si remarquables) consiste clans ce rôle de conciliateur. Des l'origine, il a été l'homme de l'union; son système théologique est un système d'union. Sans lui. les Suisses, ou bien auraient été luthéranisés, ou bien seraient tombés au rang d'une secte insignifiante ; et, dans ces deux cas. les avantages de leur organisation, de leurs conceptions auraient été perdus pour l'Eglise évangélique *. »
Ainsi Calvin, entre Zurich et Wittenberg, la main dans la main de Mélanchthon, prouvait aux protestants et au monde, non pas qu'il n'y avait pas de différences entre les protestants (ce qui n'était pas désirable); non pas qu'il n'y avait plus ni zvvingliens, ni luthériens, et seulement des calvinistes (ce qui n'était pas désirable), mais que, dans la différence des conceptions dogmatiques et des tempéraments religieux, à la place d'une discorde funeste, pouvait s'établir un vrai Consensus, pour la plus grande force du protestantisme, pour sa puissance irrésistible. C'était la protestantisation de l'Europe rendue possible.
La possibilité ne devint pas la réalité.
Une seconde fois, des luthériens, plus luthériens que Luther, repoussèrent la main qui leur était tendue. Sous l'inspiration de leurs théologiens, les princes saxons refusèrent d'accepter le Commentaire que Calvin leur dédiait -.
Voilà comment et pourquoi l'Europe aurait pu être, et ne fut pas protestante.
I. Lang, p. 320. — 2. 27 février 1555. < Ce refus de mon livre m'a, je l'avoue, beaucoup déçu, » écrit Calvin à Burkard, chancelier des ducs de Saxe. Opéra, XV, p. 454.
Fac-similé des trois premières signatures apposées au bas des Articles de Marbourg.