‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 5)Chapitre 89 sur 166 · Opéra, V, p. 506-508. — i. Kampschulte, 1, p · texte numérisé non relu

Opéra, V, p. 506-508. — i. Kampschulte, 1, p

EN ALLEMAGNE

Derrière la question littéraire, se dresse une question singulièrement grave, la question politique : les tentatives d'alliance entre les princes allemands protestants et la France .

Kampschulte insinue que Calvin était un « hérétique émigré. » Le « savant de Noyon » se considérait toujours comme le sujet du roi de France! Il appelait François Ier, son roi ! Que de crimes ! Il fut un avocat zélé, un promoteur passionné de l'alliance entre les princes protestants allemands et le roi de France. De telle sorte que nous assistons à ce spectacle : tandis que les catholiques français condamnent Calvin comme traître, les catholiques allemands le condamnent comme patriote. — Certains historiens protestants insistent aussi sur l'activité politique de Calvin, et le représentent comme travaillant continuellement à l'union des princes et de la France. Ils ajoutent seulement qu'il agissait avec conviction et qu'on n'a aucune raison de le considérer comme « un agent français, » bien moins encore, naturellement, comme un agent « payé1. »

Mais sur quoi se fondent toutes ces affirmations malveillantes ou bienveillantes? Sur rien. Kampschulte et Pastor sont obligés de le reconnaître: « Nous ne savons pas, disent-ils, comment il trouva occasion de développer en ce sens son activité 2. » La lettre de Marguerite, sur laquelle nous reviendrons, est non de 1540, mais de 1 541 , ce qui enlève la base des raisonnements et des hypothèses de nos deux historiens. — Nous savons qu'à Francfort il y eut un envoyé de François Ie', Lazare de Baïf, envoyé venu, du reste, à la requête de Charles-Quint, « car tous deux [François et Charles], dit Sleidan, dissimulloyent leur maltalent, et se doroyent de belles paroles :i. » Ostensiblement, Baïf4 travaillait pour, — secrètement il travaillait contre, — l'empereur. Calvin dit de lui : « L'ambassadeur du roy de France est Bayfius, lequel n'entend rien en nostre cause. Néantmoins il nous reçoit assez humainement, quand nous Talions voir3. » — C'est le seul renseignement positif que nous possédions; c'est le seul que ne mentionnent ni Kampschulte, ni Pastor. Il n'était pas favorable à leur hypothèse.

Dégageons si possible la vérité authentique. Il faut commencer par constater, ce que l'on a presque complètement négligé de faire, que l'inspiration de l'activité de Calvin est une inspiration religieuse et charitable. Il est ému par les souffrances de ses frères, les protestants français. Voilà ce qui le pousse à se rendre à la première assemblée, celle de Francfort. Voilà ce qui explique son propos sur Baïf, sur ce qu'il appelle la « cause. » Il serait étrange, en effet, que Baïf,

1. Dr Paul Vetter, Die Religionsverhandlungen atefdem Reichstage eu Regensburg, i>4r, 1889, p. 21, 22, n. 1. — -2. Kampschulte, I, p. 331. Dr Ludwig Pastor, Die kirchlichen Reunionsbestrebungen wâhrend der Rcgierung Karls V, 1S79, p. 194. — :i. Sleidan, p. 99*. — 4. Baïf était connu par ses ouvrages d'érudition. Il avait été ambassadeur de France à Venise. Herminjard, VI, p. 236, n. 15. — i>. Opéra, XI, p. 66. Herminjard, VI, p. 260. . .

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