‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 5)Chapitre 90 sur 166 · LES TR · texte numérisé non relu

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venu pour traiter une alliance politique, n'eût pas compris Calvin lui parlant de cette alliance, et se fût contenté de le recevoir i assez humainement, i Cette phrase n'a un sens que si, par la ■• eau . I .alvin entend la cause des protestants français persécutés. Il n'est pas étonnant que Baïf ait été embarrassé sur ce point.

dette préoccupation reste constante chez Calvin, et, à force d'efforts1, il arrive, au dernier Colloque, à faire envoyer au roi de France, non pas une grande ambassade, comme il aurait voulu, mais une lettre-'. N'oublions pas que ces efforts étaient combinés avec ceux de Fard, qui lit un voyage à Strasbourg et un autre à 'Worms 3, et avec ceux des villes de Berne, de Mulhouse, de Bâle, de Strasbourg l.

Du reste, nous avons des déclarations très significatives de Calvin. Et d'abord celle-ci qui est générale : « Je contemplerais tout cela, de haut, avec calme, si je ne pensais aux hommes pieux. C'est pourquoi je me fais violence à moi-même et je m'insinue dans la familiarité de ceux grâce auxquels j'espère pouvoir les aider en quelque mesure"'. » Voilà le mobile.

Le 1 1 mai i5qi il écrit : « Le salut de mes frères m'est à cœur, comme il le doit, mais nous sommes arrêtés par cet obstacle que tu connais. Morelet, qui. à ce propos, a été envoyé, s'efforce de délier ce nœud. 11 y a plus d'espoir que d'habitude. Le landgrave se sent un peu déçu, du côté6 d'où il espérait tout. Il inclinera du côté du nôtre7.... Crois-moi: jusqu'ici il Morelet s'est fidèlement comporté. Mais tout ce qu'on a obtenu, c'est qu'on leur permit de retourner chez eux, après avoir abjuré auprès de l'évèque. »

1. Voir sur les efforts de Calvin et des magistrats genevois pour obtenir, dès 1539, une intervention des Etats protestants en faveur des Français persécutés, Herminjard, V, p. 268 et n. 9; VI, p. 31, 32, 59. 119; VII, p. 126, n. 1. — 2. Calvin à Farel, vers le 6 juillet. Opéra, XI, p. 252. Herminjard, VII, p. 179. — « Calvin désirait l'envoi d'une ambassade importante. Il ne put obtenir, vers le milieu de mai 1541, qu'une requête collective, dont le canevas fut tracé par Mélanchthon. Mais, après la réception des dépêches pressantes de Farel et du Sénat de Strasbourg, il réussit à faire modifier sur deux points importants le projet de requête. >• (Herminjard, VII, p. 126-128, et p. 126, n. 1.) La rédaction n'est pas de Calvin, (lhul., p. 126, n. 2, 4.) — Sur ce point encore Calvin se trouvait d'accord avec Bucer, qui lui avait préparé les voies en manifestant une énergie infatigable en faveur des protestants français. Bucer écrivait un jour à Marguerite Blaurer: « Certes je ne puis t'approuver, que tu tiennes le seul nom de Français pour un crime. Je t'en prie, qui sont les Allemands? qui sont les Italiens ? qui sont les Espagnols et les autres ? En soi, pour le Seigneur Jésus, ils sont également frères. Et au Christ, le Père a donné en possession non pas une ou deux, mais toutes les nations de la terre. > (Bourrilly, François I'r et les protestants, dans le Bulletin, XLIX, 1900, p. 478, et n. 1.) — 3. A propos du voyage à Worms, Farel écrit aux pasteurs de Zurich, le 30 avril 1541 : «Vous avez appris de quelle cruauté on a usé envers les hommes pieux, et on use encore aujourd'hui : les tyrans leur enlèvent la vie par le fer et par les flammes. Les frères, émus de compassion, m'ordonnèrent d'aller à Worms pour supplier les hommes pieux, là réunis, d'apaiser, s'il était possible, une si grande rage. > Opéra, XI, p. 210. Herminjard. VII, p. 102. — i. Vetter, p. 160. — 5. Calvin à Farci, 9 juin 1541. Opéra, XI, p. 236. Herminjard, VII, p. 152, n. 11 : « Il avait formé et il entretenait des relations journalières avec les ministres et les théologiens des princes protestants, et il s'efforçait de les gagner à l'alliance française en leur représentant que ce serait le meilleur procédé pour disposer le roi à la clémence. Voilà pourquoi Marguerite de Navarre écrivait à Calvin, le 25 juillet i54i,etc. * — 6. De l'empereur. 7. De notre roi. — Opéra, XI, p. 216. Herminjard. VII, y. 113, n. 9-13, et p. 151, n. 10. — Dans cette même lettre, en Post-Scriptuin, il raconte qu'il a dîné chez le landgrave de Hesse, avec Bucer, Mélanchthon.... On a dit du bien de Farel.

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Et encore : « A propos de la cause des frères, j'ai écrit à Farel ce qu'il était permis de dire. Car, les conseils plus secrets, je suis obligé de les taire, à ma grande douleur '. »

Est-ce à dire que Calvin n'ait pas mis le pied sur le terrain politique? Non, certes. Seulement, il était essentiel de bien constater comment et pourquoi Calvin voulait sauver la vie à ses malheureux coreligionnaires odieusement persécutés. C'était son devoir, incontestable, loyal. Pour cela, il recommandait l'alliance française. Et c'est ici, à la fin des Colloques, que trouve place la lettre de Marguerite de Valois : « A Monsieur Calvinus, ay receu vostre lettre par Selidanus.... Et entendez que le Roy est merveilleusement satisfait des bons services que vous et les autres lui faites par delà, desquels il est bien adverti.... Je vous prie aussi continuer à faire le service au Roy, que vous avez fait jusques icy 2. »

Calvin avait écrit à la protectrice des protestants 3. La bonne princesse lui répond et lui envoie un certificat de patriotisme. Enregistrons-le, puisqu'il peut, à l'occasion, servir. Mais en méritant les éloges de la France, Calvin aurait-il dû provoquer les soupçons, sinon les flétrissures de l'Allemagne? Voilà la question.

C'est peut-être ici que les historiens catholiques abusent le plus de la crédulité de leurs lecteurs. D'après eux, il y a d'un côté Calvin, Français, étranger, cherchant à nuire à l'Allemagne, de l'autre l'empereur allemand, les princes catholiques allemands, les intérêts de l'empire allemand !

Mais l'homme qui dirigeait les affaires de l'Allemagne, qui donc était-il, sinon un étranger, un espagnol ? et la puissance qu'il opposait aux protestants allemands qu'était-elle, sinon la puissance du roi d'Espagne, de Naples, du maître de Milan et des Pays-Bas ? Et à côté de cet étranger, quel était donc le second adversaire le plus fanatique des protestants ? un autre étranger, le pape. Et dans tous ces Colloques, contre qui se débattaient les protestants? contre des étrangers comme Granvelle, des étrangers comme Morone, des étrangers comme Contarini. Et ce sont les défenseurs de cette auguste bande d'étrangers qui crient au scandale, à la seule pensée que Calvin n'était pas Allemand !

Ce n'est pas tout. François Ier n'était pas pour les princes allemands un étranger quelconque, au sens où ce mot est pris aujourd'hui. François Ier avait été le rival de Charles-Quint. Avec quelques voix de plus, il aurait pu être empereur, le chef parfaitement légitime de l'empire allemand, et sa politique était d'obtenir officieusement ce qu'il n'avait pas obtenu officiellement. Ses remarquables instructions d'août 1 535 à son ambassadeur en Allemagne, Guillaume du Bellay, expliquent qu'il désire l'union entre les protestants et les catholiques allemands; il les met en garde contre les « guerres civiles et intestines », funestes à tous, et bonnes

1. Herminjard, VII, p. 183, n. 6. — i. Opéra, XI, p. 62. Herminjard, VII, p. 199, n. 4. — :). Sleidan avait emporté la lettre de Calvin avec les dépêches de Morelet pour le roi.

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seulement pour faire la joie de ceux « qui désirent leur dicte diminution et affaiblissement, pour après opprimer plus facilement l'une et l'aultre partye, leur tollir leur ancienne et jusques icy inviolable liberté, et abolir l'honneur du sainct Empire en le rendant et acquérant à eux comme propre ou héréditaire1. » — Nous n'avons pas une confiance exagérée en la loyauté de François 1er: mais, comme son intérêt et la vérité se trouvaient d'accord, il disait l'exacte vérité.

En face du catholicisme, dont les deux représentants, deux étrangers, l'empereur et le pape, rêvaient chacun de leur côté leurs rêves de domination universelle. de despotisme, les protestants allemands représentaient l'élément allemand, l'élément d'indépendance et d'autonomie. Et pour résister à leurs deux adversaires étrangers et dangereux, ils n'avaient qu'une ressource : s'appuyer sur François Ier, pas plus étranger que Charles-Quint, et moins dangereux.

La situation était en Allemagne ce qu'elle était partout. L'Eglise visait à l'uniformité internationale, grâce à la coalition de tous les étrangers contre chaque nationalité. Le protestantisme, c'était en Angleterre, en Bohême, en Allemagne, en France, l'essor, la délivrance de chaque nationalité. Calvin n'était donc ni scandaleux, ni perfide, quand, patriote français, pour sauver ses coreligionnaires français, il parlait un langage qui faisait battre le cœur des patriotes allemands. Il était logique et loyal. Les protestants français, les protestants allemands avaient le même ennemi national et religieux, l'étranger de Rome, appuyé sur l'étranger d'Espagne.

Cette réalité avait été comprise de bonne heure, nous l'avons dit, par les trois grands hommes politiques du protestantisme : Zwingle, Jacques Sturm et Philippe de Hesse. Et deux fois il sembla que les circonstances allaient faire aboutir ce qui était tenté, avec piété ou avec impiété, avec conscience ou avec inconscience, l'alliance franco-allemande, dont dépendaient les destinées de l'Europe moderne.

La première fois, c'était en i535. François Ier était sous l'influence de son bon génie, Marguerite, et de ce que la France avait de plus éclairé. Il demanda aux princes allemands de lui envoyer Mélanchthon. Cette demande était plus qu'un fait isolé, c'était un symbole: recherche de l'union, opposition à la Sorbonne, échec au parti fanatique de Montmorency, possibilité d'une entente, ouverture à des conséquences imprévues.... La ligue de Smalkalde refusa'-, tout particulièrement sous l'influence de l'électeur de Saxe, pieux et honnête, mais minutieux et étroit. Qui peut savoir ce qui serait arrivé ': Rien n'était certain : tout était possible.

François Ier abandonna ses projets; les amis de la tolérance furent découragés ; le parti ultra-réactionnaire triompha ; les persécutions contre les protestants reprirent. M. Schmidt dit : « Veux-je excuser par là François Ier d'avoir été désormais le persécuteur des protestants ? Je veux seulement dire que les persécutions auraient peut-être cessé, si les Allemands n'avaient pas repoussé ses

^. Bulletin, XLIX, 1900, p. 354,355. « François I" et les protestants. Les essais de concorde en 1535 », par V. L. Bourrilly. — 2. Sleidan.'p. 71.

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avances. Du côte du roi, il y avait des préoccupations politiques : il y en avait de même du côté des Allemands. Lui n'osait pas se séparer décidément de Rome ; eux ne pouvaient s'élever au-dessus des préjugés, des soupçons, et se placer au vrai point de vue, libre et élevé, auquel se plaçaient des hommes comme Mélanchthon et Bucer *. »

Une seconde occasion se présenta, précisément à l'époque où nous sommes.

Malheureusement, Zwingle était mort, et à l'heure critique, décisive, Philippe de Hesse fit défaut à lui-même et à la grande cause qu'il avait eu l'honneur d'embrasser. Il venait de commettre sa fameuse bigamie (ces secondes, ou plutôt ces malheureuses noces, comme dit Calvin, digamia, vel potins dysgamia2) le 4 mars 1540. Le bruit en court déjà au Colloque de Haguenau. Et cherchant, contre les conséquences dangereuses de son acte, un secours que les alliés de Smalkalde lui refusent, Philippe fait le saut: en septembre 1540, il entame des négociations secrètes avec Granvelle3! Peu d'actes devaient avoir des conséquences aussi funestes que cette bigamie autorisée en secret, autorisée à contrecœur, mais autorisée par Luther, Mélanchthon et Bucer !

Quand Morelet du Museau , l'ambassadeur français (un protestant pieux, banni, puis rétabli dans ses droits sans abjuration préalable et rappelé par François Ier) 4, arriva à Ratisbonne (en compagnie de Sleidan, l'historien, protestant et pieux, ami de Calvin), porteur des plus favorables ouvertures pour les princes allemands, même pour Philippe de Hesse, c'était trop tard!

« De grands horizons s'ouvraient pour le protestantisme à ce moment. La France, alliée au Sultan, offrait la main à la Ligue de Smalkalde. La Ligue l'acceptait-elle ? c'était la ruine définitive de la maison de Habsbourg5 en Allemagne et en Italie, et le reste des territoires allemands passait au protestantisme fi. » - - L'électeur de Saxe 7 (bizarre renversement des situations politiques) était favorable. Il envoya même un délégué en France8. Mais, encore une fois, pour Philippe, c'était trop tard ! Il était moralement, ou plutôt immoralement, prisonnier de Charles-Quint. Il avait renoncé à toute alliance avec les Français ;

i. Zeitschrift fiir die historische Théologie (herausg. von Niedner) , 1850. Schmidt : Die Unions- Versuche Franz des I. zwischen katholischer und protestantischer Kirche , p. 67-69. — 2. Lettre du 13 novembre 1554. Opéra, XV, p. 306. — :î. Dr Reinhold Moses, Die Religionsverhandlungen su Hagenau und Worms, 1540 und 1541, p. 57. — 4. Les Bâlois avaient remercié François Ier pour cet acte, qui était inspiré seulement par la politique. Herminjard, VII, p. 203, n. 6. — 5. La destruction de cette puissance était nécessaire à la liberté, à l'existence du monde moderne. L'honneur, que répudièrent les princes allemands, devait revenir, après des luttes qu'on aurait pu éviter, aux Pays-Bas, à la Suède, à Henri IV et à Richelieu. — 6. Vetter, p. 13. — 7. « Ce fut un grand malheur que sa politique ne fut appuyée presque que par Strasbourg, d'autant plus grand que l'alliance avec la France était une nécessité inévitable pour le protestantisme, aussi longtemps que l'empereur et l'empire lui contestaient le droit à l'existence. La grave défaite des protestants, qui suivit, aurait pu être évitée, si la Ligue de Smalkalde avait soutenu l'électeur de Saxe. » Vetter, p. 16. — 8. Georges de Planitz, qui, du 9 au 19 juin, assista, à Châtellerault, aux fêtes splendides données à l'occasion du mariage de Guillaume de Clèves avec Jeanne d'Albrct. (Herminjard, VII, p. 184, n. 6, et p. 200, n. 6.) Ce mariage, célébré le 14 juin 1541, n'était-il pas un lien de parenté entre les princes allemands et le roi de France î Annonçant les fiançailles, Mélanchthon disait à Myconius (29 septembre 1540) : « Marguerite, mère de Jeanne d'Albret, demande à être recommandée aux prières des Eglises évangéliques. » (Ibid.)

il devait dénoncer toutes les tentatives d'alliance faites par la France : il devait môme, en cas de guerre, servir contre la France1.

C'est un historien allemand qui s'exprime comme suit : le depuis le

XI1-' siècle des princes allemands avaient souvent fait pour la sauvegarde de leurs intérêts matériels et particuliers, c'est ce qui fut fait à ce moment pour la sauvegarde du caractère spirituel du peuple allemand. \ côté de la politique, poursuivie conformément à certains intérêts d\ nastiques par la Curie, ce fut tout d'abord à la France que le protestantisme, dans les premières années de son existence, dut de ne pas être écrase par l'empereur. De l'attitude de la politique française entre l'empereur et la Ligue de Smalkalde dépendait, vers i?40, le sort du protestantisme 2. »

-< Si les chefs de la Ligue de Smalkalde s'étaient rendu un compte exact de la situation, si quelques-uns d'entré eux n'avaient pas nourri les plus étranges illusions sur les bonnes dispositions de l'empereur,... ils auraient dû s'efforcer de conclure une union solide avec la France '. » Et la preuve c'est que, ayant laissé Charles-Quint conclure lui-même cette alliance (paix de Crespy, 1344) et ayant finalement été écrasés par Charles-Quint, débarrassé de tous ses autres adversaires (Mûhlberg, 1547), les protestants furent obligés « d'apprendre l'espagnol,» et ne purent reconquérir la liberté de conscience qu'en s'alliant enfin ave( la France4. Mais cette alliance qui, dix ans plus tek, ne leur aurait rien coûté, dix ans plus tard leur coûta les « trois évêchés » ; et le même historien allemand que nous venons de citer, ajoute : « Pour nos sentiments modernes, c'est une honte ineffaçable que l'électeur Maurice et ses alliés aient donné à la France les évêchés de Lorraine, afin de briser la servitude bestiale (viehischc Serpitut, comme ils disaient) que l'empereur faisait peser sur l'empire. » Seulement, il faut exactement considérer les faits. « Ce n'étaient pas les forces allemandes qui avaient élevé l'empereur à la hauteur qu'il occupait, et du haut de laquelle il écrasait si terriblement tout ce qui était allemand. Que serait-il advenu de lui, dans la guerre de Smalkalde, sans les Espagnols et les Italiens ? L'électeur Maurice n'appela donc pas les étrangers contre un empereur allemand : il appela des étrangers contre un étranger. Néanmoins, ce fut très honteux que des princes allemands vendissent de la terre allemande à la France. Mais ce fut une grande bénédiction que cette trahison brisât la puissance menaçant d'enlever à l'Allemagne, non pas seulement quelques évêchés, mais sa propre existence. Jamais Charles-Quint ne s'était laissé guider par des intérêts allemands, par des sentiments, par des principes allemands : tout son gouvernement avait été une guerre ininterrompue à tout ce qui faisait battre le plus profondément le cœur de la

I Vetter, p. 157. — i. Kaumgarten. S/eidcm's Brie/wechsel, p. xm. — •'!. Hcrmann Baumgartcn, Karl V uiid die deutsche Reformatioit 11S89), p. 66. — 1. Le 9 juin 1541, écrivant à Farel, Calvin lui avait dit: < Attendons un peu, pour que ceux qui, en ce moment, sont si méticuleux et ont peur d'offenser l'empereur en donnant un signe d'amitié au roi, recherchent spontanément ce qu'ils refusent quand on l'offre. > Opéra, XI, p. 236. Herminjard, VII, p. I51, n. 10. La prophétie devait s'accomplir autrement et plus terriblement que ne le pensait Calvin.

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nation allemande. Et maintenant, en désignant son fils, un espagnol, comme son successeur à l'empire, il faisait son dernier effort pour maintenir l'Allemagne sous un joug étranger. Celui qui peut comprendre ce qu'aurait été l'Allemagne sous Philippe II trouvera difficilement que la perte de Metz, Toul et Verdun ait été le plus fâcheux événement qui pût arriver à notre peuple1. »

Du temps des Colloques, l'alliance avec la France aurait eu des avantages et sans doute peu d'inconvénients. Dans quelque mesure que Calvin l'ait conseillée, il a donc servi la France et n'a pas desservi l'Allemagne.

Nous connaissons le programme et les sentiments des deux partis. Les protestants voulaient un Colloque national et libre, où, entre Allemands, ils pourraient discuter, selon la décision de Francfort. - - La Curie voulait, non un Colloque national et libre, mais un Concile, où les décisions, dictées par le pape, seraient imposées aux protestants par la force impériale. — Celui qui fut chargé de l'exécution du programme catholique fut Morone, évêque de Modène, nonce auprès du roi Ferdinand, l'âme du parti ultramontain dans toutes ces négociations.

Il est évident qu'aucune entente n'était possible entre Wittenberg et Rome. Les protestants ne pouvaient abandonner leur foi. Nous ne faisons pas un reproche à la Curie de n'avoir pas voulu abandonner la sienne. Et nous ne demandons pas, en ce moment, laquelle de ces deux croyances était conforme à l'Evangile. Nous nous bornons à dire : une entente était possible, non pas entre Wittenberg et Rome , mais entre Wittenberg et les catholiques allemands. Il suffisait de loyales explications. C'est précisément pour cela que la Curie ne voulait à aucun prix d'un Colloque, national et libre. Il ne fallait pas que les catholiques allemands fussent mis à même de se décider selon leur jugement et leur conscience.

Ce que nous reprochons à la Curie et à ses défenseurs du XVIe et du XIXe siècle, c'est de n'avoir jamais cru que les protestants pussent être sincères dans leurs convictions. D'après Morone et d'après Aléandre, les protestants se divisent finalement en deux groupes, les trompeurs et les trompés 2. Et aujourd'hui même Pastor croit que la question était non de foi, mais de simple organisation 3.

Ce que nous reprochons à la Curie, c'est d'avoir joué sur les mots et les idées; d'avoir présenté le mouvement évangélique comme un mouvement politique, particulariste, tendant à la désorganisation de l'empire, tandis qu'elle, la Curie, voulait l'union et la force de l'Allemagne impériale. Mais cette union, c'était simplement l'unité, faite, en supprimant les hérétiques, au profit du pape romain et de l'empereur espagnol.

Ce que nous reprochons surtout aux défenseurs modernes de la Curie, c'est

1. H. Baumgarten, p. 85, 86. — 2. Pastor, p. 170, 172. — 3, «Pendant toutes les discussions, nous voyons tous ceux qui y participent s'attacher aux dogmes et s'efforcer d'amener sur ce point un accord. L'important toutefois était moins la différence des dogmes que la différence des constitutions. » Pastor, p. 197. — Nous reproduisons cette étrange affirmation, sans signaler les erreurs de tous genres qu'elle contient.

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d'avoir passe sous silence le « Conseil o de Paul 111 et d'avoir, grâce à cette prétention, présente la Curie comme op] ux mesures de violence. II est vrai que Morone était défavorable à la guerre. Mais pourquoi? Seulement parce qu'il la trouvait «inutile et périlleuse, » en face des protestants assez forts pour résister, et de Charles V et de François Ier désunis. Mais il voulait le Concile, absolument comme la Curie. Or, Paul III disait dans son ■ Conseil », et taisait dire par son légat Farnèse à l'empereur : -race à la convocation du Concile, o les protestans seront effraye^. Car lorsqu'ils verront que ce sera à bon escient, ils seront plus obéissans et ployeront mieux, voyans qu'il faut venir à repentance et qu'on ne se délibère désormais d'endurer aucunes hérésies eu Alemagne '. o Aines le Concile, « les protestans se soumettront, ou seront force^ par les catholiques de se renger*. » Dans sa dépêche du 14 mars [532, Aléandre avait déjà parlé de ramener les luthériens « par douceur ou par force ;!. » — Des lors, comment ose-t-on écrire des phrases comme celles-ci: ce Jusqu'à quel point allaient la prudence et la modération (Schonung) du siège papal: c'est ce que montrent le mieux les instructions aux nonces'*.» «Paul 111 voulait aussi peu employer la violence que les Colloques stériles et dangereux '. »

1. Sleidan, p. 99. — 2. Ibiil., p. 991'. - 3. Pastor, p. 170. — 1. Ibid., p. 174. — 5. Ibid., p. 178.

SECONDE PARTIE

Le Colloque de Haguenau.

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HARLES-QU1NT avait cru habile de ne pas confirmer et de ne pas annuler les décisions de la Conférence de Francfort. Il se tut, et le délai de six mois étant écoulé, ces décisions furent périmées.

Cependant, le protestantisme ne cessait de croître. En 1 53g, la Saxe Albertine, en 1540, le Brandebourg, Kalenberg, Gôttingen, échappèrent à l'obédience papale. L'évêque de Schwerin dans le Mecklenbourg, l'abbesse de Quedlinbourg, abolirent la messe. Même l'archevêque de Cologne songea à introduire dans son diocèse le protestantisme '. Finalement, l'empereur, malgré les avis du pape, consentit (18 avril 1540) à convoquer, de Gand où il se trouvait, un Colloque, d'abord à Spire et puis, à cause de la peste, à Haguenau, pour le 6 juin.

Haguenau2, autrefois3 une des dix villes libres de l'Alsace, n'a plus grand caractère. Elle est surtout un témoin des abominables insanités de Louvois.

Il ne reste guère du XVIe siècle qu'une ou deux bâtisses : ce qui est aujourd'hui la bibliothèque, la maison à côté et l'Eglise ''.

Pour retrouver au moins des souvenirs, je me rends chez le bourgmestre,

1. Moses, p. 20. Pastor, p. 169. — 2. Voir Arnold Jœger : La Rcfoniiation à Haguenau, d'après des documents en partie inédits, 1S72. — Die Einweihung der evangelisch-protestantischen Kirche in Hagenau am iS. Mdrz 1860. — L'abbé V. Guerber : Histoire politique et religieuse de Haguenau, 1876, 2 vol. — 3. Voici comment la décrit François de Rabutin, gentilhomme de l'armée de Henri II : « Ceste petite ville, selon que je la considéray en passant, est fort belle et proprement située pour toutes commoditez, bien close de murailles hautes et de bonne estoffe, garnie de grosses tours et défenses,... circuie de fossez creux et profonds à fond de cuve et pleins d'eau vive, prochaine d'un costé de grands bois et forests, de l'autre de larges et spacieuses prairies et marescages. » Mémoires pour servir à l'histoire de France, édit. Michaud et Poujoulat, VII, p. 415. — 4. Au commencement de l'année 1677, le 3 janvier, les généraux français Montclar et Boisdavid occupèrent la ville et donnèrent l'ordre de la destruction.... Le 17 janvier, on pratiqua des mines sous le castel et la basilique, et l'œuvre de destruction commença. On les alluma, mais la puissance des constructions résista au choc. Le 28, on pratiqua d'autres mines, qui ne produisirent que des lézardes. On eut recours à l'incendie, et le capitaine Labrosse, bien connu pour ses exploits en ce genre, fut chargé de mettre le feu à la ville. On commença le 10 février.... Le 16 septembre, nouvel incendie, sous la direction de Créqui. Enfin, dix ans après, 1687, l'intendant de la province, Jacques de la Grange, fit démolir le castel. Guerber, I, p. 80, 81. Quel acharnement diabolique !

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