‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 5)Chapitre 95 sur 166 · CALVIN ET LE SORT ULTÉRIEUR DE LA RÉFORMATION ALLEMANDE · texte numérisé non relu

CALVIN ET LE SORT ULTÉRIEUR DE LA RÉFORMATION ALLEMANDE

œuvres est repoussée, parce que, avec elle, « la certitude de foy... ne pourroit consister1. » «Or, est-il ainsi qu'on n'en sauroit mettre si petite portion de confiance] sur les œuvres, que la fiance, comme mal fondée, ne chancelle ça et là 2. »

Rien n'est donc plus éloigné de l'intellectualisme que le calvinisme, si l'on se rend compte de son inspiration initiale, génératrice.

Du reste, constatons les définitions mêmes qu'il donne de la foi : « Ces beaux moyenneurs, qui par leurs gloses obliques et tortues veulent appointer avec les papistes, donnent à entendre que la foy. qui discerne les chrestiens d'avec les infidèles, peut estre sans charité — Ils font ne plus ne moins, que si quelqu'un prisoit le vin qui seroit en un tonneau, et qu'il exhortast les autres d'en boire : cependant il couppast la broche, tellement qu'on n'en peust tirer.... Lequel erreur vient d'une fausse imagination qu'ils ont, que la foy est une simple cognoissance, et nue, qui appréhende que Dieu est véritable :t.... »

La foi, qui, premièrement, est une « persuasion indubitable » de « la vérité infaillible » de la doctrine des prophètes et des apôtres ; qui, secondement, regarde « surtout à Jésus-Christ,... arre et fondement [des promesses ,... » troisièmement, « n'est point une cognoissance nue, qui voltige au cerveau, ains elle emporte avec soy une affection vive du cœur \ »

« Saint Paul, dit-il encore, ne met point la foy au cerveau, ains il signifie qu'elle a son siège au profond de l'âme 5. »

Pas de foi sèche, pas de foi abstraite, pas de foi morte, mais une foi vivante. Et cette nature de la foi explique comment le dogme de la justification, loin de supprimer les bonnes œuvres, les produit nécessairement, il vaut mieux dire : organiquement.

Il nous faut réserver, pour notre étude du dogme calviniste, la démonstration rigoureuse, ignorée des théologiens catholiques, trop méconnue par certains théologiens protestants, par laquelle Calvin montre comment, religieusement et théologiquement, la foi enfante les œuvres. Nous ne notons ici que son exclamation : « Comment la foi seroit-elle morte, veu qu'elle est vivifiante 6 ? »

Page 1