CHAPITRE TROISIÈME La légende du fer rouge
I. Calvin se démet de ses prébendes. — IT. Emprisonnement de Calvin. — III. Origine de la légende du fer rouge: Bolsec. — IV. Histoire de la légende : les Jésuites, Richelieu, Galiffe. — V. Le réfutateur de la légende: Rivet. — VI. Les protestations catholiques : P. Masson, Kampschulte, D' N. Paulus. — VII. Fac-similé des deux textes principaux. — VIII. Ce qui a rendu la calomnie possible.
N mai 1534, comme nous l’avons dit, Calvin se trouvait à Noyon, pour résigner ses bénéfices.
A Noyon, la Réforme avait fait des progrès. En janvier 1533, le clergé organise une première procession. Une seconde est ordonnée l’année suivante, 16 janvier 1534, par l’évêque Jean de Hangest. « Jay advertissement, dit-il, que ces meschans malheureux se multiplient de plus en plus et que les scandales croissent plus grands et plus énormes, et mesmement
bien près de nous‘. »
Les soupçons se portent de nouveau sur Charles Cauvin, le frère de Jean, et une enquête est ouverte contre lui en termes assez mystérieux (6 mai 1534) ?. Deux jours après, un des docteurs est chargé de lui parler « le plus secrettement qu'il luy sera possible, et savoir de luy s’il entend soustenir la proposition erronée par luy mise en avant, afin d’adviser*. » Or à ce moment Jean Calvin était à Noyon.
Quel motif si puissant le poussait à se mêler à ces difficultés et à ces dangers ? Il venait pour se démettre de ses bénéfices; ce qu'il fit le lundi 4 mai 1534*.
1. Lefranc, Jeunesse de Calvin. Extraits des registres capitulaires, p. 200. — 2. « Si sit materia conquerendi et agendi contra eundem Cauvin. » Le Vasseur, p. 1165. — 3. Le Vasseur, Ibid. — k. « Le lundy 4 jour de may 1534, Calvin met la chapelle de la Gésine au nom de M. Antoine de la Marlière, mediante pretio conventionis. » Le Vasseur, p. 1160.
Désormais il était complètement libre vis-à-vis de l'Eglise catholique. Sa portion de la chapelle de la Gésine fut cédée à Antoine de la Marlière; sa cure de Pont-l'Evêque fut « donnée » à un parent! qui portait le surnom de Caïn?. Les deux résignataires devaient bientôt quitter leurs bénéfices pour se réfugier eux aussi à Genève.
Quelques historiens, on le sait, ont cru devoir faire dater de ces faits la conversion de Calvin. Il nous faut ici achever de dissiper ce malentendu.
Au XVI° siècle les bénéfices constituaient des revenus, qui n'avaient guère de religieux que le nom. Nous avons vu le Chapitre de Noyon blämer Calvin de ne pas remplir les devoirs de sa charge, et, presque au même moment, lui en confier une seconde. L’obtention d’un bénéfice était surtout une opération financière’, et même pas toujours très avantageuse. Obligé de payer des remplaçants, Calvin avait eu plus d’un ennui. Le 7 janvier 1533, le vicaire s'étant plaint « qu’il n'estoit pas paié des messes qu’il avoit acquittées pour la chapelle de Jean Calvin, » celui-ci, par l’organe de son frère, dut consentir « à la saisie du gros de la chapelle, jusqu'à concurrence de ce qui estoit dû au vicaire ‘. »
Notons bien que, pour avoir un bénéfice, il n’était pas nécessaire d’être ecclésiastique ; il suffisait d’avoir reçu la tonsure. Or Îa tonsure n’est pas un ordre, c'est un simple signe extérieur, indiquant qu’on est disposé à s'engager dans la carrière ecclésiastique *. Celui qui reçoit la tonsure ne prend aucun engagement, et n’a pas besoin de présenter des garanties spéciales. Signalant les abus, plutôt que les corrigeant, le Concile de Trente (session 23, chap. IV) veut que ceux qu’on admet à la tonsure soient instruits des éléments de la foi, sachent lire et écrire. Il veut qu'on puisse raisonnablement penser qu’ils ont l’idée de la vocation ecclésiastique ! On devine ce que, en pratique, devaient produire d'aussi vagues recommandations.
La tonsure est donc une assez bizarre cérémonie, qui permet de recevoir un ou plusieurs bénéfices, mais sans charge d’âmes. On touche de l’argent ecclésiastique, mais on n’est pas prêtre. Calvin n'eut jamais que la tonsure. Il ne fut donc jamais dans les ordres, quoiqu'il eût comme prébendes diverses cures, et fût appelé, en cette qualité, curé.
4. C’est ce que dit Desmay, Archives curieuses, p. 395 ; et Drelincourt remarque justement : « Puisque Calvin ne vendit que sa chapelle, si toutefois il la vendit, et qu’il donna sa cure du Pont-l'Evesque à l’un de ses parents, il est clair qu’il ne tira pas grand argent de toute cette marchandise. » Drelincourt, o. c., p. 213. — 2. P. Masson déclare qu’il s’appelait Bosius. Le Vasseur prétend que P. Masson se trompe. Voir Drelincourt, p. 217. — 3. Le 30 avril 1529, Calvin remit à son frère Antoine la chapellenie de la Gésine jusqu’au 26 février 1530, sans doute parce que, pendant ce temps, Antoine pouvait plus facilement en toucher les revenus. Le 20 juin 1530, le Chapitre donne à Calvin une récompense de six livres pour un procès qu’il fait dans l'intérêt de la chapelle. On le voit bien, nous sommes dans une banque et non dans un temple. Voir Lang, p. 7, 8. — 4. Lefranc, Jeunesse, p. 200. — 5. On pouvait même n’avoir aucune envie de s’engager dans cette carrière, et cependant posséder un ou plusieurs bénéfices, à titre de commendataire. À tel point tout était une question de finance! Citons la déclaration de Bèze, dans une lettrepréface à Wolmar: « On m'avait donné la charge de deux gros et riches bénéfices [les prieurés de Villeselve et de Long-jumeau] quand j'étais encore un jeune homme avec de maigres ressources, et de plus, je l’atteste sincèrement, tout à fait ignorant de ces choses et absent (istarum rerum prorsus ignarum et absentem). Les revenus de ces bénéfices atteignaient, en moyenne, sept cents couronnes d’or par an.» (Wolumen primum tractationum theologicarum. Editio secunda, 1582, p. 2, verso.) Th. de Bèze vendit son prieuré de Longjumeau, en 1548, au prix de mille ou douze cents écus.
Seulement, tout cela n'est vrai que jusqu'à vingt-cinq ans, l’âge canonique pour recevoir la prêtrise. À vingt-cinq ans, le bénéficiaire doit entrer dans les ordres, ou bien renoncer à son bénéfice. Le bénéfice n’est plus dès lors une simple rente financière ; il est aussi une charge ecclésiastique. Drelincourt le dit nettement : « Estant parvenu à l’âge de vingt-cinq ans, et estant obligé à en faire les fonctions ou à abandonner la cure, sa conscience ne lui permettant pas de célébrer la messe, il prit résolution de tout abandonner !. »
Dès lors, on le voit clairement, ce qui a amené Calvin à résilier ses bénéfices en 1534, c'est le fait qu’il allait avoir vingt-cinq ans. Le moment précis de la résiliation a été déterminé, non par ses sentiments, mais par son âge. S'il avait eu vingt-cinq ans un peu plus tôt, il aurait résilié plus tôt; s’il avait eu vingtcinq ans un peu plus tard, il aurait résilié plus tard. Le fait de a résiliation nous indique la date de sa naissance, et non pas la date de sa conversion *.
Calvin n'avait donc pas choisi le moment, qui se trouva défavorable. Le Chapitre se montrait de moins en moins content des Cauvin, et de plus en plus inquiet des progrès de l’hérésie. Tout à coup, à la date du 26 mai 1534, les registres capitulaires portent : « M° Jean Cauvin est mis en prison à la porte Corbaut*, pour tumulte fait dans l'Eglise la veille de la Sainte-Trinité*. » Tel est le texte découvert par M. Lefranc. Que s'est-il passé ? on l’ignore. Il ne nous paraît pas probable que Calvin ait provoqué un tumulte. Le tumulte fut sans doute un simple prétexte dont on profita (si on ne l’inventa pas) pour emprisonner l'hérétique. Le 3 juin, il est élargi; mais deux jours après, il est remis en prison: ce qui prouve bien qu’on hésitait, et que le motif de l'arrestation n’était pas un fait palpable, incontestable Ÿ. On ignore la date de l'élargissement définitiff.
1. Drelincourt, p. 210. — 2. M. Lang a écrit (p. 40): « Ce langage si rude... correspond bien au zèle avec lequel le nouveau converti déposa ses charges, et occasionna même une émeute dans la cathédrale de Noyon. » Les deux affirmations nous paraissent inexactes. Loin de faire preuve d’un zèle ardent en se dépouillant de ses prébendes, il se trouve que Calvin avait retardé cet acte jusqu’à la dernière limite possible. Quant à l’émeute, voir un peu plus loin. — 3. Ce nom de Corbaut désignait le château, situé sur la partie la plus élevée de la ville et dont l'étroite enceinte avait été construite pour protéger la cité gallo-romaine de Noviomagus contre les invasions des peuples germaniques. L'orthographe de ce mot est incertaine ; on trouve aussi Corbaux, et, dans la même page, abbé Muller donne Corbaut et Corbeau. Les rues de Noyon, p. 72. Dans un autre ouvrage (De l’origine de Noyon et de sa commune, Il, Noyon, 1891), il est toujours parlé du « château Corbaut. » On lit, p. 22: « Dès le XIVe siècle, on trouve mention d’une « porte Corbaut. » Je n’ai pu découvrir d’où vient ce mot. » Toutefois l’orthographe actuelle est Corbault. — k. Lefranc, Jeunesse, p. 201. — 5. M. Lang (p. 13) voit dans le discours de Cop et dans le tumulte de Noyon « deux tentatives grandioses et audacieuses (grossartig kühn) pour répandre la vérité, nouvellement connue, parmi ses concitoyens. » Nous ne saurions accepter ce sentiment, et prêter à Calvin une conduite si peu conforme à son caractère. Pour le discours de Cop, il avait profité des circonstances, se bornant à rédiger un discours qu’on lui demandait. Il n’y avait là rien que de très légal. Comment supposer qu’il ait voulu provoquer un tumulte par une prédication vraiment révolutionnaire ? Du reste, s’il avait commis un tel acte, ses adversaires ne se seraient pas bornés à l’inçarcérer et à le relâcher, montrant ainsi une hésitation absolument incompréhensible, — 6, M. Lefranç
Ée .
Le texte fourni par M. Lefranc paraît donc incontestable ; il reste cependant isolé. Nulle part on n'en rencontre la moindre confirmation. Le fait même semble avoir été complètement oublié par tout le monde. Ce n’est pas du tout, selon M. Lefranc, une raison pour en douter. « Il suffit, dit-il, de se rappeler que le souvenir d'événements bien autrement considérables a pu être de même complètement anéanti. C’est ce qui arriva en particulier pour le mouvement protestant qui suivit, et auquel Calvin fut si intimément mêlé. Trente ans plus tard, les Noyonnais Île niaient, et cela de bonne foi. Il semble que l’oubli soit le sort commun réservé à tous les faits locaux de l’histoire noyonnaise, à cette époque !. »
Nous pouvons donc faire, en assez grande sécurité de conscience, notre pèlerinage à la prison Corbaut : car elle subsiste encore. (Page 25.)
Nous voici dans la petite rue qui va de la salle du Chapitre à la Librairie, en longeant le mur extérieur du cloître, toujours debout, toujours surmonté de ses créneaux. Là-haut s'ouvre encore le grenier, où étaient renfermées les dîmes. Devant soi, on aperçoit un gros arceau qui traverse la rue, et unit une tour, à droite, à une maison, à gauche. C’est la porte Corbaut, et la tour contient l’ancienne prison du Chapitre. Tout ce coin, sombre, sévère, fortifié, a complètement conservé son air d'autrefois. Visitons la tour.
Au fond d’une cour petite, étroite, est une lourde porte qui nous introduit dans le rez-de-chaussée. Cette porte est la seconde : car il y en avait deux, mais la première a disparu, et on n’en voit plus que la place.
Cette seconde porte est de l'épaisseur accoutumée en pareil cas. Son vieux chêne noir est armé de grosses ferrures, d’un énorme cadenas, d’une forte serrure, d'un solide verrou, et toutes ces défenses étaient encore appuyées par une barre de fer, qui glissait dans deux trous.
En franchissant cette porte, on arrive dans un sombre et petit couloir qui donne, à son tour, entrée dans deux cachots, de 4 ou 5 mètres carrés; le tout voüté. Les inévitables oubliettes sont encore là.
Au premier étage de la tour était la salle d'audience, et un petit cabinet où se tenait le greffier avec ses archives; une des armoires, qui les contenaient, est restée. Au second étage se trouvent deux autres prisons, dont les lucarnes sont barrées de fer.
Où fut mis Calvin ? en bas ou en haut? Il y fut, c’est tout ce qu’on peut dire.
trouve une allusion à ces faits dans la lettre que nous avons citée plus haut, et qui est un peu énigmatique. Lorsque Calvin dit : « Tandis que je me promettais une paix complète, m'attendait ce à quoi je pensais le moins, » il faisait allusion à son emprisonnement inattendu. « Par contre, tandis que je craignais une résidence cruelle (2namænam sedem), un nid tranquille m'était préparé. » Cette « sedes inamæna » serait la prison elle-même, et « le nid, » ce serait Angoulême... La lettre, n’étant pas datée du tout, peut être, en effet, retardée de quelques mois. Mais elle paraît convenir bien mieux à l’arrivée de Calvin à Angoulème, qu’à son retour. Ce qu'il dit de ses études, naturel dans le premier cas, où il a des mois devant lui, est étonnant dans le second, où il va partir. De plus, comment aurait-il pu parler avec surprise de ce nid, s’il en avait déjà goûté une fois tous les charmes ? 1 Lefranc, Jeunesse de Calvin, p. 47.
IT
I1 n’est que juste cependant de mettre au nombre des preuves de cet emprisonnement la légende du fer rouge. Nous devons l’examiner ici avec quelque attention, car elle peut servir de type à toutes les autres”.
On avait procédé contre Jean Calvin, comme contre son frère Charles, « le plus secrètement que possible, » et c'est sans doute ce qui explique le récit de Desmay : « J’ay bien ouy dire à aucuns chanoines des plus anciens, qu'ils ont veu autrefois un fueillet blanc dans les registres, où en teste y avoit escrit: Condemnatio Johannis Calvini, et n’y avoit rien escrit davantage en toute la page, ains demeuroit en blanc; cela a donné à deviner à beaucoup ce que ce pouvoit estre ?. »
Ce mystère favorisait naturellement les calomnies, auxquelles tous les grands hommes sont exposés, et dont les ennemis de Calvin furent de bonne heure si ardents à le poursuivre. On attaqua les mœurs de notre Réformateur comme sa foi : c'était inévitable.
Enfin, en 1552, environ vingt ans après le départ de Calvin, il se passa à Noyon un fait bien curieux. Un individu, portant absolument le même nom, Jean Cauvin, arriva, fut admis au nombre des prêtres, et reçut une chapelle. A cause de son inconduite, le Chapitre fut bientôt obligé de le déposer.
Et voilà plus qu’il n’en faut pour expliquer comment, treize ans après la mort de Calvin, en 1577, le triste apostat Bolsec, passé aux gages de l’archevèque de Lyon, ramassant toutes les calomnies précédentes, leur donna une forme plus précise, définitive, et conta la légende du fer rouge:
« Chap V. Comme Calvin est flestry et marqué d’un fer chaud sur l’espaule à Noyon.
» Je puis dire cecy pour avoir veu la ditte attestation ès mains dudit Bertelier, qui avoit esté expressément envoyé pour avoir information de la vie et mœurs et de la jeunesse dudit Calvin‘; et en ladite attestation estoit contenu que le dit Calvin, pourveu d’une cure et d'une chapelle fust surprins ou convaincu du péché de sodomie, pour lequel il fut en danger de mort par feu, comment est la commune forme de tel péché ; mais que l’evesque de la ditte ville, par compassion, feit modérer la ditte peine en une marque de fleur de lys chaude sur l’espaule “. »
4. N'oublions pas de remercier M. Lefranc pour la belle réfutation de cette légende, dans son volume sur la Jeunesse de Calvin. — 2. Desmay, Archives curieuses, p. 390. — 3. Ce que Bolsec raconte de la mission de Berthelier à Noyon est une pure invention. Lorsque le Conseil de Genève décidait d’envoyer quelque part une ambassade, cette décision était consignée dans le procès-verbal de la séance. L'ambassade se composait habituellement de deux conseillers. Ils emportaient des instructions écrites, dont un double était conservé aux archives, et, à leur retour, ils présentaient un rapport. — Or, dans toute la série des Registres du Conseil, depuis l’arrivée de Calvin à Genève (juillet 1536), jusqu’au mois d’août 1555, où Berthelier fut condamné à mort, on ne trouve pas un seul mot relatif à la prétendue mission de celui-ci à Noyon. (Voir Drelincourt, o. c., p. 77-80, 146-152.) — 4. M. Hierosme Hermès
Depuis lors cette « noire et puante! » calomnie n’a cessé d’être reproduite dans les livres catholiques : on a même eu recours à l'imagerie pour la divulguer plus sûrement *. (Page 440.)
Dès 1581, le pamphlet de Bolsec fut mis en latin, avec suppressions et additions, par Laingey, écossais, docteur en Sorbonne”. Le traducteur trouva même moyen de dépasser celui qui du premier coup était cependant allé à l'extrême. Bolsec avait dit que Calvin était « surtout ignorant; » Laingey paraphrase: « ce monstre avait à peine touché la grammaire du bout des lèvres. » Bolsec avait dit que Calvin se nourrissait de petits pains anisés et biscottés ; Laingey parle des « vilaines et excessives yvrogneries du vénérable Calvin » (obscenæ et nimiæ crapulæ").
Qu’un simple prêtre ait usé d’un pareil procédé, passe encore. Mais que dire en voyant le cardinal de Richelieu lui-même y avoir recours! En juin 1640, Île roi Louis XIIT avait séjourné près de Noyon. Richelieu, qui accompagnait son maître, et qui ne trouvait pas ses canons suffisants pour réduire les protestants, eut l’idée de faire fouiller les archives et les registres de la ville où était né le chef des calvinistes. Quelques années après, un ouvrage parut, qui avait pour titre: Zraïtté qui contient la méthode la plus facile et la plus asseurée pour convertir ceux qui se sont séparez de l'Eglise, par le cardinal de Richelieu. Et dans cet ouvrage se trouvait reproduite la calomnie de Bolsec. « Calvin, y est-il dit, ayant esté enfin condamné pour ses incontinences, qui le portèrent jusques aux dernières extrémités du vice, se retira et des environs de Noyon et de l'Eglise romaine tout ensemble. » « Vie infâme. » « Fleur de lys... » Rien n'y manque ?.
Bolsec, Histoire de la vie, mœurs, actes, doctrine eb mort de Jean Calvin, jadis grand ministre de Genève. Dédié au revérendissime archevesque, comte de l'Eglise de Lyon et primat de France. A Paris, chez Gervais Mallot, rue Saint- Jacques à l'enseigne d’or, 1582. Chap. V, p. 60. — L'édition princeps avait paru en 1577.
1. Drelincourt, p. 81. — 2. Ce dessin, qu’on trouvera à la fin du chapitre, en cul de lampe, est emprunté au volume suivant : Posthumum Caluini stigma in tria lilia, sève tres libros dispertitum. À Rhetoribus Collegii Societatis Jesu. Bruxellis, Anno 1611. — Nieusgierige coopt myn, want hier is in een werck Calvini Beul, Calvyny zyn Luysen, zyn Brantmerk. Bruxellæe, Ex officina Rutgeri Velpii, et Huberti Antonii Typog. Jur. Anno 1611. Cum consensu Superiorum. (Exemplaire appartenant à M. Théophile Dufour.) — 3. De vila et moribus aïque rebus gestis hærelicorum nostri lemporis, elc. Traductis ex sermone Gailico in Latinum, quibus mulla addita sunt que in priori editione quorumdam negligentia omissa fuere. Authore Jacobo Laingæo Scolo Doctore Sorbonico. Parisiis, apud Michaëlem de Roigny, 1581. — 4. Drelincourt, p. 130, 131. — 5. P. 291-292. Au bas du titre, sur la première page, on voit un grand chapeau de cardinal, des cordons, des croix... Le volume est imprimé à Paris, chez Cramoisy, l’imprimeur ordinaire du roi et de la reine régente, 1661. L’avertissement parle de « cette response incomparable. » « Cette response sera un monument éternel de la piété et de la doctrine de ce grand homme. » « Il n’y a point eu d’ouvrage sur lequel il ait travaillé avec tant d’ardeur, ny avec un soin plus exact et plus assidu que celuy-cy.... Il le regardoit comme le fruit de toutes ses veilles et de toutes ses estudes.., et le soin de le mettre au jour fut l’une des choses qu’il recommanda le plus particulièrement et le plus expressément quelques heures avant sa mort. » (Exemplaire de M. Vielles, directeur du séminaire de Montauban.) j
Ce fut pour réfuter ce pamphlet, mis sous l'autorité d’un nom si illustre, que Drelincourt entreprit et publia sa Défense de Calvin, un livre plein de bonne foi, de piété, où se trouvent tant de renseignements précieux : il parut en 1667.
Mais il suffit ici de le signaler, et nous passons immédiatement à la fin de cette histoire : ce n’en est pas la partie la moins curieuse.
En 1835, Genève fêtait le troisième jubilé séculaire de l'abolition de la messe et de l'adoption de la Réforme (10 août 1535). À ce moment se trouvait dans la vieille cité calviniste un curé, prédécesseur de Mgr Mermillod, le curé Vuarin!. 11 trouva à propos de rééditer le pamphlet de Bolsec. C'était naturel. Ce qui ne l'était pas du tout, c'est que, à cette occasion, Bolsec reçut les éloges d’un protestant, nommé Galiffe. Celui-ci écrivit publiquement : « Ses biographies contiennent beaucoup d’inexactitudes de détail, mais la plupart des faits sont parfaitements vrais. » Et il osa même faire allusion à la légende du fer rouge en ces mots : « Quant à ce qu’il avance de ses aventures à Noyon, je n’en sais rien du tout et je ne veux par conséquent ni les admettre, ni les nier ?! » Aïnsi s’exprimait Galifle, dans un ouvrage d’érudition, fruit de longues et souvent utiles recherches. Il n'avait pas trouvé un moment pour considérer le fait le plus énorme. C'était en effet le seul moyen de ne pas être obligé de le nier.
Audin a trouvé le procédé si habile qu'il n’a pas hésité à l’imiter. Lui aussi déclare qu’il n’a pas eu « le courage de remuer cette question : » ce qui ne l'empêche pas de déclarer que, « après trois siècles de sommeil, Bolsec se réveille et sort de sa tombe pour entendre d’une bouche ennemie [c'est ainsi qu’il désigne Galiffe] cette glorieuse sentence : « la plupart des faits racontés par » le médecin lyonnais sont parfaitement vrais. » Il s’écrie même: « Qui sait? peut-être finira-t-on par retrouver, à Noyon, cette fleur de lys, dont Bolsec accusait Calvin de porter les stigmates. » Et plein de cette espérance, ïül invoque un prétendu poète luthérien qui aurait dit: « Qui passe sous la porte d’une maison de Wittenberg est sûr de rencontrer un porc, un étudiant ou une fille publique *. »
Celui qu'Audin admirait et imitait ainsi, Galiffe, avait quitté Genève et était allé mourir à Florence. Malheureusement son fils, J.-B.-G. Galiffe, poussé, peut-on dire pour l’excuser, par une sorte de piété filiale, continua à soutenir de toute son érudition, souvent très grande, quelques-unes des thèses les plus regrettables de son père.
Ce qui devait arriver arriva. Une société de propagande catholique s’avisa de profiter de ces travaux. Elle en tira un roman historique, intitulé Lucia de Mommor, signé par H. de Beugnon, pseudonyme de l'abbé C. Guenot. Mommor est le nom des amis, des protecteurs de Calvin. Lucia est le nom d’une de leurs prétendues filles, que Calvin poursuit de son amour. Enfin, deux ans
1. Voir la France prolestante, 2e édit., article Bolsec, et une brochure publiée, comme complément, par M. Bordier. — 2. Notices généalogiques sur les familles genevoises depuis les premiers temps jusqu'à nos jours, III, p. 547. — 3. Audin, 6e édit., Il, p. 239, 241. — 4. H. de Beugnon, Lucia de Mommor. Paris, Lethielleux, 1866.
après, parut en Allemagne une traduction augmentée et annotée de Lucia de Mommor, et sur la couverture deux noms se rencontraient, tout naturellement !: H. de Beugnon, ce faux noble qui cachait un prêtre, et Galiffe. La préface disait: « Nous n'avons voulu nous appuyer que sur des pièces historiques qui fussent au-dessus de tout soupçon (!). L'ouvrage le plus récent sur Calvin est dû au professeur d'histoire genevois Galiffe, un protestant dont le père avait déjà rendu des services inappréciables ?..….. »
Dans ces pages la calomnie de Bolsec figure à une place d'honneur entre les hypocrisies de la jeunesse et la maladie honteuse qui cause la mort.
Nous sommes dans la salle du Grand Conseil. Un nommé François Lancel (le Berthelier de Bolsec) est en train de faire un discours :
« Lancel poursuivit d’une voix vibrante :
» — J'arrive de France : Je suis allé à Noyon, la ville natale de maître Jean Calvin, pour y contrôler quelques mauvais bruits relatifs aux causes de son exil. J'ai vu les magistrats, j'ai vu l’évêque. Savez-vous ce que j'ai appris ?
» À ce langage qui lui révélait toute l'étendue des découvertes du patriote, maître Jean, pâle, écumant de rage, tenta d'interrompre. Mais le Genevois, avec un accent retentissant, réclama la liberté de la parole, et le Grand Conseil la lui maintint.
» — Eh bien, maître Jean Calvin, ici présent, ministre de la parole de Dieu en l'Eglise de Genève, s’est montré mauvais fils, écolier ingrat, clerc simontaque : voilà ce que je tiens de source certaine. »
En note, le pieux et scrupuleux romancier, M. de Beugnon, se borne à dire: « les témoignages historiques abondent sur ce point. » Le récit continue de plus en plus dramatique.
€ Un murmure s’éleva sur les bancs du Conseil. Lancel se hâta d’ajouter :
» — Je n'ai pas fini, il s’en faut. Maître Jean Calvin de plus a été condamné au feu, dans sa ville natale, pour crime que je ne puis nommer en cette assemblée ; mais, par grâce singulière de l’évêque et des magistrats, la peine a été commuée et réduite au bannissement.
» — Tu mens, hurla l’homme de Noyon, dont l'œil lançait des éclairs de haine et de fureur.
» — Ah! je mens, misérable, répliqua Lancel. Tu dis que je mens! découvre
tes épaules et le Conseil y lira, gravée au fer rouge, la preuve de mon accusation. Il y verra la fleur de lys, la marque infamante, imprimée dans ta chair par la main du bourreau. »
Une nouvelle note de H. de Beugnon indique que, d’après le jésuite Lessius, la mention du fait se trouve encore dans les registres de Noyon; elle cite Patrasson, qui est l'éditeur du livre de Bolsec, c’est-à-dire le libraire et non l’auteur ; et surtout elle invoque Galiffe : « Galiffe, dit-elle, un protestant ne nie
41. Lucia von Mommor und Calvins Schreckensherrschaft in Genf, nach H. de Beugnon und J. B. Galiffe. Cologne, 1868. — 2, Ibid., Vorbemerkung.
pas ces faits, bien qu'il ne les affirme pas.» L'étrange expression était naturellement utilisée : on devait s’y attendre! f.
Faut-il dès lors tellement s'étonner si ces calomnies, presque plus ineptes encore qu'odieuses, se retrouvent dans les petits livres de la polémique catholique? Faut-il tellement s'étonner si le Catéchisme de persévérance de Mer Gaume, approuvé par je ne sais combien d’évêques, un livre qui a fait l'éducation de milliers, peut-être de millions de catholiques, résume tout son jugement sur Calvin par ce seul mot : libertin ? !
En vérité l’honnèête et pieux Drelincourt n’a pas tort quand, parlant de Bolsec, il affirme que «jamais l'Enfer n'a produit un monstre plus horrible, ni plus digne de l’exécration publique *. » Il n’a pas tort davantage quand, parlant de ses imitateurs et continuateurs, il s’écrie : « Est-il possible que ceux qui écrivent de telles choses, croyent les menaces que Dieu fait contre les menteurs et les calomniateurs?... Ne craignent-ils point d'estre précipitez dans Île puits de l'abyme avec celui qui est menteur et meurtrier dès le commencement, et l’accusateur des enfans de Dieu“? »
Oui. Il y a ici quelque chose de véritablement diabolique.
1. H. de Beugnon, Lucia de Mommor, p. 193, 194. — 2. Abrégé du Catéchisme de persévérance par M. Gaume, 42e édition, adoptée pour les examens de l’hôtel de ville, 1880. Le volume s’ouvre par un bref de Grégoire XVI et par les approbations des archevêques ou évêques de Bordeaux, de Gap, de Saint-Flour, de Reims, de Soissons et de Laon, d'Agen, de la Nouvelle-Orléans, de Nevers. On y lit que Calvin « mourut d’une maladie honteuse ; » que le protestantisme « est venu de la renaissance du paganisme. » Et encore : « Le protestantisme ou la religion prêchée par Luther, par Zwingle, par Calvin, est-il la vraie religion ? Le protestantisme n’est pas la vraie religion. Il n’est pas même une religion, puisqu'on voit : 1° qu’il a été établi par quatre grands libertins ; 20 qu’il a eu pour cause le principe païen de l’insubordination, l’amour des honneurs, l’amour du bien d’autrui et des plaisirs sensuels, autant de choses défendues par l'Evangile; 3° qu’il permet de croire tout ce qu’on veut et de faire tout ce qu’on croit ; 4° qu’il produit des maux infinis, » p. 386-388. Cet abominable enseignement n’a pas été perdu. Voilà où en sont les missionnaires catholiques les plus populaires. Nous nous bornons à renvoyer à la brochure de M. Paul Allégret : Pasteur protestant et missionnaire catholique. Réponse au P. Marie-Anloine, 2e édition, Mazamet, 1895. Plus récemment encore, Mgr Vincenzo Molo, administrateur du Tessin, docteur en droit, évêque de Gallipoli, prélat domestique de S. S., assistant au seuil pontifical, et, sauf erreur, comte romain, a publié une lettre pastorale, dont il a ordonné la lecture du haut de la chaire de toutes les paroisses du Tessin, et qu’il a fait insérer dans un supplément du Popolo cattolico. On y lit: « En vain vous chercheriez le caractère de la sainteté dans les sectes protestantes Croiriez-vous peut-être le trouver dans leurs premiers auteurs? Dans un Luther, catholique aussi longtemps qu'il a su dompter ses passions, puis apostat dès qu’il se lassa de la cellule, foulant aux pieds ses vœux, s’unissant d’une manière sacrilège à une nonne échappée du couvent, confessant sans se gêner que le Ciel n’était plus là pour eux, mais finissant d’une mort de désespéré ? Dans un Calvin peut-être, qui, par la main du bourreau, a été marqué au fer rouge à cause de ses turpitudes, et dont les cruautés lui ont valu le nom de Tibère suisse ? Dans un Zwingli peut-être, digne d’être associé à ces deux, ou dans un Henry VIII, qui s’est séparé de l'Eglise catholique pour pouvoir changer de femme comme on change de vêtements, selon les saisons, et qui s’en est débarrassé en les envoyant froidement au gibet? Croiriez-vous trouver la sainteté dans les doctrines du protestantisme ? Peut-être là où il enseigne l’inutilité des bonnes œuvres, ou quand il dit que plus on commet de péchés, plus on honore et on exalte les mérites de Jésus-Christ, ou quand il nie le libre arbitre? » Voir Gazette de Lausanne, 27 mai 1898. — 3. Drelincourt, p. 100. oi 00 D 60:
C’est tout particulièrement le théologien du XVII® siècle, André Rivet, qui s'est chargé de réfuter la légende du fer rouge, dans un premier ouvrage : Catholicus orthodoxus, et surtout dans un second : Jesuila vapulans !.
Sans vouloir reproduire entièrement cette savante discussion, il peut être utile de noter les points suivants :
1° Tous les témoignages invoqués, Brigerus, Stapletonus, Campianus, Duræus, Surius, Reginaldus, Lessius, sont des témoignages de jésuites, qui se bornent à citer un seul et même témoignage, celui de Bolsec : « homme infâme, dit Rivet, et seul témoin. »
2° Le traité de Bolsec est de 1577, treize ans après la mort de Calvin. « De son vivant, Calvin peignit avec ses couleurs habituelles la vie des pontifes, des évêques, des moines. C'était le moment de lui répondre de la même manière. Si l'on avait entendu, si l'on pouvait prouver quelque chose, il fallait le cracher (expuere) à la face de Calvin et rejeter sur cet importun correcteur cette tache de lys brûlé. A Paris, il y avait alors des ennemis de Calvin en grand nombre. Noyon même avait ses évêques, ses chanoines extrêmement hostiles à Calvin. Aucun n'a parlé de la vie de Calvin : même provoqués, ils ont gardé le silence?. » Pourquoi donc ? Sinon, parce que, Calvin vivant, personne n'aurait eu l'audace de risquer une pareille insinuation ?
3° En 1598, Stapleton, devenu jésuite, en avait appelé aux actes publics de Noyon. Il avait même ajouté : «Des descendants honnètes de la famille n'avaient pu obtenir que la mémoire de ce fait füt effacée des Registres. » Le jésuite Lessius comprit que, pour maintenir cette accusation, il fallait recourir à ces Registres. I1 s’informa donc et demanda une copie, qu'on ne put lui fournir. Et piteusement il écrivit : « Mais ces actes ont été renouvelés et changés : et on a omis le récit de cette infamie, et du stigmate. » Un jésuite déclare qu'il a été impossible d'obtenir la radiation : un autre jésuite déclare que cette radiation a fait disparaître le récit. Et par qui aurait été faite la dite radiation? Noyon n'était-il pas aux mains des implacables ennemis de Calvin, des fils de ceux qui, dès 1552, célébraient par des actions de grâce la fausse nouvelle de la mort du Réformateur *?
4° Néanmoins ces calomnies s'étant répandues, il y eut des enquêtes. Rivet en cite deux : et d’abord celle de Carolus Fayus, ambassadeur du roi en Belgique. « Un noble Français ayant fait allusion à cette accusation, il affirma, en ma présence, qu'il avait appris de l’inquisiteur du roi à Noyon que c'était
4, Andreæ Riveti Pictavü, Catholicus orthodoxus, Genève, MDCXLIV, p. 13-18. Jesuila vapulans, sive castigatio notarum Sylvestri Petrasanctæ Loyole sectarii, publié en appendice au Catholicus orthodoxus. — Il y a sur le même sujet un opuscule allemand, qui ne contient rien de particulier : Calvin und seine Verleumder. Eine Widerlegung der Schrift des Herrn Dr Reinerding, vom Candidaten von Dartein. Oldenburg, 1846. — 2. Rivet, Jesuita, p. 4. — 3. Ibid., p. 4.
JEAN CALVIN 1 ss
une pure invention (fo{um illud fuisse confictum) et qu'on ne pouvait rien reprocher à Calvin, sinon d'avoir abandonné l'Eglise romaine".
— Cornélius Van der Myle, un Hollandais, alla à Noyon.
I! interrogea les habitants. Il apprit qu'un notaire conservait le récit d’une enquête sur les principaux événements de la vie de Calvin. Il invita Île notaire à diner, se fit communiquer le récit; celui-ci ne contenait rien sur ce point ?.
Notre devoir, autant que notre intérêt, nous pousse à noter ici un fait capital. Ce ne sont pas seulement des protestants qui ont répudié ces odieuses calomnies; mais des catholiques aussi ont tenu à proclamenmiaavérité, RebRrle l'ont fait avec une singulière énergie.
Voici d'abord un des pre-
fur Le Vie ér moeurs de Lean Calvin; à15
de laquelle irecevoit fa nouriture ; es libertez luy faifoie déja oublier Le ferment qu'itavoit fait le jour de fa cecepa tion au nombre des Chapelains,
Aa Chapitre general tenu le Lundy 6. de May 1527 Dez rechef plaintes fonc faites contre Jean Calvin & fon fete Charles, & ont pour la feconde fois declaréz contumacez, à la pourfuite du Promoteür, & ne comparurent ny pat eux ny par Procureur.
Cependant Girard Caavin ne dotmoit point ; à foliciter que fes énfants fuffent avancez enbiens d'Eglile, &fiteane par (es menées, qu'il attrapa une Cure pour fon fils Jean
alvin.
Le Vendredy 27. de Septembre r$ 17. ainfi qu'il eft eñregiftré au feuillet 130. pag, 1. Girard fe prefenta en chapitte porteur d’une procuration .4d refgnandnm de Maiftre eau Havart Curé de l'Eglife Parroifliale de $. Martin de Mar teville,diocefe de Noyon, par laquelle ledie Havarc refignoic purement & fimplement entre les mains du chapitre fa Cure de Matteuille. Alors Maiftre Antoine Fauvel Chanoine; quietftoitentour Ad prefeñtandum , prelenta à ladite Cure Lean Calvinlaquelle prefentation far acceptée de Meffieurs de chapitre. On void par là que c'eft un corps à plañeurs teftes. Celuy qu'ils avoient condamné de coutumace en deux divers chapitres : Ils le recoivée à prendre des'charges des Ames , fans correction du pañfé', n'eftant promeu à aucunordre facré, n'ayant que fimple tonfure & en un aage incompetente , n'ayant encore que dix-huit ans , rempli * folies & libertez de jeunelfe. Le mefme Fauvel fur député en ce chapitre pour prefenter Lean Cilvin à Monfeur l'E: vefque , ou à fon grand Vicaire.
Il fe trouve aux memes Regiftres que lean Calvin au. paravant d’eftre receu Curé , avoit efté approche en chapitre à l'inftance de Maiftre Lean dela Ruë Chanoîne de Rheims, & que par deux chapitres divers, l’un cenule 2 41uillcrag27.
Desmay. Fac-similé de la page 15. (p. 436.)
miers biographes* de Calvin, que nous avons souvent cité, P. Masson. Certes cet auteur n'est pas favorable au Réformateur. Il voudrait, au contraire, «ou qu'il ne fust jamais né, ou qu'il fust mort en son enfance. » De plus, il a été l’ami et l'élève de Baudoin, un des premiers calomniateurs de Calvin. Il reconnaît que Baudoin n’a rien oublié de tout ce qu'il a cru pouvoir ramasser. Et cepen-
1. Rivet, p. 4. — 2. Ibid., p. 4. — 3. On peut même remonter plus haut encore et invoquer le témoignage d’un catholique, du Tillet, ami de jeunesse de Calvin, et qui, au moment où ils venaient de se brouiller, écrit : « De vous adresser tellement mes propoz, que j’eusse noté vostre personne seule, comme pour vous reprocher quelque vice procédant du corps, je n’en ay eu ne volonté ne occasion, mais je vous ay reprins en quelque chose de vostre opinion et de vice de vostre esprit, encores que vous l'avez commun avec autres. » (De Paris, 1er décembre, 1538, Opera, Xb, p. 300.) Du Tillet veut dire que Calvin, malgré toutes ses qualités, n’est pas un vrai pasteur, parce qu'il n'a pas reçu la vocation ecclésiastique. « De la part d’un prêtre qui, déjà en 1538, c’est-à-dire lorsque Calvin n'avait que 29 ans, se trouvait depuis de longues années en rapport avec le futur Réformateur, ce sont des déclarations du plus grand poids. » Crottet, Correspondance française de Calvin avec Louis du Tillet, 18$0, p. 7.
16 Remarques confidérables
l'autre le ‘?.'d'Aouft fuivant , la caufe avoir efté agitée en palin chapitre : maisiln'eft fait aucune mention dés les adtes enregiftrés pourquoy c'eftoit, & n’ay fçeu apprendre le fujer de cette apptoche, l'ay bien oüy dire à aucuns Cha noines des plus ançiens, qu'ils ont veu autrefois un feuillet blanc dans les Regifties ; où en tefte y avoir efcrit : Condemnatio Loannis Calyini, & n'y avoir rien efcrit davantage en toute [a page, ains demeuroiten blanc ; cela a donné à deviner à beaucoup ce que fe pouvoir eftre.
Il ya encor une autre Sentence de éondemnation, contre un Ghapelain Vicaire qui portoit le mefme nom lean Calvin: Mais c'eftoit long temps apres que lean Çilvin Herefiarque euft quitté (es benefices , fut forti dela ville & du pays , & cuit abandonné là foy de felus Chrift. car cette Sencence (e trouve enregiltrée & datée de lan 1550. & prononcée con" tre Icau Calvin Vicaire, pour avoir retenu en fa maïfon une femme de mauvais gouvernement. Et fut condamné ledit Calvin à eftre fuftigé de verges fous la cuftode.
Quand à l'Herefarque il eftoit alors à Genéve en la plus grande flame de fes ferveurs , & n'ay fçeu trouver autre chofe dans lefdics Regiftres , que les piainres & reproches cy-detfus s c’eft poutquoy je n’en diray rien tout expres,n'aant entrepris d'efcrire que ce que i'ay appris fur les lieux de fa natiuité & converfation premiere,
… Parautres divers moyens & pluffèurs conferences que j'ay reélerchés avec gens notables , (pecialement avec per. fonnes d'aace , tant Ecclefiaftiques que Laiques, j’ay appris que Tean Cilvin eftoit d’un efprit qui’aimoit le change & gouveauté, Ilnepouvoit s’arrefter en place n'y demeurer en aucune vacation. Il fut pourtant huit ans entiers & cens tinuels Chapelain d’une des portions de la Gefine, puis la refigna , apres derecheflareprit; échangea fa Cure de Mar: theville à vne autre , puis vendic la derniere. 1] courut les Vaivecfitez de Paris, d'Orleans, de Tholofe & de Padoué.
Desmay. Fac-similé de la page 16. (p. 436.)
dant il fait cette déclaration :
« Ce sont des Ecrivains du commun et de nulle estime, qui ont objecté à Calvin des sales voluptés et des adultères. Et toutefois il ne semble pas que personne ayt haï leSaduiteresed'uner plus grande haine que luy !. »
P. Masson peut passer pour le premier historien catholique de Calvin: et on peut croire que le dernier savant catholique ayant traité le sujet qui nous occupe, est le D' Nikolaus Paulus. Il mérite une mention spéciale. Dans la Bibliothèque catholique, destinée à continuer l'œuvre de l’homme qui a le plus attaqué la Réforme allemande, et éditée par L. Pastor, sous ce titre: « Erläuterungen und Ergänzungen zu Janssens Geschichte des deutschen Volkes, » le D' N. Paulus a étudié la mort de Luther :
Luthers Lebensende, 1898.
Or il en arrive à déclarer que
les légendes répandues sur le suicide de Luther ne méritent aucun crédit. Après avoir accompli ce bel acte de probité scientifique, il ajoute : « Au sujet d’une autre indication de Bolsec, sur une grossière immoralité de Calvin dans sa jeunesse, et sur la peine qui lui aurait été infligée pour ce motif, déjà Kampschulte (Johann Calvin, Leipzig, 1869, p. 224) a remarqué que cette indication ne méritait aucune sérieuse réfutation. (Keine ernste Widerlegung verdient.) La réfutation cependant a été faite ces derniers temps, et la vérité a été établie avec une solidité qui rend tout doute impossible (mit einer Gründlichkeït, die jeden Zweifel unmôglich macht). Voir A. Lefranc, La jeunesse de Calvin, Paris 1888, DA48%5S 01175 ss
P. Masson, l’ami de Baudoin; Kampschulte, l'ami de Galiffe; le D' Paulus, l'ami de Janssen, tous absolument convaincus de l'innocence de Calvin!
4. P. Masson, IL, p. 430. — 2. Dr Nikolaus Paulus, Luthers Lebensende, 1898, p. 48, n. s.
botte oetetetseseretstersstes
D'vn autre Lean Canuin C bappellain V'icaire de la meme Egli € de Noyon , non heretique.
CuapiTre XCVI.
PRES que Îean Cauuin euft fait banqueroure à à l'Eglife,& à la ville fa patrie, pour en rafraifchir,
, ou entretenir la memoire , au bout dedix-hui& à Ÿ vingt ans vn autre mefme l’iuraye pour les mœurs, mais non furpris de l’iuraye d’herefe, fe prefenta, & futreceu en noftre chœur à vne Chappelle Vicariale,oùilne tarda gueres, ayant peu de temps apres efté congedié pour fon incontinence, apres quelques punitions dont il ne tint conte, comme il fe void par les conclufons du 13. iour de Decembre & du fecond de fanuier 1552. Voyant donc fonendurciffemene au mal, quiluy faifoit negliger coute remonfirance, il fut en fix priué de fa Chappelle, & du chœur, feftanc renduinfenfible à la priuation de fes gages. De là:il fut vicarier parles diocefes, & la croyance denos anciens cft qu’il deceda en laCure de Trachy
Le Vasseur, fac-similé du chapitre XCVI, fin de la page 1170.
Peut-on fournir une preuve plus décisive encore? oui, on peut produire deux déclarations faites par deux ennemis de Calvin, qui haïssaient le Réformateur, au point d'accepter contre lui les accusations les plus invraisemblables. Tous deux se livrèrent à un dépouillement minutieux des archives de Noyon. Tous deux nous ont raconté le résultat de leurs enquêtes.
D'abord vint Desmay qui, au dire de Le Vasseur, fit « une très exacte recherche des vie et vices de ce discrédité !. » Que trouva-t-il ? Rien.
Nous donnons, d’après l'unique exemplaire aujourd'hui connu (que nous avons trouvé au British Museum *), le fac-similé des deux pages, où Desmay parle de ce sujet. Le passage important commence au dernier paragraphe de la page 15 et va jusqu’au dernier paragraphe de la page 16. (Pages 434 et 435.)
Après Desmay, le chanoine Le Vasseur examina de nouveau tous les documents de Noyon. Or non seulement ce catholique a horreur de cet hérétique; mais 1l en a peur. Avant de commencer à parler de lui, il se signe : « Auparavant, dit-il, que de remuer, par la nécessité de l'histoire, ceste camarine calvinienne,
1. Le Vasseur, p. 1162. — 2. Voir Appendice I, Quelques historiens de Calvin,