‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son tempsChapitre 106 sur 156 · CL · texte numérisé non relu

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suprême de toute façon (pontifici modis omnibus summo), par Erasme, le dernier des théologiens (theologorum infimus), 1° février 1516. L'imprimeur Froben, parlant après l'éditeur Erasme, signale au pieux lecteur les correcteurs qui Pont aidé, en particulier

Œcolampade, non seu-

lement homme recom-

| mandable par son inté-

grité et sa piété, mais théologien éminent, possédant à un degré rare les trois langues Sons cout Causes fourchette. (Page 470.) A cette époque où tout se transformait, Ha terre avec Colomb;tlentciel avec Copernic, et la conscience avec Luther,

A2) Le

| l'art de manger aussi se at NN transforma. Pas sans : peine! Galilée fut mis ss 4 au cachot pour avoir dit : - que la terre tournait.

4 La première princesse, ad une Vénitienne, qui se servit d’une fourchette, fut mise, par les prédicateurs de l’époque, en enfer. Leshfdélésasente tinrent pour dit, et con-

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Bâle. Cloitre de la cathédrale. (p. 472.) tinuèrent à MANS ANES

leurs doigts. Aussi bien

le couteau et la fourchette d'Erasme étaient-ils trop beaux pour qu'il s’en servit.

Leurs manches en argent portaient des gravures, dues, dit-on, à Holbein. Elles

sont en tout cas ravissantes. Sur chaque face de chaque objet, se trouve une

composition entourée de gracieuses arabesques : la création d'Eve et le Feu;

Eve avec Adam et la Terre; Adam (cultivant le paradis tandis que Eve nourrit

son bébé) et l'Air; Adam et Eve chassés du paradis et l'Eau. Ces précieux

bijoux étaient enfermés dans un étui, d’où ils ne devaient évidemment sortir que dans de très rares occasions.

Heureusement que le Testament grec n'avait pas d’étui. Il circulait de main

en main avec une rapidité prodigieuse, et déja Œcolampade prêchait à l’église

de Saint-Martin.

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Entre, Erasme et Œcolampade il nous faut au moins saluer Boniface Amerbach, le professeur de jurispru-dence qu'on peut surnommer le Mécène chrétien de Bâle. (Page 481.) Son portrait, « une merveille, » peint par Holbein, mérite d'être placé à côté de celui de Raphaël peint par Raphaël, et de celut de-Durer peint par Durer-° C'est une figure admirablement belle, une figure idéale, avec des yeux profonds.

À Avignon, pendant ses études (1520), il s'était enthousiasmé de Luther. Mais il avait eu peur d'ŒEcolampade, de son idée sur la Cène, et de la négation du libre arbitre. Avec Erasme, qu’il appelait « mon Erasme, » il voulut suivre une voie moyenne entre la superstition et la révolution. « Je ne puis trouver bon aucun des deux chemins, disait-il ; avec Erasme je prends un chemin intermédiaire. » Mais il était plus foncièrement religieux qu'Erasme, et peu à peu il Se rattacha à la Réforme, ne gardant de ses hésitations passées qu’une tolérance plus grande !. Il soutint généreusement la misère de Curione, qu'il fit précepteur de son fils; il aida Castellion, que ses corrections d'épreuves chez Oporin laissaient mourir de faim. Sa

Re

ur

Erasme, dessin d’Holbein. (p. 474.)

vie, comme son portrait, eut quelque chose de rêveur, d’élégant et de doux. « Sa largeur de vues, a dit M. Buisson, sa sûreté de jugement, son indépendance et son exquise modération nous confondent ?. »

4. « Un autre grand et non moins touchant exemple de ce genre de sympathie qu’inspirait Amerbach, c’est sa

liaison avec Sadoiet, qu’il avait beaucoup vu au palais épiscopal de Carpentras, pendant son séjour à Avignon. Celui-

là aussi avait été gagné par cette beauté de caractère et cette élévation de l'esprit. Devenu cardinal, il n’envoyait

pas un messager en Allemagne sans le faire passer par Bâle avec une lettre pour Boniface. Et à ceux qui croient que

l’étroitesse ou le fanatisme était une nécessité du temps, il faudrait faire lire quelques-unes des lettres qu’un cardinal

pouvait écrire à un hérétique célèbre, et que son neveu, évêque aussi, n’hésitait pas à publier à Lyon, en 1550.» Ferd. Buisson, Sébastien Castellion, 1892, I, p. 255. — 2. Ferd. Buisson, o. c., I, p. 256. — Voir la monographie de Th. Burkhardt-Biedermann, Bonifacius Amerbach und die Reformation. Basel, 1894, in-80.

Cv EVANGELIÏA, AD VET VSTISSIMOR VM XEMPLARIVM LATINORVM FIDEM, ET AD GRAECAM VERITATEM AB ERASMO ROTE

RODAMO SACRAE THEOLOGIAE PROFES SORE DILIGENTER RECOGNITA,

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cob aüt,genuit Judä, & fratres eius.

Judas aût, genuit Phares, & Æarä,

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rom. Efrom aüt,genuit Aram.Arä |

autem,genuit Aminadab. Amina

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genuit Boos, e Rhachab.Boosaûüt,

genuit Obed, e Ruth. Obed auté,

genuit Jeffe, leffe aût,genuit Dauid regem. Dauid auté rex,genuit So | lomonem,ex ea d fuerat uxor Vie. & Solomon autem,genuit Roboam. f

Roboam aütsgenuit Abiam. Abia

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nuit Jofaphat. lofaphatautem, ge È

nuit Joram, loram aurem , genu- ES

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IOANNES

FROBENI

AVIS ISNARS:

TYPIS EXCV BAT

Première page du Testament grec d’Erasme (1516). (p. 474.)

Dans la rue Saint-Martin (en allant à l'église), la seconde maison, à gauche, s'appelle zur Eïisenburg. (Page 480.) C’est là que logea (ŒEcolampade, quand il fut pasteur de l’église voisine. Sa demeure, entourée de deux maisons aussi vieilles, n’a pas beaucoup changé. Les fenêtres de la rue ont perdu quelques

Couteau et fourchette d’Erasme. (p. 476.)

croisées, mais celles de la cour les ont conservées; dans le vestibule il y a les vieilles portes ; il y a aussi l'escalier à vis qui mêne à une chambre avec des sièges en pierre aux fenêtres, et à une autre chambre au second étage, dont le plafond montre encore ses anciens caissons. C’est bien une grande maison! bourgeoise du XVI* siècle, et c’est ici sans doute qu'Æcolampade donna à Farel cette hospitalité qu’il refusa de se laisser payer ?.

Pendant qu'il était en Guyenne, Farel conçut le désir de visiter Bâle *, pour accroître sa science et sa piété. Malgré l’Université et le parti épiscopal, grâce à l'appui du Sénat, vers le 20 février 1524, il fit afficher son appel à une dispute publique pour le mardi après Reminiscere (23 février), à 8 heures du matin, dans la grande salle du collège". Farel parlait latin; Œcolampade traduisait en allemand.

Puis, pour témoigner à la ville sa reconnaissance, Farel se mit à faire un cours sur saint Paul. Devant l’opposition croissante, il suspendit ses leçons, vers le

1. La maison suivante, à droite, en était peut-être même une partie. Les caves communiquaient. — 2. Herminjard, I, p. 336. —- 3. Il dit : «E penitissima Gallia illectus fui, ut unam supra omnes prædicatam inviserem Basilæam. » Herminjard, I, p. 350. — 4. In majori aula Collegii. « Elle eut lieu probablement, dit M. Herminjard, dans le couvent des Augustins ou dans la salle du Chapitre, qui est à côté de la cathédrale. » Herminjard, I, p. 193, 195. Il est plus probable cependant qu'il s’agissait de l’Université, d’après la note que voici, et que M. le professeur Bernus, autrefois pasteur à Bâle, a bien voulu nous communiquer : « La dispute de Farel à Bâle, a eu lieu, de même que les disputes d'Œcolampade (1523) et de Stôr (février 1524), dans le bâtiment de l’Université, qui était vulgairement appelé Collegium (voir Basler Chroniken, 1, p. 35, 39, 43, 44). C’est en effet dans le bâtiment de l’Université que se trouvait l’Aula magna (voir Ibid., I, p. 386, 443. Vischer, Gesch. der Basler Universität, 8$). »

Bâle. Maison d’Œcolampade : Eisenburg.

Façade et cour. (p. 479.)

milieu de mai 1524, et, d’après M. Herminjard, se rendit à Constance et à Zurich, ayant l'idée d’aller à Strasbourg et à Wittenberg. Mais, renonçant à ce voyage, il revint à Bâle, au bout de trois semaines, et, sur les sollicitations de plusieurs, se mit à prêcher aux Français résidant dans la ville.

Il a donc été le premier prédicateur qui a prèché en français à Bâle. La chaire qui lui fut indiquée « par celui auquel le Sénat a confié une église, »

est sans doute celle de Saint- Martin, dont le curé, Antoine Zancker, avait pour vicaires Œcolampade et Boniface Wolfhard.

Alors se passa (seconde moitié de juin 1524) la scène que Farel nous décrit en ces termes

« Le dimanche approchait où je devais donner mon quatrième sermon. Voici que le

samedi, vers dix heures, je suis appelé par un huissier. J’accours, la conscience tranquille; je vole au prétoire [à l'Hôtel de ville] de sorte que l’huissier pouvait à peine me suivre. Devant la porte il me faut attendre assez longtemps. Enfin un serviteur, avec une verge, m'appelle ; je le suis ; il ne pouvait pas me comprendre, je ne pouvais le comprendre ; il me

conduit dans un poêle [kypocaustum, c'est-à-dire dans une chambre), à l'angle de l'Hôtel de ville. Là, quelqu'un s'efforce de s'entendre (convenire) avec moi en latin, disant : « Nous voyons quel est votre Evangile. » Comprenant ce qu'il voulait, c’est-à-dire accuser l'Evangile d'exciter des séditions, ou pousser les sujets à la révolte contre leurs maîtres. je répondis : L'Evangile n'est pas tel que tu penses. Il est pacifique, il donne tout, il ne réclame pas ce qui est enlevé :

il porte toutes les injures pour Christ.

» — Nous avons vu autre chose, répliqua-t-il.

» Et moi: « Non de ceux qui vivent selon l'Evangile, qui suivent l'Evangile, » mais plutôt de ceux qui ignorent et n’ont jamais entendu l'Evangile. » Alors

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Portrait de Amerbach et fac-similé de sa signature 1. (p. 477.)

Di)

celui-ci, que j'espérais entendre parler autrement, me dit: « Mes seigneurs » veulent que vous sortiez de la ville aujourd’hui. » — Et Farel dut s’exécuter ?.

L'entretien avait eu lieu à l’un des angles de l'Hôtel de ville actuel, dans l’antichambre à laquelle conduit, immédiatement, le grand et pittoresque escalier. (Page 483.) Les deux larges fenêtres, divisées par deux meneaux, donnent sur

1. Boniface Amerbach, à vingt-quatre ans, avant son départ pour Avignon, où il allait étudier le droit sous Alciat. Voir ce que dit de cette « merveille » M. Paul Mantz, dans son Hans Holbein, p. 29. — 2. Farel au sénat et aux citoyens de la ville de Bâle, de Strasbourg, 6 juillet 1525. Herminjard, I, p. 359-363 et les notes.

JEAN CALVIN 1 GT

la place du Marché, et une porte ouvre dans la vaste et belle salle du Conseil'. La porte, ainsi qu'une ravissante cage d'escalier tournant, placée dans un coin, sont dans le style gothique flamboyant.

Je regarde, j'admire, je me rappelle” Ne Conseil fete moment, siège, et je m'entretiens avec le Weïbel (huissier). Rien n’est changé, ni la façade extérieure rouge et ses fenêtres multiples, étroites et caractéristiques, ni la cour - avec ses fresques, ni l’anti- OR CRE A A DENAMLE | chambre. Ce Weibel, avec a qui je cause, serait-ce celui qui a amené Farel?

Œcolampade, quand il était dans la maison Zur Eïisenburg, prèchait à Saint- Martin. Cette église est restée ce qu’elle était, au sommet

Bâle. Hôtel de ville. Façade. d'un monticule, sur un tout

petit plateau, où l’on grimpe,

de divers côtés, par des ruelles à escaliers. A l'intérieur se dresse toujours la

chaire (Page 484), la vraie chaire d'Œcolampade, d'où le Réformateur laissa

tomber ses paroles de rénovation et de vie?. Ici il réforma la messe; ici il

réforma la liturgie, au grand scandale d'Amerbach, qui s’écriait : « Il fait hurler

les Psaumes, et les Psaumes traduits en allemand ! » Le fin lettré, pieux cepen-

dant, ne se doutait pas qu’au bruit de ces hurlements, dans toute la chrétienté, allaient se fonder les Eglises de l'Evangile restauré.

Pour bien voir Saint-Martin, il faut descendre, traverser le Rhin, et se mettre en face, sur la rive opposée. Alors l'église émerge au-dessus des maisons, haussant son abside aux fenêtres étroites, et lançant en l'air la flèche de son clocher. (Page 485.)

1. Herminjard, I, p. 361, n. 11. — 2. Sans doute Farel y prècha. Herminjard, I, p. 360, n. 8.

Bâle. Cour de l'Hôtel de ville. (p. 481.)

ù En regardant bien, au-dessous,

= N\ un peu à gauche de l'église, on dis- =: SN tingue un édifice, qui n’a pas d’ar- = È Ÿ N chitecture bien particulière, mais = L* qui, en bas, sur la terrasse où il

= = repose, laisse voir quelques arca-

des. Ces arcades, voilà ce qui reste NT du «collège inférieur, » de la vieille université de Bâle, fondée I Re SS en 1460 par Pie II, Piccolomini.

Free Là, Œcolampade et Pellican commencèrent à enseigner les nouvelles doctrines, en 1523. Là, Farel fit, sur saint Paul, son cours à la jeunesse, « désireux de servir à la piété, comme à la paix et à la tranquillité de la République.» La, Farel fit retentir sa voix dans ses fameuses disputes de 1524.

Finalement, tous ces efforts si divers, la critique d'Erasme, la parole tonnante de Farel, la prédication d'Œcolampade sur Esaïe AS NOR | et les vices du temps, produisirent

| Il] lo je leur effet.

l | 2) mar Près la place de la cathédrale, dans un enfoncement, était un

Bâle. Chaire d'Œcolampade, à Saint-Martin. (p. 482.) grand édifice, la Miücke (la mouche)

si souvent mentionnée dans les chroniques bâloises. La noblesse (en particulier le parti des Psittischer), qui tenait pour le catholicisme, en avait fait sa 7 rinkstube (salle à boire). Le Conseil y avait festoyé avec rois et empereurs, et le conclave, qui avait élu Félix V, s’y était tenu *. Mais, dans la ville, était la salle de la corporation des jardiniers (Page 486): et là se réunissaient les amis de la Réformation, en particulier le peuple. Enfin il y avait surtout l’église des Cordeliers, ne haute, avec son chœur où des fenêtres immenses laissaient pénétrer à flots la lumière. (Page 487.)

41. Herminjard, [,'p. 360. — 2. Reconstruit en 1545, cet édifice a renfermé, de 1661 à 1849, la bibliothèque publique et les collections d’Amerbach. Mémoires de Félix Platter (édit. Fick, Genève, 1866), p. 132.

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