III. -— Charles de Sainte-Marthe
« On doit évidemment ajouter le nom de Sainte-Marthe aux noms des novateurs qui avaient étudié en la ministrerie de Poitiers, et qui cherchèrent à répandre par toute la France les doctrines de leur séducteur!.» — Charles de Sainte-Marthe était le second des douze enfants de Gaucher de Sainte-Marthe, médecin du roi. « Il commençait l’illustration de cette famille, qui devait être pendant deux siècles une des plus brillantes dynasties littéraires de ce pays?. » Après avoir enseigné très jeune, au collège de Guyenne (1533), il revint à Poitiers, où nous le trouvons professeur royal de théologie (1537). Alors, sous l'influence sans doute de son ami Laurent de Normandie, qui fait ses études de droit, il est saisi d’enthousiasme pour les idées nouvelles et pour Calvin. Il s’enhardit jusqu’à écrire à celui-ci (10 avril 1537) une lettre d’ardeur et d’admiration juvéniles, où il lui demande son amitié, lui décrit les progrès de l'Evangile dans la ville (« Notre Université est libre, elle est pleine d'hommes pieux et savants »), lui parle des ennemis qui le menacent, et termine en s’écriant que, loin de leur céder, il exposera sa vie*.
Ici se placent les lignes de l'Histoire ecclésiastique: « L’an 1537, un jeune homme, nommé Saincte-Marthe, l’un des fils du premier médecin du Roy, homme de gaillard esprit, commença de faire des lectures en théologie; mais pour ce qu’il n’avoit point de fond, il y eut en son fait plus de fumée que de feu. » Le jugement est sévère.
I est vrai qu’à ce moment Sainte-Marthe quitte Poitiers; mais c’est pour être mis en prison à Grenoble et supporter pendant trente mois (1538-1540) une cruelle détention, à laquelle il n'échappe qu’en simulant la folie.
1. France protestante, 1° édition. — 2. F. Buisson, Sébastien Castellion, sa vie et son œuvre, 1892. Ï, p. 130, s. 5, — 3. Herminjard, IV, p. 221-223. — 4. Histoire ecclésiastique, 1, p. 8r.