L'ABJURATION DE MAROT, EN
L’édit de Coucy, 16 juillet 1535, rouvrait les portes de la France aux protestants exilés, à une condition : « de se désister de leurs dites erreurs, qu’ils seront tenus d’abjurer canoniquement.» Marot ne se pressa pas de profiter de cette faveur, singulièrement restreinte. Cependant, attiré par l’amour de sa patrie, il se rendit à Lyon à la fin de 1536. Cette ville était sous l’autorité du grand adversaire des hérétiques, le violent cardinal de Tournon!. Le poète essaya donc de se le concilier par une épitre flatteuse, où se trouve ce vers:
Et toy, Prélat, dont il est peu de tels!
Arrivé avant le 14 décembre 1536, Marot repartit, sans doute, au milieu du mois suivant, laissant comme Adieux à la ville de Lyon, une jolie poésie, dans laquelle on lit :
Va Lyon, que Dieu te gouverne :
Assez longtemps s’est esbatu
Le petit chien en ta caverne, Que devant toy on a batu.
Lyon, qui avait si bien reçu Marot, une « caverne, » où il a été battu publiquement, « devant toy ! » Qu’est-ce à dire ?
Depuis longtemps on a répondu : À Lyon, Marot fut obligé d’abjurer le protestantisme, et, dans la cérémonie de l’abjuration, les verges jouaient un certain rôle.
La France protestante (1'° édition) nie cette abjuration. Elle s’exprime ainsi : « C’est le plus grand de ses ennemis, c’est Sagon qui imagina cette abjuration. Je ne sache pas qu’il en soit question ailleurs que dans une de ses satires contre Marot, Le Rabais de Caquet de Marot, où l’on trouve ces vers :
Car Marot, comme on a bien sceu À esté à Lyon receu
Pour se rejoindre à nostre Eglise, Mais on sçait bien en quelle guise,
1. «Le roi, par lettre du 10 octobre 1536, nomma le cardinal de Tournon gouverneur de la province du Lyonnais, » Georges Guiffrey, Les œuvres de Clément Marot, 1881, IL, p. 543.