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Cathédrale de Noyon. Cloître. (p. 15)
Pour prendre sa revanche, en novembre 1534, des processions générales ayant été ordonnées en France, et celle de Noyon ayant été fixée par le chapitre à un mardi, l’évêque arrive le lundi soir, fait mettre le crieur « en un cul de fosse, » et renvoie la procession au jeudi. Le peuple qui n’est pas averti se rassemble, murmure et processionne le mardi. L’évêque excommunie le chapitre. Procès. L’évêque est condamné?, et il quitte la ville, laissant le champ libre aux agitateurs, et à l’hérésie qui commençait à faire des prosélytes”.
Si l’on veut non seulement voir, mais sentir, comme en s’y mêlant, la vie de ce passé, et les complications si pittoresques de sa piété, de sa superstition, de sa
Colliette, antiquaire du milieu du dix-huitième siècle, a écrit des Mémoires pour servir à Phistoire ecclésiastique, civile et littéraire de la province de Vermandois. (Cambrai, 1771, 1772.)
1. Ne nous imaginons pas que cette bouffonne tragi-comédie se soit jouée à Noyon seulement. On vit même la majesté royale intervenir. Henri II écrivit une lettre au chapitre de Troyes lui demandant de recevoir son évêque « sans que premièrement il ait fait sa barbe »... vous priant « que vous ne veuillez arreter à cela, mais l’en tenir, en faveur de nous, pour exempt. » Voir de Saint-Foix. Essais historiques sur Paris, VII, p. 164. — De même encore l’évêque de Chartres, Charles Guilard, ne fit son entrée dans sa bonne ville qu'après avoir obtenu du chapitre la permission de conserver sa longue barbe. France prolestante, 1re édition, V, p. 589. — 2. Le Vasseur, p. 1123, 1125, 1131. — 3. Lefranc, p. 36.
brutalité, il suffit, pour terminer, de faire lentement le tour de la vieille cathédrale, partant de la façade, longeant le chapitre, suivant la rue Corbeau, (Page 24) de plus en plus étroite, bordée d'un côté par le mur extérieur et crénelé du cloitre, longeant la prison (Page 25), et sa tour étroite, passant sous l'arceau qui semble fermer la ruelle comme une porte, contournant la Librairie! et ses sculptures en bois, pour aboutir à l’autre portail de l’église, enfoncé entre l’abside et la chapelle de l'évêché. (Page 26.) Au milieu de cette solitude, peuplée de pierres, d’ogives, de statues, de colonnes, d’ombres et de lumières datant du moyen âge, si un opulent et orgueilleux chanoine apparaissait, si un évêque se dressait mitre en tête et crosse au poing, si un procureur, affairé et empressé, vous heurtait en courant, on croirait se réveiller d’un rêve, revenir à la réalité, et l’on saluerait respectueusement Mor de Hangest, ou l’on causerait familièrement avec M° Gérard Cauvin.
Voilà Noyon au XVI siècle. Quel champ ouvert aux ambitions et aux espérances du Picard habile et désireux de parvenir! Gérard était fait pour Noyon, comme Noyon était fait pour lui. Aussi, au bout de quelques années, il n’y eut pas de Noyonnais plus authentique. En lui s'incarnaient toutes les vertus, toutes les passions, tous les intérêts de ses concitoyens.
Les documents nous le représentent, en effet, comme doué d’une grande intelligence des affaires et d’une activité infatigable.
Voici le portrait de Gérard par Desmay : « Il estoit homme cauteleux, d’un esprit fin et rusé, bien entendu en chicane, mais grand fripon, qualité qui lui faisoit négliger ses affaires domestiques et peu ménager la fortune où son esprit le pouvoit avancer, estant fort employé par messire Charles Dangestes et messire Jean Dangestes, oncle et nepveu evesques de Noyon*?. » Le Vasseur de son côté, le dépeint ainsi : « Esprit ardent et des mieux entendu en la plus fine pratique et algèbre des procez, il se fourra partout et brigua grandement les affaires, lesquelles le cherchèrent et chargèrent en la fin, chacun désirant se servir d’un homme si luré en telle escrime, qui ne manquoit de diligence non plus que d'invention : [1 devint doncques Notaire apostolique, Procureur fiscal du comté, Scribe en cour d'Eglise, Secrétaire de l’évesché et Promoteur du chapitre. » Ce fut un « praticien à cinq parties. » « Bref, il en embrassa tant qu’il s’'embarrassa pour toute sa vie. »
1. C’est une construction fort originale, beau spécimen de l’architecture en bois de la fin du moyen âge. On voit bien, en 1422, Raoul de Coucy faire don au chapitre d’un cours de droit civil, en cinq volumes, à la charge de faire construire une bibliothèque. Mais le bâtiment n’était ni achevé, ni même peut-être commencé avant 1506, et bien que joliment sculpté, dans le goût de la fin du XVe siècle, il appartient au milieu du règne de Louis XII (Vitet, p. 147, 148). Autrefois, il était plus original encore qu’aujourd’hui, avec son grand et large toit, recouvrant bien le premier étage, mais sans rez-de-chaussée : les piliers, libres de toute maçonnerie permettaient de circuler à l’abri du soleil et de la pluie, comme dans un pittoresque promenoir. — 2. Desmay, p. 2. — 3. Le Vasseur, p. 1151,)155.
Si des ennemis habitués à toutes les calomnies tiennent ce langage, on reconnaîtra la vérité dans le sobre jugement de Théodore de Bèze : « Girard Calvin, était un homme de bon entendement et conseil et pour cela fort requis ès maisons
des seigneurs circonvoisins!. »
Gérard Cauvin était donc le conseiller du clergé et de la noblesse.
Reçu bourgeois en 1497*, après une vingtaine d’années de séjour continu, il acheva de s'établir par son mariage avec Jeanne Le-Franc.
Le Franc était un ancien hôtelier de Cambrai, qui, après avoir fait fortune, s'était retiré à Noyon, où il avait été recu bourgeois en 1498. Il entra au Conseil de ville et devint bientôt un des principaux notables, beaucoup plus riche naturellement que Cauvin. Celui-ci était taxé à 14 sous, tandis que Le Franc était taxé à quatre livres, près du double de la moyenne des impositions.
Sa fille Jeanne n'avait pas seulement du bien : elle était belle et pieuse. Desmay rapporte qu’on se souvenait encore d’elle au commencement du dix-septième siècle, comme de l’une « des plus belles femmes de son temps. » Et en dépit du timide essai de calomnie tenté par le chanoine
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