‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son tempsChapitre 17 sur 156 · RE ES UE · texte numérisé non relu

RE ES UE

Cathédrale de Noyon. Salle capitulaire, (p.16)

Le Vasseur, c'était une tradition à Noyon qu’elle s'était distinguée pendant sa vie

par sa dévotion ‘.

Voilà bien le milieu que décrit exactement de Bèze avec sa brièveté accoutumée : « La maison estoit honneste et de moyennes facultez*. »

Ici on constate la différence entre Luther et Calvin.

« Je suis le fils d’un paysan, aimait à répéter le réformateur allemand; mon père, mon grand-père, mes aïeux étaient de vrais paysans. » — « Mes parents ont d’abord été très pauvres, et ma mère, pour nous élever, a souvent porté son bois sur le dos. Ils ont fait ce que personne ne ferait aujourd’huif. » — Et c’est bien dans ce milieu que devait naître le rude lutteur, celui qui eut pour mission de commencer l'attaque et, par ses coups terribles, d’étourdir et de renverser

le colosse romain.

La maison du réformateur français, nous est-il raconté au contraire, était

41. Opera, XXI, p. 29. — 2. Lefranc, p. 2. — 3. Desmay, p. 2. — 4. « Le Vasseur a voulu souiller ce beau

visage par une calomnie recherchée et qui n’a point de fondement : « Belle femme, dit-il, mais d’assez mauvais bruit. » Drelincourt, p. 194. Le Vasseur, p. 1152. — 3. Opera, XXI, p. 29. — 6. Luther, sa vie el son œuvre, par

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« honneste et de moyennes facultez. » Et c’est bien dans ce milieu que devait naître l'organisateur de la Réforme, celui qui, en relation avec les plus nobles comme avec les plus humbles, avec les gouvernements comme avec les Eglises, eut pour mission d’exceller dans le droit et dans la politique, non moins que dans la théologie et dans la

fan Le piété.

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Un dernier fait n’est pas le moins important à noter, si l’on veut connaître exactement le milieu préparé pour recevoir notre réformateur. Sa famille, si cléricale par ses apparences et par ses fonctions, fut extrêmement anti-cléricale par ses actes et par son esprit.

Grâce à ses relations si diverses et à ses charges si multiples, Gérard Cauvin était bientôt parvenu non seulement à l’honnète aisance, mais à l'indépendance du bourgeois. La situation secondait son caractère. Et, par exemple, le 5 août 1524, nous le voyons paraître devant le chapitre, et demander raison aux chanoïnes d'un emprisonnement, selon lui illégal !.

Tel père, tels enfants.

Gérard et Jeanne avaient quatre fils et deux filles : Charles, Jean, Antoine ? et François, qui mourut jeune; ensuite Marie, et une autre fille dont on ne sait pas le nom *. Il faut seulement nous occuper ici de Charles.

Il fut à Noyon chapelain de l’autel de la Gésine, et puis de la Madelaine et curé de Roupy. Naturellement Le Vasseur et Desmay n’ont pour lui que mépris et haine. « Charles fut d’un entendement grossier, » dit le premier; et le second: « Charles Cauvin, frère aîné de Jean Calvin, estoit d’un esprit lourdaut, d’une

1. Lefranc, p. 7. — 2. Opera, XXI, p. 53. C’est évidemment par erreur qu’il est parlé d’un second Antoine, né après le premier et mort en bas âge. — 3. Celle-ci se maria à Noyon. Marie paraît avoir quitté cette ville de

bonne heure. Une lettre de Calvin, alors à Paris (1532, date donnée par M. Herminjard, II, 398, et les Opera X, p. 16), à son ami Daniel, d'Orléans, se termine par ces mots: « Tu auras soin de faire remettre mes lettres à ma sœur Maria Paludana. » C’était sans doute le nom latinisé de son mari. Plus tard elle devait suivre son frère à Genève. Nous aurons à reparler d'Antoine. Il est appelé par P. Masson, mercator caligarius (fabricant de bottines, cordonnier).

LES ORIGINES De)

mauvaise vie et indigne du caractère de l’ordre qu'il portoit!. » Mais dans « cette mauvaise vie » remplie, semble-t-il, de crimes épouvantables, Desmay lui-même ne trouve à noter que ces deux actes : des paroles insolentes et injurieuses adressées à un appariteur, qui lui signifiait un mandement de Messieurs du Chapitre (11 février 1529°), et une querelle dans laquelle il battit un certain clerc de l'Eglise (13 février 1530 *). Evidemment c'est trop de vivacité. Comme l'Eglise cependant eût pu s’estimer heureuse si aucun de ses chanoines

n'avait jamais eu sur la conscience de plus grave peccadille ! Charles soutint qu'il n’avait point failli et déclara qu'il ne se souciait guère de telles excommunications. Desmay ajoute que « non obstant cette rebellion, il ne laissoit d’avoir des amys en Chapitre qui le soutenoient “. » Il fut même promu

en ses ordres tout excommunié qu'il

était : ce qui lui valut l'interdiction deténtreéedaicnœur (heseptrs31.)

Jusqu'ici c'était bizarre : désormais c’est mystérieux. Le 6 mai 1534, nouvelle plainte, mais évidemment

d’un autre genre. Le chapitre ordonne une enquête « s’il y a matière de plainte et d'action contre le mesme Cauvin. »

N’avons-nous pas l'explication de l'énigme dans les mots suivants de Desmay, textuellement reproduits par Le Vasseur : « Ce Charles. stupide d'esprit et injurieux, fut facilement emporté aux erreurs qui commencoyent à pulluler en ce temps-là, aymant le chemin de liberté et mesprisant l'Eglise’. »

Noyon. Restes de l'évêché. (p. 18)

1. Desmay, p. 3. — 2. Id., p. 9. — 3. Id., p. 10. Cette date et la précédente sont dans ce qu’on appelle le Vieux Style, par opposition au Nouveau Style. Le vieux style est l’usage qui fait commencer lannée à Pâques; le nouveau style est l’usage qui la fait commencer au 1e janvier. Voici ce qu’on lit dans l'Art de vérifier les dates (1818), T. L., p. 15 : « Un usage très commun sous la troisième race de nos rois, était de ne commencer l’année qu’à Pâques, trois mois environ après nous. On trouve des indications comme celle-ci : « Le samedi saint » de Pâques, après la bénédiction du cierge, le «1er avril de Pan 1363.» Cette attention de marquer, après la bénédiction du cierge pascal, qui anciennement se faisait la nuit du samedi au dimanche, nous indique, pour ainsi dire,

C’était là son vrai crime.

€ Il tenoit des propositions scandaleuses des sacremens de l'Eglise. » On lui fait faire une admonition « le plus secrettement qu’il sera possible, pour savoir s’il entend soutenir la proposition erronée, par hp... luy mise en avant, afin d’adviser ce qui sera de = faire!. » — « Nonobstant toutes ces remontrances, ) Charles demeure éfronté = pecheur, et comme un homme plongé dans le profond de l’iniquité, néglige toute occasion de

revenir à Soy, il continue ses scandales. » Le 4 novembre 1534, on le pléure MenrO ha pisres « comme une àme perdue ets déses percer Toutes les tentatives de le ramener échouent.

« On ne gagne rien. Il se montre réprouvé en tout, et met à nonchaloir les remèdes qu'on [uy procuroit pour sauver Soname las" eléya contre Dieu même, blas- = phémant contre le saint = | . ] sacrement de l'autel. — Enfin, il devint malade en 1536 *(?) Et comme

Noyon. Rue Corbeau. (p. 20)

le premier instant de la nouvelle année. Elle commençait avec, ou immédiatement après cette cérémonie. On ne peut marquer précisément le temps où cet usage a commencé de s'établir en France. Mais nous savons qu'il a duré jusqu’à l’édit de Charles IX, donné au mois de janvier 1563 (V. S.), dont le 39me article ordonne de dater les actes publics et particuliers en commençant l’année au rer janvier. » Les deux styles (V. S. et N. S.) n’amènent donc de différence que pour les trois premiers mois de l’année, ou plus exactement pour le temps qui va du 1er janvier à Pâques. Du 1er janvier à Pâques, le millésime du V. S. est en retard d’une année sur le millésime du N. S. Nous donnerons les dates telles que nous les trouverons dans les auteurs, nous bornant à les accompagner d’une indication, seulement quand cela sera utile. — %. Jbid., p. 10. — 5. Ibid., p. 9, et Le Vasseur, p. 1165-1167.

1. Le Vasseur, 1bid. — 2. D’après Le Vasseur « il décéda le dernier jour d’octobre 1537, ainsi que le porte la conclusion capitulaire du mesme jour et fut formée opposition à sa sépulture par Ja. Luydet et P. Billoré qui se opposuerunt nomine Fabrice. L'information de M. de Mesle fait foy que le dit Charles se sentoit fort de l’hérésie.... »

en sa vie il avoit abandonné Dieu, il fut aussi abandonné en sa mort, comme une âme damnée. Il refusa de recevoir les saints sacremens de l'Eglise : à l’occasion de quoy, après sa mort, son corps fut porté entre quatre piliers d’une

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