Histoire des Martyrs, I, p
au commencement et à Îa fin, ces mots: Pro communitate pauperum montis acutt. C’est Béda, Principal de Montaigu, qui intervient au procès, le 18 août 1525, pour la Faculté de théologie, « tant en son propre [nom] que de tous bons chrestiens. » Dans le manuscrit, les passages relatifs à la Faculté de théologie sont soulignés et annotés d’une main qui ne peut être que celle de Béda. C'étaient donc les notes destinées à renseigner Béda sur un procès dont il était l'âme. En effet, « les plaidoiries du 18 août manquent: Béda assistait ce jour-là à l'audience: il n'avait pas besoin d’autres notes que de celles que lui-même avait prises. » Et la lettre de Béda à Erasme, celle dans laquelle il pose son principe antibibliciste, est datée de Montaigu. (Ex acuto monte ?.)
Comment les élèves d’un collège n’auraient-ils pas été au courant des actes, aussi retentissants, de leur Principal? À cette époque de discussion incessante comment Calvin ne les aurait-il pas discutés avec ses camarades?
Mais ce n'est pas tout. Si Calvin était l'étudiant de Béda, il était l'ami des Cop. Or Béda était le chef des «obscurantins,» et Guillaume Cop était plus que le disciple des novateurs.
Né à Bâle, célèbre par ses connaissances médicales, Cop fut appelé à Paris par Louis XII, et conserva auprès de ce roi, et de son successeur François I°, la charge de premier médecin.
Une lettre de lui, datée du 25 août 1514, raconte la curieuse scène que voici. On attaquait Reuchlin devant le roi. Louis XII interroge son médecin. Cop répond : « Il y a quarante ans que je ne l’ai vu; mais je sais par mon précepteur J. Heberling de Gemund que lorsqu'il enseignait à Bâle il était très célèbre... Personne ne lui était comparable. » Son interlocuteur n'ayant rien à répondre se contenta de s’écrier : « Toi aussi, tu judaïses’. » Reuchlin lui rendait naturellement son estime et son affection, et l’appelait le « petit fils de ses leçons”. »
Mais Cop n'était pas moins avancé dans les bonnes grâces d’Erasme. Celui-ci, se trouvant malade à Paris, en 1498, écrit à un de ses amis qu'il n’est pas sans espoir. Il compte sur sainte Geneviève, dont ila maintes et maintes fois éprouvé le secours. Il ajoute : « Et surtout [ce maxime est naïf] nous avons pour médecin G. Cop, non seulement praticien très habile, mais mon ami, et, ce qui est très rare, adorateur des muses (musarum cultorem*). »
Cette amitié et cette admiration ne diminuèrent pas avec les années. Le 9 février 1516, Budé met Cop au nombre des trois Guillaume dévoués à Erasme (CCOD GrBudéet G. Parmi ‘}iEtle 21 février, Erasme se hâte de: répondre: « J'aime tellement Cop (totum totus) que je me réjouis rien que d'entendre son nom.» [1 continue à le déclarer « incomparable patron et chef (vindex et antistes) de la médecine, celui que la France et l'Allemagne se disputent. »
L'ami de Reuchlin et d'Erasme ne pouvait pas ne pas être l'ami de
41. Bulletin, LXIV, 1895, p. 8,9. — 2. Herminjard, I, p. 353. — 3. Du Boulay, VI, p.66. — 4. Herminjard, I, p. 16. — 5. Lettres d'Erasme, édition Le Clerc, IIl!, p. 26 D. (12 avril 1498). — 6. Ibid. $ février 1516, It, p. 170 E. — 7. Ibid. 21 février 1516, Il!, p. 184 E. — 8. Ibid. 14 février 1517, I p. 231 F.
Le Fèvre. En effet, Glaréanus raconte à Zwingle (29 août 1517) et à Erasme (5 août 1517) quel excellent accueil il a reçu à Paris de Budé, de Cop, et de Le Fèvre d'Etaples; et, le 29 août 1526, nous trouvons Cop à Blois, avec la cour, faisant saluer Le Fèvre et un ami commun.
Rien d'étonnant que Cop ait un peu senti l’hérésie : il était un des principaux chefs du nouveau parti. Il mourut à Paris « riche et laissant de grands biens à sa famille?. »
Or Calvin fréquentait la maison de Cop, amené par les fils, Nicolas, Jean, Michel, qui étaient, nous l’avons vu, ses condisciples. Sur quoi pouvaient rouler les conversations? A cette époque, où les journaux étaient remplacés par les lettres, quelle émotion? causait une épître de Reuchlin, ou d'Erasme!
Entre son Principal, Béda, et le père de ses amis, Cop, Calvin devait être singulièrement au courant de tous les événements. Et on ne peut douter du parti vers lequel penchait l’ancien élève de M. Cordier, l’humaniste déjà distingué, dont la maturité devançait l’âge, dont le bon sens et la moralité, également rigides, devaient être à chaque instant heurtés par l'ignorance et la grossièreté sorboniques.
Si nous n'avions aucun renseignement, nous serions raisonnablement obligé de classer Calvin dans le parti des Humanistes, avec les Reuchlinistes, les Erasmiens, les Fabrisiens;, mais Bèze va nous permettre de préciser la date et la nature des premières impressions évangéliques de notre Réformateur.
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Le moment était venu pour le bénéficiaire des cures de Noyon, pour le maître ès arts de Montaigu, de se vouer définitivement à la théologie.
Tout à coup, nous voyons qu’il étudie le droit.
Son père avait changé d'avis. Pourquoi ? « Son père résolut de le faire étudier aux loys, voyant que c’estoit le meilleur moyen pour parvenir aux biens et aux honneurs!. » Nous pouvons confirmer ce renseignement en le complétant.
Les relations entre Gérard Cauvin et le Chapitre de Noyon s'étaient peu à peu modifiées, et profondément. A la confiance réciproque avait succédé la défiance, et même la lutte.
Nous ne parlons pas des petits ennuis que G. Cauvin eut en 1526 et 1527, à propos des cures de Jean Calvin. Celui-ci, qui aurait dû se présenter, ou se faire représenter, aux séances du Chapitre, avait négligé de remplir cette formalité, et il avait été pour cela « approché. » Ses succès croissants firent sans doute oublier ces irrégularités vénielles, et, le 27 septembre 1527, il obtenait la cure de Saint-Martin de Martheville (près de Vermand, Aisne).
1. Herminjard, I, p. 449. — 2. Du Boulay, VI, p. 938. — 3. Cette émotion nous a été décrite en termes d’une vivacité aujourd’hui incroyable, par exemple par Bucer. — 4. Wie de Calvin, 2e édition, Opera XXI, p. 54.
Mais dès 1526, G. Cauvin semble avoir été poussé, par quelque gêne financière, à s'acquitter d’une façon assez irrégulière de ses fonctions de procureur. Exécuteur testamentaire d’un certain Nicolas Obry, chapelain de Noyon, il ne rend pas de comptes. En 1527 il est censuré et blâmé par le Chapitre; il persiste dans son refus d'explication.
Bientôt après 1l agit de même dans une autre succession. Nommé, en troisième ligne, exécuteur testamentaire, il se substitue aux deux premiers mandataires, et de nouveau il refuse ses comptes. Les contraintes, les monitions furent vaines. L’excommunication ne devait pas mieux réussir!.
Qu'était-ce donc? Même en lisant Le Vasseur? il ne semble pas qu'il y ait eu autre chose que des embarras financiers. Du reste, à la mort du père, les enfants réglèrent la situation à la satisfaction du Chapitre.
Mais on s'explique que G. Cauvin ait, à ce moment, rêvé pour son fils une position indépendante, et l’ait éloigné d’une Eglise avec laquelle il venait de se mettre en un si pénible et si violent conflit.
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Le changement de sentiments du père était naturel. Mais que dut en penser le fils ?
D’après Bèze, il se trouvait que le fils avait changé en même temps que le père (utriusque mutaius animus), bien que pour d’autres motifs. Les voici : « Toutes fois son père se résolut de le faire estudier aux loix, et luy aussi de
1. Desmay ne perd pas cette occasion de donner libre carrière à ses accusations et à sa haine contre la famille Calvin. « Girard Cauvin estant homme qui prenoit où il pouvoit pour entretenir ses friponneries s’avança tant aux affaires de Chapitres, qu’on le fit Receveur et payeur des officiers de l’Église, et se donna du bien d’Eglise par les joues, et enfin se trouva grandement redevable, ayant receu toujours sans payer, à cause de quoy les officiers se plaignirent en plein Chapitre contre luy, qui fut cause, qu’au Chapitre tenu le lundi 11 décembre 1525, fol. 375, p. 1, Messieurs Fauvel, David et Herlin, furent députez pour faire rendre compte à Girard Cauvin, et tirer de luy ce qu’ils pourroient, et pour le déposséder de cette charge et en establir un nouveau. Comme bon cheval de trompette, il ne s'étonne du bruit, il use d’artifice et subterfuge, pour ne point rendre compte et ne point dégarnir ses mains. » (p. 5). Si la conduite de G. Cauvin avait été si coupable, le Chapitre aurait-il fermé les yeux pendant toutes ces années? En 1528, rien n'a été fait contre lui. Alors vient l’affaire des testaments, juin, août 1528. « Au Chapitre tenu le vendredi 13 novembre 1528, Maistre Jacques Renard a présenté qu’il avait parlé à Girard Cauvin sur l'exécution d’une sentence donnée contre luy, par laquelle il avoit esté condamné à rendre compte des biens des susdits Obry et Courtin, et Girard luy avoit répondu estant au lict malade qu’il estoit appelant de cette sentence, » Le cas est donc litigieux. Et en effet on voit le Chapitre s’adoucir, et se montrer très aimable envers G. Cauvin. Faut-il une autre preuve que celui-ci n’était pas le « fripon » dont on nous parle? Desmay lui-même continue : « Il a esté ordonné qu’on suspenderoit l'exécution de ladite sentence, et que, pour soulager le dit Cauvin en son infirmité, Maistre Tresson iroit chez luy pour escrire, et dresser les minutes de ses comptes. » Le mercredi 18 du mois de [le nom manque] lan 1530, G. Cauvin présenta quelques comptes en Chapitre « de ladministration des biens sus nommés » (p. 6). C’est ici que l’on constate la passion fanatique de Desmay. « Nonobstant, conclut-il, toutes les quelles diligences, poursuites, sentences, monitions et longues attentes, G. Cauvin trouve des détours pour ne point rendre compte. Il ne se faut plus estonner si d’un si mauvais arbre est sorti un si mauvais fruit, d’un père excommunié un enfant de géhenne. De l’engeance de Caïn, ne peut venir qu’un Chanaan » (p. 7.)
On voit où il s’agissait d’en arriver. — 2. Le Vasseur, p. 1154, 1155:
sa part ayant desia par le moyen d’un sien parent et ami nommé maistre Pierre Robert, autrement Olivetanus, qui depuis a traduit la Bible d'Hebrieu en François, imprimée à Neufchastel, gousté quelque chose de la pure religion, commençoit à se distraire des superstitions papales, qui fut cause qu'outre la singulière révérence qu’il portoit à son père !, il s'’accorda d’aller à Orléans pour Cest
Dans sa Vie latine, Bèze ajoute qu’ « averti (monitus) de la vraie religion, » Calvin « avait commencé à lire les livres sacrés..…., » et « à se séparer des cérémonies » catholiques *.
Voici donc un nouvel ami de Calvin, et des plus intimes : Pierre Robert, dit Olivétan. Il avait pour père un procureur en cour d'église de Noyon, collègue par conséquent de Gérard Cauvin, dont il était cousin‘. Sans que l’on sache comment, il fut gagné aux idées évangéliques.
Est-ce lui qui, à ce moment, gagna à ces mêmes idées son ami et cousin, Jean Calvin? Bèze l’affirme; M. Herminjard en doute. « Est-ce durant le premier séjour de Calvin à Paris, c’est-à-dire avant 1528, qu'Olivétan exerça sur lui cette influence, ou seulement depuis que le jeune licencié ès lois fut revenu dans la capitale en 1531? Le ton qui règne dans les premières lettres de Calvin semblerait plutôt favorable à la seconde hypothèse”. »
On voit toute l’hésitation, si scrupuleuse, avec laquelle M. Herminjard avance son «hypothèse. » Il est vrai que même une hypothèse du savant bénédictin lausannois a pour tout le monde, et pour nous en particulier, beaucoup d'autorité. Il nous semble cependant que cette hypothèse est, sinon inspirée, tout au moins appuyée, surtout par le système chronologique auquel M. Herminjard est arrivé pour la date des premiers événements moraux de la vie de Calvin: système que nous avons, peut-être le très grand tort, en tout cas le très grand regret, de ne pas pouvoir adopter complètement.
Entre l’hésitation de M. Herminjard et l'affirmation si nette, trois fois renouvelée de Bèze, nous conservons donc, — jusqu’à preuve nette du contraire, — l'affirmation de Bèzef. D'autant plus que celui-ci se sert de termes dont il faut remarquer les nuances.
Calvin n'est pas instruit, en règle, des vérités évangéliques; il est averti
4. Dans sa Préface des Psaumes, Calvin dit qu’il s’employait « fidèlement pour obéir à son père, » à l'étude des lois. Et Kampschulte voit entre cette déclaration et celle de Bèze une contradiction (p. 226, n. 3). Nous ne pouvons y voir qu'une confirmation. Calvin ne parle pas de ses propres sentiments : voilà tout. — 2. Wie de Calvin, 1e éd., Opera, XXI, p. 29. — 3. Vie de Calvin, 3° éd., Opera, XXI, p. 121. — 4. Lefranc, p. 29. — Il appartenait donc à « cette région privilégiée qu'ont illustrée les travaux bibliques de Guyard des Moulins, Raoul de Presles, Jean de Rely, Le Fèvre d’Etaples, Vatable, Calvin, sans parler de Gérard Roussel, Louis de Berquin, Ramus, ni des imprimeurs Pierre de Vingle, Crespin et de Tournes. » Douen, Encyclopédie des sciences religieuses, IX, 1860, p. 786. Ajoutons encore les noms de Desmarets, Simon de Colines. — 5. Herminjard, IL, p. 451. Notre savant auteur ne conteste pas du tout qu'Olivétan ait exercé sur Calvin une certaine influence religieuse; il hésite seulement à préciser l’époque où elle s’est produite. — 6. P. Masson la confirme en ces termes : « Calvinus a Roberto Hebraicae linguae perito consanguineo suo, religionis novae principia hauserat, prius quam Aureliam ad Juris civilis studia proficisceretur, » P. Masson, p. 413.
(admonitus). Il commence à lire les Ecritures, à se séparer, à fuir les superstitions, à ne plus participer aux cérémonies. C’est un commencement, et rien qu'un commencement. Or, si le tableau que nous avons esquissé du milieu « protestant » où vivait Calvin n’est pas absolument inexact, cette initiation aux idées évangéliques, en ces circonstances, n’est pas seulement vraisemblable, elle était inévitable !,
Donc Pierre Robert, Olivétan”, l’initiateur de Calvin aux convictions évangéliques ! On a eu bien raison de dire, que justice n'avait pas été rendue à celui qui, selon toutes les probabilités historiques, a joué un tel rôle, et exercé une telle influence. Il ne nous faut pas renouveler cette injustice.
Peut-être que cependant la faute n’en est pas tout à fait aux historiens : les documents leur ont manqué, et l'attention s’est peu à peu détournée de cette figure presque mystérieuse, comme recouverte d’un voile que rien ne peut déchirer.
Le premier texte que nous rencontrons, se trouve dans une lettre de Bucer à Farel, du 1% mai 1528. Il y est parlé d’un « jeune Noyonnais » qui étudiait les lettres à Orléans, et que la persécution en a chassé. Il est venu se réfugier à Strasbourg, où il a résolu d'apprendre les langues, surtout le grec et l’hébreu, qu’il ne connaît pas encore parfaitement (17 quibus nondum plane eruditus est). Bucer avait même écrit d’abord : « qu’il ignore complètement » (prorsus rudis est)*.
1, Nous aurons à étudier, lorsqu'il s’agira de fixer la date de la conversion de Calvin, le travail, très savant, de M. le pasteur Lang, Die Bekehrung J. Calvins, 1897. Naturellement cette date dépend des événements antérieurs, de la façon dont l’historien les comprend. Il nous faut donc noter au passage, au moins par quelques mots, les appréciations de M. Lang sur les faits qui peuvent servir à préciser l’origine des convictions évangéliques de notre Réformateur. — Ici, à propos de l’influence d’Olivétan, M. Lang se borne à dire qu’on est « sur un terrain très incertain » (p. 18). Oui, si on conteste purement et simplement l'affirmation de Bèze, et si on ne voit pas dans la lettre à Bucer ce qui y est, la preuve des sentiments évangéliques de celui qui l’a écrite. Mais qui ne sent que c’est là une formelle pétition de principe? — 2. « Olivétan (alias Olivetain, Oliveteau, D'’olivet), n’est qu’un de ces noms de fantaisie si nombreux alors, ou un sobriquet dérivé d’« olivete, » abondance d’huile, et pouvant signifier grand brûleur d’huile, c’est-à-dire grand travailleur. » Douen, Encyclopédie des sciences religieuses, IX, p. 786. — 3. Herminjard, Il, p. 132. — Quand il a publié le premier cette lettre de Bucer, M. Herminjard a déclaré qu’il ne saurait dire de qui il était question (IL, p. 131). Mais la découverte d’une lettre de Fortunat Andronicus à Bucer, datée d'Orbe, 29 avril 1533, l’a éclairé. Cette lettre, dit-il, serait « très difficile » à expliquer, si l’on n’admettait pas des relations personnelles antérieures entre Bucer et Olivétan. En conséquence, dit M. Herminjard, « Olivétan serait, dans notre opinion, le jeune homme de Noyon qui vint se réfugier à Strasbourg au mois d’août 1528, pour y étudier les langues et particulièrement le grec et l’hébreu. » (Herminjard, Il, p. 451 et III, p. 44.) M. Lefranc a confirmé ce résultat : « Il n’est pas douteux pour bien des raisons que le Noviodunensis juvenis de la lettre de 1528 soit Olivétan. Cela ressort de tous les rapprochements. » (Lefranc, p. 29.) — Kampschulte (p. 181), au contraire, estime que le jeune Noyonnais, c’est Calvin lui-même; et, tout en restant indécis, les éditeurs des Opera ouvrent par la lettre de Bucer la collection des lettres se rapportant à Calvin. Nous verrons que cette opinion est absolument insoutenable, Bucer déclarant, en 1536, qu’il n’avait pas encore fait la connaissance personnelle de Calvin. Opera Xb, p. 68. (Lettre de Bucer à Calvin, du 1er décembre 1536.)
Ces quelques lignes s'appliquent très bien à Olivétan, jeune Noyonnais, et qui allait en effet avoir besoin de connaître le grec et l’hébreu pour sa grande traduction de la Bible. Admettons l'opinion de MM. Herminjard et Lefranc.
C'est admettre qu'Olivétan était à Orléans au commencement de 1528. Il n'y a rien d'étonnant à ce qu'il y ait précédé son cousin. Mais si, en 1528, il se réfugie chez le Réformateur strasbourgeoïis, il fallait bien que, déjà avant, il connût la Réformation, ses principes et ses hommes. Non seulement il avait pu en parler à Calvin, mais ce qui serait invraisemblable, c'est qu'il ne l’eût pas fait. L’affirmation de Bèze est encore une fois confirmée.
M. Lefranc ajoute qu'à partir de leur rencontre à Paris, Calvin et Olivétan restèrent «en correspondance continue. » Mais le texte sur lequel il s'appuie paraît bien contestable !.
Puis « une obscurité presque impénétrable » enveloppe l'existence d’Olivétan dans les Vallées vaudoises, d'octobre 1532 à mars, ou bien août 1535 *?.
C’est dans cette obscurité que se cache son héroiïisme. En 1532, avant son départ pour les Vallées, Olivétan était à Genève, précepteur chez Chautemps. « Advint, aussi, raconte Roset, que un moyne preschoit au couvent de Palais, criant fort contre les luthériens. Là estoit Olivet (Olivétan) qui estoit maistre des enfans d’un des citoyens de la ville, lequel reprint le moyne ouvertement, dont s’esmeut grand trouble, et fut le dit Olivet tiré du danger par aucuns des évangélistes et puys, banny par la seigneurie, se retira de Genève *. »
Cette hardiesse est bien dans le caractère de celui qui fut l'héroïque missionnaire des Alpes vaudoises *.
Plus discret encore est ce qu’on peut appeler le roman d’Olivétan. Pendant qu'il était à Neuchâtel, il avait fait la connaissance d’un pasteur, François Martoret du Rivier. Ce pasteur avait une sœur, Jeanne. Elle aima Olivétan, qui l’aima aussi, mais sans vouloir, ou pouvoir, se décider à contracter une union qui aurait gêné son héroïque et périlleuse carrière de missionnaire. Lui, « ne prit jamais aucun engagement, » raconte Farel’. — Elle, « attendit fidèlement, soutenue par un vain espoir, » raconte Fabrif. Avant de partir pour les Vallées, Olivétan fit son testament, et laissa à Jeanne la moitié de ses biens. Et
1. Lefranc, p. 98. — Les Opera Xb (p. 15) voient dans « Roberti fratris, » non pas « mon frère Olivétan, » mais un frère de Daniel. M. Herminjard, III, p. 290, ne dit rien, évidemment n’ayant rien à dire. En effet, les autres détails ne sont pas plus clairs. — 2. Herminjard, IT, p. 290. — 3. Roset, Les chroniques de Genève, éd. Fazy. 1894, p. 169. Froment dit que le moine « qui débacquoit à son playsir contre les luthériens », fut repris par Olivétan après son prêche (Froment, Les actes et gestes merveilleux de la cité de Genève, éd. Fick, p. 49). D’après Gautier, Olivétan serait monté sur le banc et aurait commencé la discussion (Gautier, Histoire de Genève, 11, p. 364). Il semble que le fait soit suffisamment attesté par ces trois récits dont les légères différences prouvent l’indépendance et l'autorité. Toutefois notons que M. Herminjard écrit : « Sa présence à Genève pendant l’été de 1532 est au moins douteuse, car elle n’est attestée par aucun témoignage sérieux. » Herminjard, IT, p. 451. Voici ce que notre auteur entend par ces mots. Le Registre du Conseil ne disant rien de la protestation d’Olivétan, on peut penser que Roset et Gautier ont emprunté à Froment le fond de leur récit. Ils en auraient seulement varié la forme. Quant à Froment lui-même, il a rédigé sa Chronique une dizaine d’années après les événements. Pour les détails, il est sujet à caution. — 4. Herminjard, Il, p. 200. — 5. Opera, X, p. 373, Farel à Libertet. Christophorus Faber Libertinus était appelé, en français, tantôt Christophe Fabri et tantôt Libertet. — 6. Ibid., Xb, p. 343, Libertet à Farel.
plus tard, avant de partir pour l'Italie, il fit de nouveau son testament, mais il oublia Jeanne. « Certainement, dit son ami Fabri, il lui aurait légué quelque chose, si seulement il y avait pensé (si modo ejus memor Jfuisset) !. »
Calvin et son frère Antoine étaient ses à
héritiers pour une moitié; l’autre était pour € me Zen
+ le Houscau/tranflarcs
en Francopo.
les pauvres. « Bien qu'il fût réduit à une aan pénurie très voisine de la misère, a dit un
auteur trop souvent injuste envers Calvin,
le Réformateur, toujours mü par un sentiment de générosité et d’exquise délicatesse,
voulut partager avec Jeanne sa portion d’hé- ft ere arte ritage, ainsi que celle de son frère, et pria
Farel et Fabri de prendre des mesures en conséquence ?. »
Quant au lieu de la mort d'Olivétan, il est aussi incertain que la plupart des circonstances de sa vie. Les savants éditeurs des Opera le font mourir à Ferrare, en février 1538 *. Mais le non moins savant éditeur de la Correspondance déclare qu’à ce moment il était à Genève, puisque Toussaint (18 février 1538) et Fabri (23 février 1538) l'y font saluer. Du reste, Fabri dit nettement qu'Olivétan, « son très ami, bien plus son âme, et la moitié de lui-même, » est mort en août 1538‘. Beaucoup d'auteurs ont dit qu'il fut empoisonné à Rome. Les preuves manquent pour affirmer ou pour nier.
On voit avec quelle raison M. Herminjard conclut : « On dirait que les amis d'Olivétan se sont entendus pour épaissir les ténèbres qui entourent sa vie... ; ceux qui l'ont tendrement aimé, et qui lui ont voué les plus vifs regrets, n’ont pas su ou n’ont pas voulu conserver une seule de ses lettres, pas même une signature de sa main. Tout est détruit *. »
LA denp emptes tablre/fune pour Mntrrpartarion e Dinberr
Dieu cn tout.
Bible d’Olivétan :
Grandeur de l'original 26omm X 364mm
Tout..…., sauf son œuvre qui reste indestructible. (Pages 119 et 120.)
Quand Olivétan n'aurait fait qu'initier Calvin à la Réforme, il mériterait un souvenir et une reconnaissance impérissables.
Mais il a fait plus. On a dit : « Entre les souvenirs des peuples, il n’en est pas qui puissent se rapporter à un fait plus important que la traduction de la
1. Opera, Xb, p. 343, Libertet à Farel. — 2. Douen, Encyclopédie des sciences religieuses, IX, p. 791. « Calvino ex suo est vivendum, nisi, ut scribit, fratres gravare velit, » écrit Farel à Libertet, — 3. Opera, Xb, p. 315, n. 2. — 4. Herminjard, V, p. 228 et 282. — 5. Ibid., V, p. 260.
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PA auf. Que fa lumiere foit faicte/et fa fumiere fut faicte. &t
foispoïfauft, Dfeu Geit que [a lumiere efioit Bonne: & Dieu fepara
A A fa fumfere des tencbres/ c appetfa fa fumtere/iour: et.
oh fes tenebres/nuict. Loss fut fatct du foir ç du matin/le premier four.
Bible d’Olivétan : début de la Genèse.
Bible en leur langue. » Or Olivétan est, avec Le Fèvre d'Etaples, l’homme qui a donné sa Bible au protestantisme français : notre Bible. Cette Bible de 1535, voilà le vrai granit dans lequel la physionomie d'Olivétan continue à vivre, plus nette et plus précise que dans aucune statue.
La Bible de 1535 (Page 119) nous révèle d'abord sa modestie. Il fut le plus modeste des Réformateurs. L'histoire a donc eu raison de l’envelopper de ses voiles : elle n’a fait que respecter la pudeur de son âme.
Voici le titre de la préface de la Bible : « P. Robert Olivetanus, l'humble et petit translateur, à l'Eglise de Jésus-Christ. Salut. »
Que veut-il ? « Tirer et desployer iceluy thrésor hors des armoires et coffres Ebraïques et grecs, pour, après l'avoir entassé et empaqueté en bougettes françoyses [une bougette est un petit sac de cuir que l’on porte en voyagel, le présenter à l'Eglise. »
I n'est qu'«ung petit page ou laquays, » au prix d’un chevalier tel que saint Jérome’. Il est moins encore et dit: « Ces petits labeurs de moy, qui suis comme l’ung des plus petitz artueil des bas et humbles piedz de ce corps, » qui est l'Eglise *.