‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son tempsChapitre 33 sur 156 · CR · texte numérisé non relu

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Ignace de Loyola.

ou aux variantes, on sera de l'avis de Reuss, qu’un pareil travail ne pouvait être fait en une année, au milieu des montagnes du Piémont.

Evidemment il était commencé quand les amis d'Olivétan le prièrent de s’en charger. C’est ce qu'Olivétan donne à entendre quand il dit: « Ayant ja longuement trainé ce joug tout seul. » Et c’est justement parce qu'on était au courant de ses longues études, qu'on le pria de les terminer. En quelques semaines, Olivétan put préparer les apocryphes, et, en peu de mois, le Nouveau Testament. Puis il revisa une dernière fois la traduction de l'Ancien Testament, choisit les notes, et c'est là ce qui fut l’œuvre d’une année. Du reste, il sentit lui-même que la seconde partie de son œuvre ne valait pas la première, et il se hâta de la remettre en des mains plus habiles, celles de Calvin!.

En attendant, Calvin mettait à la Bible d'Olivétan une préface latine, qui remplace avantageusement le portrait de l’auteur dont les vieux livres sont souvent ornés. Personne n’a, depuis, mieux dessiné la physionomie de l’homme, ni porté un jugement plus vrai sur son œuvre.

« Du translateur, je ne veux dire que peu de chose, de peur qu'on attribue ce que je dirai à la parenté qui nous lie, ou à notre vieille amitié. Je dirai cependant (et cela je crois pouvoir l’affirmer sans crainte d’être démenti) qu’il est doué d’un esprit vif et pénétrant, qu'il ne manque pas de science et qu’il n’a épargné ni travail, ni recherches, ni soins ; c’est un homme en un mot très versé dans les devoirs du translateur. Toutefois, il est, je m'en doute bien, des endroits qui (soit par suite de la grande diversité des goûts, soit parce que dans un ouvrage de si longue haleine, il est difficile de ne pas faiblir quelques fois) ne plairont pas à tout le monde. Mais si le lecteur rencontre de ces endroits, je l'invite à ne pas attaquer et à ne pas incriminer un savant qui a bien mérité des études sacrées, mais bien plutôt à le reprendre de ses fautes avec modération. Cette modération ne sied pas moins au vrai savoir qu’à la piété chrétienne. Ce sera d’ailleurs justice envers notre excellent Robert Olivétan, qui, entre autres qualités éminentes qui le distinguent, est rémarquable par la modestie, si je dois appeler modestie ce qui est vraiment chez lui une humilité, portée jusqu’à l'excès, puisqu'elle a failli l'empêcher d'entreprendre le saint travail de cette translation, et que ce n'est qu'à force de sollicitations et de supplications que ces deux

1. Il s’agit d’une seconde édition. La première était sortie de presse le 4 juin 1535. « Avant son départ de Neuchâtel, écrit Calvin, le 11 septembre 1535, à Fabri, Olivétan m'a écrit qu’il remettait à un autre temps la publication du Nouveau Testament; je ne me suis donc pas occupé de la révision que je lui avais promise. D’ailleurs un cahier manquait au volume qu’on m'a envoyé à cet effet, il y a trois mois, et le travail du relieur n’est pas même terminé. Maïs je me propose de consacrer une heure par jour à cette révision et de te confier mes

notes jusqu’au retour d’Olivétan, » Plus tard seulement, Calvin donna suite à ce projet. Herminjard, III, p. 349. Opera, Kb, p. 1.

DÉVELOPPEMENT RELIGIEUX DE CALVIN po?

vénérables frères et intrépides témoins de la parole de Dieu, Cusemeth et Chlorotes', ont enfin obtenu qu'il l'accomplit. Quant à ceux dont aucune considération ne saurait contenir la langue, je les prie de se souvenir qu'il est très facile de faire assaut de médisances, et que les commères pratiquent cet art de médire dans les carrefours encore mieux que les rhéteurs dans les écoles. Ils n’ont d’ailleurs pas de représailles à attendre, je les en préviens. Ils auront affaire à un homme qu'ils peuvent provoquer impunément, du moins pour tout ce qui est attaque en paroles. Mais je les avertis aussi de ne pas se promettre une grande gloire de leurs frais d’éloquence agressive; car il est d’une grande vérité, ce proverbe qui dit : qu’il est facile de critiquer mais non de pratiquer?. »

Telle est la Bible de 1535, ce présent d’inestimable valeur, que les Vaudois ont fait à l'Eglise réformée. C’est à leur initiative, on le sait, qu'est due la traduction; c’est à leur générosité (1500 écus d’or) qu’est due l'impression.

Et surtout n'oublions pas que c’est cette revision d’Olivétan qui a été la Bible de nos confesseurs. C’est elle qui a été lue, en cachette, dans les familles. C’est elle qui a été lue dans les prisons, dans les grottons. C’est elle qui a été brülée dans les büchers et dans les autodafés.

Voilà pourquoi sans doute les exemplaires en sont si rares. Comment les feuilleter sans émotion ? IÎs incarnent dans leurs feuilles jaunies toute la piété et tout l’héroïsme de nos pères. Evidemment si les protestants avaient des reliques, celles-là seraient les plus précieuses.

En tout cas, voilà ce que fut et ce que fit Pierre Robert, dit Olivétan, l'initiateur de Calvin au pur Evangile.

Cependant le jeune Calvin avait achevé ses études de collège. Il y était entré en août 1523. « Or le cours de philosophie durait alors trois ans et demi, et l’on n'était admis à le suivre qu'après avoir subi un examen sur la grammaire et la rhétorique. Il fallait donc quatre ans au moins (ordinairement cinq) pour devenir licencié ès arts, » c’est-à-dire avant d'achever « les cours qui lui étaient nécessaires pour qu’il pût aborder ensuite avec fruit la science des lois. Calvin dut fréquenter l’Université jusque vers la fin de l’année 1527%. »

Au moment où il quittait le collège de Montaigu et Paris, un étranger, un Espagnol, venait le remplacer à Paris et à Montaigu. C'était Loyola. (Page 123.)

Ignace de Loyola suivit les cours de grammaire à Montaigu, fut reçu licencié, à un mauvais rang, le trentième (13 mars 1531), étudia encore quelque temps au collège de Sainte-Barbe et, le 15 août 1534, avec six amis, dans l'Eglise de Montmartre, il jura l'alliance fameuse qui est considérée comme la fondation même de l’ordre des Jésuites.

1. Pseudonymes de Farel et Viret. — 2. Opera, IX, p. 790. — Voir Bulletin, I, p. 77. « La première édition protestante de la Bible française et la première société biblique. » — 3. Herminjard, Il, p. 279, n. 2.

Calvin partit en 1528, Loyola arriva en 1528.

Peut-être qu'ils se croisèrent dans quelque rue de la montagne Sainte- Geneviève: le jeune français de 18 ans, monté sur un cheval, selon son habitude, et l'Espagnol de 36 ans, à pied, la bourse garnie de quelques pièces d’or, qu'il devait à la charité, poussant devant lui un âne chargé de ses livres, et portant dans sa poche un manuscrit : les Exercitia spiritualia.

C'étaient les représentants des deux mondes contraires qui se séparaient. Chacun de son côté allait se préparer à cette lutte formidable, qui devait agiter la chrétienté jusque dans ses dernières profondeurs: Calvin, la Réformation;

Loyola, la contre-Réformation : Calvin, le Père des huguenots; Loyola, le Père des Jésuites.

1 Voir Bulletin, XVII, 1868, p. 555. Article de M. Jules Bonnet.

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