‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son tempsChapitre 40 sur 156 · CT LU · texte numérisé non relu

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Jean Calvin dut voir cette étrange inscription chrétienne, car elle datait de 1507. D’après la tradition, 1l habitait dans la rue voisine, la rue Mirebeau (Page 169). Et l'imagination n’a pas grand effort à faire pour le voir apparaître, allant et venant. Il sufit

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Bourges. Angle de la rue des Pourceaux et de la rue des Toiles. (p. 164.)

de rendre aux passants le costume du temps : les maisons, plus fidèles que les hommes, ont gardé le leur. La demeure du Réformateur était derrière Île lieu où plus tard s’étendit le cimetière des protestants! : et c’est, en effet,

1. Catherinot, Le calvinisme de Berry. Il écrit : « Je n’en dis rien que je n’aye tiré de plusieurs journaux faits par les curieux dans la province et de plusieurs originaux que j’ay ou que j’ay veus. » Catherinot (né en 1628 et mort en 1688) a publié un journal aujourd’hui très recherché, composé de feuilles volantes de 4, 8 et 12 pages in-490, sur des sujets et avec des titres distincts. Voilà pourquoi nous ne citons pas de pages.

aux environs de ce point précis que sont groupées les traditions qui le concernent !.

Dans une petite ruelle transversale est la chaire de Calvin. Il s’agit du couvent des Augustins, où Calvin aurait enseigné la rhétorique? ; ce qui ne serait pas invraisemblable. Calvin eut en effet beaucoup de rapports avec les Pères de céans *.

Le couvent a été, en très grande partie, transformé. Cependant la cuisine gothique, belle et curieuse comme une chapelle, subsiste, ainsi que le réfectoire, utilisé maintenant pour la fabrication du vinaigre. Mais les belles poutres du plafond, les fenêtres, sont encore là, et surtout la chaire creusée dans le mur. On sait que les moines avaient l'habitude d'entendre des lectures pendant leurs repas. Calvin eut-il occasion de monter dans cette chaire, de faire quelque leçon ou quelque discours? L'imagination populaire n’a pas hésité à préciser encore et à exagérer. La chaire, avec son absidiole, fait saillie dans la rue, et c’est cette saillie extérieure que l’on appelle aujourd’hui la chaire de Calvin. Par une fenestrelle il aurait annoncé l'Evangile à la foule. Malheureusement pour la légende, la baie est si étroite qu’elle n’a jamais pu laisser passer, sinon la voix, du moins la tête d'aucun orateur.

Il n'est pas beaucoup plus vraisemblable

eee que Calvin ait usé de l’autre chaire, qu'on Chaire de Calvin. Pierre à la Crie. re

désigne encore de son nom, un peu plus loin, place Gordaine. Cette chaire est tout simplement une pierre à la crie, c’est-à-dire une pierre sur laquelle le crieur montait pour faire ses annonces. Bourges, paraît-il, en avait autrefois quatre : les trois autres ont disparu. Celle-ci, qui se trouvait dans l’ancien marché aux poissons, a été conservée

par respect pour la tradition, et s'appelle pierre de Calyin.

Ces bizarres monuments ne sont-ils pas un témoignage caractéristique de l'impression que Calvin produisit dans le quartier où il habitait ?

1. Raynal, I, p. 308. — 2. « En ce temps-là, 1530, Calvin enseignoit la rhétorique aux jeunes Augustins de Bourges. » (Catherinot.) — 3. Notons que ce couvent devint un nid d’hérétiques. Augustin Marlorat en fut prieur, Jean Spina (ou de l’Espine), Richard Vauvelle, Jean Loquet en furent religieux, et devinrent protestants plus ou moins célèbres. « Au commencement de Caresme [1553] fut deffendu aux Augustins de ne prêcher aultre part que en leur couvent. » (Glaumeau, p. 61.) Tellement ils étaient suspects. — Le prieur des Carmes, Pierre Boquin ou Bouquin (licencié en 1538, docteur en 1539), devint aussi protestant. (Catherinot.)

Avant de continuer notre promenade jusqu’à la cathédrale, il faut, après les rues, regarder quelques hôtels.

Le plus proche est l'hôtel Lalemant , bâti tout de suite après l'incendie de 1487, par un riche marchand, dont il continue à porter le nom. Cette ravissante miniature nous révèle tout ce que la Renaissance va répandre de gracieuses sculptures, d'extrême variété, de recherche infinie dans les détails, et de soins minutieux dans l'exécution. Il faut noter une mignonne chapelle, au plafond merveilleux, formé tout entier par trois dalles, ornées d'emblèmes mystérieux; et, dans la cour, une petite tourelle (Page 170), contenant l'escalier de l’hôtel, avec une porte et deux fenêtres, sorte de bijou si élégamment pro- {|| portionné qu'il est capable d’exciter N toutes les envies.

Lorsque Calvin l’admira dans tout l'éclat de sa nouveauté, peutêtre remarqua-t-il la cheminée, où se voient encore les armes de

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Louis XII et de sa femme, avec ces mots du Psaume : « Misericordias domint in æternum cantabo. »

La rue Paradis nous montre, tout à côté, l’ancien Hôtel de ville (de 1487 à 1682 : aujourd'hui le petit lycée) avec sa tourelle (Page 171) à huit pans, ses cheminées, sa grande salle décorée dans le style gothique flamboyant. La petite porte est ornée d’un tympan où l’on voit Sainte-Solange filer au milieu de ses moutons, les petites bêtes berrichonnes par excellence.

Pas très loin, à l’angle des rues Trompette (aujourd’hui des Beaux-Arts) et du grand Saint-Christophe (aujourd'hui Cour-sarlon), était une autre maison que Calvin dut fréquenter, celle des Colladon (Page 172). Germain Colladon, né à la Châtre, vers 1510, ayant donc seulement un an de moins que Calvin, fit sans

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