‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son tempsChapitre 41 sur 156 · TE · texte numérisé non relu

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Bourges. Rue Mirebeau. (p. 167.)

4. La Thaumassière écrit tantôt Lalemant et tantôt Lallemand. I, 360, 178.

dôute avec lui ses études de droit. Comme tant d'autres il devait rejoindre, à Genève, (en 1550)!, le Réformateur, qu’il avait autrefois connu sur les bancs de l’université.

C'était un jurisconsulte habile. Le Conseil des 200 profita souvent de ses lumières, et lui confia même la rédaction des édits politiques et civils, promulgués en 1568 ? : voilà ce qui explique l’analogie, qu'on a plus d’une fois remarquée, entre la législation calviniste et la coutume de Berry *.

C’est dans la maison de ce Colladon qu’au moment de l’Edit de tolérance (17 janvier 1562), les protestants de Bourges célébraient leur culte ‘.

Quelques pas de plus nous conduisent à la rue des Arènes. En même temps

ue s'élevait l'hôtel Lalemant. le maître q )

4. « Le mardy 12 jour d’aust (1550) partirent de ceste ville de Bourges, maistres Léon et Germain Colladon frères, advocatz en la dicte ville, avec leurs femmes et enffans et toute leur famille, et s’an allèrent demorer à Genève. » (Glaumeau,

p. 46.) En effet, le registre des admissions à l’habitation genevoise porte que la « réception pour habiter » de Léon et Germain Colladon fut faite le 28 août 1550. (France protestante, 2e édit., article Colladon.) Léon Colladon avait un fils, Nicolas, qui parait avoir exercé dans le Berry des fonctions pastorales, avant de se retirer à Genève, en 1553. Là il devint pasteur,

recteur, et successeur de Calvin comme professeur. Sa sœur Françoise épousa le notaire Jean Ragueau, du pays de Berry aussi, et sa sœur Anne épousa Laurent de Normandie, l’ami de Calvin. — 2. J‘rance protestante, 2e édit., art. Colladon. — 3. Raynal, o. c III, p. 347. — 4. Raynal, o. c., IV, p. 31. Le

Bourges.

logis de Germain Colladon était une ancienne maison, ayant Tourelle de l'Hôtel Lalemant. (p. 160.) encore un aspect claustral, et qui, selon Catherinot, avait autrefois servi d'église, ou plutôt de refuge en ville, aux moines de Saint-Sulpice. Aujourd’hui la salle, aux saintes et glorieuses traditions, sert d’écurie. Les voûtes en sont bien conservées, mais il y a du remblai presque jusqu'aux chapiteaux des colonnes. L'Histoire ecclésiastique (1, p.842), raconte qu’en vertu de l'Edit de janvier 1562, les assemblées se faisaient dans le faubourg Saint-Sulpice ; mais les protestants, inquiétés par les habitants, que les moines soulevaient contre eux, payërent d’audace et se décidèrent à prêcher en pleine ville. C’est sans doute alors qu'ils s’établirent définitivement dans la maison de Colladon, et qu’ils osèrent même célébrer la Cène dans la grande salle du Palais. Spifame, ancien évêque de Nevers, réfugié à Genève depuis 1559, momentanément revenu à Issoudun, vint aider les protestants de Bourges de son talent et de son ardeur. Il convertit Jehan Glaumeau l’auteur du « Journal de l’histoire de Berry depuis 1541 jusques en 1562. » L’abjuration de Glaumeau eut lieu le mercredi 14 janvier 1562, trois jours après la grande prédication de Spifame dans la salle du Palais (voir plus loin, p. 173). « Au lieu là où on faisoit communément les presches et exhortations, C’estoit en la paroisse de la Forchault, au logis qu’avoit faict bastir ung avocat de ceste ville, monsieur maistre Germain Coulladon, pour lors demeurant à Genève. » (Glaumeau, p. 123.)

maçon de la cathédrale bâtissait ici un autre hôtel, pour un autre marchand, un italien. C'était un vaste édifice en briques (aujourd’hui le musée) où allait venir habiter et mourir Cujas! (Page 176). Là il fit le célèbre testament qui met hors de doute son protestantisme. Les véritables convictions de sa vie n'auraient pas dû être révoquées en doute, bien qu'après la Saint- Barthélemy, à cette époque horrible, il crût pouvoir dissimuler sa pensée, en évitant les débats religieux, et même en suivant les céré-

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monies catholiques. Mais, afin de à | \ | DA couper court à toute hésitation, la | ler à nuit même qui précéda sa mort, À OLA RE

(4 octobre 1590), Cujas écrivit pour À AN ED ERA 96 sa femme et sa fille la recomman- | A ESC | YA

dation que voici : « Fuyez l’antechrist et les inventions et suppots d’iceulx qui, sous le nom d’Eglise, gourmandent, brigandent, corrompent et persécutent la vraye Eglise, de laquelle la pierre fondamentale est Jésus-Christ seul, notre Sau-

veur et Seigneur Dieu, et suivez sa sainte parole de point en point sans y rien ajouter ny diminuer *.»

Cela est clair.

Plus haut, au point le plus élevé de la ville, se dresse l’hôtel de LS Jacques Cœur * (Page 177), féerique Bourges. Ancien Hôtel de ville. (p. 169.) comme l'existence de celui qui l’a bâti“. Ce fut un éblouissement, un véritable conte des Mille et une nuïts, que la vie de cet homme, qui possédait partout des domaines, des châteaux et des comptoirs,

4. Raynal, IL, p. 270. — 2. Raynal, IL, p. 438, et France protestante, IV, art. Cujas, p. 965.— 3. En 1541, on y avait installé un collège où régentait Glaumeau. En 1553, il fut acheté par Mer de l’Aubespine, « iequel il fist rebatir et racoustrer magnifiquement. » Glaumeau, p.5$, 55.— 4. « Je pourray bien dire, écrit Chaumeau, p.233, eta bon droit que la maison de Jacques Cœur obtient le lieu du huictième miracle de ce monde, » avec les Pyramides, le colosse de Rhodes, la statue de Jupiter par Phidias, et la maison de Cyrus, « dont les pierres estoyent cramponnées

d’or. »

qui remplit de son nom et de ses affaires l'Europe et l'Asie, qui exalta en sa personne le commerce et la bourgeoisie, au point de rendre le roi redevable à un marchand d’une partie de son royaume; et c’est un éblouissement encore que le château où il a étalé et gravé son faste, sa fortune, au milieu d’un nombre infini de sculptures, jusque sur les feuilles de plomb qui servent de faîtage aux toitures, jusque sur les clous des vantaux. Là c'est sa coquille, ici c’est son cœur; là c’est son portrait, ici c'est son navire. Des devises disent sa prudence de marchand : « Dire, faire, taire, » ou encore : « En bouche close n'entre mousche. » Des scènes entières, formées de statues, de bas-reliefs, laissent deviner d’autres goûts ou d’autres pensées. Et sur la porte se lit la célèbre et fière devise : « A vaillans cuers! riens impossible?. » Dans la devise de Calvin aussi il y aura un cœur, mais avec une main qui l'offre à Dieu. Et celui qui réalisera la devise de Jacques Cœur, ce sera Calvin !

Beaucoup plus modeste s'élevait, à côté, le palais royal, où logèrent Marguerite, François I", 11Le-Fèvre ‘d'Etaples ayecuta cour en 1506, etc. Il ne reste plus qu'une partie de tour. Mais deux événements lui méritent notre souvenir.

Les uillettr4358/Men# Conseil eee:

Charles VIT y signa la Pragmatique sancion de Bourges, délibérée dans la salle capitulaire de la Sainte-Chapelle : la Pragma-

Bourges. Maison Colladon #, (p. 169.) tique, ce palladium du royaume et des libertés gallicanes, et presque l’unique résultat, en

tous cas le dernier, du grand effort des conciles pour la réformation de l'Eglise par l'Eglise. Et un siècle plus tard, tout ayant échoué, l'Eglise étant incontestablement incapable de se réformer elle-même, ici, dans ce même palais, commença à retentir la prédication de la réformation de l'Eglise malgré l'Eglise. Il y avait une grande salle dont les auteurs font souvent mention. C'était une sorte de forum couvert, où se tenaient les foires, où l’on prêtait serment au roi, où eurent

1, QCuer» — cœur. La Thaumassière écrit : Jacques Cuer. — 2. Raynal, IT, p. 70. — 3. La maison de G. Colladon se trouve à la droite du dessin.

lieu les célèbres discussions pour arriver à la rédaction de la coutume du Berry. Entre temps, les citoyens s’y réunissaient pour deviser de leur négoce, de leurs procès, et échanger leurs sentiments sur tous les grands événements, sur toutes les nouveautés et tous les intérêts de la cité et du pays !. Là eurent lieu les premières prédications protestantes, en 1525. Et un peu plus tard, là encore, le dimanche 11 janvier 1562, prêcha et célébra - TER

la Cène calviniste, l’ancien évêque de Ne- 1 WE 1 vers, le célèbre et malheureux Jacques-Paul TE A0 Spifame. Son sermon «dura troys heures entières ?. »

I1 ne nous reste plus qu’à nous diriger du côté de la cathédrale.

A droite, à peu près à égale distance du palais et de l’église, à un angle du rempart, se dressait au XVI® siècle la grosse tour (Page 179), «une des choses remarquables de cette ville, » dit La Thaumassière, qui lui consacre tout un chapitre. C'était une tour flanquée de plusieurs tours, avec des murs énormes, et qui était la clef de la ville. Aussi joua-t-elle un rôle important dans l’histoire militaire et civile de la cité. Devant la tour, on brülait, ou on enterrait les condamnés. Dans la tour on enfermait les personnages de marque : en 1489, le futur Louis XII ; en 1524, Guillaume de Chàlons, prince d'Orange; en 1541, G. Poyet, chancelier de France. On y voyait même une des fameuses cages, en bois et en fer, de Louis XI. Montgoméry s’en empara sans coup férir, rien qu'en menaçant de la canonner, «encore qu'il n'y eust aucune apparence de la forcer de trois ou quatre mois, par bresche, ni par escalade, ni par la sappe. » On eut toutes les peines du monde à fa démolir ÉnRrON.,

Nous voici devant Saint-Etienne (Page 178), et nous montons les degrés « dessus [lesquels] le sermon se fist de la part de l'Evangile, » au moment de la prise de Bourges par Montgoméry‘. « Aucun édifice, a-t-on dit, ne produit une impression plus profonde que l’église gigantesque de Bourges [il s’agit surtout de l’intérieur]... Elle se distingue par une austérité particulière... Il résulte de cette décoration sévère un effet solennel, accru par l'éclat de vitraux fameux 5. »

SIAS 7 À

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