‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son tempsChapitre 45 sur 156 · E—— = =) = EE LE = E— · texte numérisé non relu

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particulièrement au courant, et qu’il n'avait aucune raison particulière ni de se tromper ni de nous tromper. Si donc l’on peut contester certains renseignements généraux, il ne paraît guère possible de rejeter les détails particuliers.

Prenons comme exemple précisément l’histoire de Lignières*. Bèze n’en parle pas dans sa première édition. Le récit apparaît dans la seconde, revisée par Colladon. Or Colladon habitait Bourges: il avait été à Bourges du temps de C lvin: il y était resté des années après lui. Colladon est donc un témoin oculaire et au ‘culaire. Si l’on ne croit pa sà ce témoignage, à quel témoignage croira-t-on?

1... us avons un exemple de confusion des plans, des périodes, dans ce que raconte l'Histoire ecclésiastique (X, p. 18): « Jean Calvin, bien jeune homme encores (à savoir d’environ vingt trois ans) estant arrivé à Orléans pour estudier en droit, seceur ceste grace de Dieu, qu’il employa ses meilleures heures à l’estude de Théologie, en laquelle il profita de telle sorte en peu de temps qu’estant la science conjointe avec son zèle, il advança merveilleusement le royaume de Dieu en plusieurs familles... » L'auteur semble parler du premier séjour de Calvin à Orléans. Mais à cette époque il avait seulement dix-neuf ans et non vingt-trois. Les divers séjours sont donc confondus, — 2. Remarquons que Meillant était très rapproché de Lignières; que le château de Meillant et le château de Lignières appartenaient au même seigneur, et que la correspondance de Calvin, très incomplète pour cette période, nous montre le futur Réformateur passant un certain temps à Meillant. Il a donc très bien pu connaître le seigneur de Lignières, et aller à Lignières. (Voir plus loin.)

C’est le sentiment de Kampschulte lui-même. « Bèze, dit-il, qui vivait alors chez Wolmar, à Orléans et puis à Bourges, pouvait bien savoir cette histoire. On ne peut méconnaître qu’il peint l’activité réformatrice de son ami à cette époque avec des couleurs flatteuses, mais de pareils détails ne se laissent pas inventer !. »

Aussi bien, pourquoi la critique hésite-t-elle? parce qu’elle croit à des prédications protestantes, au sens actuel du mot, parce qu’elle se représ nte Calvin réformateur, comme il l’a été et comme il n’a pu l'être que plus tarc. Mais ce sont ces représentations qui sont fausses.

Modifions-les. En 1692, le doyen du chapitre de Lignières, Gilles-le-duc, écrivit des Mémoires pour servir à l'histoire de la ville et des seigneurs de Linières. Ce Gilles-le-duc*, par sa situation ecclésiastique, avait eu des facilités particulières pour compulser le chartrier du Chapitre dont il était le doyen, et celui du château même de Lignières, sa résidence. Voici ce qu'il raconte: « L'histoire remarque que Calvin, qui étudioit à Bourges vers 1532, venoit souvent prêcher à Linières et que le seigneur“ l’écoutoit volontiers et-en faisoit beaucoup de cas. Il disoit qu’il se plaisoit plus à l'entendre que tous ces moines qui ne lui disoient rien de nouveau. Ce n’est pas qu'il se soit laissé surprendre par l’hérésie de Calvin qui ne la débitoit pas encore ouvertement, mais il admiroit en lui la facilité qu’il avoit de parler... Il est demeuré dans ce pays une tradition que Calvin avoit prêché dans une grange près la rivière. Mais elle est fausse dans la circonstance, car quand il a préché à Linières, ça été dans l'Eglise et dans la chaire ordinaire, comme les autres prédicateurs catholiques. »

Ainsi Calvin ne se pose pas en Réformateur : il ne se pose pas en protestant. C’est là ce qui aurait été étonnant. Mais il ne le fait pas. Il a l’apparence d’un pasteur ordinaire, d’un prêtre catholique, et c’est seulement son langage qui montre plus d'intelligence, plus de piété, qui communique un sentiment

1. Kampschulte, p. 232. — 2. Gilles-le-duc (1692). J.-B. Dupré (1786). Mémoires inédits pour servir à l'histoire de la ville et des seigneurs de Linières-en- Berri, publiés avec une introduction, des notes et des commentaires par Lucien Jerry (1890). Dupré, en 1764, chanoine de Lignières, eut entre les mains le manuscrit original de Gilles. Il Pécourta ici et là, en éloigna quelques réflexions et le continua de 1692 à 1786. Ce fut à Gilles-le-duc que La Thaumassière, surnommé par Catherinot le Tite-Live du Berry, demanda ces mêmes Mémoires, alors inachevés, ou tout au moins leur brouillon. Il fit largement usage de ces résultats de l’érudition d'autrui, en omettant d'en reporter l'honneur sur qui de droit. — 3. À côté de l’accord sur le fait, on voit le désaccord sur la date. — 4. Ce seigneur était Philbert de Beaujeu, qui avait succédé à son père, en 1516. Il épousa, en 1507, Catherine d’Amboise, nièce du fameux Gevrges d’Amboise, cardinal archevêque de Rouen, légat du pape en France. C’est par Catherine d’Amboise que la térre de Meillant entra dans la maison de Lignières. Le château de Meillant, bâti par le cardinal d’Amboise, fut aclievé par son neveu. Il est situé à quatre lieues de Lignières, sur les confins du Berry et du Bourbonnais. (Voir; Mémoires inédits, etc., p. 306.) En 1569, les huguenots occupèrent Lignières. Ils auraient pris les cercueils de pl mb, entre autres ceux de Philbert de Beaujeu et de sa femme Catherine d’Amboïse, auraient jeté les corps à lavoirie, et même auraient joué aux boules avec les crânes. (Jbid., p. 321.) — 5. « L'Eglise paroïssiale paraît avoir été bâtie à différentes fois. Elle a été brûlée par les protestants de façon qu’il n’y resta plus que les murs. Le portail en paraît ancien. » (Mémoires inédits, etc., p. 229.) « L'église Notre-Dame, sise dans le château, est à présent la collégiale de la paroisse. » (1bid., p. 255.) — Le château de Lignières a été reconstruit complètement et pas sur le même emplacement que l’ancien. De celui-ci il ne reste plus que quelques fondations dans les fossés. — 6. Mémoires inédits, etc.,

nouveau. Sans doute, il n'attaquait pas plus les abus que ne le faisaient à cette époque beaucoup d’autres prédicateurs. Il se bornait à affirmer davantage la foi intime, la foi évangélique qui commençait à l’animer.

Tout cela n'est-il pas extrêmement vraisemblable? C’est ainsi qu'un vieil auteur nous donne la clef de l'énigme. Mais quand nous n'avons pas la bonne fortune de rencontrer un pareil auteur, pouvons-nous prétendre que la clef cherchée n'existe pas ?

Pour le moment, Calvin, qui s'était absenté de Bourges, était retenu auprès de son père mourant. Un nouveau changement, et considérable, allait s’opérer dans son existence.

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