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Paris. Le Palais. (Plan Turgot, 1740.)
sur le quai, la seule qui soit à créneaux. Cette tour, avec une tourelle accolée qui contenait l'escalier montant des cachots, renfermait la célèbre chambre de torture, et les cris des misérables, qui subissaient a question ordinaire et extraordinaire, perçant les épaisses murailles, l'avaient fait surnommer, par Îles passants, la tour Bon Bec.
La chambre de la Tournelle était cependant la chambre clémente, celle où les Séguier ‘, les du Harlay recevaient les appels des hérétiques, et contredisant
41. Morel raconte à Calvin le dialogue qui eut lieu entre Séguier et le cardinal de Lorraine. « Quoi ? demandait celui-ci, ceux qui repoussent la messe ne sont-ils pas des sacramentaires ? — Et Séguier: C’est la question. » Opera,
XVIL, p. 504, 24 avril 1559.
quelquefois le jugement de l’Inquisition, changeaient la peine de mort en bannissement. La chambre cruelle c'était la Grand’Chambre ! où les Le Maistre, les Minard, les Saint-André, rejetaient les appels et condamnaient toujours à mort. On la trouva encore trop modérée, semble-t-il, et Henri II créa, comme annexe de la Grand'Chambre, une « seconde tournelle » bientôt célèbre sous le nom de Chambre ardente*. C’est là que présidait Lizet, à la lumière lugubre de quelques torches qui rendaient l’obscurité encore plus hideuse *.
Comment le croire, si ce n’était certain ? C’est dans ces lieux mêmes, qu’à quelques jours d'intervalle, les protestants osèrent tenir deux de leurs assemblées (1560). La première, de cent-trente personnes environ, se réunit dans la chambre même de la Chancellerie, l’autre « en la Tour quarrée.» Le cachot, qui se trouvait en bas, était « le plus sale et infect de tous, ausquels on met seulement les plus grands voleurs, brigands et criminels qui soyent en France. » C’est celui qui avait reçu Berquin et puis aussi du Bourg'. Quelques mois après, le pasteur Chandieu célébrait, dans une seconde assemblée, ce culte héroïque. Mais il avait été épié, et les fidèles se croyaient perdus, lorsqu'un personnage, qui avait été admis dans l'Eglise ce même jour, réussit à les faire évader. « Les sergents n’y trouvèrent que le nid, estant entre autres le premier président Magistri (Le Maistre) merveilleusement estonné et confessant qu'il falloit que ceux de la Religion tinssent bien peu de compte de leur vie, quand ils osoient bien s’assembler ès lieux mesmes où la mort de leurs compagnons avoit esté si souvent signée par leurs juges. »
Arrêtons-nous un instant devant cette Tour carrée qui résume le plus authentiquement l’histoire de tout le Palais. Dans les dernières années du XIIIS siècle, continuant les travaux commencés par saint Louis, Philippe-le-Bel construisit la tour carrée, pour surveiller les mouvements populaires, et défendre la demeure royale. C'était le donjon du Palais. Charles V, en 1370, fit établir, sur cette tour, la première grosse horloge qu’on ait vue à Paris. Elle était destinée à régler les séances du Parlement. D'abord le cadran fut simplement peint. Sous Charles IX on l’orna d’une sorte de monument, historié de sculptures fines, qui a été restauré jusqu'à aujourd’hui. On y plaça les deux statues de la Justice et de la Force (œuvre, dit-on, de Germain Pilon), et l’on voit encore les D, les H, les V entrelacés, chiffres de Henri Il et de Henri III, souvenirs de la restauration de 1585. Outre l'horloge, il y avait dans la Tour une grande cloche, dite tocsin du Palais, coulée en bronze, en 1371. On ne la mettait en branle que dans
4. L'ancienne chambre de saint Louis, située à l'étage supérieur de la Conciergerie, au-dessus du grand guichet, entre les deux tours, devint, sous Louis XIT, la Chambre dorée. Puis elle devint la Grand’chambre du Parlement, Elle fut sauvée, dans la nuit du $ au 6 mars 1618, pendant l’incendie qui détruisit la grande salle du Palais. C'est dans cette chambre qu’en 1793, s'établit le tribunal révolutionnaire, après avoir mutilé les plafonds, les murs et fait disparaître tous les ornements. — 2. N. Weiss, La Chambre ardente, p. zxxir. M. Weiss place la création de cette Chambre entre le 11 décembre 1547 et le 2 mai 1548. « Cette Chambre particulière paraît avoir siégé, non comme de coutume à la Tournelle criminelle, mais à la chambre du Conseil, représentée en partie par la première chambre du tribunal de la Seine. » Ibid., p. LXxvI. — 3. Christie, p. 391, 410. — 4. Bulletin, XXXVII, 1888, p. 337. — 5. Coquerel, Précis de l'Eglise réformée de Paris, p. 45.
les circonstances extraordinaires, naissance ou mort des rois, de leurs fils aînés. Alors on la sonnait, pendant trois jours et trois nuits, sans désemparer. On la sonna le 22 mars 1592, lors de la soumission de Paris à Henri IV. C’est elle qui devait donner le signal de la Saint-Barthélemy. Mais, trop impatiente, Catherine avança le moment fixé, et fit sonner le tocsin au clocher le plus voisin du Louvre, celui de Saint-Germain-l’Auxerrois !.
1. Nous traversons de nouveau la Seine pour quitter la Cité (Page 267), en passant sur le pont Notre-Dame. C'est le plus beau; il est terminé seulement depuis 1512. Les maisons sont numérotées en « lettres d’or, » c’est-à-dire en chiffres romains, par pair et impair, premier essai de numérotage qui ne sera définitivement adopté que trois siècles plus tard. Comme tous les autres ponts (jusqu’en 1786), il est bordé, à droite et à gauche, de maisons; on en compte trente-quatre de chaque côté. C’est quelque chose comme nos passages actuels. Les boutiques sont très recherchées et une foule de protestants les occupent. Nous l’apprenons par le récit des pillages avant et pendant la Saint-Barthélemy. Nicolas le Mercier, sa femme, sa fille, son gendre, leurs enfants et leur domestique; Mathieu, quincaillier, et sa femme; Barthélemy du Tillet, mercier, et les habitants des maisons de la Perle et du Manteau-d’Or, étaient protestants. Ils furent égorgés.
« Une petite fille du maistre de ceste maison (le Manteau-d'Or) fut trempée toute nue dans le sang de son père et de sa mère massacrez, avec d’horribles menaces que si elle estoit jamais huguenotte on lui en feroit autant. » Des seigneurs protestants, comme le gouverneur de Corbeil, habitaient également sur ce pont”.
Nous voilà préparés à visiter l'édifice qui est de l’autre côté de l’eau, quelques pas en aval, au bout du Pont-au-Change, le Grand-Châtelet. (Page 270.) C'était une vraie forteresse, faite pour protéger le Grand-Pont, comme le Petit-Châtelet avait été fait pour protéger le Petit-Pont. « Son caractère de porte a subsisté jusqu'au commencement de ce siècle, date de sa démolition dernière*.» Bâtie sous Charles V et sous Philippe-Auguste, avec sa grosse tour ronde, son haut donjon carré, ses petites tourelles, c'était un bâtiment sombre et imposant, qui se dressait au milieu de rues aux noms significatifs : rues de la Tuerie, de l'Escorcherie, de la Triperie, etc. Là, tout autour, on assommait les bœufs, on égorgeait les veaux et les moutons, et, jour et nuit, s’exhalaient les cris les plus rauques et les odeurs les plus putrides. Le Grand-Châtelet était devenu la grande prison.
4. Voir: Notice historique du cadran de la Tour de l'horloge du palais de justice de Paris ; et Curieuse description historique de la Tour de l'horloge el de son cadran: deux plaquettes de la Bibliothèque nationale, publiées en 1852, à l’occasion d’une restauration. — 2. Coquerel, Précis, p. 68, 117. — 3. Louis Batifiol : Le Chatelet de Paris, vers 1400, dans la Revue historique, LXI, 1896, p. 229, 231.
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