‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son tempsChapitre 62 sur 156 · LA · texte numérisé non relu

LA

Paris. Hôtel de ville 5. (p. 284.)

bourreau lui percerait la langue et lui marquerait le front avec un fer rouge. Après quoi il serait enfermé à perpétuité.

Berquin en appelle.

Le parlement s’assemble le lendemain matin, et « le nom de Christ invoqué, » ayant Dieu seul devant les yeux, il condamne à mort Berquin « comme hérétique obstiné et défenseur des erreurs de l’iniquité, et de la secte de maître Luther et de ses sectateurs". » Ce qui « fut faict et expédié ce même jour en grande diligence, affin qu'il ne fust secouru du Roy ne de madame la Régente qui estoit lors à Bloys*. »

Une sorte de complainte nous dit comment sa « gentille âme chrestienne » fut jetée

hors de ce corps charnel Pour s’en aller au repos éternel.

4. À partir de 1529, on songea à reconstruire l'Hôtel de ville. La première pierre fut posée en 1533. — 2. Les vrais pourtrails, p. 169. — 3. Le petit dessin est d’après le plan dit de la Tapisserie, Le grand dessin est d’après un tableau appartenant au duc de Talleyrand et représentant la Procession de la Ligue sortant de l’arcade Saint-Jean. Voir Bulletin de la Sociélé de l’histoire de Paris, 4e année, 1877. — 4. Journal d’un bourgeois de Paris, p. 383. — 5. Ce second arrêt a été rendu le 16 avril 1529, decima sexta die aprilis. Le texte, publié pour la première fois dans le ‘Bulletin, en 1881 (XXX, p. 117), permet de terminer tous les débats relatifs à cette date. Le bourgeois de Paris dans son journal, se serait trompé d’un jour en disant « samedy 17e avril 1529. »

« Il ne donna aucun semblant de cœur failli ou troublé, lorsque le bourreau d’une voix espouvantable publia son arrest. » Mais il fléchit les genoux, Disant ainsi: Jhésus sauveur de nous,

Tu a$ pour moi souffert la mort trés dure, C’est bien raison que pour toi je l’endure.

Le peuple s'était précipité pour assister à la fête. On avait loué des fenêtres, des chambres, et l’orgie s’excitait à l'odeur du sang. Berquin, arrivé au pied de la potence, parla. « Bien peu peurent l’ouyr, tant estoit grand le bruit et tumulte de ceux qui là estoyent apostez par les sorbonistes pour faire bruit’. » Mais

son confesseur Crya tout hault : « Peuple, je te fays seur Que cent ans a, ainsi je le maintien, Il ne mourut homme meilleur chrestien ?. »

Trente ans plus tard périssait Anne du Bourg. Après un procès, dont les péripéties dramatiques avaient duré six mois, le 23 décembre 1559, à onze heures du matin, dans la chapelle de la Conciergerie, son arrêt lui fut lu, portant que «hérétique sacramentayre, pertinax et obstiné, la Cour l’a condamné et condamne à estre pendu et guindé à une potence qui sera mise et plantée en la place de Grève, devant l'Hostel de ville de Paris, lieu plus commode, au dessoubz de la quelle sera faict un feu, dans lequel le dict du Bourg sera jecté, ars, bruslé et consommé en cendres. » L'arrêt est signé par de Thou! Le retentum était ainsi conçu : « À esté retenu, et réservé in mente curie que le dict du Bourg ne sentira aucunement le feu, et que au paravant que le feu soyt allumé et qu'il soit jecté dedans, sera estranglé et que neantmoings où il voudroit dogmatiser et tenir aulcun mauvés propos, sera baïllonné, pour obvier au scandale du peuple.» Mais du Bourg ayant déclaré qu'il n'avait pas le désir « de donner occasion au peuple d'être scandalisé, » on lui laissa la langue libre.

À trois heures, le bourreau arrive; il fait monter le prisonnier dans la charrette rouge, un prêtre à ses côtés, et le cortège funèbre se met en marche, escorté de 400 hommes de pied et de 200 cavaliers, ayant tous l’arme au clair. On craignait quelque tumulte. À travers une foule compacte, accourue pour voir mourir ce jurisconsulte éminent, ce conseiller au Parlement, ce neveu d’un chancelier de France, le tombereau s’avance avec peine. Du Bourg, isolé dans son recueillement, chante à demi-voix des psaumes. Arrivé en face de l'Hôtel de ville, au pied de la potence (c'est Calvin qui nous le raconte), il a un visage joyeux (hilaris vultus) ?. N se dépouille lui-même de son manteau et de son habit, comme s’il se préparait à dormir. Le bourreau lui passe le nœud autour du cou. Du Bourg, ignorant le retentum, dit au bourreau que c’est inutile, puisqu'il va être brûlé à petit feu. Le bourreau répond qu'il a l’ordre de l’étrangler, pour diminuer sa souffrance. Déjà du Bourg s’est jeté à genoux pour la dernière fois, et on l'entend répéter : « Seigneur, mon Dieu, ne m’abandonne point, afin que je

1, Hisioire des martyrs, 1, p. 276. — 2. Bulletin, XI, 1862, p. 130. — 3, Voir Calvin à Blaurer, Opera, XVII, p. 15.

ne t'abandonne. » Quelques instants après, son corps, soulevé de terre par les acolytes du bourreau, se balance dans l’espace, tandis que la foule crie : Jésus! Maria! Un feu fut ensuite allumé sous la potence, et le cadavre de du Bourg y fut jeté pour être réduit en cendres

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