‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son tempsChapitre 64 sur 156 · TS · texte numérisé non relu

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6. Hâtons-nous maintenant vers la fin de notre promenade et de notre histoire.

De la Vieille-Rue-du-Temple, la rue qui continue celle des Francs-Bourgeois (alors rue de Paradis) nous conduit à l'hôtel de Guise (aujourd’hui Archives nationales). Les chefs des « romanisques, » comme dit Condé, dans son rude langage, ou encore : « ceste haïsable engence des guisians, » voulant se donner une demeure digne de son rang, pour établir « sa perversité cuisante, » acheta, le 14 juin 1553, le vieil hôtel de Clisson et plusieurs hôtels environnants. Elle laissa subsister, rue du Chaume, la grande entrée, où la porte ogivale s'enfonce encore aujourd’hui entre deux tourelles, qui datent du XV° siècle !.

En face était la chapelle de Braques, où Jehan le Rentif ou le Retif, « le prescheur de Braques, » prêèchait la Réforme. Sur la liste des « ajournés », comme suspects d’hérésie, en 1534 (N. S. 1535),1l est le second, après Caroli.

La rue du Chaume se continuait par la rue du Grand-Chantier, où se trouvaient les Enfants Rouges, et on arrivait ainsi au Temple, c’est-à-

J dire à l'ancien château des Templiers. Au delà de la porte du Temple était « le jardin de la Cerisaye, » où se fit la grande assemblée du 12 octobre 1561, qui faillit se terminer par un massacre *.

Enfin, un peu plus loin se dressait le gibet de Montfaucon *.

En revenant par la grande rue du Temple, nous trouvons, à gauche, les rues des Vieilles Haudriettes, de Braques et des Blancs-Manteaux. Cette partie de la grande rue du Temple est aussi connue sous le nom de rue Saint-Avoie. Elle contenait plusieurs beaux hôtels, et surtout, entre la rue de Braques et celle des Blancs-Manteaux, l'hôtel du connétable de Montmorency, splendide habitation où le connétable logea des ambassadeurs, des princes et des rois. Henri IT s’y retirait quelquefois, ce qui l’avait fait appeler le logis du roi". Le connétable voulut y mourir après la blessure qu'il reçut le 9 novembre 1567, à Saint-Denis. Sa veuve y demeurait en 1572.

Rétrogradons de quelques pas, et, par la rue Court-au-Vilain, continuée par

Paris. Entrée de l'Hôtel des ducs de Guise,

1. Ce fut leur demeure patrimoniale de 1553 à 1606. — 2. Histoire ecclésiastique, 1, 741. Coquerel, Précis, p. 50, dit: « Le jardin était près de l’abbaye Saint-Antoine-des-Champs, aujourd’hui l'hôpital Saint-Antoine, dans la rue du faubourg de ce nom. » Poltrot avait fréquenté ce prêche. (Histoire ecclésiastique, IT, p. 400.) — 3. M. Douen précise : « Nos 65, 67 et 69 de la rue Grange-aux-Belles. » (Paris protestant.) — k. Jaillot, Recherches critiques, historiques et topographiques sur la ville de Paris, t, III, quartier Saint-Avoie, p. 8. — 5. « Paris en 1572,» p. 5.

la rue Montmorency (les deux aujourd’hui portent le même nom), nous pénétrons dans la rue Saint-Martin.

C’est ici, paraît-il, que, quittant sa maison de la rue des Nonnains-d'Hyères, Guillaume Budé vint mourir, dans l'hôtel de Vic, qu’il avait fait bâtir entre la rue aux Ours et celle du Huleu.

Beaucoup de marchands habitaient cette rue, et surtout celui qui nous intéresse le plus, Estienne de La Forge. Ici donc, probablement, fut fondée, par Farel, l'Eglise secrète de 1521 *. Roussel vint y tenir plus d’une fois le culte, pas assez souvent au gré de Canaye. Et c’est sans doute dans cette maison d'Estienne de La Forge que Calvin habita quelques jours, lors de son rapide passage à Paris, en 1534.

Autour de Saint-Merry nous trouvons encore une ou deux rues, rue Brisemiche, rue Taiïlle-Pain, qui, larges de deux mètres environ, avec leurs petites boutiques de friperies, sombres et humides, peuvent le mieux nous donner la sensation d’une rue antique du XVI° siècle. Il y a aussi la rue du Renard, où logeait Jacques Cauvin, forgeron (faber ferrartus); il habitait encore là en 1583, d’après Papire Masson *.

Nous laissons à gauche Saint-Jacques-de-la-Boucherie, dont la tour seule subsiste (elle venait d'être achevée en 1522), et, par la rue de la Ferronnerie (celle où, le 14 mai 1610, devait être assassiné Henri IV), nous longeons le célèbre marché des Innocents qui, depuis un temps immémorial, est à la fois un lieu de sépulture pour les morts et un lieu d’approvisionnement pour les vivants (aujourd’hui les Halles centrales). Le cimetière contient la première Danse des morts, peinte en 1424, au milieu des assassinats politiques qui effrayaient toutes les imaginations, et qui a servi de modèle à des peintures semblables dans tout le reste de l’Europe : ses moralités sont dues à Gerson lui-même ‘.

Dans la rue des Bourdonnais (côté occidental), se trouvait une des plus remarquables maisons de l’époque, l'hôtel La Trémouille, reconstruit à la fin du X V°® ou au commencement du XVI° siècle. Elle appartint au chevalier du Bourg, l'oncle du martyr. Ici aussi habitait le père de Charlotte Arbaleste, M. de la Borde, chez qui on faisait souvent les prêches. Il « eut tous ses biens saisis, ses meubles inventoriés et garnison; » mais il tint bon et mourut (à Melun, en 1570), en prononçant ces paroles: « Seigneur, il y a cinquante et huict ans que tu m'as donné une âme ; tu me l’as donnée nette et blanche ; je te la rends impure et souillée ; lave-la au sang de Jésus Christ ton fils. »

7. Nous arrivons à la rue de Béthisy, du moins à cette portion qui s'appelait ainsi à cette époque 7. Dans cette rue se trouvent de modestes maisons et quatre hôtels. Celui qui est situé au coin de la rue de Béthisy et de l’Arbre-Sec #

4. Sauval, o. c., II, p. 235. — 2. Bulletin, XX, 1871, p. 404, 406; Herminjard, I, p. 242. — 3. Pour ses rapports de famille avec Calvin, voir plus haut, p. 6, n. 2. — %. Paris à travers les dges. — 5. Albert Lenoir, o. c., p. 243; Jaillot, o. c., I, p. 14. — 6. ‘Bulletin, II, 1854, p. 651, 653. — 7. Depuis 1730, elle reprit son nom tout à fait primitif de rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois, — 8, O. Douen, Paris protestant : « No 144 de la rue de Rivoli. »

s'appelle l'hôtel de Villarceaux!. C’est ici que vint loger Coligny pour les fêtes des « noces vermeilles ?. » 11 y fut assassiné, dans la nuit du 24 août. La rue fut bientôt couverte du sang de plus de trente cadavres. « [1 n’y avait point de ruelle dans Paris, dit DU | un témoin oculaire, quel- F BU | ; ji que petite qu’elle fût, où

qu RTE Sri À - sr gl Sn Fe Me l'on n'ait assassiné quel- > FÉAIL a

qu'un, et le sang coulait

dans les rues, comme s’il

ques à avait beaucoup plu”. »

Plusieurs habitants s’enfuirent par les toits. Le a chapelain de Coligny, le r RU STE SipasteureeMEt nee Le logis de l’amiral, rue de Béthisy, tel qu’il était en 1838. HOÉDNEE :

trois jours caché dans

un grenier à foin, sous des décombres, et l'on sait comment d’Aubigné chanta sa merveilleuse aventure :

D'après un dessin d’Aug. Regnier dans le Paris pittoresque, de Ch. Nodier.

Voici de peur d’Achaz un prophète caché

En un lieu hors d’accès, en vain toujours cherché, Une poule le trouve et, sans faillir, prend cure,

De pondre dans sa main trois jours sa nourriture. O chrestiens fugitifs, redoutez-vous la faim ?

Le pain est don de Dieu, qui sait nourrir sans pain. Sa main despechera, commissaires de vie,

La poule de Merlin ou les corbeaux d’'Hélie.

Le gendre de Coligny, Téligny demeurait non loin de son beau-père, rue Saint-Honoré, au Lion noir.

C’est aussi dans la rue voisine, rue Grenelle-Saint-Honoré, que Jeanne d’Albret était descendue, dans un grand hôtel“ qui appartenait à Charles

4. L’amiral possédait rue Saint-Jacques une maison; mais elle avait été sans doute pillée et démolie (Mémotres de la Société de l'histoire de ‘Paris et de l'Ile-de-France, XII, 1886, p. 15. « Paris en 1572, » par le baron de Ruble); voir Bulletin, XXXVI, 1887, p. 105, la rectification de feu H. Bordier. — 2. En 1747, la Wie des hommes illustres de France, raconte : « Cet hôtel ne forme maintenant qu’une auberge assez considérable qu’on appelle l'hôtel de Lisieux. Il n’y a presque rien de changé à l’extérieur, même dans l’intérieur du principal corps de logis. La grandeur et la hauteur des pièces annoncent partout que ç’a été autrefois la demeure d’un grand seigneur. J’ai vu l'appartement de Coligny et celui où logeait son fidèle Cornaton, l’un de ses gentilshommes favoris. La chambre, où couchait l’amiral, est occupée aujourd’hui par le célèbre Vanloo, de l’Académie royale de peinture. » (Ed. Fournier, Paris démoli, p. 85.) M. de Ménorval, dans l’Eclair, du 3 septembre 1893, ajoute : « J’ai bien des fois visité dans mon enfance le lieu du crime. Au fond de la cour on voyait une tourelle assez lourde en encorbellement, au-dessous un puits, le grand escalier que Behme monta, et, au premier étage, deux grandes fenêtres, par l’une desquelles fut précipité Coligny. » M. Hoffbauer a publié une restitution des environs du Louvre vers 1572, et, dans le Paris pittoresque de Ch. Nodier, il existe un dessin, par Aug. Regnier, du logis de l'amiral, tel qu'il était en 1838 et que le Bulletin a reproduit, XXXVI, 1887, p. 107. Voir toute la discussion entre M. de Ruble et M. Bordier. Jbid., p. 105-112. — 3, Bulletin, XXII, 1873, p. 378. — 4. Cet hôtel était taxé à 300 livres comme les hôtels des princes (« Paris en

Guillard!. Elle y reçut la visite de la Reine de France. « De là, elle faisait ses achats pour les fêtes du mariage. Arrivée le 15 mai 1572, elle ne cessait (nous est-il raconté par le pasteur qui était avec elle), d’aller journellement çà et là par la ville, ès maisons, ès boutiques des artisans, pour voir ce qui seroit propre pour

Paris. Vue méridionale de l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés en 1410 et du Louvre?.

Tel qu’il était depuis Philippe-Auguste jusqu’à François Ier,

le jour de la solennité, tant ce qui concernoit les habitz nuptiaux, et autres dont elle prétendoit faire présent, que de plusieurs choses nécessaires *. » Elle prit mal. D’autres racontent qu’elle acheta des gants chez René, parfumeur de Ia reine,

1572, » pages 14 et 15). M. Douen précise: « No 49 de la rue Grenelle-Saint-Honoré, aujourd’hui rue Jean- Jacques Rousseau. »

4. Charles Guillard succéda, comme évêque de Chartres, à son oncle Louis Guillard auquel, en 1526, Clichtove avait dédié son Propugnaculum Ecclesie adversus Lutberanos. (Herminjard, I, p. 180.) Sacré à Paris en 1553, Charles Guillard ne fit son entrée dans son évêché qu’en 1558, après avoir obtenu du Chapitre la permission de conserver sa longue barbe. Sa réputation d’orthodoxie était mal établie. « Il fut soupçonné d’adhérer à ceux qui, de son temps, sçavoir l'an 1558, soubs Henry second, François 2 et Charles 9, troubloient l’estat et repos de la France, sous la bannière d’un Christ empistolé. » (Parthénie, ou Histoire de la très auguste et très dévote Eglise de Chartres, par Sébastien Rouilliard, 1609, folio 62, p. 1.) Le jour de la Toussaint, en 1572, c’est-à-dire quelques semaines seulement après la Saint-Barthélemy, il fit prêcher dans sa cathédrale un moine, partisan comme lui de la Réforme. Une violente émeute éclata, et notre prélat dut sortir de sa ville épiscopale au milieu des injures de la populace, qui le poursuivait à coups de pierres. Il résigna son évêché à Nicolas de Thou, frère du premier président, et mourut le 22 février 1573. (France protestante, 1re édit.) — 2. Ce dessin est pris dans Dom. Jacques Bouillart, Histoire de l Abbaye royale de Suint- Germain-des- Près, 1724. — 3. Bulletin, XXXI, 1882, p. 16.

dont le magasin était près de la Seine, peut-être sur le pont Saint-Michel. Les gants avaient été imprégnés d’un poison subtil. En tout cas, Jeanne d’Albret mourut bientôt de la fièvre, à l'hôtel de la rue de Grenelle, 9 juin.

C’est en se rendant du Louvre à son hôtel que l'amiral Coligny fut blessé, deux jours avant la Saint-Barthélemy. Le témoin oculaire dont nous avons parlé, un bourgeois de Strasbourg, qui a laissé une déposition notariée à Heidelberg, le 7 septembre, et qui vit comment on retirait de l'eau le cadavre de l’amiral, comment « l’un lui coupait une oreille, l’autre lui crevait un œil, un autre encore le nez, » raconte : « Le 22, quittant la cour pour se rendre en son hôtel afin d'y déjeuner, a reçu en chemin une lettre, et pendant qu’il continuait sa marche en la lisant, il a reçu un coup de feu’! sur le premier doigt de la main droite et sur la main gauche, de telle sorte que la balle est sortie non loin du coude?. » C'était Maurevel qui avait tiré d’une fenêtre treillissée: la maison appartenait à un chanoine, ancien précepteur du duc de Guise, et avait une porte de derrière donnant sur le cloître Saint-Germain, par où le meurtrier se sauva.

Et nous voici en face de Saint-Germain-l'Auxerrois (Page 293), en face du Louvre. C’est ici que la prédication de l'Evangile avait commencé.

A côté de Saint-Germain-l’Auxerrois, dont le pittoresque portique de 1435, avec ses deux petites salles, est toujours intact, Calvin, âgé de quatorze ans, avait logé chez son oncle, Richard Cauvin, serrurier (faber ferrarius) comme Jacques Cauvin. Au Louvre’, avaient retenti les prédications de Gérard Roussel et de Michel d'Arande, 1521, 1532, 1533, et les sermons non moins évangéliques de Jean de Montluc, évêque de Valence, et de Pierre du Val, évêque de Séez, 1561. Le Louvre avait servi un moment de refuge à Berquin, le propagateur des premiers écrits de Luther. Autour du Louvre avaient eu lieu les premières assemblées secrètes des Evangéliques, dans la rue du Coq (une autre que celle dont nous avons parlé), dans la maison de Pierre du Rosier, et quelquefois à la Croix-Verte, près du Louvre aussi“.

1. & A cent pas du Louvre, sur la chaussée que longe aujourd’hui la grille du Louvre, à peu près au point où aboutirait la rue des Prêtres prolongée. » Douen, Paris prolestant. — 2. Bulletin, XXII, 1873, p. 377. — 3. En 1562, Michel de l'Hôpital était logé au doyenné de Saint-Germain-l’Auxerrois (Nouvelles recherches historiques sur la vie et les ouvrages du chancelier de l'Hôpital, par Taillandier, 1861), et, en 1568, il habitait le Louvre même. On a de lui une quittance portant : « Le rer jour de mars l’an 1568, en mon logis au Louvre, » (Quelques éclaircissements historiques et généalogiques sur Michel de l'Hôpital, par P. D. L., 1862, p. 85.) Le chancelier avait un grand train de maison, 70 personnes, 50 chevaux, etc. (Jbid., p. 89.) Au moment de la Saint-Barthélemy, il était daris sa terre du Vignay, et des soldats envoyés par le roi le protégèrent. Cependant il écrivait, dans une épître latine à la duchesse de Savoie : « Quoique bien gardé, j'ai eu de la peine à échapper aux horribles tentatives d’un peuple en démence, à la fureur des jeunes paysans d’alentour. Ma fille, qui par hasard se trouvait à Paris, a été sauvée du carnage par les soins d'Anne d’Este. Car ni son Âge, ni son sexe n'étaient une protection. » Taillandier, p. 235. On comprend que l'Hôpital se soit souvent écrié: Excidat illa dies ! Puisse ce jour être effacé de la mémoire des hommes! — k, Voici ce que Fl. de Ræmond raconte : « Pour faire ces assemblées, on faisoit choix de quelque maison qui eust des huis desrobez, afin de pouvoir au besoin se sauver. Et aussi entrer par diverses advenues, et celui qui faisoit le Prédicant, portoit des dez et des cartes, afin de les pouvoir jeter sur le tapis, au lieu de la Bible, et couvrit leur fait sur le jeu. Ainsi se sauva le ministre Louperaut, qui se fait appeler Montigni, dans la rue du Coq, à Paris, près

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Et voilà que la cloche de Saint-Germain-l’Auxerrois sonne le massacre, et que, de la fenêtre de sa chambre, Charles IX tire des coups d’arquebuse sur les protestants, qui s’enfuient à la nage et essayent de gagner le faubourg Saint-Germain’.

Paris. Saint-Germain l’Auxerrois.

Après le Louvre, si nous ne voulons pas aller jusqu’au village de Chaïllot?, où Calvin passa quelque temps pour fuir la peste, qui sévissait dans le quartier de l’Université, nous n'avons plus à signaler que les Tuileries, auxquelles Renée de

le Louvre, en la chambre garnie de maistre Pierre du Rosier, lequel ayant esté surpris par son hoste, avec diz ou douze luthériens s’excusa sur les parties qu’ils avoient fait aux cartes et aux dez, avec ses compagnons. Le ministre de Mantes étoit plus advisé, quand preschant à cachettes, à Paris, à la Croix Verte, près le Louvre, il faisoit mettre des jettons sur la table et des contes pour tromper les survenants, s’ils n’estoient de son troupeau. » FI. de Ræmond, VII, p. 910.

1. H. Bordier, La Saint-Barthélemy et la critique moderne. Sur ce fait nous croyons utile de résumer les discussions. Brantôme, en 1594, raconte : « Le roy y fut plus ardent que tous, si que lorsque le jeu [le massacre] se jouoit et qu'il fut jour et qu’il mit la teste à la fenestre de sa chambre, et qu’il voyoit aucuns dans les faux bourgs de Sainct-Germain, qui se remuoient et se sauvoient, il prit un grand harquebus de chasse qu’il avoit, et en tira tout plain de coups à eux, mais en vain, car l’harquebuz ne tiroit si loing. Incessamment cryoit : Tuez, tuez! » À son tour, d’Aubigné parle de la main de « laquelle ce prince giboyoit de la fenestre du Louvre, aux pauvres passans. » (Histoire universelle, 1618, I, Liv. I, p. 21.) Et dans ses Tragiques il s’écrie :

Ce roy, non juste roy, mais juste arquebusier, Giboyoit aux passans trop tardifs à noyer.

Enfin, un pamphlet antérieur aux deux auteurs cités, le Réveille matin des François et de leurs voisins, 1574, dit: « Ils [les protestants] virent sur la rivière, et venir droit à ceux qui estoient encore es faubourgs, jusqu’à deux cents soldats

France, en juillet 1572, fit la seconde des visites que nous avons mentionnées. À propos de cette visite le livre de comptes dit: « Sol XXIIII au jardinier de la Reyne. Lir. XXIIT aux masson, architectes, conduicteurs del lavoro et à une detto Mess. Bernardo qui faict la crotesque aux dites Tuilleries. » Qui était ce Bernardo, ce Bernard? personne autre que l’auteur des Discours admirables, que l'inventeur des Rustiques figulines, Bernard Palissy. « Il venait d’être chargé de construire, dans le jardin du nouveau palais, une grotte, qu’il décora comme il l'avait fait quelques années auparavant, dans le parc du Connétable, à Ecouen, de figures étranges, de monstres, de reptiles, de poissons, parfois même d'êtres humains, ‘bizarrement difformes (c'est ainsi que s'explique le sens actuel du mot grotesque). Ses parents Nicolas et Mathurin Palissy le secondaient !. » Renée de France en face de Bernard Palissy!

On a discuté pour savoir si, ignorant sa science autant que son génie, Renée de France lui avait donné une véritable aumône, un simple pourboire ; ou bien si les 23 lires étaient une gratification accordée aux architectes, aux entrepreneurs des travaux. [1 semble bien que le titre de messire accordé à Palissy par le livre de compte montre qu'il ne s’agit pas ici d’un simple et pauvre ouvrier.

Bernard Palissy habitait alors un peu plus loin, au faubourg Saint-Honoré, une petite maison” taxée à cent sous. Les hôtels étaient, il est vrai, taxés à 300 écus. Mais il ne faut pas oublier qu'à côté de Palissy, d’autres maisons étaient taxées moins encore que la sienne, et même quelques-unes pas du tout. Il devait

armés de la garde du roy, crians : Tue, tue, et leur tirans harquebousades à la vue du roy qui estoit aux fenestres de sa chambre. Et pouvoit être alors environ sept heures du dimanche matin. Encores dil-on que le roy prenant une harquebouse de chasse entre ses mains, en dépitant Dieu, dit: Tirons, mort Dieu, ils s’enfuyent.» (Bulletin, X, 1861, p. 203.) Ce dit-on est là pour signaler la bonne foi du narrateur. Les protestants ont vu le roi à sa fenêtre. Ils le disent. Ils n’ont pu entendre les paroles : ils disent qu’on les leur a rapportées. — Ces déclarations, auxquelles on peut joindre l’anecdote racontée par Voltaire dans les notes du chant II de la Henriade (Bulletin, VII, 1858, p. 186), ne peuvent être réfutées par le silence du Tocsin contre les massacreurs et auteurs des confusions en France, 1579 (Bulletin, X, 1861, p. 8), ou de la déposition notariée, faite le 7 septembre 1572 par le bourgeois de Hambourg, témoin oculaire du massacre. (Bulletin, XXII, 1873, p.370.) II ne faut pas enlever du récit des chroniqueurs tous les détails dont l’un d’eux ne parle pas, car alors il ne resterait plus rien. Il faut au contraire compléter les uns par les autres. Chacun dit ce qu’il sait, ce qu’il a entendu dire. — Pour contester l’histoire et la tradition, on a invoqué un autre argument. On a dit : la fameuse fenêtre du Louvre, d’où Charles IX a tiré, sur laquelle la Commune de 93 fit mettre une inscription, cette fenêtre n’existait pas. L'homme le plus compétent en ces matières, Berty, a répondu : d’abord, la fenêtre dite de Charles IX existait en 1572; et ensuite Brantôme dit que Charles IX tira de la fenêtre de sa chambre. Or cette chambre, masquée aujourd’hui par les additions de Perrault, faisait partie du gros pavillon de l’angle sud-ouest, bâti par Henri II. L’objection architecturale doit être abandonnée. (Bulletin, VI, 1857-58, p. 122, 123.) — 2. « Situé au midi du faubourg du Roule, » (Jaillot, o. c.) C’est là que Calvin reçut la lettre de François Daniel, datée du 27 décembre 1531. (Herminjard, IT, p. 384.)

1. Rodocanachi, p. 503, 504. B. Palissy était donc à Paris à la fin de juin 1572. S’enfuit-il au dernier moment pour éviter la Saint-Barthélemy? Echappa-t-il au massacre tout simplement parce qu’il logeait en dehors de la ville, au faubourg Saint-Honoré ? on ne sait. (Bulletin, XLVI, 1897. p. 151.) En tout cas il quitta la capitale pour aller demeurer trois ou quatre ans dans les terres du duc de Sedan, (Bulletin, XLV, 1896, p. 506, « Bernard Palissy à Sedan », et XLVI, 1897, p. 148, « Nouveaux documents sur Bernard Palissy, » par N. Weiss) — 2. « Paris en 1572, » p. 11. — On a découvert les restes de deux fours que Palissy avait installés en 1570, tout près du rempart. (Topographie, région du Louvre, Il, p. 46.) M. Douen précise : « À un endroit situé aujourd’hui au pied de la grille de la cour des Tuileries, à environ vingt mètres au sud de la porte située à gauche de l'arc de triomphe. » ( Paris protestant.)

mourir, à l’autre bout de Paris, dans les prisons de la Bastille, glorieusement (on sait son entrevue avec le roi) et misérablement (ses restes furent jetés « avec les chiens sur les remparts, comme un chien qu’il était, » dit le gouverneur Bussi).

Mort et misère, voilà le dernier mot, au XVI° siècle, de Paris protestant. 8. J’entre chez un marchand de vieilles gravures, et le premier dessin sur

lequel mes yeux tombent est une petite vue de Paris de la fin du XVT[° siècle, qui n’est ni aux Estampes de la Bibliothèque nationale, ni au musée Carnavalet.

CUNT, IMPIL SÆVIENDO PEREUNT

[PIE PATIENDO VIN

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