ET À
Si pitatis amans victor patiendo tréumphat,
Paris y est presque imperceptible; ce qui occupe la plus grande partie de la gravure, c'est un soudart armé de pied en cap, qui court. De la main gauche, il serre une lance dont il vient, avec colère, de casser la pointe en la fichant en terre. L’œil est furieux, la bouche ouverte crie la menace, et il brandit de la main droite une énorme pierre contre deux pauvres vieux et deux petits enfants, qui ont tous les mains jointes, à côté d’un agneau. La légende explique le sens du dessin à ceux-qui ne l’auraient pas deviné : les hommes pieux triomphent par leurs souffrances, les impies périssent par leurs excès *.
Voilà Paris au XVI° siècle, le Paris du fanatisme et de la populace: celui qui triompha.
Et je vais mélancoliquement jusqu’au chevet de l’Oratoire du Louvre, au centre de tout ce quartier de la Saint-Barthélemy. Taillé dans un beau marbre blanc, un homme se dresse debout, et à côté deux femmes sont assises. Les femmes sont belles et paisibles, et leur regard pur est profond : ce sont la Foi et
4. Voir plus haut, page 279, n. 2. — 2. Cette gravure a été publiée depuis dans le Bulletin, XLIIT, 1894, p. 243.
l'Espérance. L'homme, noble et fier, a la main sur son cœur: c'est Coligny qui, à travers les murs de la vieille église, peut encore entendre, au prèche du dimanche, le chant de ses psaumes bien-aimés. Et du bas monte la parole : «Il fut assassiné n'ayant dans le cœur que la gloire de l'Etat! »
Voilà le protestantisme au XVI° siècle, le protestantisme de Calvin et de l'Evangile, celui qui fut martyr!
1, Œuvres complètes de Montesquieu, édition du Panthéon littéraire, 1838, p. 624. — Dans son testament, en effet, Coligny avait écrit: « Ce que je désire le plus c’est que Dieu soit servi partout et principalement en ce royaulme, en toute pureté et selon son ordonnance, et après que ce royaume soit conservé. Je suis bien délibéré de m’employer en ceste cause, moiennant la grâce de Dieu, jusques au dernier soupir de ma vie, » Comte J. Delaborde, Gaspard de Coligny, 1882, IE, p. 477.
Paris. Hôtel de Cluny. (p. 247.)