‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son tempsChapitre 68 sur 156 · NE · texte numérisé non relu

NE

All

Orléans. Le beffroi. (p. 308.)

soldatesque : « Pour détruire les autels, ils sont animés d’une fureur incroyable, et que nous n'avons pu ici arrêter d’aucune façon. » Voilà comment il les excitait'. En 1568, Th. de Bèze n'était pas à Orléans, et il y avait encore plus longtemps qu’il avait cessé d'être étudiant.

Depuis quatre ans il avait succédé à Calvin, et dirigeait de Genève les destinées de la Réforme. On a précisément une lettre, inédite, de lui à Bullinger, datée de Genève, 24 février 1568.

Tout ce qui est vrai, c’est que, malgré leurs chefs, les soldats protestants mirent le feu à l'édifice qui croula. Il fut rebâti par Henri IV*.

Seulement la splendeur de l’ancien édifice avait disparu pour toujours. On ne voit plus les contreforts renfermant, dans leurs niches, les saints peints de couleurs éclatantes. Et puis, autour du grand comble, une galerie de pierre était soutenue. par. une riche corniche "Lestoit couvert d’ardoises et de lames de plomb dorées, se terminait par une crête de fleurs de lis également dorées. Enfin le clocher dominait le tout, plus magnifique encore.

Il était entièrement recouvert de lames de plomb dorées ou argentées.

Toujours le moyen âge, haut en couleurs, et si pittoresque à admirer. de loin. N'est-ce pas dans cette vieille église que le bon roi Robert et sa pieuse femme firent faire le procès à deux hérétiques, deux clercs, que leur foi ardente au Christ

semble révéler comme des protestants avant le protestantisme? Et la reine, d'un coup de canne, creva l'œil à l’un d’eux, qui avait été son confesseur.

4. «In diruendis aris incredibilis impetus, quem ne hic quidem impedire ulla ratione potuimus. » Opera, XX, p. 486, mai 1562. — 2, Manuscrit de la Bibliothèque de Genève, matricule 118, fol. 64, 65. (Renseignement fourni par M. Eugène Choisy.) — 3. En le relevant de l’excommunication, le pape Clément VIII lui avait imposé comme pénitence de faire construite dans chaque province de France un monastère d'hommes et un autre de femmes. Le

Béarnais trouva que c'était beaucoup, et il finit par transformer son engagement trop onéreux en un engagement

plus commode. Il promit de réédifier la cathédrale d'Orléans, et il tint sa promesse. De Buzonnière, I, p. 52, 55.— René Biémont, p. 31.

Faisons le tour du chevet. Rien ne trouble nos réflexions : c'est un espace vide, mort, comme les lieux où le Temps passe depuis des siècles, et finit par passer seul.

L’évèché était juste derrière le chevet, et, à côté de l'évêché (une porte faisant

Orléans. Sainte-Croix. Le quartier des Grandes Ecoles, d’après le plan Fleury, 1640. (Inédit, Bibliothèque de la ville.)

communiquer l’un à l’autre,) se trouvait l’officialité. (Page 312.) Elle a l'air presque intacte, imposante encore, avec son grand toit à pente rapide. Voilà le tribunal où les hérétiques étaient interrogés; voici la chapelle où l’on faisait amende honorable... Nicolas Duchemin était official au Mans. Et il y eut un moment où François Daniel aurait voulu que Calvin aussi sollicitât et obtint une place d’official !

Grâce à ce silence, et dans ce désert, notre imagination achève de se détacher du présent et nous sommes en plein XVI° siècle. (Page 311.)

Nous traversons la place plantée d'arbres, qui s’étendait et s'étend devant la façade latérale de Sainte-Croix, et, passant sous une de ces portes si fréquentes dans les rues du moyen àâge pour séparer deux juridictions voisines et en général rivales, nous entrons dans le quartier universitaire, et dans la rue de l’Escrivinerie (aujourd'hui rue Pothier). C’est le domaine, son nom l'indique, des écrivains, des copistes, des enlumineurs. Quelques pas plus loin, à gauche, est la salle des Thèses, le plus remarquable monument de l'Orléans calviniste, et, du reste, le joyau des vieux édifices de la ville.

Au début, l’Université ne donnait pas de grades. Les docteurs enseignant le « double-droit » en réclamèrent. Il y eut divisions, luttes, et, en 1336, transaction. Le chancelier indiqua le local dans lequel les examens devaient se passer. Aussitôt les docteurs du « double-droit » songèrent à élever un monument qui leur appartint en propre : telle est l’origine de la salle des Thèses.

Toutefois il fallut plus d’un siècle pour que le projet conçu fût exécuté. Il y avait guerre avec l'Angleterre: En 1411, le 20 avril, le terrain fut acheté « pour

Orléans. L’officialité. (p. 311.)

faire la librairie d’icelle université, » dit l'acte sur parchemin, encore conservé. Mais la guerre redouble de fureur. Orléans est assiécé. Jeanne d’Arc le délivre (1429) et, en 1444, l’Université rouvre ses portes, qu’elle avait dû fermer. Enfin dans Îa seconde moitié du XV® siècle, on put construire l'édifice actuel, sur le terrain qui l’attendait depuis le commencement du XIV: siècle?.

La salle des Thèses est engagée, dans sa longueur, entre les habitations voisines : la grande entrée (Page 313)est rue de l’Escrivinerie, l'entrée habituelle était de l’autre côté, rue des Goblets (le nom est resté).

4. La salle des Thèses de l'Université d'Orléans, petite plaquette chez Herluison, 1884. — 2. « Elle fut, pendant près de quatre siècles, le principal foyer de la vie intellectuelle en notre province, et le sanctuaire de la grande institution qui porta si haut la savante et studieuse renommée d'Orléans. Peut-être est-elle en France l’unique débris, ayant quelque valeur, des nombreux établissements universitaires dont nous avait dotés le moyen âge. » La salle des Thèses de l’Université d'Orléans, par M. Boucher de Molandon. Orléans, 1869. p. 8.

L'édifice se compose d’un rez-dechaussée peu élevé, formé de deux caveaux extradossés, voütés en berceau, et d’un premier étage, couvert par un toit à deux pentes, formant pignon sur les deux rues. Une tradition constante veut que la première presse qui a fonctionné à Orléans, ait été installée dans une de ces salles basses du rez-de-chaussée.

On accède par quelques marches au premier palier ; à gauche se trouve la loge du concierge, avant-corps qui | à vient d’être construit.

Nous voici dans la célèbre salle.

(Page 315.) Admirons une fois de plus l’art avec lequel notre vieille architecture savait, au moyen de simples pierres, exprimer toutes les pensées, et même toutes les nuances des pensées.

« Ce lieu doit inspirer le recueillement et le respect, le droit ecclésiastique y a ses interprètes : sa forme se rapprochera de celle d’une église.

La foule des écoliers s'y livre à l’étude, toute distraction est interdite :

la lumière viendra des parties supé-

Page 1