‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son tempsChapitre 7 sur 156 · E. DOUMERGUE · texte numérisé non relu

E. DOUMERGUE

AUSPECTEUR#BIENVEIEEANT

CRE explications sur la méthode que j'ai suivie seront utiles. On ne manquera pas, en effet, d’être un peu étonné, pour dire le moins, des « digressions » longues et nombreuses de ce volume. Or ces digressions me paraissent non seulement légitimes mais nécessaires.

En racontant la jeunesse de Calvin, mon désir a été d’écrire, en même temps, une introduction à sa vie et à son œuvre.

Sans doute j'aurais pu procéder autrement, diviser mon volume en deux parties plus ou moins inégales, et consacrer la première à une introduction générale, au sens usuel de ce mot. J'aurais alors essayé de tracer un tableau de l’état des esprits à ce moment, j'aurais montré les aspirations des âmes, la préparation de la Réforme, l’apparition successive des principaux acteurs du drame qui allait se jouer, bref, j'aurais énuméré les éléments antérieurs ou contemporains, et compté les fils prêts à entrer dans la trame de la nouvelle histoire ; puis, sur ce fond plus ou moins coloré, je me serais efforcé de dessiner un portrait de Calvin, prenant le Réformateur à son berceau, et sans interruption, — sans digression, — le conduisant jusqu’à sa tombe.

C’est la méthode ordinaire, et je n’en méconnais pas les avantages précieux d’ordre, de simplicité, de logique. Elle me paraît seulement avoir un défaut capital, c’est une méthode abstraile ; elle ne respecte pas les mouvements et les réalités de la vie.

À la naissance de chaque grand homme, l’histoire n’est pas coupée en deux parties très nettes, comme un parchemin est coupé en deux par un coup de canif: une partie qui est la préparation du nouveau-né, l’autre qui est son histoire. Au contraire, rien n’est moins remarquable, ni moins remarqué, que la naissance d’un individu, même s’il va être baptisé sous le nom de Jean Calvin, ou de Martin Luther, ou d’Ulrich Zwingle. Son enfance elle-même, que dis-je? sa jeunesse, se déroulent le plus souvent sans attirer l’attention du public. Ce qui est applaudi ou critiqué, ce n’est pas le futur grand homme, ce sont les institutions ou les personnes qui entourent. Lorsque Calvin est au collège de La Marche, l’homme important du collège, c’est M. Cordier. Lorsque Calvin est à Montaigu, tout le monde pense à Béda. Les villes où Calvin se rend ont une physionomie particulière; elles ont des cathédrales où la foule se presse, des professeurs que les étudiants écoutent. Calvin traverse ces villes presque inconnu du grand public, qui pense aux Melchior Wolmar, aux Alciat, aux L’Estoile, aux Danès.

Ce n’est pas lui qui agit sur ces milieux, sur ces hommes et sur ces choses; ce sont ces

hommes et ces choses qui agissent sur lui, insensiblement, successivement.

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