‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son tempsChapitre 73 sur 156 · DATE · texte numérisé non relu

DATE

DDRM)

= les LAN

pe eee | sans détruire la façade, l’approprier à sa nou-

Eee i velle destination : il a tout rasé pour construire,

sur le même emplacement, un corps de logis

triste et nu”. Seul le soubassement des écoles

HTC) publiques actuelles est encore l’ancien soubassement.

Orléans. Puits de Linières.

LS

En revenant quelques pas en arrière, nous entrons, à gauche, dans la ruelle du Pommier. Ici était la maison familiale de Duchemin, la dernière, à l’angle droit de la rue, bien délabrée aujourd’hui, debout cependant. D’après d'anciens actes qu’il a retrouvés, M. Doinel nous l’a décrite en ces termes : « Cette habitation, sise paroisse Saint-Liphard, consistant en cave, chambres basses, hautes, étable, cuisine, études, etc., fut louée par Duchemin en février 1534, à maître Gentien Hervet, depuis célèbre théologien catholique, et alors simple maître de tutelle, c'est-à-dire maître de grammaire de la dite paroisse. Cette location fut faite pour la somme de 23 livres tournois de ferme annuelle. » C’est la maison où Calvin fut si souvent reçu chez son ami*. |

Le local était distribué pour avoir des pensionnaires". L'entrée (Page 316)

1. De Buzonnière, I, p. 141. — 2. Ibid. — 3. Bulletin, XXVNI, 1877, p. 183. — 4. Cet usage était très répandu. « Les professeurs tenaient pension ou tutelle, Ce n’était pas un fait exceptionnel, mais habituel... La généralité de cet usage peut expliquer pourquoi il n’y eut jamais à Orléans de Collèges pour les étudiants, comme on en rencontre dans toutes les Universités qui remontent au XIVe siècle, » Marcel Fournier, Histoire de la science et de l’enseignement du droit, III, p. 84.

est très pittoresque, et la cour encore plus peutêtre. Il est vrai que ce n’est plus qu'une masure, habitée par de bien pauvres gens. (Page 317.) Et cependant, comme dans une robe déchirée et rapiécée on reconnaît encore des morceaux de l'étoffe primitive, qui parait la grande dame avant de mal couvrir la mendiante, dans la masure actuelle on distingue la maison d'autrefois. Ici c’est la fenêtre dont la moulure gothique a été conservée. Là dans l'angle, c'est le beau puits en pierre, dont la margelle est restée solide sous son toit qui s'écroule. Au milieu de ce délabrement croît la vigne et pend le linge jaune qui sèche, spectacle digne de tenter le pinceau de l’aquarelliste.

La rue du Pommier débouche dans la rue du Gros Anneau, qui la croise, et se prolonge par la rue du Puits de Lignières. (Page 318.)C'est donc un carrefour. À l’un des angles est toujours la vieille maison originale, avec le puits qui a donné le nom à la rue. C’est ici qu'à la Saint-Barthélemy, les étudiants de François Taillebois auraient jeté ! le cadavre de leur maître. « Quelques escholiers, nous raconte le martyrologe, estant venus à son logis, lui dirent qu'ils vouloyent aller voir sa bibliothèque, en laquelle les ayant menez, l’un lui demande un livre, l’autre un autre, lesquels il leur donne. Cela fait, ils commencèrent à dire que ce n’estoit pas assez, ains qu'ils le vouloyent tuer; ce qu'ayant entendu, il se prosterna en terre, et ayant achevé sa prière, leur dit qu’ils le tuassent donc chez lui. Mais ils le contraignirent de sortir de sa maison. » On le mène devant les Grandes Ecoles : « au moins, dit-il, tuez-moi devant ce lieu, où j'ai enseigné si longtemps. » Mais « ils le rebutèrent encore plus

NE à SES,

Orléans. Maison des Daniel. (p. 321.)

furieusement que devant *. » Finalement ils l’assommèrent.

La rue du Gros Anneau, son nom l'indique, tourne comme un anneau, en

1. C’est ce qu’on raconte à Orléans. Maïs la tradition a confondu deux faits, François Taillebois fut précipité dans la Loire, et le malheureux qui trouva la mort dans le puits de Linières fut maître Ouvert Morieau, appariteur général. Voici le récit fait par un témoin oculaire, un étudiant allemand, élève, du reste, de Taillebois. « Maistre Ouvert Morieau fut blessé d’un coup de hallebarde, et comme il ne voyait aucun moyen de salut. il se précipita dans le puits de Linières et s’y noya. Nous entendimes le bruit de sa chute. Des voisins tirèrent chez nous de l’eau de ce puits, qui était rouge de sang. » Bulletin, XXI, 1872, p. 357, 358. « La Saint-Barthélemy à Orléans, racontée par Joh. Wilh. de Botzheim.» — 2. Histoire des Martyrs, édition de Toulouse, III, p. 695.

quart de cercle et, de l'extrémité de la rue du Pommier, elle va aboutir à l’extrémité de la rue des Grandes Ecoles. Presque au bout, à gauche, était la seconde maison habitée par Calvin. Elle existait encore en 1880, avec un rez-de-chaussée

RARAR AD AR 11'4D A2 (| |

Orléans. Hôtel du bailli Groslot. [Hôtel de ville actuel.] (p. 322.)

moderne ; mais la porte était surmontée de deux petites baies, grillées selon l'usage du XVI* siècle. Il y avait des traces de moulures. Entre la porte et la fenêtre s'ouvrait un petit jour carré à quatre carreaux, et le second étage avait conservé son caractère ogival. Deux fenêtres étaient inscrites dans un cadre de pierre que surmontait une arcature trilobée'. A l’intérieur, un escalier, en forme de vis, portait également bien sa date. Tout a été renversé. Les fenêtres, achetées au démolisseur pour 25 francs, ont été transportées à Paris, dans le jardin de M. Vernes,ancien président du consistoire. Voilà tout ce qui reste,avec une vitre en vieux verre vert, carrée, ayant environ dix centimètres de côté. La maison recevait des pensionnaires, et l’un d’eux, en’ 1670, grava sur cette vitre, avec un diamant, les mots d'Ovide :

Omne solum forti patria est, ut piscibus æquor.

« Pour l’homme courageux tout sol est patrie, comme pour le poisson l'eau. »

Comme ces vitres étaient très petites, entourées de plomb, elles devaient rare-

Page 1