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thèque nationale : Estampes.)
de 1495 à 1497, dans le voisinage de l’église et du cimetière de Saint-André?. La tour et les derniers pans de mur ont été rasés en 1806.
Un peu plus loin, sur l'emplacement des halles actuelles, étaient les prisons, le Châtelet, un monument qui datait d'avant le XIII° siècle. « Ce qui se trouve, dit Corlieu, de plus vieil et remarquable à Angoulême est le Chatelet, qui sont trois grosses et hautes tours d’ancienne fabrique et de figure ronde, et une
1. Dessin dans Lièvre, p. ss. — 2. Entre les ruelles Henri IV, Point du Jour et Saint-Etienne: il n’en reste plus qu’un petit croquis de Corlieu, compris dans la vue d’Angoulème de Belleforest.
sexagone, et dedans celle-ci une autre ronde: lesquelles tours, disposées en forme quadrangulaire et se flanquant l’une l'autre, font un donjon fort à merveille, défendu du côté qui regarde la ville d'un profond fossé, taillé à fond de
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Angoulême. Le château.
cuve : le tout, derechef, renfermé d’une forte ceinture, aussi fossoyée et flanquée. » Depuis la fin du XV* siècle, le Châtelet sert de prison royale, et à la fin du XVI® siècle on commence à en combler les fossés. La pioche avait presque tout fait disparaître il y a peu d’années!. (Page 363.)
Un peu plus heureux a été le château, commencé au XIII siècle et fort agrandi dans la seconde moitié du XV°. La tour polygonale des Lusignan (Page 367), et la tour ronde des Valois (Page 368), subsistent encore, encastrées avec plus ou moins de bonheur dans le nouvel hôtel de ville, qui a remplacé l’ancien château. Celui-ci, depuis la révocation de l’Edit de Nantes jusqu’en 1747, reçut un grand nombre de protestants, coupables d'obstination, c'est-à-dire de fidélité à leurs croyances.
C'est dans la Tour ronde que serait née Marguerite d'Angoulème. Aujourd’hui un des deux planchers intérieurs, celui qui séparait le premier du second étage, s'est écroulé et le tout n’est plus qu'un lieu de débarras. Mais ceux qui ont vu l'édifice avant ces dégradations en ont fait un vif éloge. « C’est le morceau d'architecture le plus intéressant du château d'Angoulême... Le second étage forme
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ANGOULÉME 367
une salle d’une grande beauté... Je ne connais pas de salle plus gracieuse dans nos châteaux gothiques. Notre François I‘, la Marguerite des Marguerites, ont habité cette salle; ils ont joué dans le petit boudoir qui est à côté » (ménagé dans l'épaisseur du mur, ainsi qu’un escalier et des corridors) !.
Nous arrivons enfin à la rue de Genève (Page 369), ruelle étroite, sinueuse et sombre, qui commence pas très loin de l'Hôtel de ville et aboutit à une place sur les remparts. C'était autrefois «la rue allant de l’église Saint-Paul à la halle du Palet*. » Un bail de 1672 lui donne le nom 2%E de rue de Genève“. C'est dans cette rue, en = effet, que Calvin aurait habité chez son ami du Tillet, dont la maison aurait été située à l'angle de la rue de Genève et de la rue du Chapeau- |k fa fe Rouge, dans le pâté de maisons délimité par la FLL4# rue du Chapeau-Rouge (ancienne rue des Ecor- ae cheurs et la rue du Chat (la ruhe au Chapt, | dit un acte de 1532*). (Page 369.) Cette maison du coin est encore à pignons, avec des fenêtres
à croisée, et possède, à l’intérieur, un escalier = EE K en forme de vis. S Telle était la ville. ù A).
Quelle vie religieuse et ecclésiastique y trouva Calvin ? Car ce n'était pas en vain que la Providence le promenait ainsi de lieu en lieu. Approchons-nous donc de la cathédrale.
Autour du Châtelet et de la place du Palet était surtout le peuple. Autour de Saint-Pierre, environné de cinq autres églises, était le clergé. Là-bas, la grossièreté ; ici, les abus: toute la chrétienté « à l’aurore de la Renaissance, à la veille de la Réformation *. »
En effet, le diocèse d'Angoulême est dirigé par Robert de Luxembourg, un grand seigneur d’une vie scandaleuse. Les mœurs de son successeur, Octavien de Saint-Gelais, sont encore pires. Il mourut de ses désordres. Tout ce qu’un des meilleurs prélats d'Angoulême, Cousseau, peut dire de moins mal sur ses prédécesseurs de la première moitié du XVI° siècle, le voici : « Ils consumaient à la cour le revenu de leurs évêchés, où ils ne paraissaient jamais. L’un d’eux,
Angoulême, Tour Lusignan. (p. 366.)
1. J.-H. Michon. Sfatistique monumentale de lu Charente, 1844, p. 214, 217 et 218. C'est dans ce château que logea, en 1526, Le Fèvre d’Etaples. Une lettre, adressée d’Angoulème à Agrippa par Jean Chapelain, lui disait, le 29 juin 1526 : « notre Le Fèvre d’Etaples part aujourd’hui pour Blois où son domicile lui a été assigné. » Herminjard, I, p, 439, 440, n. 8 et 14. — 2. Archives d'Angoulême, E. 1257 : d’après une donation de 1579. — 3. Archives, E. 990.— 4. Archives, E. 1171. Ces recherches, dans les archives, ont été faites pour nous par M. Paul Lambert, étudiant en théologie de la Faculté de Montauban. Nous l'en remercions beaucoup. — 5. Lièvre, c. o., p. 98.
nommé à vingt-deux ans, mourait deux ans après, avant d’avoir pu être sacré, et son titre passait comme une succession de famille sur la tête de son frère, qui mourut lui-même à Rome, cardinal et ambassadeur de Charles IX, sans avoir jamais visité son église d'Angoulême. Durant quarante années, cette cathédrale n'eut pas une seule fois la consolation de voir un seul de ses évêques. Faut-il s'étonner si en l’absence du pasteur, les loups s’introduisaient dans la bergerie‘? » Faut-il s'étonner, demanderons-nous à notre tour,
si Calvin a été scandalisé de la conduite de ces prétendus pasteurs ?
D'autant plus que, s’il ne vit pas ces évêques absents, il ne vit que trop leurs représentants. L’évêque d'Angoulème était un prince, dont le quartier de Saint-Pierre formait le domaine: sa prison principale, bien pourvue d'engins de torture, qu’un docu-
ment nous montre employés pieusement en 1513, s'appelait Sainte-Bénigne. L'évêque d'Angoulême était en même temps un marchand. Pendant quinze
jours, chaque année, il avait seul le droit de vendre du vin en détail, dans la ville et les faubourgs. D’ordinaire, il mettait ce droit en ferme : quelquefois il le faisait exercer directement par ses gens, par ses « chambarières, » qui donnaient à boire dans quelque cour des bâtiments épiscopaux ?.
Aussi l'humilité de ce vicaire de Jésus-Christ était-elle aussi évangélique que sa douceur et sa pauvreté. Quand il faisait sa première entrée dans la ville, quatre des principaux gentilshommes de l’Angoumois étaient obligés de le porter: chacun tenait un des pieds du siège sur lequel il était assis. Un jour, le roi de France fut presque obligé de tenir le pied gauche de derrière. Heureusement qu'à ce moment le roi était une régente, Louise de Savoie : elle se fit rem-
Angoulême. Tour Valois. (p. 366.)
placer par un procureur ÿ.
Ces faits ne suffisent-ils pas pour expliquer les sarcasmes, les violences de langage de Calvin ?
La façade de la cathédrale (Page 371) produit un effet assez mélangé. Beaucoup de personnages, beaucoup de sculptures, mais un plan difficile à distinguer. Cette impression est due en grande partie à un remaniement qui a eu lieu au XIIT* siècle. D'abord la façade ne dépassait pas les combles. Il y avait alors une grande scène qui formait une vaste croix. En haut était le Christ dans sa gloire, et naturellement au-dessus du « ciel » il n’y avait rien. Au XIII siècle, on suréleva la façade, on refit la « gloire, » et on ajouta de chaque côté une arcature remplie d’ornements étrangers au sujet. Une restauration plus récente a encore
1. Lièvre, o.c., p. 37: —-2. Ibid. p. 101. — 3. Tbid., p. 104.
renforcé le contresens. Cependant on distingue bien la scène du jugement dernier:
au-dessous du Christ, entouré des anges et des quatre évangélistes, sont les élus, le regard tourné vers le Sauveur. Ils occupent presque toute la largeur de la muraille. Aux extrémités seulement se
e fragmenc d'un plan
d Angoulème vers 1650
À | | trouvent trois ou quatre réprouvés.
KT { k re MEN Mais plus remarquable est l’intérieur. BAR (Page 373.) Ici tout est simple et si harmonique qu'on ne se doute pas de la LS e grandeur de l'édifice, dont les coupoles ESA rappellent le style de la cathédrale de Angoulême. Quartier de la rue de Genève. (p. 367.) Périgueux et de Sainte-Sophie de Constantinople ?.
Ici Calvin assista quelquefois au culte, et plus d’une fois ces voûtes retentirent des discours qu'il avait écrits et qu'on lisait en chaire *.
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Sous le pseudonyme“ de Charles d'Espeville, Calvin logeait, nous l'avons dit, chez son ami du Tillet, dont il avait, sans doute, fait la connaissance dans les collégesi de l’Université de Paris°. & ee =
Louis du Tillet, fils d’un vice- À — président de la Chambre des comptes de Paris, avait trois frères : 1° Séra- À phin, valet de chambre de Fran- | çois 1°", et greffier en chef du | parlement de Paris (1518); 2° Jean, protonotaire et secrétaire du roi, qui succéda à Séraphin dans la charge de grefhier (1530). « Il s’appliqua, MA dit Bayle, avec une diligence mer- | | veilleuse à illustrer l'histoire } de France, et l'on peut dire que
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personne n'avait encore manié ce | oo | grand sujet selon le plan qu'il se JE —— — forma. [1 s'acquit beaucoup de gloire par cette exacte connaissance de