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Nérac. La ville du XVIe siècle, d’après un plan inédit dressé en 18092. (p. 385.)
temps, 1l doit se servir du mortier et de la pierre, entasser les rochers, les blocs de granit. Alors, quand il a bâti ses châteaux-forts, sombres et énormes, et leurs murs impénétrables, il se dit: En voilà pour toujours. Exegi monumentum ! Non, l’homme communique sa fragilité à tout ce qu’il touche : il ne reste de lui que ce qu’il n'a pas créé. Qu'est devenu le château de Nérac ? Si vous voulez retrouver le milieu exact où ont vécu les Antoine de Bourbon et les Marguerite d'Angoulême, allez dans le parc. Là coule encore la fontenelle de Saint-Jean, et c’est la même eau dans laquelle la jolie et pauvre Fleurette, une autre victime d'Henri IV, se noya par désespoir d’amour*. A côté, voila les deux
1, Nazareth est un village qui, avec ses murs bâtis sur des rochers à pic, avec sa porte d’enceinte, son donjon aux flancs entrouverts et tapissés de lichens et de lierre, s’enlève sur un fond de verdure. (La Guirlande, p. 56, et Villeneuve, p. 37-39.) — 2. Plan géométral de la ville de Nérac. « Nous, arpenteur géomètre, certifions que le plan topographique ci-dessus est fidèlement copié d’après la minute de nos opérations prises sur les lieux. Levé le 2 septembre et jours suivants 1809. Signé : Galup. » Bibliothèque de la ville. — 3. Ainsi dit la légende, célébrée
jumeaux, deux arbres plantés par le roi et la reine Henri d’Albret et Marguerite, dans un jour de réconciliation fugitive. Les hivers et les printemps se sont succédé, et les arbres sont les mêmes. Qu’importerait même qu'ils eussent changé ? Qu'importe que tous ces brins de gazon aient été cent et cent fois renouvelés? ce
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Nérac. Le pavillon des bains. (p. 387.)
sont les mêmes ombrages, c'est la même fraicheur ; ce sont les mêmes spectacles et nous voyons absolument ce que virent ces hommes et ces femmes du XVI® siècle.
Dans ce cadre si riant, si gracieux, il ne faut pas le moindre effort d’imagination pour replacer toutes ces figures ; il suffit de fermer les yeux. Et, aussitôt, on voit apparaître toute la cour de France, à la suite de Catherine de Médicis, de Marguerite de Valois, d'Henri de Béarn. C'était en octobre 1578, au beau soleil d'automne, dans ce calme de l'atmosphère où les feuilles ne tremblent pas
il n’y a pas longtemps par des fêtes au moins étonnantes, et incarnée dans une statue au moins médiocre. L'histoire est un peu différente. M. R. de L. écrivait en 1826, en réponse à ceux qui contestaient l’existence de Fleurette : « Il suffirait pour détruire tout doute de connaître cette seule ligne d’un journal manuscrit du temps, conservé dans une honorable maison, qui descend de l’auteur de ce journal : « Fleurette, jardinière du Roy, mourut le 22 août 1592. » Mort notable, puisqu'on l’inscrivait, et sans commentaires par égard pour le roi. Il y avait alors sept ans au moins qu'il était parti de Nérac. » R. de L. [Rougier, baron de la Bergerie], p. 174. Ainsi la poésie disparaît et le
vice reste.
sur les arbres. La reine-mère est venue pour les fameuses Conférences. Elle se promène avec un ministre et se joue de lui en imitant son langage puritain. Pendant ce temps l’escadron volant de ses filles d'honneur fait capituler plus de vertus que pendant les guerres de religion on ne fera capituler de donjons. Les iètes, les intrigues, les, ga- Er
lanteries, les trahisons, les
duels, ce que la reine Margot appelait Ϋ ces toutes sortes de plaisirs honnêtes, » répandent la corruption la plus brillante. Pour les beaux yeux de la rieuse Anne d’Aquaviva, le vieux Ussac livre La Réole aux catholiques, et, pour se venger, le roi de Navarre va surprendre la ville de Fleurance au sortir d’un bal. Au milieu de cet imbroglio d'amours, de duels, d’intrigues, on signe le traité du 28 février 1570, et sur les allées de la Garenne la troupe légère des courtisans et des dames dans leurs costumes pittoresques de soie et de velours, aux couleurs bariolées, passe en riant et en dansant comme les rondes de Watteau. « Nérac était une Capoue,
a dit un auteur, qu'il eût fallu fuir si l'on ne voulait y perdre son corps et son àme. »
Nérac. Le palais des Mariannes !. (p. 387.)
En vérité, que pouvait bien venir y faire Calvin ?
Il est vrai, aucun lieu ne réveille le souvenir d’une plus profonde dissolution que Nérac, avec ses palais des Mariannes, ses fontaines des Poupetos, ses contes sur la belle boulangère, sur le charbonnier de Capehicot, sur les aventures de ces filles d'honneur, c'est-à-dire sans honneur, qui s'appellent Marianne, Alespée, Fleurette, Fosseuse, d'Agelle, Le Rebours..…. Du grand-père au petit-fils, sans oublier ni le père, ni la femme d'Henri IV, c’est ici que la cour de Navarre a donné le spectacle de la plus parfaite dépravation.
Mais les chroniqueurs ont deux fois tort. Ils ont tort de louer sous le nom d'aventures galantes les adultères vulgaires d’un homme dépourvu de sens moral, et qui aurait mieux dû se rappeler de qui il était fils et de qui il était roi, fils
1. Le Palais des Mariannes est situé vers le milieu du Jardin du Roy, à droite, et sur le bord du chemin de service qui le coupe en deux aujourd’hui. C'était plutôt un pavillon de plaisance dans le goût de l’art italien. (Voir La Guirlande de Marguerite. p. 50, 51.) Le propriétaire actuel a eu le tort de démolir les deux colonnes et de remplacer, sur le côté, cet ornement par des loges à cochons.
d’une mère sur laquelle A — A £ : e = TENNn == . dEtAUI il aurait dü prendre exemple; etrotwd/un peuple auquel il devait le donner.
Et les chroniqueurs ont tort, et pas moins,
lorsqu'ils écrivent:
« L'histoire de Nérac se résume dans un seul nom : Henri IV ; » lorsqu'ils chantent dans leurs sonnets :
« Nérac, ne suffit-il donc pas qu’on te parle de lui ? »
Non, cela ne suffit pas. Les Néracais se calomnient. Nérac n’a