‹ Jean CanadaChapitre 22 sur 34 · JEUNE LIANE . · texte numérisé non relu

JEUNE LIANE .

Une case plus gvancre, décorée de deux poteaux sur* tontes de tètes d'idoles effrayantes, servait de lieu de éunion aux chefs de la tribu nomade. Ils y tenaient onseil et discutaient les intérêts de la nation. La morT les vingt Indiens tués dans la dernière expédition avai* été le deuil dans autant de familles. Il ne fallait rier noins que la possesion d'une part de butin ardemment onvoitée pour faire trêve aux bruyantes démonstration? le la douleur. Au moment où Halgan et. Tanguy sortaien» le leurs cabanes, chacrai des vainqueurs avait ajouté à ;a parure quelque objet volé à la MaiSon-des-Rapides les lambeaux d'étoffes pou ■• >res, des armes, des colliers es femmes se promenaient dans le village, afin d'étalei es dons de leurs maris et de leurs frères. Il restait bieD larmi ces hommes et ces femmes des êtres conservant quelque chose d'humain, et dont le cœur saignait d'une aerte cruelle, mais l'Indien s'accoutume de bonne heure à pendre son visage impassible, et en dehors des bruyantes manifestations arrachées par les deuils publics, il se doit à lui-même de ne permettre à personne de lire sur son visage ce qu'il ressent au fond de l'âme. Ainsi que la Jeune-Liane l'avait affirmé aux prisonniers, il n'y avait point de sentinelles chargées de les surveiller d'une façon spéciale, mais ils ne tardèrent pas à s'apercevoir que si jette mission n'était confiée à personne, chacun des membres de la tribu s'en trouvait investi.

Assises sur le seuil des cabanes, les jeunes femmes et ïs jeunes filles suivaient les étrangers d'un regard curieusement obstiné. Les hommes que le hasard ou la prévoyance disséminait dans le village, tout en s'occupant à préparer des armes, à raccommoder des filets ou à confectionner descanotsd'ecorce.ne perdaientpas de vue

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ceux qui devaient un jour leur donner le spectacle^* t>Tir mort.

INi Halgan ni Tanguy ne se méprirent sur le sentim enlf général. On leur accordait un sursis, on leur laissait la liberté de leurs membres, mais à la condition qu'ils ne i tenteraient rien pour s'évader.

Du reste, quand Halgan et Tanguy eurent fait en part; le tour de l'île, ils se demandèrent si une tentative de c< genre ne serait pas la plus grande des folies. Affaiblis pi:'. leurs blessures, que pouvaient-ils contre la population de l'île dévouée à leur surveillance ? L'archipel dans lequel ils se trouvaient les gardait mieux qu'un cachot. Î.U ne pouvaient songer à se procurer un canot, et en dépit de la pitié qu'ils avaient lue dans les regards de Jeune- Liane, ils savaient qu'elle ne pouvait rien pour leur délivrance.

Le paysage qui îes environnait avait la grâce d'un Eden.# Une verdure dont la magnificence égalait la fraîcheur, s'inclinait sur le miroir des eaux bleues. De tous côtés ce delta, semé de roches, de fleurs et de colosses végétaux, ménageait une surprise et provoquait l'admiration. ^ Rien de pareil ne pouvait être rêvé par un artiste ou par un poète. Tanguy de Coêtquen, accoutumé à la sauvagerie d'aspect de la Bretagne, se laissait envahir p ;r lia charme d'une nature toute nouvelle pour lui. Le capitaine y paraissait moins sensible. Le côté sombre de sa situation le poignait davantage. Il songeait à Hervé, l'enfant de Blanche... de Blanche, morte d'une façon si terrible.

Tandis qu'assis sur la rive ie marquis et Halgan laissaient errer leurs regards sur le panorama de l'eau, de la verdure et du ciel, le3 Indiens sNHnimaîant de la tran-

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quillité d'attitude de leurs prisonniers. On leur avait répété maintes fois que les Visages-Pâles se montraient lâches devant la mort, qu'ils s'étaient attendus à voir une toute autre attitude à leurs prisonniers. Un orgueil féroce communiquait aux Peaux-Rouges le courage dont s'étonnèrent toujours ceux qui les virent supporter sans se plaindre d'horribles tortures. Ils ignoraient que des J iiûir.mes de la trempe de Tanguy puisent dans la foi uo courage supérieur au stoïcisme du sauvage. Du reste, Tanguy et Halgan, comprenant qu'ils devaient éviter d'exciter la défiance des Hurons, se conduisirent durant cette journée avec une prudence extrême. Quand le jour baissa, ils quittèrent les abords de l'île et regagnèrent le centre du campement.

Devant une case dont la porte était soulevée, Jeune- Liane dont le père était mort, et qui restait seule, pour soutenir une jeune famille de frères et de sœurs, préparait le repas du soir. Les captifs la reconnurent et lui sourirent, puis voyant un gioupe de vieillards assis devant une cabane assez vaste, ils les rejoignirent et prirent place à leurs côtés. Les Hurons ne parurent point surpris ; ils respectèrent le silence de leurs hôtes, et leur passèrent des pipes; Tanguy refusa doucement le calumet qu'on lui présentait, mais Halgan l'accepta, et se mit à ftimer en compagnie des sachems.

— Le Grand-Sorcier des Peaux-Rouges devait apporter ^ies plantes salutaires aux Visages-Pâles, dit Halgan, mais . nous ne l'avGns point vu. Si les hommes n'ont pas peur

de souffrir, il est bon qu'ils conservent leurs forces, afin de chanter dignement leur chanson de mort.

— Le Grand-Sorcier chasse le méchant esprit de la fcutte d'un malade, répondit le vieillard ; il n'oubliera

point les Visages-Pâles... Ceux-ci peuvent retrouver ïem énergie et guérir leurs blessures avant qu'on leur fo*i*£ Disse l'occasion de prouver qu'ils ne sont point ÛLcj squaws, mais des guerriers fameux entre les chefs.

Tête-Rouge confirmait par ces mots la parole de leune-Liane: si les captifs devaient être immolés, ce serait beaucoup plus tard, à une époque que les sachems sux-mêmes ne paraissaient pas avoir fixée.

Le plus sûr pour les captifs était donc de prendre patience, de chercher à Retrouver l'élasticité de leurs membres, puis d'essayer de se procurer des canots ou de tenter de se sauver à la nage.

Le soir où ils mirent pied à terre dans l'une des Mille- Iles bercée par le Saint-Laurent, Halgan et le marquis étaient prêts à faire le sacrifice de leur vie. Les scènes terribles de la nuit de pillage, les souffrances éprouvées pendant le trajet, tout se réunissait pour leur enlever 1 espoir de s'échapper du cercle fatal tracé autour d'eux. Seulement, à mesure que s'écoulaient les heures, ils s'accoutumaient à jouir de leur liberté et se reprenaient à l'amour de l'existence. Cependant on continuait à les Surveiller sans relâche. La nuit des jeunes Indiens couchaient en travers de la porte de leur hutle ; durant le jour, sous le prétexte de chasser, de pêcher en leur compagnie, quelques Murons les suivaient. Rien dans leur attitude ni dans leurs paroles ne trahissait la haine de ces. Indiens; ils paraissaient seulement avoir accepté la responsabilité d'un devoir.

Pourtant Halgan songe il à une évasion. Il ne croyait pas impossible de quitter File durant la nuii, de traverser à la nage le bras d'eau, et de passer de 1h sorte d'une langue de terre à une autre, jusqu'à ce aue la piste

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Tut perdue. Sans doute on poursuivrait le marquis et son beau-père, mais, après tout, ils n'étaient point, prisonniers sur parole. Le droit de recouvrer sa liberté demeure imprescriptible pour le captif.

Huit jours s'étaient écoulés depuis que les Indiens avaient brûlé la grande Ilutte. Plume-d'Aigle était absent, et les Indiens se livraient à l'exercice de la chasse ivec une passion tenant de la frénésie.

Tantôt ils poursuivaient les chevreuils aux flambeaux, es éblouissant par la clarté des torches résineuses et les rappant au milieu du double étourdissement du bruit ;t d'une clarté crue succédant au calme et aux ténèbres le la nuit. D'autres fois, avides d'un gibier plus noble, nais d'une capture difficile, ils guettaient les ours gournands, fouillant le tronc des vieux arbres pour y cher- :her les rayons de miel.

Un matin, il s'agissait de prendre un ours centenaire onnu pour sa grosseur légendaire. Les prisonniers acceptèrent d'accompagner les Hurons à la chasse. Elle Douvait être périlleuse, mais la situation dlialgan et de Tanguy leur rendait indifférents tous les dangers.

L'ours qu'il s'agissait de prendre avait évité tous les îiéges; pour le capturer il fallait lutter corps à corps ivec lui.

Les Indiens partirent gaiement, armés de mousqueî^ le lances et de couteaux. Des traces avaient été suivies. je vieil arbre dont le tronc servait de ruche aux abeilles: ; tvait déjà reçu la visite du monstre, et la trace laissée! »ar ses pattes gigantesques doublait la hâte qu'avaient es sauvages <Je s'emparer d'une si belle proie.

L'énorme bêle ne tarda point à se trouver en vue, elle evenai? du côté de l'érable à la même heure qu8 la veille,

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s'avançant tranquillement, sans défiance, marchant u'un pas lourd en balançant sa grosse tête.

Tout à coup un bruit suspect provenant d'un massif lui fait tourner la tête. L'ours regarde, il flaire, il devin(T j des hommes et s'arrête. Ses yeux s'animent, il pousse un grommellement sourd, mais ce grommellement se change en un cri terrible et se confond avec ie bruit d'une détonation. Une balle de Plume- d'Aigle venait de l'atteindre au défaut de l'épaule. L'ours s'avance rapidement vers le buisson derrière lequel se dissimulent les Chasseurs.

Ceux-ci comprennent que l'heure d'une lïfXe terrible commence, et Panthère-Agile, qui brûle du ;iésir de se distinguer, saute par-dessus le buisson et y* trouve en | face de l'animal que la douleur rend furieux.

L'ours se dresse sur ses pattes de derrière, et avec I un élan irrésistible il se précipite sur Panthère-Agile, i puis l'étreint avec une telle violence qu'un soupir étouffé échappe à l'Indien. Ses deux bras, paralysés par \ les pattes du monstre, ne peuvent manier le couteau jj qu'il tient à la main, et il périrait infailliblement, si I Piume-d'Aigle se précipitant sur l'ours ne lui enfonçait ' son couteau à scalper entre les deux épaules.

Panthère- Agile et l'ours tombent ensemble sur Î8 sol ; ' le poids de la bête écrase l'homme, mais l'Indien se débarrasse de son adversaire qui, domplé par la douleur, sa i roule sur l'herbe en poussant des cris furieux. Alors les chasseurs éclatent en imprécations. Ils insultent l'ennemi C^ui ne sait pas souffrir.

— Nous te croyions un héros, un père de la forêt, dit \ Plume-d'Aigle en s'adressant à l'ours agonisant, et tu te plains et tu gémis comme une squaw... Si tu m'avais blessé au lieu de subir l'effort de mes armes, j'aurais souf- ,

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