ÉTUDE
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Introduction.
L'œuvre que l'Évangile proclame comme la condition se qua non du salut, œuvre qui commence par le repentir, la conversion ou la régénération de l'homme et s'accomplit par sa sanctification. Par qui, comment s’opère-t-elle? À qui la rapporter? A Ia grâce de Dieu? A'la volonté de l'homme? Et, dans ce dernier cas, je veux dire si l’œuvre du salut est à la fois divine et humaine, dans quelle proportion, dans quels rapports s’y trouvent les deux éléments, la grâce et le libre arbitre ? |
L’Évangile, pris dans son ensemble et non pas dans telle partie à l’exclusion de telle autre , affirme la nécessité de la grâce, sans nier, en supposant toujours, au contraire, le libre exercice de la volonté. Mais quant à déterminer la mesure exacte des forces fournies par lune et par l’autre, leur rapport dans l’œuvre du salut, il.s’est refusé à le faire. Cette question, apparemment, était trop peu pratique, la solution qu'on pouvait lui donner n’était pas alors d’une application assez immédiate pour attirer l’attention d'hommes qui ne parlaient
et n'écrivaient, n’agissaient et ne raisonnaient que dans Fe 0 1
” Reg A un but pratique, en vue de la conversion des païens ou des juifs et de l'édification des chrétiens ; soit qu'elle le fût trop, au contraire, pour l’esprit spéculatif.des écrivains ecclésiastiques, dont les ouvrages et les idées occupent la première place dans l’histoire des dogmes; soit que leur activité intellectuelle fût absorbée par des questions plus pressantes, plus actuelles , soulevées par leurs adversaires , païens ou hérétiques, on peut dire que les Pères des premiers siècles n’ont jamais regardé en face et pour elle-même la question qui nous occupe. S'ils aperçurent quelquefois la contradiction, apparente ou réelle, qui gît entre les deux termes du problème, ce ne fut que fugitivement, en marchant vers un autre but et sans s'arrêter longtemps devant elle. Ces deux considérations que nous venons d'indiquer en passant, puisées, l’une dans la situation particulière où les plaçaient les questions à l’ordre du jour, l’autre dans la tendance de leur esprit, expliquent suffisamment pourquoi, bien que les uns et les autres admettent la liberté de la volonté et la nécessité de la grâce, les Pères latins insistent davantage sur celle-ci, les Grecs sur celle-là ; pourquoi aussi, pendant les prenmers siècles, la question ne donna lieu à aucune controverse. Mais au cinquième siècle, son tour était venu d'occuper la première place dans les discussions des docteurs {.
Le souvenir d’une jeunesse orageuse et d’une conver-
!Voy. Reuss, Histoire de la théologie chrétienne au siècle apostolique , %e édit. passèm, et en particulier t. Ier, p. 244, 331, 472; t. II, p. 117,119, 507, 591. — Scherer, Histoire du dogine de la liberté morale. Strasb. 1839, passëm et en particulier p. 45, 48, 21 et suiv. — Th, Henri Martin, La vie future suivant la foi et suivant la raïson, 2° édit., p. 209 et suiv.
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sion extraordinaire, des expériences comme évêque d'une population ignorante et grossière, une éducation si exclusivement occidentale qu'il ne savait pas même le grec, avaient appelé Augustin à considérer avant tout la corruption humaine, la puissance et la bonté de Dieu. On ne s’étonne donc pas, on trouve tout naturel même, que cette prière soit sortie de son cœur et se trouve dans ses Confessions : « Ordonne ce que tu veux, mais donne ce que tu ordonnes.» Mais, un homme comme Pélage, enclin par sa vocation à exagérer le mérite des œuvres; qui avait passé sa vie loin du monde et de ses tentations, dans un cloître où il avait la direction facile de quelques moines soumis, un tel homme, surtout S'il avait été élevé dans la Grande-Bretagne, où prévalurent longtemps les idées et les usages des Orientaux, n'était pas dans la situation la plûs favorable pour entendre de telles paroles. Il ne vit là qu’une formule théologique propre à favoriser la’ paresse morale et contre laquelle il devait protester (à Rome, en 411). Telle fut l'origine de cette lutte, connue sous le nom de querelle pélagienne, si passionnée, et trop longue pour que nous en racontions ici les nombreuses péripéties. Nous dirons seulement que les questions principales sur lesquelles roulèrent tour à tour les débats, entre Pélage et saint Augustin, ou plutôt les points de vue sous lesquels ils examinèrent la même question, furent le péché originel, le libre arbitre et la grâce, et la prédestination.
D’après saint Augustin toute l'espèce humaine a péché en Adam, la racine du genre humain, et a été entraînée avec lui dans les liens de la mort et de la damnation. Elle a perdu ainsi le pouvoir de faire le bien ;
elle ne peut que le mal et un mal sans mélange. Dieu cependant, dans sa bonté infinie, et en vertu d’un décret qui en a fixé le nombre d'avance, sépare quelques hommes de cette masse de perdition, pour les sauver par le moyen du sacrifice expiatoire de Jésus-Christ. Ces élus sont entièrement passifs dans l’œuvre de leur salut; ils sont sauvés par la grâce divine qui les justifie et les sanctifie, dont le pouvoir est irrésistible et que Dieu accorde à qui il veut, gratuitement, et. non selon les mérites. D'après Pelage et ses partisans, au contraire, Adam serait mort lors même qu'il n’aurait pas péché, et son péché n’a eu de fâcheuses conséquences que pour luiseul ; il n’a pas entraîné la mort et la condamnation pour tous. En entrant dans ce monde, chacun de nous se trouve dans le même état qu'Adam avant sa chute. Il peut faire le bien, comme le prouve l'apparition de saints parfaits avant Jésus-Christ. Le secours divin, en particulier la mort de Jésus-Christ, n’est pas indispensable pour le salut. Il y a une prédestination, mais elle dépend de la prescience divine, en vertu de laquelle Dieu connaît d'avance les actions des hommes.
Grande fut l'influence que ces deux doctrines exercèrent sur lés chrétiens du cinquième siècle. Elle me le fut pas assez cependant, elle ne fut pas assez géné: rale pour diviser l’Église en deux camps qui auraient eu à leur tête, l’un Pélage et l’autre Augustin. La Gaule, à cette époque , le midi de la Gaule surtout , possédait déjà nombre de monastères, que nous appellerions vo-
"E. Haag, Æistoire des dogmes, 2e édit., t. Ler, p. 206 et suiv. — Le christianisme au quatrième siècle, séances historiques, par MM. de Gasparin, Bungener et de Pressensé; 6° conf. par de Pressensé.
ontiers des écoles de philosophie chrétienne, puisqu'on venait y chercher, non pas la solitude et la'contemplation, comme dans les monastères de l'Orient, mais la vie commune , les travaux de l'esprit, la libre pénsée et la discussion, ce qu’on ne pouvait pas trouver dans la société civile, qui, à cette époque, tombait de toutes parts en dissolution. IL‘parut à quelques-uns de ces moines, chrétiens vivants et actifs, illustres par leur science. et par leurs vertus, de l'avis même de ceux qui, n'avaient. aucun intérêt à relever leurs mérites, qu'Augustin et Pélage avaient le tort l'un et l’autre de méconnaître l’un des, deux éléments de la vérité, et que, pour cette raison, leur doctrine pouvait avoir les plus fâcheuses conséquences pour la morale et pour la religion. Ils formèrent ainsi un parti intermédiaire entre Pélage et saint Augustin, un parti qui se rapprochait de Pélage, en-admettant comme lui la liberté de l'homme, mais qui s’éloignait de lui, en affirmant, avec saint Augustin, que sans la grâce divine l’homme ne
peut pas obtenir le salut!. | Défendu d’abord par Jean Cassien, ensuite par Vincent de Lérins, par Fauste de Riez, par Arnobe le jeune, par Gennade, et par d’autres, contre les attaques de saint Augustin et de ses disciples, d'Hilaire et de Prosper, entre autres; condamné par les synodes d'Orange et de Valence, tenus et 529 et 530, mais de fait adopté par l'Église latine, parce qu'elle y trouvait la justification de sa doctrine sur les bonnes œuvres, le semipélagianisme est un des chapitres les plus intéressants, bien que généralement peu connu, de l’histoire des
' Guizot, Histoire de la civilisation en France, t. Ir, 3° et 4° leçons.
dogmes. Nous en avons détaché une page, la première, celle qui nous paraît la plus intéressante; nous avons étudié successivement la vie, les écrits et la doctrine de Jean Cassien.