‹ Jean Cassien Sa Vie, Ses Écrits, Sa DoctrineChapitre 4 sur 6 · OUVRAGES. DE CASSIEN · texte numérisé non relu

OUVRAGES. DE CASSIEN

Les Institutions.

Castor, évêque d’Apt, ayant fondé un monastère dans son diocèse, écrivit à Cassien pour le prier de mettre par écrit, avec sa douceur ordinaire, dans un style clair et simple, les règles qu’il avait vu pratiquer en Orient et qu'il avait introduites dans son monastère de Marseille. C’est pour obéir à Castor que Gassien composa ses Institutions, en 417 #. Cet ouvrage est dédié à Castor, et divisé en douze livres. C’est dans les quatre premiers, où il parle successivement de l’habit

! Gennade, loc. cüt.; Wiggers, ouvr. cité, p. 43.

2 D’après Gennade, il serait mort sous le règne de Théodose et de Valentinien. Cette époque est la plus probable, s’il est vrai que Cassien écrivit son dernier ouvrage en 430 et qu’il ne répondit pas à l’ouvrage que Prosper publia contre lui en 432 (voy. Wiggers, ouvr. cité, p. 13-14).

3 Voy. les ouvrages indiqués p. 6, note 4, et J. Geffcken, Historia semipelagianismi antiquissima. Gott. 1826, in-40.

+ C’est du moins l’opinion de Wiggers (ouvr. cité, p. 49). Geffcken ne pense pas qu'il soit possible de déterminer l’année à laquell furent composées les Znstilutions (ouvr. cité, p. 5).

des moines, de leurs prières, des chants, des divers. offices et des conditions requises dans le novice, qu’il expose, mais en l’appropriant au climat plus froid de la Gaule, la discipline en vigueur dans les monastères de l'Égypte. Dans les huit derniers livres il enseigne la manière de combattre les vices, qu’il réduit à huit principaux: la gourmandise, l’impureté, l’avarice, la colère, la tristesse, l'ennui ou la paresse, la vanité et l’orgueil. Cet ouvrage, dont Du Pin fait le plus grand éloge, eut beaucoup de succès.

Les Conférences.

Dans les Institutions, Cassien avait décrit l’état extérieur des moines; il se propose, dans les Conférences , de faire connaître leur intérieur et de raconter, dans ce but, les entretiens qu'il a eus, sur ce sujet, avec les moines du désert, lorsqu'il était en Égypte avec son ami Germain. Il veut former, non plus des cénobites, mais des anachorètes?. Les Conférences ont été écrites de 418 à 430 ?, et sont divisées en trois séries, suivant

‘Après avoir rapporté le jugement de Photius, non moins favorable que le sien, Du Pin ajoute : «Et en effet; de toutes les règles des moines il n’y en a point, à mon avis, de plus utile, de plus spirituelle et qui tende plus à la perfection et à la véritable dévotion. Cassien ne s'arrête point à des pratiques et à des observances de peu de conséquence ; il va droit au solide et au but de la vie monastique, en expliquant les principales vertus qu’il faut pratiquer, en découvrant les principales tentations où l’on se trouve engagé, et en donnant les moyens de les éviter ou d’y résister. »

? Coll., præf.

3 Telle est l'opinion deWiggers (ouvr. cité, p. 25-26). Geffcken (ouvr. cité, p. 4 et suiv.)'croit que toutes les Conférences étaient écrites en 426. Pour les arguments allégués par l’un par l’autre, nous nous bornons à renvoyer aux deux ouvrages que nous venons d'indiquer.

l’époque de leur publication. C’est Castor, que les Institutions avaient pleinement satisfait, qui engagea Cassien à commencer cet ouvrage. Êe

Les dix premières sont dédiées à Léonce, évêque de Fréjus et frère de Castor, et-à un moine nommé Hellade!. Les principales sont: la troisième (du renoncement au monde); la quatrième (des tentations et des moyens d’y résister, des désirs de la chair et de l’esprit); la sixième (mort de quelques anachorètes tués par les Arabes); la septième et la huitième (de la légèreté de l'esprit et des tentations des démons); la neuvième et la dixième (de la prière).

Les sept suivantes furent écrites, vers 498, à la prière d'Honorat, abbé du couvent de Lérins, plus tard évêque d’Arles, et d'Eucher, qui devint évêque de Lyon?. Les principales sont: la onzième (de la perfection); la treizième (de la protection de Dieu*); la quatorzième (de la science spirituelle !); la quinzième (des dons de Dieu); la seizième (de l’amitié); la dix-

1 Castor était mort avant qu’elles fussent terminées. Voy. Coll. XT, præf.

? Coll. XVIII, præf.

* C’est dans cette Conférence qu’il expose en détails ses idées sur la grâce et le libre arbitre. Prosper d'Aquitaine, disciple zélé d’Augustin, publia un ouvrage en 432 (Contra Collatorem) sur le libre arbitre et la grâce , dans le but de réfuter les idées contenues dans la treizième Conférence, qu’il résumait en 12 propositions.

D’après Cassien , la science spirituelle comprend la pratique qui consiste dans le soin de réformer ses mœurs, de se purifier de ses vices, et la spéculation, qui consiste dans la contemplation des choses divines, dans la connaissance des secrets et des mystères sacrés. Sans la pratique on ne peut passer à la spéculation. Celle-ci comprend à son tour: 4° la connaissance de l’histoire et de la lettre de l'Ecriture; 2° l’intelligence du sens spirituel (tropologique , allégorique ou anagogique).

septième (du mensonge permis et ve se “5 on peut ne pas tenir). L

Enfin les sept dernières firent composées pour les moines des îles Stæchodes (îles d'Hyères) en 429. Les plus remarquables sont : la dix-huitième (des différentes sortes de moines en Égyptet); la vingtième et la vingt et unième (de la pénitence et du jeûne?); la vingtdeuxième (des illusions nocturnes); la dns -troisième (explication de Rom VIT, 19°).

- Les moines du désert ont-ils réellement prononcé tous les discours que Jean Cassien leur attribue? Nous voulons parler de ceux qui traitent du libre arbitre et de la grâce, et de la treizième conférence, en particulier. Les idées que Cassien y expose n’ayant commencé à préoccuper sérieusement les esprits, en Occident, que lorsque la lutte fut engagée entre Pélage et Augustin (411), il nous est impossible d'admettre qu’elles fussent déjà répandues parmi les mœurs d'Égypte, à l’époque où Cassien et Germain visitaient ce pays (ils n’y étaient plus en 405).

‘Il en compte trois classes : 40 les Cénobites, qui vivent en commun, et qu’il fait remonter au temps des apôtres ; 20 les 4nachorètes qui-vivent séparément et qui ont eu pour fondateur saïnt Paul et saint Antoine; 3° les Sarabaïles, moines vagabonds. Il ajoute que cette classe est détestable, et que les deux autres sont excellentes.

Dans ces deux Conférences ontrouve : 1° que la confession auriculaire n’est pas absolument indispensable pour obtenir le pardon des péchés ; 20 que le jeûne, tel qu’il se pratiquait alors, n’était pas d’institution apostolique.

$Elles ne conviennent d’après lui qu'aux parfaits et signifient qu'ils ne peuvent être unis à Dieu continuellement comme ils le souhaiteraient, Wiggers croit que les chapitres 10-14 de cette Conférence sont une interpolation (ouvr. cité, p. 30).

A LSFTeS RES

Le traité de l'Incarnation.

Notons moine d’Antioche et, député 228, évêque de Constantinople, développait, du haut de la chaire, sur la nature de Jésus-Christ et sur Marie, à laquelle il refusait le nom de Mère de Dieu, des idées qui suscitèrent, de la part des moines surtout, de vives réclamations. Ses sermons furent recueillis et envoyés à Rome à Célestin, pour qu'il en prit connaissance. Léon, alors archidiacre de l'Église romaine et plus tard évêque de Rome, invita Cassien à réfuter les opinions de Nestorius. Considéré par le clergé de Constantinople; disciple de Ghrysostome, dont Nestorius prétendait avoir soutenu les idées; versé dans la langue grecque, ce qui lui permettait de bien connaître l’état des esprits en Orient, Casssien était bien qualifié , en effet, pour se faire écouter des habitants de Constantinople. De plus, s’il se rendait à l'invitation de Léon, il montrerait que si les Occidentaux ne repoussaient pas toutes les idées de Pélage, cependant ils n’admettaient pas celles de Nestorius. Il céda, en effet, bien qu'il eût résolu de ne pas reprendre la plume!, et composa en 4302 un traité sur l’Incarnation de Jésus-Christ. Ce traité, dédié à Léon, est divisé en sept livres. Le premier traite des principales hérésies. Cassien prétend que celle de Pélage est la source de celle de Nestorius. Les livres IT, IT et IV

sont destinés à prouver que Jésus-Christ est.le vrai

! Coll.;.XVIV, 26. De Inc., præf,

2 C’est en 431 que le concile d’Ephèse condamna et déposa Nestorius.. Or Cassien ne parle pas de ce concile, ét il suppose toujours que Nestorius est encore évêque.

14 s« Dieu, qu'il est Dieu et homme, qu’il était Dieu de toute éternité et que Marie n’est pas seulement mère de Christ

(xovororoxoc), qu'elle est aussi mère de Dieu (Seovo-

xoç). Dans le cinquième il revient sur les idées de Pélage, qu'il attaque avec force!, sur celles de Nestorius qu’il fait dériver des premières, et montre que dans Jésus-Christ l'union des deux natures est réelle et non pas seulement morale. Dans les deux derniers livres, Cassien oppose à Nestorius le symbole de l’Église d’Antioche, où il est né, où il a été instruit et baptisé; le somme de descendre de son siége et de sortir de l'Église catholique ; répond à diverses objections de ses adversaires, auxquels il oppose le témoignage des Pères grecs et latins, déplore l'état de l'Église de Constantinople et exhorte les fidèles à se séparer de leur évêque.

‘Pour expliquer pourquoi Léon s’est adressé à Cassien, et pourquoi celui-ei attaque si violemment Pélage, quelques auteurs ont supposé que Cassien, depuis la publication de ses dernières Conférences, avait passé à l’augustinisme. Mais 1° ce que nous avons dit-plus haut sur la position particulière de Cassien rend inutile une telle supposition ; 20 elle a contre elle l’examen comparé des Conférences et du Traité sur l’incarnation, car la seule différence que l’on remarque entre ces deux ouvrages, c’est, dans ce dernier, l'intention plus manifesté, chez l’auteur, de séparer sa cause de celle de Pélage; 3° si Cassien attaque violemment Pélage, on ne remarque pas qu’il ait beaucoup de sympathie pour Augustin; après avoir fait l'éloge des Pères de l'Église, il se contente de dire, en parlant d'Augustin, que c'était un grand évêque; 4° puisque Prosper même ne considérait pas Cassien comme un hérétique, Léon pouvait bien s'adresser à lui; l’histoire, du reste, ne dit pas un mot de cette prétendue conversion.

? Quelques autres ouvrages ont été attribués, mais à tort, à Cassien. Tels sont : un fragment de 7raité sur le moyen d’éteindre Les passions ; une Confession théologique avec une explication de la messe; un Livre sur le combat des vices et des vertus, et les Actes de saint Victor. Voy. Wiggers (ouvr. cité, p. 30) et Les Bénédictins (ouvr. cité, p. 236). ;

“ 15 __ «Gassien n’a pas même écrit l’Incarnation en grec,» disent les Bénédictins, «à moins que l’on ne suppose que le Jatin que nous en avons est une traduction qu'il aurai faite lui-même. Pour ce qui est de ses Conférences, il dit lui-même {Coll., I).qu'il les a écrites en latin. Le style deses Institutions et les personnes à qui elles sont adressées ne laissent aucun doute qu’elles n’aient été écrites en latin. Comme Photius et quelques autres parlent de ces ouvrages et qu'ils ne disent pas qu'ils étaient en latin, il y a apparence qu’on les a traduits en grec... Le style de. Gassien est un peu diffus; on y trouve de la vivacité, de la netteté et une manière d'écrire agréable. M: Du Pin convient que Gassien a une grande facilité pour s’énoncer, mais que son style n’a rien de grand ni délevé; qu'il répond cependant, comme le dit Photius, aux choses qu’il traite, ce qui est un grand éloge. Nous avons déjà fait remarquer qu’au dire de Semler, l’Incarnation est écrile avec plus de pureté et de politesse que les autres ouvrages de Cassien, dans lesquels il se trouve des mots étrangers et nouvellement fabriqués, sans doute ou pour les rendre plus intelligibles à ceux pour qui.ils étaient écrits, ou pour exprimer certaines choses touchant les solitaires de l'Égypte et les autres, lesquelles n'avaient point encore de termes consacrés dans la langue latine... On peut dire en général que nous avons peu d'ouvrages de ce siècle, composés en latin, qui soient mieux écrits et où il y ait plus d’érudition que ceux de Cassien {.»

1 Les Bénédictins (ouvr. cité, p. 227 et 228).

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