‹ Jean Cavalier, ou, Les fanatiques des CévennesChapitre 27 sur 27 · MEMOIRE TRES FIDEL · texte numérisé non relu

MEMOIRE TRES FIDEL

et Journal d'aue partie de ce qui s'est passe

depuis l'onzième may 1703

jusqu'au 1er juin 1705,

à Nismes et aux environs de Nismes,

touchant les Phanatiques, ou autrement dit Camisanls.

écrit et envoyé lettre par lettre

par Mad. Demerez de l'Incarnation,

pour lors assistante du grand couvent

des Ursulines de Nismes,

a révérend père Marc de S. Claude,

pour lors prieur des Carmes anciens

de Clermont, en Auvergne.

Le quel Mémoire et Journal j'ai toujours communique

a Monseigneur de Chempigny Saron,

pourlors Evesque de Clermont,

o{ a Messeigneurs de Paule d'Ormesson et Leblanc,

Intendeuts d'Auvergne,

et a plusieurs autres Messieurs du pays,

et il s'est toujours trouvé très véritable

et très prudent.

Et c'est ce qui m'a obligé de transcrire

toutes les dites lettres mot pour mot,

sans rien changer ni diminuer

ainsi que la dite dame les a écrites et me les a envoyées.

Jai commencé ce 26 may 1706, a Nismes,

y estant retourné après les 3 années de mon Prieure

de Clermont,

en ayant le tout bien vérifié.

Xous avons donné , dans le courant de ce livre , quelques extraits de cette curieuse correspondance qui fait partie des Manuscrits de la Fsibliothèque du Roi, sous ce titre : — Manuscrits précieux. — Supplément français, 1335. — Histoire de la révolte des Phanatiques ou Camisards, en 1702, 1703, 1704, 1705.

En bas de la première page est cette note ■ — Xous n'avons rien , sur l'histoire de la révolte des Cevennes, d'aussi étendu et d'aussi bien détaillé que ce manuscrit ; on a ru à ce sujet tout ce qui est à la Bibliothèque du Roi.

Xous donnons seulement celles des letires qui peuvent servir de justification, ou d'eclairciEsement, ou de complément aux faits cités dans cet ouvrage.

Xous n'avons pas besoin de faire observer que cette correspondance est tout eniière écriie au point de vue catholique : les faits confirmés par ce témoignage acquerront une nouvelle autorité.

Xous croyons aussi inutile de prévenir le lecteur que , si l'ensemble du récit et les caractères de ce roman sont basés sur la réalité de l'histoire, une partie de la fable et da drame est taule d'imagination.

f<e Nîsmes, !e i juin I7Ù3, à CL-rraout, en Auvergne.

J'eus l'honneur de vous écrire le 25 mai : il n'y a pas de nouvelles depuis ce temps-!à ; mais je veu vous envoyer aujourd'huy la lettre pastorale dont je vous avois parlez ; c'est celle qu'on a fait rimprimer a

Montpellier comme je vous avois dit, ou il y a très peu de différence avec celle que la Delapîace avoit imprimez.

Monsieur le Maréchal et Monsieur de Baville sont toujours à Alais. On y l'ait beaucoup d'exécutions. On en a fait aussi quelques unes dans Nismcs ; depuis ma dernière lettre on a encore rompu deux de ces malheureux et pendu autant : l'un de ceux-là avoit tué le prebtre de St.- Laurent ; on amène tous les jours des prisonniers qu'on prend en divers endroits, et mon frère le prevost de la catedrale d'Alais et vicaire général de monseigneur d' Alais nous mandoit l'autre jour qu'il y en a un bon nombre dans le fort d'Alais, et que l'on faisoit battre la campagne pour chercher les troupes de ces malheureux , mais qu'ils étoient fort habiles à se cacher ; que toute fois leur nombre diminuoit assez , qu'on en avoit pris une vingtaine du costez de Cannes, et que leurs ayant demandez ce qu'ils alloient faire , un d'eux répondit bonnement qu'ils alloient en détachement pour chercher des prebtres ; voilà comme ces malheureux chasseurs font leur gibier des prebtres du Seigneur. L'on voit maintenant qu'ils cherchent à vivre , ayant peine à trouver des villages qui veuillent les recevoir. Ils furent l'autre jour à Blanzac attaquer des vignerons, en ayant trouvez quinze dont il y en avoit huit catholiques, ils les tuèrent et recommandèrent aux huguenots de se bien garder de payer la dixme et de le dire à leurs frères. Ils ne se sont pas contentez de le leur recommander, ils ont affichez des placards à Blanzac et à Domesargue et à quelques autres endroits où ils défendent de payer la dixme, sous peine de mort aux contrevenants.

L'affaire de Monsieur de Saïgas n'est pas jugée Les uns disent qu'on en a écrit en cours , d'autres qu'on a envoyez du costez du Bouergue chercher deux témoins capables de le convaincre.

Le nommé Pierre Note! dit Chevalier dont je vous avois parlez qu'on a pris dans le Cantal a estez amenez dans nostre fort. C'est un homme extraordinaire en toutes ses matières , d'une mine relevée et affreuse au mcsme temps ; bien qu'il ne soit que le fils d'un cordonnier de Sainct- Remy en Provence ; il paroit intrépide et l'on sera bien trompez si la question le fait parler, il asseure n'avoir jamais estez aux Camisars et qu'il prouvera très bien jusqu'à une heure de temps tous les endroits ou il a estez depuis dix mois que ces affaires ont commencez. Il ne nie pas qu'il ne soit coupable d'ailleurs, il avoue estre un déserteur, et déjà quelques officiers de dragons l'ont reconnu pour tel : d'autres disent l'avoir veu à la foire de Beaucaire faisant mille tours de passe-passe ;

Coalon l'exempt dit l'avoir veu soutenir avec effronterie pareilles avectores. Xous ne scavons encor ce qoi sera de lay, bien qne toat le monde convienne qne c'est an mauvais garniment.

L'on vient de mener quinze Camisars aa fort qu'on a pris du costes de Marguerite, on peut adjouter aux nouvelle des Camisards celles de la ville d'Orange ; les habitants estant au roy depuis peu, par la cession

-zi le prince de Conty luy avoient écrit pour demander au roi mille privilèges, dont ils osoient se flatter, comme d'avoir la liberté de conscience ou de se retirer, en vendant leurs biens immeubles ou bien en les affermant a de bons rentiers soub des bonnes conditions et bien d'autres demandes que nous ne scavons pas ; mais seulement que le courier qu'ils avoient envoyez estant reveunu, d'autres disent que c'est le courier ordinaire, leurs demande la capitation et toutes les charges et droits municipaux qui sont dans toutes nos autres villes , ils sont consternez de ces demandes et de tout le refus qu'on leur a fait.

Depuis ma lettre écritte on m'a dit qu'un soldat venoit de raconter à son capitaine , que par quelque aventure il avoit estez pris par les camisars qui ne l'avoient pas maltraitez, et c'estoit dans la troupe de Roland qu'il estoit tombez. Ce chef fameux le garda plusieurs jours, et faisant ensuite un acte de générosité et de clémence il loi donna congez, et tout cela ne fGSt que pour faire scavoir combien il est en honneur parmi ces reb 1s. Le soldat dit donc que c'est un homme d'une mine très distinguée , vestu magnifiquement de velours cramoisi , chamarez des nates d'or ; on ne le sert et on ne lui parle qu'à genous : il demanda au soldat si l'on faisoit beaucoup d'exécution de ses gens lorsqu'on pouvoit les atraper : le soldat luy dit qu'on en avoit rompu et pendu plusieurs, et Roland ne luy reparti autre chose , sinon tant pis pour eux. 11 y a mil autres nouvelles que nous traitions d'impertinentes. Je les ■ - î - silence jusqu'à la confirmation. Monsieur le

mareschal doit venir faire icy un tour et ensuite il passera au Sainct- Esprit.

M la contesse de Lussan estant venue a Bagnols pour se trou- . :couchornent de la duchesse d'Albermale sa fille , elle a si bien fait qu'elle a fait rentrer les paysans de Lussan en leur devoir, en chassant les Camisars de leur terre, et en a fait revenir un bon nombre qui battoienl la campagne avec les rebels, et leurs a fait aller rendre les armes à Monsieur le mareschal, leur promettant qu'il ne leur serait rien fait.

C'est Florimond dont vous avez oui parler eu ce pays qui va toujours à la chasse des Camisars ; en fermant ma lettre il en amené trois au fort. Monsieur le mareschal luy donne de quoi lever une compagnie , et on s'enrolle soub l'enseigne de Monsieur Florimond. Je crois que vous n'ignorez pas qui il est et sa bravoure.

Voicy encore quatre hommes qui viennent d'estre tuez au chemin de Clareusac, deux anciens catholiques et deux nouveaux convertis qui faisants bien leur devoir estoient proscrits. Quel temps est celui-ci on aura peine à couper les bleds ; on a mis le feu à quelques uns qui estoient déjà meurs du costez de Sainct-Gille. Chacun craint pour les siens de mesme que pour les vignes. Je suis , etc.

Sœur Demerez de l'Incarnation.

De Nismes, le 19 juin 1803, à Cleimont.

Il faut donc, mon révérend père, que je sois votre gazelière. Je voeu l'ai promis, et quand mesme je n'aurois pas toute l'envie que j'ai de vous obliger, nous sommes si curieuses de nous informer de ce qui te passe que nous sommes incessamment occupées des Camisars. Ne croyez pas toutes les nouvelles qui s'en répandent; puisque dans Niemes mesmes, la sepmaiue dernière on disoit que nos dragons en avoient tuez cinq cent et cela est faux. Monsieur le mareschal fust luy mesme du costez d'Usez avec nos troupes. On traça le bois de Leus et bien d'autres, on reunisl par vaque ou ces coquins avoient nichez quelque temps, mais ou ne trouva rien, et la recherche fust inutile. Leurs chefs n'ont que de petites troupes en nos quartiers et avec un coup de sifflet ils ramassent les paysans. Ils ont brûlez depuis deux jours trois églises dans la Vannage ; il y avoit un perruquier qui soub prétexte d'aller acheter des cheveux dans les villages enrolloit des gens, il en avoit déjà vingt cinq ; on l'a pris avec toute sa troupe et on l'a conduit icy.

JSO PIECES JUSTIFICATIVES.

Depuis qne j'ai eu l'honneur de vous écrire qui fust le 4 du moi-. ■ vous envoyant la lettre pastorale de Mgr. nostre evêque . il s'est h:' quelque éxecution : on en brûla un tout vif après avoir eu le poigne; coupez. Il avoit brûlez et massacrez un preblre ; celui là renonça a cette maudite religion : il est étrange de voir embrasser nostre religion a ceux là mesme qui brûlent les églises et les prebtres.

On dit qu'ils sont si insolents du cosiez de la Vannage qu'ils s'assemblent publiquement et forcent des anciens catholiques d'assister à leurs assemblées, les menaçants de les tuer : on n'ose débiter cecy hautement. Une troupe de ces malheureux trouvèrent sur les chemins un pauvre catholique, ils luy demandent de quelle religion il estoit, ce que cet homme avoit peine à dire, ne voulant pourtant pas nier sa religion : ils luy dirent : Ne craint pas, nous ne voulons autre chose de toy si cfn est que tu portes une lettre au marescbal, il s'en chargea fort aisément et leur tint parole. Cette lettre portoit en termes audacieux : Prend garde à ce que tu fera de Monsieur de Saïgas nostre fiere: si: périt, nous brûlerons la récolte , mais encore tout ce que nous trouverons.

Monsieur de Saïgas a estez transférez du fort de St.-Hypolite dan> celui d'Alais. On a très bien fortifie sa prison et redoublez ses garde:? : personne ne le voit et ne lui donne à maDger que Monsieur le gouverneur luy mesme ; il est furieusement charge. Ou ne dou:e plus q:;il ne soit l'authenr de l'assassinat de Monsieur i'abbe du Cfaeiia. et de la maison de la Deveze. On dit encore, mais cela demande confirma:ion. qu'il y a des témoins pour le convaiucre qu'il a fait fondre cinquante calices. Il gardoit Roland dans son château lorsqu'on le crut mort, ayant estez fort blessez, il le faisoit traitter, et tandis qu'il estoit bien soignez chez lui, il s'en alloit luy mesme aa\ Camisars dans des bois impraticables soub prétexte de chasser, et là il donnoit ses ordres en l'abat*™ de Roland, après cela il venoit faire sa cour a Monsieur le mareschal que nous attendons tons les jours. Je vous écrirai en peu ce qui se passera au séjour qu'il fera dans Nismes et ce qu'on fera de Monsieur de Saïgas ; on dit qu'il représenta ne pouvoir estre jugez que par un parlement, eu égard à sa noblesse ; ou en ecrivist en cour, nous n'en scavons encore rien de certain.

Monsienr de Julien est toujours à Sainct-Jean de Gnerdoningue : d'autres assurent qu'il est avec Monsieur le conte de Peyre au Ponnidou pour s'opposer a une troupe de Camisars d'environ dea* mil : s ils

gaignoienl les montaignes, on ne scauroit les avoir qu'aux neiges prochaines.

Pierre A'otct , nommez Chevalier et Sainet-Mars ; car ils prennent divers noms, d'autres se font nommer Catinat ; Chevalier donc est tous les jours pins scélérat ; dans les interrogatoires qu'on luy fait dans sa prison il montre toujour une audace extrême ; quand on lui confronte (Ifs tômoins il commence par leur dire : Je sortirai d'icy justifié , et je puniray la calomnie ; mais les témoins ne s'intimident pas et le bailliî de madame de Sauzoye luy soutint l'avoir veu a Sérias et que c'estoit lui mesme qui lui avoil présenté le faux ordre de Monsieur de liroglio : i! est si ferme à nier qu'il faut toutes les preuves qu'on a pour n'en pas douter, il avoue qu'il est coupable dalieurs, mais qu'il n'a jamais este/ aux Camisars.

On a entamez le diocèse de Montpellier a deux ou trois lieues de Sainct-Hypolite qu'on nomme le Pioche-du-Loup ; une grosse troupe de Camisars a enlevez trente catholiques et les a menez bien avant dans un bois et on n'en a plus entendu parler. Voila ce qu'on me vient de dire dans un moment. On a brûlez encor trois églises proche de Fortune/ et de Lavignargue.

On envoya hier trente deux paysans pris dans leurs villages aux galères pour avoir donnez du secour aux Camisars.

Il faut vous faire pari d'une lettre que nous reçûmes dimanche 17e du mois, elle est ecritfe du Sainct-Esprit par une dame de qualitez a une de ses amies. Je vous la copie fidellement.

Du l'ont du Sainct-Esprit, !e l(i juin 170J.

Monsieur le mareschal arriva hier icy sur les deux heures, après midi, venant d'Uzez ; il n'avoit ni bu ni mangé de tout le jour, il dit a Monsieur le baron de Guine , lieutenant du roy en la citadelle de cette ville • Je voudrois reposer jusqu'à quatre heures , et je vous demende a

manger, ce qui fera mon dinez et soupez, et environ trois heures et demie il se leva ayant entendu un Courier qui lui rendit un paquet de la part du roy et de Monsieur de Chamillars : ce Courier estoit parti de Versailles le jeudy au matin portant trois paquets, un pour Monsieur de Guine, un pour Monsieur le maréchal et un pour Monsieur de Baville On leur donnoit advis que le lendemain , qui est aujoord'huy, les pbanatiques dévoient lui prendre la ville du Sainct-Esprit et bien des circonstances sur cela. Monsieur le mareschal s'écria : Béni soit Dieu, mon bon ange ma menez pour y \oir une fortification et j'ai prévenu les ordres du roy ; il adjouta : J'avois eu avis qu'il estoit arrivez une tartane a un lieu presque inaccessible vers Cette , qui avoit mis à terre des étrangers que nous avons jugez estre des chefs pour les phanafiques ; il donna aussitôt ordre de faire venir des troupes ; le Courier ne voulut pas reposer, il fust en diligence porter le paquet de Monsieur de Baville qui estoit à Alais.

L'on tua l'autre jour trois phanatiques de sept qui osèrent attaquer des dragons. Monsieur le mareschal qui vient d'arriver icy ne fust pas content qu'on eust laissez echaper les quatre autres : on nous bles.«3 dangereusement un officier.

Adieu, je suis votre très, etc.

De Xismes, ce premier juillet iTOô, à Clernio.U en Auvergne.

Je voos promis par ma dernière lettre dji 19 juin de vous écrire plutost que je n'ay fait. Monsieur le mareschal ariva ce même jour à Xisme ou il n'a restez que trois jours, et ce qui m'a tenu en échec, c'est qu'il a amenez à Alais sept conseillers de nostre Présidial , Monsieur le Président et Monsieur le Procureur du roy poit finir l'affaire de Monsieur de Saïgas et dont je voulais vous parler. Ces Messieurs ne

sont pas de retour, on les allend ce soir, et avant qne fermer ma lettre nous en aurons des nouvelles ; cependant ils font faire toujours à Alais quelques exécutions des Camisars qu'on alrape en divers endroits.

Chevalier, cet homme si renommez, fust rompu tout vif; il estoit comme je vous avois dit catholique de naissance, il en a donné bien des marques a sa mort ; ceux qui l'ont exhortez el confessez témoignent estre contents des sentiments qu'il leur a fait counoistre. Jamais homme n'a témoignez plus de courage et plus de fermetez à la mort, et aux interrogatoires il n'a jamais rien avouez, disant seulement qu'il estoit un déserteur et coupable en bien des choses , mais non point d'avoir estez avec les Camisars : cependant il y eust des témoins qui luy soutinrent l'y avoir veu ; il nia toujours et mesme a la question ordinaire et extraordinaire ; il prouvoit et on vérifia estre vray qu'il avoit servi dans la compagnie de Monsieur Poule, et que le jour de sa mort, Monsieur de Broglio voulant avoir demie douzaine des plus braves soldats de Poule pour estre dans sa compagnie , ce'ui cy fust choisi sur sa bonne et haute mine ; il ne s'engagea à prendre la halebarde qu'à condition qu'il auroit la haute paye , ce qui luy ayant manquez dans peu de jours, il déserta ; ainsi il ne scauroit avoir estez longtemps avec les phanatiques.

Quelques heures après que Chevalier eust expirez sur la roue , on en rompi un autre sur le mesme echafaud, et les deux corps furent exposez deux fois vingt quatre heures. Celuy ci estoit un camisard soub l'habit et l'équipage d'un moissonneur ; il estoit dans la place le dimanche ou l'on va louer les gens pour couper les bleds. Il y eust un garçon qui venoit se louer, c'estoit le fils d'un homme qui avoit estez renvoyez il y a quelque temps porter les ordres de M. de Broglio du costez d'Alais ; les Camisars l'ayant trouvez , le tuèrent et attachèrent une lettre devant son estomach avec quatre clous; ils disoient dans cet écrit qu'ils feroient le mesme traittement à tous ceux que Broglio enverroit. Le fils de ce pauvre homme estant avec luy fust liez pour recevoir le mesme traittement, mais il fut assez heureux pour se débarrasser tandis que ces coquins estoient sur son père, il prit une route peu pratiquée pour fuir. Ce garçon donc estant à la place reconnu le meurtrier de son père en habit de moissonneur, il le dénonça. L'autre avoua tout et dit que Ca„ valier qui est un autre chef des phanatiques très renommez estoit déguisez comme luy dans la place, non point pour se louer, mais pour

faire une recrue , et que voyant qu'il estoit menez aux prisons, il s'en estoit foi. Son affaire fusf bientost terminée et c'est luy-méme qni fit compagnie à Chevalier sur la rone. Bien qu'il fast huguenot de naissance, il est mort catholique ; il ne se fist point presser pour dire tout ce qu'il pouvoit savoir. Il pria qu'on luy fist faire un grand tour dans la ville en le menant a l'exécution et qu'il reconnoistroit bien des Camisars. Il en montra quelques uns dont on se saisit et plusieurs maisons bourgeoises tenues pour suspectes. On n'a point encore recherchez ces maisons là, ce sera apparemment au retour de monsieur le marescha) qui est maintenant allez du costez de Cette pour voir si le port est bien gardez. Avant son départ de Xismes il avoit envoyez un courrier a Caîvinon porter des ordres aux officiers de ce lieu , en passant par Sainct Cesaire il fust arrestez par quelques Camisars qui le fouillèrent, et voyant qu'il portoit des ordres contre eux, ils voulurent le tuer, et commencèrent par luy lier les mains derrière le dos ; comme ils alloient luy porter le coup, il survinst d'autres gens sur le chemin qui se mirent aux prises avec leurs camarades, ceux-ci voulants aller à leurs secours laissèrent ce cocrier pensants qu'il ne leur echapperoit pas ; mais il descendit le long d'une coline ou l'on l'avoit monstez et s'enfui par un chemin impraticable ; dez que monsieur le mareschal seust cette nouvelle, il fast transportez de colère et manda sur le champ des dragons pour enlever tout le village , ou l'on ne trouva qu'une douzaine d'hommes que l'on mena au fort et toutes les femmes et petits enfants ; toutes les maisons pillées au profit des soldats qui vendirent trois jours durants meubles, linges, habits, ustenciles, les bestiaux, asnes, mulets et chèvres furent au profit des officiers; cesfoit le régiment de Firmacon qui fist ce butin. Le lendemain de ce butin il y eust quatre valets de l'Hôtel Dieu qui menèrent chacun un asue dudist hôpital pour aller faire du bois dans la Guarigue du costez de Sainct Cesaire, ignorants l'affaire du jour précédent ; on ne les a plus veu, le chien seul est revenu ; les valets et les asnes y sont restes sans scavoir comment.

On tua la sepmaine passée le prebtre de Vie

L'affaire de Monsieur de Saïgas est jugée ; il a eu la queslion ordinaire et extraordinaire et avec tout cela il n'a jamais rien avouez ; si bien que faute de preuves entières il n'a estez condamnez quaux galères perpétuelles, son château razez et ses biens confisquez. Tout le monde

est surpris qu'on n'aye pu trouver que des demies preuves dans son affaire, y ayant tant de malheureux qai l'avoient chargez, il est a croire qne les puissances et les juges sont plus éclairez qne le reste des gens qui s'attendoient à Iny voir subir dernières peines, on doit le faire passer par Nismes pour le mener à Marseille ; apparemment il y aura une bonne escorte qui servira aussi pour les Messieurs du Senechal ; s'il en faut croire un bruit sourd on veat qu'il y aye une grosse troupe de Camisars aux environs d'Alais pour tacher d'enlever le prisonnier. Il court bien d'autre petite nouvelle ; mais à moins quelles ne soient bien assurées je ne vous les dis point.

Quelques femmes ont veu, je vous dis des femmes, ce qui vous paroistra douteux ; avoir aperçu du costez des vignes du Cap de Veau quantitez de Camisars cachez ; ce qui nous persuaderoit cest qu'il y a une fille qui portoit en mains quelques balles que ces gens lui avoient données pour les porter à son frère , disant bien des particularité z que ces coquins luy avoient dit , ils sont comme vous voyez à nos portes.

Me voila à la fin de ma relation tant bien que mal , je irous débite au vrai ce qui se passe, et je continueray puisque cela vous fait quelque plaisir, n'en ayant pas de plus grand que de vous faire connoistre que je suis votre très humble servante.

Sœur Bernerez de l'Incarnation.

De Nismes, ce 10 juillet 1703, à Clermont.

Ayant eu l'honneur de vous écrire le premier jour de ce mois et recevant vostre lettre le cinq, en date du 27 juin, il m'est aisez de juger, mon révérend père, que le bon esprit vous a suggérez de donner de vos nouvelles , comme je vous en priois dans ma dernière. Quelques abondant que soient les faits des phanatiques, on n'aime pas a parler Ion-

temps seul et Ion vent scavoir quelquefois si les puissances a qui Ion sadresse sont en bonne santez. Vous avez donc prévenu mes souhaits, cest ce qui m'a fait beaucoup de plaisir ; mais de bonne foy je n'en n'ay pas d'aprendre que vous faite part de mes lettres a vos amis et autres personnes de mérite. Jescris seulement pour vous et tout ce galimalhias comme estaut persuadée que vous recevrez bien ce que je vous dis de quelque manière que je le débite ; je ne me pique d'anlre chose que de demesler un peu le vray du faux ; car il faut estre si fort en garde la dessns que si je vous mandois tout ce qui nous revienst de divers endroits vous seiiez accablez d'un bon nombre de nouvelles de carrefours, je nay jamais aimez de m'en remplir l'esprist et n'ay scu jusqu'icy ce que c'estoit que gazettes et relations des afiaires du temps. Cependant nous voicy devenues furieusement curieuses de ce qui se passe, nostre propre interest et nos fréquentes alarmes nous rendent exactes à nous informer de tout, el je me donne pour cela un soin particulier ; mais je serois bien aise que vous ayant débitez ce que j'en scay a ma manière, vous voulussiez bien vous contenter de la redire à la vostre ; je n'escris pa bien et ma vivacitez naturelle ne me permet pas de faire un discour suivi, tout me vient en foule et fort confusément.

Il faut donc commencer par vous dire que nos Messieurs du Seneschal qui estoient à Alais ariverent icy le second de ce mois ; après avoir jugez Monsieur de Salguas, on ne jugea pas a propos de le mener à Xismes, on prit la route de Sommiere et de Montpellier, et de la a Cette ou il y a des galères, il fust escortez de deux cents soldats et il y avait soixante et dix officiers irlandais, Monsieur le chevalier de Roannés capitaine de la galère le reçût et le fist mettre tout comme les autres forçats ; on remarqua a Alais et sur la route que cet homme là n'a fait paroistre aucun sentiment noble et d'un homme de naissance. On a reservez le tiers de ses biens qui sont considérables pour ses enfant».

De Nismes, ce 17 août 1703, à Clermont.

Jeus lhouneur de vous écrire , mon R. P., le trois de ce mois, il y a aujourd'hui quinze jours , et mestant fait une loy de naller pas au delà sans vous dire ce qui se passe , je vous laisseray juger vous mesme s'il vaut la peine de vous le mander.

On travaille à faire dresser un echaffau à la place du marchez ou l'on pourra rompre plusieurs hommes tout à la fois, et des potences tout autour pour en pendre aussi plasieurs ; parcqu'on estoit fort tard aux exécutions. Il y a peu de jours qu'on rompit quatre hommes tout vifs, et l'on pendit trois femmes, le tout en une soirée ; c'estoit de celles que les phanatiques apellent prophetesse ; il faut être aussi aveugles quils le sont pour leur donner quelque créance ; car c'estoient des malheureuses, connues d'un chacun pour les plus grandes coureuses du pays.

A l'heure quil est ils passeut des prisonniers qu'on mené au fort, j'ai la curiositez de les regarder, mais ce ne sont que de misérables gueux , n'ayant rien qui inspire de la terreur que lhabitude quils ont a faire le niai. Il faut être aussi convaincu que l'on est et presque toujour par leurs propres confessions pour croire tout ce quils sont capables de faire.

On a tuez depuis huit jours un prebtre qui estoit allez a Sanillac au bord du Guerdon, c'estoit un nommez Granier de Beaucaire ; il avoit estez autrefois dire la messe à Guarique, et maintenant il faisoit comme les autres se tenant dans les villes, je ne scay quelle affaire le mena a Sanillac , en plein midy il fust attaquez par huit coquins au milieu du village ; les paysans eurent peur de cette petite bande, ils s'enfermèrent dans leurs maisons, et laissèrent ce prebtre à la discrétion de ces malheureux ; ils commencèrent à lui arracher toutes les dents, et puis la langue , ensuite ils le massacrèrent , après luy avoir fait soufrir mil

maux et indignitez. Avant qae de se retirer ils brûlèrent quelques maisons de catholiques, leglise de Servies a estez brûlée ; c'est une terre que monsieur Coste l'archidiacre a achetez depuis peu. On dit qu'on a encore brûlez trois ou quatre églises aux dioceze de Montpellier et que monsieur de Baville qui sy est trouvez a fait enlever quelques villages des environs et a fait mettre tons les paysans en la citadelle de Montpellier pour scavoir sils n'ont pas de part à ces incendies. Il faut compter que tout est camisard à la campagne outre une bonne partie des villes.

Ces coquins ont amassez du bled à leurs aises, ils en ont cachez dans leurs tanières et s'estant ainsi repus ils font plus de mal que jamais, ils ont achevez de brusler l'abbaye de Cendras aux portes d'Alats. y ayant massacrez bon nombre de catholiques, et comme s'ils n'en perissoient pas assez des mains de ces malheureux, il faut encore que par un surcroît d'affliction nous voyons souvent faire des beveùs. Une jeune dame d'Alais, revenant des bains de Bagnols, s'estoit fait donner une escorte de miquelets, le commandant eu teste ; cette dame n'alloit que de nnit pour éviter le soleil : un gros détachement de dragons qui les voit venir leur crie qui va la : ces gens ne repondent point, et s'obstinent a passer sans mot-dire : les dragons tirent, les autres leurs repondent , et sans se reeonnoisîre on tue cinq dragons et autant de miquelets ou environ avec le commandant.

Dans une occasion ou monsieur le mareschal avoit commandez on capitaine refformez de cavalerie avec un gros détachement de dragons pour aller surprendre quelques Camisars, monsieur de Sainct-Sernin >Hoit au mesme dessein ; au lieu de s'unir tous deux, ils se disputent a qui appartiendra le commandement. Le capitaine disoit avoir l'ordre : :»onsieur de Sainct-Sernin qui est colonel d'an régiment ne voulut pa< céder, ils ne s'amusèrent pas a mesurer leur épée ; mais ils prennent ie pistolet ; ils se mirèrent quelques temps : monsieur de Sainct-Sernin ne ■.ouloit que faire revenir cet officier à la j , il caracolla quelques temps et tira un coup qui ne porta pas ; l'autre en déchargea un qui tua le cheval de monsieur de Sainct-Sernin soub luy : les soldats spectateurs se mirent entre eux et les séparèrent sans qu'il y eut autre mal ; on parle de cela diversement chacun selon son interest ou rengagement qu'on a, je ne scay pas s'ils ont estez tous les deuï aux an\ : monsieur de Sainct-Sernin y estoit ici a Vehan.

Monsieur de Parât , brigadier , estant commandez avec environ

00 lioiinr.es pour aller reconnoistre des camisars qu'on disoit eslie bien prels, il les aperçût, mais eu si grand nombre qu'il fust trop heureux de scavoir battre en retraite dont il a estez louez ; si ces coquins sont inférieurs ils mettent d'abord ventre à terre et se cachent si bien qu'on les perd de veiie, mais se voyant les plus forts, ils se présentent hardiment ; ce qui fait bien voir que nous n'avons pas la moitiez des troupes qu'il nous faut et que ces canailles donneront bien de la peine ; chacun est comme bloquez dans sa ville , on n'en peut sortir qu'avec un gros détachement.

Monsieur de Nobiîez, chanoine de la catedrale de Nismes, venoit en diligence de Toulouse, ayant gaignez sou procez contre monsieur Martin, aussi chanoine, et il se hattoit pour se trouver icy le jour de l'Assomption ou il y a ce jour la une grosse rétribution du chapitre, accordée seulement aux présents. Il se trouve a Montpellier depuis dix jours attendant une escorte qu'on n'a pas quand on veut, il profitera de celle de monsieur de îiaville qui doit aller joindre monsieur le mareschal à Alais.

Nous sommes dans la disette de bois et de charbon personne n'osant en aporter ; chacun nous dit apercevoir de grosses troupes des camisan> qui croisent incessamment tous les chemins.

Ou demanda à un jeune homme qu'on a exécutez en dernier lieu si les camisars estoient en grand nombre, il répondit fort ingenuement : Vous ne vous tromperez pas, quand vous jugerez que douze ans au des- ,s;is tous sont camisars, voila ce qne répondit ce petit maraud qui avoua de mesme avoir tuez luy seul plus de quinze catholiques.

Une personne de bon sens me dit scavoir de certitude que les phanatiques avoient déjà de grandes relations dans le Vivarez et le Dauphinez, qu'ils tachent de faire des soulèvements dans ce pays et que nous somme bien en danger de le voir.

Mon jeune neveu vint, il y a peu de jours, de Montpellier, il s'estoi! mis avec des dragons, et entre Vehan et Milhau ils aperçurent, sur une eminence, une sentinelle qui se voyant observée, disparut à leurs yeux, ils en virent encor une autre ou peut estre la mesme qui examina leurs forces, et qui apparemment les jugeant supérieures aux leurs les laissa passer.

Je finis donc en vous promettant une lettre la sepmaine prochaine ou je puiserai les matières, puisque vot:s voulez nous obliger de l'atteu-

1 .'a7 ?Qr « qui k pane, je noi promets de continuer et de vous faire reconnoistre de cette manière que je su:?, etc.

A lheure qa:! esi m pge Ici criminels que non? voyons descendre du fort. T : - r ce1; n'es Eûl repentir .:cdd.

De r—ri, le 18 KpteadiK 1703.

Vous de;ez avoir leeea, mon R. P., ma lettre da 9 de ce araû M ( repondoii a la votre qvc je venoii r; tout comme le pea de

temps que j'avois pu me le permettre. Depuis ce jour la, il :. iucun sans aprendre des choses bien tristes. Les camisars nous ont tuez environ quarante catholique r seuls diocezes de Nismes et Uses; ces affaires deviennent fous les jours îbs es et nous serions bien trompés si on n'a des peines infinies a détruire ces cens la.

-pes du roi sont toujours for: - malheu-

reux exercent leurs cruautez, ce qui prouve bien que le pays eux, et que tel qui tient bonne mine, faisant journellement sa cour ni puissances, tâche a découvrir - coquins,

qui ne peuvent

On envoyé toujoar a l'ordinaire des détacher. ;x ou ii

îe , et l'on n'y trouve que d'affi bris. On ; mr la métairie de Monsieur le prevosl

: iu costez de la Boissiere, et encor celle de H

\ irnea qui estoit sur le chemin de la Cafa

renl beaucoup de linges et des grains qu'on y avoit et mirent le feu à tnnf

.tremeat détre.

renl le fermier et quelques valets : ils ont encor ; Pontelieres, terre dé Monsieur le baron d'Alais de Montalet, tout près

de Sainct-Ambroix quantitez de catholiques, n'epargoant que les nouveaux.

Je ne seay si je vous ay déjà dit qu'on avoit arestez quelques hommes au pont du Saiuct-Esprit , la chose est ainsi , Monsieur de Guine, lieuteuaut de roi dans cette citadelle , examinant soigneusement tous ceux qui desceudoient du Roue , et luy ayant estez envoyez des portraits de quelques personnes qui devoieut revenir des pays étrangers, reconnut très bien ce quil cherchoit depuis quelque temps, il en aresta cinq qui estoient de compagnies et les envoya à Alais à Monsieur le mareschal. Il s'y est trouvez un prebtre, du moins il se dit tel; on tache d'eclaircir qui il est, ceux qui l'ont veu le disent un homme d'environ trente ans très bien fait de se personne. En attendant le dénouement de son affaire , chacun raisonne , les uns disent qu'il a estez autre fois vicaire à Anduze, cela est malaisez à croire. D'autres imaginent que c'est quelque vagabond ou défroquez qui a eu le malheur de se trouver en mauvaise compagnie, et quil pouroit n'estre pas meslez dans ces affaires de politique, il s'en trouva un autre qui se dit du costez de A/igan d'une famille assez distinguée , du moins bien catholique sil trouve tel quil se dit, on ne scaist par quelle avanture il s'est trouvez avec ces gens là. Il y a encore dans cette capture un fils de Monsieur Estor, marchand drapiez de Nismes qui avoue revenir des pays étrangers, on ne scaist sil se trouvera chargés, ses parents sont très mortifiés. Depuis qu'il est absent on a bien soubçonuez quil ne fust chez les Camisars, l'on croyoit mesme quil avoit estez tuez dans l'affaire de Poulx. Mais un quatrième a estez déjà payez de sa perfidie. Des quil fust pris, il avoua qu'il servoit les Hollandais bien quil fust de ce pays de Roucaisa mesme , du dioceze d'Uzez , il dit questant en Hollande on luy avoit donnez une compagnie de cavalerie ; qu'ayant servi quelques années, on lui dit qu'il serviroit plus utilement dans son propre pays s'il vouloit venir exciter la rébeillion , que pour cela on luy faisoit une pension assez raisonnable et quelque peu d'argent qu'il avoit en bourse pour subvenir aux frais. On lui demanda si on ne l'avoit pas adressez à des particuliers, il répondit qu'on l'avoit adressez à quatre personnes, qui estoient Roland et Cavalier, fous deux chefs des Camisars, et le jeune de Sainct-Chat qui est revenu a luy et qui est maintenant à Alais soub les yeux de Monsieur le mareschal, faisant avec une compagnie qu'on luy a donnez des courses sur les Camisars, et le dernier c'esloit le jeune marquis de Rochegude, on fust surpris d'entendre nommer celui

la , car c'estoit le seul de sa maison restez en ce pays, son père ayau! estez détenu dans des citadelles s'estoit enfin retirez , sa mère , se> frères, ses sœurs avoient tous passez chez les étrangers ; on croit qu'il estoit facile à celuy ci de feire de mesuie, c'est ce qui fait juger de son innocence, cependant il fust arestez et menez à Alais, mais peut estre a cause d'une grosse parentez qu'il a dans cette ville tous les Messieurs de la Fare estant ses germains, on l'a conduit a Sainct-Hipolite jusqu'à ce qu'on aye eclairci son affaire. Pour le capitaine d'Holande il y avoit plus que suffisamment de preuves pour le rompre tout vif, ce qui fust exécutez ; mon frère le pievost qui l'assista au suplice, nous dit qu'il avait eu la consolation de le voii fiuir chrétiennement, pour les autres il sont bien gardez. Xous scaurons bientost ce qu'on en doit faire. Mousieur de Sainct-Victor de Candiac père et fils sont encore dans la citadelle de Montpellier, l'on croit quils y seront long-temps, bien qu'on ne puisse les charger d'autre chose que de recevoir a Candiac les Camisars qui venoient prendre là des rafraîchissements. Monsieur de Mairel, que Monsieur le mareschal avoit emoyez a Paris, est revenu, il passa hier icy sans débrider pour aller a Alais, il a estez bien escortez, car on ne doute pas qu'il ny aye des ordres bien précis ; je vous en diray des nouvelles dans peu.

Tous nos tapissiers de la ville sont occupez a faire des tentes, ne» officiers se disposent d'aller camper ; nous ne scavons point encore de quelle manière on sy prendra. On dit qu'on fera des camps volants ; i! y a bien de l'aparence que les Camisars n'aprocheront pas de ces camps, mais qu'ils se répandront dans d'autres quartiers.

Tous nos chemins sont comme bloquez ; on n'y peut passer qu'avec de grosses escortes, a la reserve de celui d'Avignon et de Beaucairc. Cela nous fait bien jager que lorsqu'on n'a qu'a passer des villages catholiques, on est en seuretez on va et vient tous les jours seuls, de ces endroits et même souvent de Bagnols.

Je ne scay si je vous avois déjà parlez de ce beau temple d'Orange , on n'y a pas touchez, il est dans son entier ; on le donne aux Jésuite.^ et on y établira un beau collège y ayant de beaux logements qu'on appelle maisons cousistoriales qui sont attenantes au temple.

Depuis deux ou trois jours Monsieur le mareschal a reçu une lettre . de la part de Cavalier, la plus impertinente qu'on puisse imaginer ; après l'avoir traitez de monsieur, de monseigneur, il lui donne enco: de. lAltesse et mesme de Majestez ; et tout cela en dérision ou en au-

dace ; il lui dit que s'il ne luy renvoyé son père et son frère qu'on a t'ait arester, il viendra fondre sur luy avec dix mil hommes, et le bruslera dans Alais.

Il faut scavoir que ce Cavalier est le fils d'un paysan de Rebause, qui, depuis qu'on la scù en télé de cette canaille, on avoit observez son père el le reste de sa famille qui prolestoieut n'avoir aucune part à la révolte de leur fils. Cependant la mère vinst a mourir, et l'on scùst que le fils vinst en la maison et l'exhorta lui mesme durant sa maladie , la faisant mourir phanatique ; ou y envoya des dragons qui se saisirent du père et d'un frère cadet de Cavalier, peu s'en fallu qu'on ne l'attrapa luy mesme ; ce fust aparemment sur les bons advis quils se donnent qui] ecliapa de nos mains, et scacbant son père et son frère arestez, il a cru devoir écrire la lettre insolente dont je vous parle.

On dit que pour responce Monsieur le mareschal a fait piller et razer sa maison, et qu'on fait incessamment des procédures coutre le père et le frère ; si on les trouve coupables d'avoir adhérez a la rébellion de son fils, ce sera bientost fait de luy.

Ou vient de me dire tout a l'heure qu'au bruslement de Pontelnre on a massacrez vingt maisons catholiques sans épargner femmes , vieillards et petits enfans, enfin tout ce que ces malheureux ont trouvez de catholiques.

Je ne dois pas encor oublier que le capitaine dHolande dit a Monsieur de Baville, a Alais, après qail fust condamnez a estie rompu, que eenx qui l'avoient envoyez lui a voient recommandez de ne pas tuer et ltnisler comme faisoient les autres dans ce pays, mais de s'en tenir seulement a demander des temples et le rétablissement de leur religion. Voila tout ce qui se passe rcy.

.le suis toujours, etc.

A ? .'act-Aaibrois, ce 26 novembre L"

i le 10 jusqu'au 24, les Camisars ont égorgez douze cathol'un et l'autre seie , entre le pont d'Auzon et Vendras, parmi '■asieur le baiou de Aie- Avant que de partir d'L'zez , le 22 , pour venir icy, elle se confessa, le mousquet de Vendras, troi:

..: du voiturier et du laquais, firent sortir cette darne et les deux filles de service qu'ils attachèrent de Aliraman, counoissaiil le dessein barbare de ces inhaniains, se jelta à leurs pieds comme une innocente victime et mesla ses larmes à ses prières pour arester leur fureur ; mais ces malheureux abandonnez

sur lesquels l'on ne peut compter, lui dirent qu'ei. ri:.3n a craindre, qu'ils n'en vouloient qu'a ces deux hommes, que le Sainct-Esprit leur avoit inspirez de les faire mourir, sçavoir le voiturier et le taquais. Cette dame , touchée d'une décision si fatale sur ces deux infortunes, redoubla encor ses prières et ses larmes pocr obtenir leur grâce, mais inutilement. Cependant elle persévéra, et crovant de réussir en se dépouillant de tout ce quelle avoit, elle leur offrit sa bourse , ou il y avoit cinquante louis d'or, et ces pierreries d'un pri

..lit la plus grande partie avoit estez à feu madame la marquise a impitoyable de : a vouloir tremper leurs mains meurievoil leur don- . une n'eùst obtenu par ses cris de ne le point faire devant elle, ne pou -nter sans hor-

reur un si triste spectacle ; en sorte que deus de ces scélérats les menèrent a demie lieue de la, dans le bois d i i bord d'un ruis- ■1 a détacher le hu facile-

ment ses habits, qui se voyant détachez saata sar celai qui le tenoit , et le jeta dans l'eau ; mais l'autre voulant venir au secour de celui cy donna lieu au laquais de profiter de ce moment et de prendre la fuite ; il ne fust pas à ciuquante pas quil entendit tirer sur le voiturier, et quelque temps après trois coups sur la dame ; enfin, plus mort que vif, il arriva a Auzon ou il se fit détacher par le fermier de Monsieur le baron d'Alais, et il arriva icy à huit heures du soir, qui raconta après s'estre fait saigner, et après avoir pris un bouillon, ce que j'ai Ihonneur de vous écrire. L'on fist incessamment partir d'icy deux nouveaux convertiz, a qui l'on donna deux louis pour aller a l'endroit ou le laquais avait laissé la dame ; Monsieur le baron leur faisant de grandes promesses, s'ils pouvoient la garantir. Le lendemain 23, à huit beures du matin, l'on vist paroisfre a la porte de la ville un spectre qui tiroit les larmes de tout le monde, surtout quand ou l'eust reconnue pour la fille de cbambre de Madame de Miraman ; on la fist entrer dans une maison voisine , et après l'avoir déshabillée on la trouva tonte criblée des coups de bayonnctte et de sabre ; et après l'avoir pansée au plus visle» elle nous dit que celuy des trois qu'on avoii laissez pour garder la dame l'avoit pris par la main, et l'amena a demie lieue dans le bois, du cosiez du Bousquet; et pendant que la pauvre dame marchoii avec elle et l'autre fille de service qui la suivoit , toutes deux attachées, elle vist passer un paysan du lieu de Vendras, quelle connoissoit; elle lui cria d'une voix plaintive : Hé ! mon bon amis, intercédez pour nous ; ce perfide secoua la teste et poursuivi son chemin ; pouvant facilement l'arracher des mains de ce malheureux ; enfin cette dame, jeune et délicate , a qui la frayeur avoit déjà enlevez tout ce quelle avoit de force, fatiguée dalieurs par la longueur du chemin, ne pouvant plus lever les pieds, demanda par grâce au malheureux de permettre quelle sapuya sur son épaule. Monsieur, lui disoit-elle de temps en temps, je n'en puis plus, reposons-nous un peu; je ne saurois me porter plus loin, faut mou pauvre corps est emù ; mais cet inhumain, insensible aux gémissements de cette pauvre victime que le Seigneur soufenoit par sa grâce , îuy faisoit redoubler le pas , luy promettant quelle n'iroit guère plus loin , et estant arivez au bord du ruisseau dont nous avons déjà parlé, il la fist asseoir sur un peu de gazon atec elle et l'autre fille; elles furent en cet estât prez dune heure et demie, pendant lequel temps Madame de Miraman luy dit des choses capables de fléchir un démon ; elle lui donna sa ceinture d'or, lui onvri sa maie, qne l'antre fille de

service avoit portée sur sa teste, quoiquelle fust liée, et luy h?. bardes très maguinques quelle loi offrit: il ne prist quune fontange d'or, luy promettant toot ce quelle lay demandoit, et ne tint rien cette heure et demie passée. Et Madame de Miraman fnst la première a voir venir quatre scélérats armés jusqu'au* dents ; ce qni l'effrv. qnelle fost obligée de sentir en peu d'eau de la reyne dHongrie pour se remettre. Dabord que ces barbares furent arrivez, elle se jetîa a leurs pieds, embrassant leurs genou* quelle baignoit par un torrent de larmes, exprimants par ses sanglots plutost qne par sa voix , son innocence . leur demanda la vie. Ne seau tu pas, luy dit un de ses scélérats, que dans peu de temps nons voulons mestre fin a tous les catholiques. Ké bien! dit la dame, alors comme alors; mais du moins accordez la moi maintenant, je vous en conjure, mes chers messienr>. Xon , dit ce scélérat , nous te connoissons, commence a prier Dieu. Et cette dame, levant les mains au ciel pour demander au Père céleste qu'il ouvrit sur elle et sur ces bourreaux les yeux de sa miséricorde, reçût un coup de pistolet sur le teton gauche qui la jesta par terre , ensemble un coup de sabre qui luy fendit le visage , et nn coup d'une rre qui luy meurtri tou:e la teste ; on autre tira an coup de pistolet sur l'autre de ces filles qni la tua toute roide. et soit qu'iK voulussent épargner la munition ou qu'ils n'eussent plus d'armes, ils percèrent celle cy de plusieurs coups de bayonnette et lui donnèrent plusieurs coups de sabre : elle tomba et fist la morte jusqu'à ce qu'il eurent pris la fuite et emportez la malle. N'entendant plus de bruit, < !!e leva doucement la teste, et ne voyant personne elle se traîna auprès de *a maîtresse quelle apeîla ; et n'entendant point de responce, la voyant nager dans son sang , elle luy respondit dune voix mouranle : Ah ! ma chère Suzon , regarde dans quel estât je suis réduite ; viens icy, ne me quitte point que je naye expirez, je me meurs, c'en est fait ; mais toute ma consolation est que je meurs pour ma religion ; jespere que Dieu aura pitiez de moy, et quil n'aura pas oubliez sa créature iaas ses v.'uff] ances : dis a Monsieur de Miraman qne je lui donne ma petite tille, quil en aye soin. Et ensuite elle ne s'occupa que de son Dieu jusqu'au dernier soupir quelle rendit a lentrée de la nuit, après n nie de trois ou q'j-.îro heures : enfin , la voyant morte, elle profita de la nuit et sorti du bois, ne doutant pas que ces scélérats ne fussent hVicî a Vendras pour se mes'.re a couvert d'on déluge de plnye qui faisoit, et se traîna jusquicy comme elle pu. Monsieur le baron d'Alai* envoya en-

cure douze nouveaux convertis réfugiez icy, qui onl tous des enfants ou des parents aux Camisars, à qui il fist donner un escu à chacun , leurs disant que s'ils n'aportoient le corps de cette dame , ils pouvoient s'attendre a estre tuez ; ils furent la chercher, et ne la trouvèrent que le •24, à six heures du matin, quils laporterent icy. Cependant, bien que ce corps eust restez trois jours et trois nuits dans ce bois, exposez à ce déluge deau qu'il list peudaut ces trois jours, il semble que le temps et les bestes sauvages eurent du respect pour luy, nestanl point du tot.t changez, sa face estant riante , ses yeux ouverts qui n'avoient point encore perdu leur brillant, ses playes rouges comme du corail, coiffée, habillée , gantée , chaussée , ayant encore ces pandants d'oreille ; il fallu mestre une compagnie de soldats sous les aimes pour faire retirer le monde qui venoit pleurer sur ce corps auquel on reudit tous les honneurs dues a de si pretieuses reliques.

Monsieur le baron d'Alais et plusieurs gentils-hommes prirent le deuille, quatre gentils-hommes portoient le drap aux armes de Monsieur et de Madame de Miraraan, on habilla quantitez de veufves qui marchoient autour du corps, on fit des charitez extraordinaires ; tous les prebtres célébrèrent et le monde ne pouvant contenir dans l'église quoique fort grande, les rues estant bordées de tous coslez, ou n'entendoil que cris et que gémissements , et on eu toutes les peines du monde doster au public ceste relique pour la mestre dans le tombeau de ces ancestres. Voila sa relation.

Je vous aprends que Cavalier sest mariez parmi les Camisars, et que les habits et les nipes de cette pauvre dame seroient pour sa femme quon apelle madame la princesse des Sevennes ; on célébra les nopees dans le château de Monsieur de Houcairan ou Ion fist plus de vingt decharges, depuis sept heures du matin , jusqu'à six heures du soir; ils estoieut au nombre de deux mil. Adieu, je suis, etc.

Sœur Dénierez.

De Nisuies, ce |6 febr. 1704,

à Ciermont.

Vous devez avoir receu la lestre pastorale que je vous envoyay, le 1 1 de ce mois. Je tiens ma parole et je continue aujourd'hui le récit de? tragédies ; bieu loin d'estre a leurs fins, elles sont plus fréquentes et ces furieux toujour plus altérez du sang des catholiques; et ce qu'on avoit à craindre est arrivez, les Camisars ont passez l'Ardeche ; c'est la troupe de Castdnet formidable en nombre ; ils sont entrez par le Vivarez daij> la basse Bouliere , le vallon et Sainct-Fortunat ; tous ne scavons poiut encor si ce pays donne dans leur révolte bien qu'on nous aye dit que tout fuyoit devant ces malheureux, tant les nouveaux convertis que les anciens catholiques. D'autres assurent que les huguenots que non; apellons nouveaux convertis se sont unis avec ceste canaille; ce quil y a de certain cest qu'on y a tuez tous les catholiques qu'on a pu attraper et plusieurs prebtres de ce coslez la, et bruslez toutes les églises. Monsieur de Julien qui estoit a Usez y est allez avec quelques troupes ; on dit que des suisses qui venoient a nous ont aussi pris cette route : ce a un grand malheur qu'on naye pas bien gardez ce passage; on nous ssseuroit quil estoit gardez par des miquelet qn'on y avoit postez ; et qc^ les ayant retirez mal a propos pour i jours seulement, ces malheureux, qui font attention a tout, ont passez brusquement ; d'autres nous ont dit et c'est aparemment pour se garantir du blâme, que ces coquins ont passez par la montagne de Lozère, ce qui paroit impossible, puis que'Ip est toute couverte de neige; voila toutes nos mesures déconcertées, et tous ces beaux projets suspe:.

Noua n'avons que très peu de troupes pour garder cette ville et Ion ne scauroit les envoyer courir sur les Camisars ; la troupe de Cavalie' désole toute cette plaine , les environs de Xismes sont déjà tout brûlez ; cette nuit mesme ils ont brûlez Garron Roadilhan et plusieurs belles métairies ; celle de Lor et bien d'autres , da costez de Courbesac , de

Monsieur Descombier et d'autres; loute la nuit , chacun estoit sur la four pour voir brusler la campagne bien qu'il fist une grosse pluyc, le godron qu'ils jettent fait un terrible effect ; personne nose plus aller au champ sans une bonne escorte.

Monseigneur l'eveque dUzez écrivit l'autre jour a un de ses amis, et a Monsieur de lîaville qu'on lui avoit aportez depuis peu soixante corps morts des pauvres catholiques des environs d'I'zez , et huit mourants ; que cette vue avoit si fort animez les autres catholique , la plupart parents des deffunts, quil n'en pouvoit plus être le maître, et que quelque deffense quil leur fist d'aller sur les Camisars, ils s'estoient mis en campaigne pour tuer tout ce quils trouveroient d'hugenots ; car ils sont tous participants de ces massacres.

Du costez de Monclus , terre de Monsieur le président, on y a massacrez plusieurs pauvres catholiques du lieu et quelques étrangers qui se trouvèrent là , on a reçu une lettre du Vivarez qui marque que le 18 de ce mois on n'aperçût que cent Camisards pour faire révolter le pays, et que le lendemain 19, on en visl neuf cent. Jugez des progrès quils font.

Cavalier se fait si bien garder que quelques misérables ayant estez menez a luy et luy ayant parlez a leur grez furent renvoyez ; ils disent qu'avant que d'approcher de sa personne , et sa tante qu'on dresse fort exactement, il fallu passer sept corps de garde ; on le fraiste en prince parmi ces malheureux; cependant on dit quil y a quelq'un an dessus qui donne le mouvement ; car il arriva icy du costez de la Vallonguesse que Cavalier y avoit fait tuer cinq hommes, et en amenoit deux liez et garrotez ; en cet estât ils virent venir un homme, a cheval, de bonne mine, superbement couvert et qui marquoit estre de distinction ; des quil vis! Cavalier, il tire l'épée et lui en présente la pointe, dabord Cavalier met pied a terre, le salue profondément avec de grandes marques de soubmissiou, lefranger luy demande quelle expédition avez vous fait aujourdhuy, il repond je viens de tuer cinq papistes et je vous mené ces deux bien liez ; il lai repond c'est assez , déliez les et les laissez aller.

On fait a cette heure bien des raisonnements sur cet étranger; ou ne doute pas que ce ne soit quelque envoyé du duc de Savoye pour exciter icy la rébellion ; ou le fait chercher avec soin et on désigne comme il est fait ; c'est le mesme qui a estez a Montpellier pendant les États pour observer tout ce quon y disoit , il se fourroit partout , et sur sa

300 P 1 K Uï ,1 L S I IFIC À I 1 \ l S.

bonne mine on ce se dellioit point de luy, lorsquil s'en voulu vei.ii il parla a un \oilmin poui se faire porter jus jua [Jehan, le voilurin lu\ <iU qu'il ne \ouloil pas se mettre en chemin sans escorte, l'autre luy <Ut, tu crains les Camisars, marche seuremeul avec raoy cjui ne les craint pas, je voudrais trouver ces gens là et tu verrois si je les crains. Le voilurin résista longtemps ; mais l'autre le persuada si bien que le voilurin alla préparer sa chaise pour partir le grand matin, disant touie fois quil ne vouloit pas moins de six louis d'or ; il lui iust promis lois! ce quil exigeoit ; quaud ils furent sur la rouie le voilurln salarmoit du temps a autres, mais le monsieur le rasseoroit. Cependant le voiturin Aoyant tout a coup Cavalier venir a eux avec sa troupe, s'écria nous somme perdu, Monsieur, je reconnois Cavalier luy mesure ; l'étranger lui dit ne craint pas, je t'ay promis quil ne l.rriveroit point de mal , je te le garanti ; ce pauvre homme estoit a demi mort d'effroi, il remarqua pourtant que iefranger, pour se faire reconnoistre a Cavalier, tira son épee nue et la lit luire de plus loin : a cette marque qui est aparemment le signal, Cavalier vint à luy dune manière fort soubmise et respectueuse; le voiturin fust pavez des six louis dor quil avoil demandez et renvoyez avec la peur, tout cela signifie qu'il y a des étrangers dans le pays qui suscitent cette guerre qui devient tous les jours plus dangereuse.

Il n'e>f rien de si triste que nous le somme aujourdhuy, les rues son! pleines de tous ces pauvres paysans fugitifs qui font des cris lamentables. On ne comprend pas la politique de ces Camisars et celle des huguenots sils sentendeut comme on le croit avec eu* : car celle nuit on a bruslez la métairie de ?\Ionsieur de la Cassagne, nommée Rochelle, une autre de Monsieur de Poussac el un moulin de Monsieur Geuesi , on ne scait si par ce moyen ils voudroieut les exempter des contributions qu'on veut leur faire payer; ou bien peut estre se plaignent-ils de ces gens la comme des faux frères qui ne leur donne plus des assistances, ou bien niesme ces huguenots qui sont riches ne leur feroient ils pas eux mesmes par politique brnsler leur maison en partie pour qu'ils fassent voir aux puissances quils n'ont point de relation avec ces Camisars, puisqu'ils uen sou! point épargnez.

On vient de battre la générale et nayant que quelques compagnies a faire marcher, on a fail pat tir les milices, nous n'avons pas un grand espoir a la recherche qu'ils vont faire ; il vont examiner le degat et voila tout ce qu'ils feront. On at end icy Monsieur le mareschal ce soir il

vient de Sommiere , il a fait enlever quelques villages de Quillac et des enviions, nous ne scavons que produira cela, cette nouvelle du Vivarez areste les projets ; on alloit fermer tous les bourgs et faire quatre camps vidants pour battre la campagne, mais nous voila depourveù de troupes. Les paysans de Koudilhau , cest a dire deui ou trois hommes , car tout t'sloil désert ; ceux ci voyantz venir les Camisars se cacberent , les uus dans un final de pierres, un autre dans une mazure assez prest de leglise ; celuy ci entendit quils crioieut en bruslant leglise , ou est donc le Dieu de cet église ; certe sil y en avoit un qui sy intéressa, il ne laisserait pas brûler sa maison et mil autres impielez : rien de si abominable que les nouveaux dogmes de celle religion ; ils disent que le temps est venu quil faut se servir du glaive que Dieu envoyé , prescber une autre évangile que leurs gens, et leurs filles sont envoyées pour enseigner, et que ce sont icy les véritables propbetes du Seigneur et mil autres rêveries , que les femmes se meslent de débiter sans façon dans les nies.

Je ne scay comment jai pu faire ma lettre : on nous accable de tristes récifs ; a toute beure on nous aprend la mort de quelques catboliques de notre connoissance ou la désolation de quelques familles.

Xos pauvres religieuses qui sont debors de la ville ne sont pas trop en seuretez , et l'on dit que Monseigneur de Nismes ne les fait pas entrer dedans pour ne pas donner lépouvaule , cela feroil voir toutes nos craintes, qui sont souvent renfermer en nous mesmes ; toutes nos connoissances de la ville sont toujour de mesme. Il uy a plus rien de nouveau ; les nouveaux convertis vont fort au sermon ; ebacun par poliiiquc veut passer pour faire son devoir, croyant a tout le moins s'écbapper a la contribution. Adieu, je suis toujour très respectueusement, etc.

Sœur Dénierez.

De >:

srmoat.

• \ honneur de vous dire dans m . - da 2-2 avril que

Monsieur de Lalande avoil fait quelque choses sont a peu prest comme je vous le marquoii ; il a plus fait en-

core , estant descendu en bas, il voulu environ trente heures an de

Xavaille, estant averti qu'il y avoit des camis::-

is dloulet H ments de trois

ïbelfl au nombre de •il fail commander par M

de femrr. ,- : : upe infernaE . si quarante

chevaux - -.-j détachement

comman " prendre trop a gauche

du costez de son converse, ce qui fus! Ciu-e go la troupe

se sauva.

^ -" - o va fouiller et chercher

dans le bois d'Youset qui est assez dcfeaillez , on y ta qu'on tr uvertes de planches qui

leur servoient d'hôpital. On y trouva douze malades on blessés, quantité* sa en abondance , qu'on leur tient tout :^es et munitions de bouche, quelques epées a poignet dargent, justes-au-c nos ofhciers de

la marine ; on a trouvez l'endroit ou ils faisoient la pondre pùtre ; on a trouvez de la poudre preste à mettre en graiu , dn souffre , de leau de vie, bled, farine, se: -iléesque

les habitants d'Youset a. .Monsieur de Lalande , voyant

l'intelligence que ces piysans avoient avec ces rebels , rist mettre le feu a quelque .On trouva une cache dans une

maison la plus proche de la montagne ou il y avoit quinze pièces de vin , des eaux de vie et autres provisions qui furent prises et les tonneaux defloncez.

Les camisars ne firent pas là beaucoup de résistance , nous ne perdismes que six soldats. Monsieur le chevalier de Roquefeuille de Gabriac tua un de ces scélérats après s'estre battu deux heures avec lui ; cette longue résistance a fait dire qu'il y avoit du charme, car il essuya plusieurs coups de fusils et de pistolets , mais le coup de sabre a la teste fust le dernier.

Monsieur de Palmeroles , commandant des Miquelets , écrit a Monsieur de Lalande , du 17 avril , et lui mande que sa troupe de Miquelets , en sen retournant au pont de Montvert , tuèrent cent et huist camisars qu'ils trouvèrent cachés dans les bois et rochers.

On nous asseure encore que Cavalier ayant reçu une lettre de Genève , où les anciens du Consistoire lui marquoient quils estoient très mal ediffiez d'aprendre quil y avoit par rai eux des femmes de mauvaise vie , que cestoit contre la loi de Dieu , et quils s'attireroient a la fin sa vengeance ; sur cela Cavalier congédia une jeune lille quil avoit prcsl de lui , et sen va trouver Castancl qui estoit dans un autre quartier avec sa troupe ; il luy fait part de la lettre quil a reçu de Genève, et lexhorte a se deffaire, a son exemple, d'une iillc quil avoit ; celui cy qui se deffioit déjà de Cavalier, et qui estoit averti qu'il ne cherchoit qu'une occasion pour le perdre, fist ce qu'il souhaitoil ; la fille fust envoyée a Montpellier, chez un reffugiez ; quelqu'un en donna advis et cette fille a estez mise dans le refuge ; Castauet ne gaigua rien par cette souplesse, Cavalier le fist tuer. On ne doute pas qu'ayant estez averti que Castauet se deffioit un peu de lui , recherchoit le moyen d'obteuir sa grâce en venant servir dans les troupes du roy, et cest ce qui hasla sa perte.

Il semble que tout ce déchet des rebels devoit les avoir détruit ; bien loin de la, Cavalier rassemble le débris de sa troupe du costez de Sam el lîenezez ; il leur dit quil regrette fort les bons soldats quil a perdu ; mais non pas les chefs, puisqu'ils s'estoient rendu désagréables à l'Eternel par leurs crimes et leur désobéissance ; quen punition il les avoit livrez aux enfants de Sathan , que cestoit la ce que le Sainct-Espni lui avoit révélez ; que pour luy il ne seroit plus que trois jours avec eux pour les consoler, qu'après cela il les abandonnoit. Mais il n'a pas exécutez ces menaces , il a ramassez des gens de tous costez , il lui en est venu beaucoup plus quil nen navoit perdu , et le nombre des rebels

PIECES fUSTI FI €

>e mallip ie tous les

\ illes sonl très ni :n archer a coapi

tous ceux qai veulent luy re:>isiei : on dit même quii en a îuez quelqutins. Ufl . <n croyoit qu'il leur se-

rait très difficile darmer autant <:e ;jças quils en levf: trouvez levpedient d'eu avoir par un bon nombre de gens de leu^ party qui en ont achetés ..•• qui en

avoient pris beaucoup au pillage ; ils remonstent mesme leur Cavalerie ue cette manière le chevaux, et l'on ne se

delfioil pas de:

jours du costez de Si-Giile , qu'on avoit envoyez prendre ie . entendons aire I - • t nouvelles violr

ils recommencent a battn

Iî n'y a que huit jours que Monsieur Pugez , lieutex. Xismes , aîloit avec quatre arcL-:- : iIodi nsieor de Monter

hors le Langue!

ûi is d'une trou: e ji leur tirèrent plusie

Uonsieur Pagez eut quelques bulles qui lui firent sawlter le chapeau et [| poussa a toute bride m une colline qui les garanti de cette

On écrit qu'il y a aadessus de FI:: d'environ quatre mil camisars ; celle de Cavalier est déjà for: une bonne muni de gros bâtons ferrez, de

fourches et antres

Ile mal intentionnée fit une assemblée icy le jour de Lseei : les onze heures et minuit : on

en fust averti , et les Suisses qui soi

. et ne trouvèrent que quelques femn.maille , quon mena dans le fort. r le mareschal qui

est allé faire sa tournée. Monsieur Tinte Ils ont com-

mencez par Sommiere, Anduze, Sainct Hipolite, sont montez reviennent par Uzez. On les aifend tous les jours. On dit qails ont fr.JI quelque.- uils ont pris a Vezenobre un

ie Cavalier qui se disiinguoi; rstoit un paysan

du mesme lieu d 'pendant on a un peu vuidez le fort, il

oui nombre que fust relâchez par ordre de Monsieur

PIKCES JUSTIFICATIFS. 205

revel avant son départ, et ceux qui restèrent furent examinez par .Messieurs du presidial , de lordre de Monsieur de Villars et de Monsieur l'intendant. Dans le peu de séjour quil fîsl à Nismes , on fist partir tout ce qu'on trouva de coupable pour l'île de Saincte Marguerite en Provence. Ce fust une désolation de ces malheureux et des gens a qui ils apartenoient : il y avoit plusieurs hommes et encore plus de femmes ; celles qui ay oient assez de moyens pour avoir des montures partirent plus commodément, mais les autres furent mises sur des charetles. Tous ceux de leurs partis leur portèrent de l'argent, des bardes et du linge abondamment. Il y avoit parmi ce nombre de canaille quelques marchandes et filles de procureur ; je ne crois pas que ce soit des gens de votre connoissance. On les mena a Arles pour les embarquer. Les gens de Fourques qui sont fort catholiques vouloient les mettre en pièce quand ils les virent venir, leurs criants : Maudites races , vous périrez de nos mains. Les officiers et les soldats qui les conduisoieut eurent de la peine à les sauver de la fureur de ces Provençaux. Chacun crie sur l'injustice qu'on leur a fait; mais il est sûr qu'on ne les puni pas a faux. Tous ces gens là aidoient les camisars de leur argent , denrées et autres soins. Il y avoit la des filles qui avoient des chambres très propics pour loger les étrangers et inconnus qui venoient à la ville ; dantres recevoient les questes et les lettres des pays étrangers.

Voila, mon R. P., la situation de nos affaires, qui ne deviennent pas meilleures. Nous espérons beaucoup au retour de Monsieur le mareschal de Villars ; il y a apparence qu'on exécutera les beaux projets qu'on a fait. On croit qu'il se fera des camps volants et que cela pourra réussir; mais nous devons bien plus espérer du secour du ciel , connoissants comme nous le faisons depuis longtemps que celuy des hommes est bien foible.

Joubliay de vous dire quà l'affaire de Mages , avant que Cavalier cnsl donnez le signal pour faire la décharge , on vist a leur teste un homme tout vestu de blanc , un grand bonet blanc fait en mitre sur sa teste , qui le leva plusieurs fois , il fist de grands signes au ciel et hurla ; il tint les mains étendues , se livrant a la mort; eestoit un de leurs grands prophètes et quelques autres firent de mesme.

mont

ce Aai

Vous devez avoir reçu ma dernière lettre du six de ce mois , et jes-

- l'impatience de vous dire ce y depuis ce temps

ïâ qui certainement vous paroistra febaleui ; i y voyoil5

une partie de ce qui en est, et qui se fait sonh nos yeux, nous croyons

- reveiller d'un profond sommeil. Vous scaarez que le douze de

ce mois, Cavalier envoya un c D0Qr parIer a

• .:- ; on auroit tirez sur loi des remparts de la wile bien quil dit qui! venoit poc; , Lacombe gce V0GS pocvez ^

veu a Campagne , ayant estez fermier I , Chapitre , estant

huguenot a toujour eu quelque relation avec les Camisars. D'autant mieux que Cavalier aroieut estez son gouja a Campagne ce Lacombe ^est mesiez depuis quelques temps de se faire entremetteur des Camisars avec nous , ni donc lenvoyez de '.

et dez quil se fiai connoistre a la sa .. us la porte fust ouverte.'

On les mena a Monsieur Delalande a qui ils dirent que Cavalier avoit refusez de traitter avec Monsiew Daignalliei gentilhomme dTzez et nouteaux catholiques qui ayant quelqce correspondance avec eux, xouïoit a cette heure ménager leur accomodement ; mais que Cavalier ne vooloil conférer qu'avec le commandant qui estoit Monsieur Delalande. . le priait de se rend:e du costez de Vezenohre, Mol-

::.eure ne menant que seiza ou viugt dragons pour les-

- I« < .i qui s'y trouva

prisonnier depu; |e meDe avec lui tt Lacombe sur la foi

(!e (iui , H a la teste de

quatre cent hommes de pied et quarante caval, s autres

: - première veue, les deux chefs mirent pied a

aacent l'un d( . Monsieur Delalaude ,

ïils venoient a faire le moindre

PIKCES JUSTIFICATIVES. 207

signe, je ne repondrois pas de mes gens. Monsieur Delalande luy dit , Monsieur je vous responds quils n'auront garde de branler , contenez seulement vos gens ; il luy présenta son frère quil embrassa très tendrement et lisant une lettre de son père que celuy là lui donna qui est aussi prisonnier dans le mesme fort ; il versa quelques larmes et l'on vit attendrir cette beste féroce et carnassière , eusuite ils laissèrent Lacombe avec le frère et se tirèrent tous les deux a l'écart pour conférer secrètement , nul ne scaist ce qui se traitta ; ils furent quelques heures ensemble assez éloignez de leurs troupes pour nestre pas entendu , mais toujour en veiie , on observoit leurs gestes et mouvements. On dit que Cavalier menageoit assez le terrain, il lira le chapeau quand Monsieur Delalande le salua, et se couvrist tout comme lui , on le lui vist tirer quelque fois , et cestoit sans doute lors que Monsieur Delalaude lui disoit quelques honestetez ; on remarquoit ce petit homme extrêmement fier et déterminez. Enfin ils se séparèrent ; mais avant que Monsieur Delalande rejoignit ses dragons, il viast a la troupe de Cavalier a qui il jetta une bourse de cent louis ; les uns disent que personne ne fàst mine de la ramasser et d'autres asseurent quil to fisl quelque mouvement pour cela, mais que Cavalier pour faire voir de quelle manière il estoit obéi , ne fist que dire alte là , et personne ne se remua; Lacombe dit lavoir levez luy mesme et portez à Cavalier, luy disant que Monsieur Delalande en la jestant avoit criez qu'on but a la sautez du roy et qu'ainsi il devoit l'accepter, sur cela Cavalier luy dit d'un air assez dédaigneux: He ! bien soit fait qu'on boive a la santez du roy ; mais auparavant tirez en trente louis que vous departerez aux pauvres du voisinages , ils convinrent en se séparant quil y auroit pour quelques jours une suspension d'armes ; demandant seulement quatre jours pour avertir toutes les troupes, et leur commander de sarester ; après quoi il proniettoit de cesser toute hoslililez. Monsieur Delalaude vinst iey en diligence dire à Monsieur le mareschal tout ce qui s'estoit passez , personne ne sceûst rien de ce quils estaient convenu ; le secret est entre Monsieur le mareschal , Monsieur de Haville, Monsieur notre Gouverneur, et Monsieur Delalande ayant estez dans quelques maisons dé considération de celte ville, extrêmement pressez et sollicitez a parler n'a pas dit le mot et n'a fait que turlupiner sur tout ce qu'on lui disoit. Cependant le mesme jour Monsieur le mareschal fist partir un Courier pour la Cour. Ce fust Monsieur de Sainct-Pierre parent de Monsieur le mareschal qui le chargea de ses

de set instractioni pour le roy. mm ritteaâoai

heure ce qail décidera sur ces affaires.

en est survenu une bien triste a peu prest dans le mes^e -.voit demandez qoon lui donna qoatres jours pour suspendre le mouvement de ses troupes . et c'estoit le douze qne l'entrevue se tist. Cependant Roland qui est do costez de Ponpidou avec un»3 «rosse troupe, fusi attaquez par le régiment de Tounion qui est quartier là, et qui ignoraut ce qui se passoit en bas crust faire merveille d'atîaquer eea coquins qui battirent les nostres. Nous y avons perdu dit of6ciers et deuv cent soldats, Monsieur de Tourncn ne sy trouva pas mais son lienieuant colonel q :1e y fust

pris et l'on ne l'a plus vtù , on ne doute pas qu'il n'aye estez égorgez , Cavalier se justifie sur cela que cette action sestanl fait le treize, il n'ont . erli.

Nous estions fort concernez le quinze, apreuants cette deffaite . mais le seize nous ne fusme pas moins étourdis de voir la scène q:..

vingt dire entre une et deux heures après midy quil y avoit au logis de la Coupe-d'Or trois fameux camisars, envoyez iIh Cavalier, escoiiez par quelque*

et de .Montpellier, de AI d .Aigunlier, gentil homme d'Uzez, et de quelques autres qui disnoient a ce logis de la Coupe-d'Or. Tout le peuple. ï-oaro a la porte de St Antoine : mais il y avoit des sentinelles autour et l'on n'en permit pas l'entrée. Le sieur Gambier, que vnu> fonnoissc-z pour -.eor de Baville, estoit là et de-

\ <iii introduire celle nouvelle ami ■■].■ fus! nu

monde infini qui tenoit les avenues. Apres avoir eu leur audience particulière , ils s'en retournèrent de la ou ils estoient venu. Tont ce qui sp disoit hautement, c'est que Cavalier avoit couche a Caveirac, et que de 1* il envoyoit porier quelque parole à Monsieur le mareschal : sur l^s quatre heures nous ente: lits dans les rues, chaque artisan

fermoit sa maison pour courir a la porte de la Magdelaiue et voir arriver - ins , et bien que non* eussions veu tout le rempart bordez de peuple pour voir ce spectacle, nous ne persuader. Cela estoit pourtant très asseurez , et ces 't-stoient que pour obtenir la permission et piendre les assurances. Ils prirent quatre capitaines de Firmacou ne troupe de quatre cent hommes quil \er« ]o fort «'•

et s'avança avec dix ou douze de ses plus braves cavalieis ; i!s se postèrent derrière le Luxembourg. Plusieurs personnes qui se promennoient à l'Esplanade frémirent quand ou leur dit que Cavalier estoit si près d'eux. Monsieur d'Aigualier estoit a son costez , et dans cet ordre ils allèrent au jardin des Recolets, ou monsieur le marescbal l'attendoit. Personne ue fust témoin de l'entrevue, elle fust fort secrette, il n'y eust que monsieur le marescbal , monsieur l'intendant , monsieur le gouverneur et monsieur de Lalaude. Cavalier entra seul dans le jardin avec un jeune frère quil a aagez de douze ans , et quil dresse a son mestier. Dez quil mist pied a terre a la porte du jardin qui est du costez des Fossez, il prit ses deux pistolets de selle et les alla mestre aux pieds de monsieur le marescbal qui les fist prendre par son page et remettre a la selle du cbeval de Cavalier, qui fist en même temps protestation de sa soumission et obéissance envers le roi , promettant de le servir le reste de ses jours. M. le marescbal luy promit toutes sortes de bous offices. Vous scavez lhabiletez de M. l'iutendant ; on dit quil l'interrogea de toutes manières, mais que ce coquin ne se déferrât point ; il avoit un air de douceur qu'on n'eust jamais dist quil pust être capable des crimes quil a commis. 11 est fort joly de visage, on ne luy donneroit pas dix hait uns, et l'on assure quil n'en a que 213. Il est fort ragot et épais, la teste entre les épaules. Pendant la conférence, Abdias Moiel , dit Catinal , entretint un nombre infini de gens qui le virent. Cette lettre ne suffit pas pour vous dire tout ce qui se fist et tout ce qui se dit ce jour là. Cet Abdias est du Caila, que vous connoissez bien , et a qui , ainsi que je vous ay entendu dire, vous avez sauvé la vie; ce coquin est d'une phisionoinie suspecte, fière et mutinée ; celui-là pugnoit de tous ces io et observoit ce qui se passoit. Lorsque la conférence fut finie, Cavalier et son jeune frère, qui estoit parez d'une belle epée à poignée d'argent de nos malbeureux officiers de la marine, montèrent a cbeval et allèrent rejoindre leur troupe. M. le marescbal luy dit en le quittant : Allez, monsieur Cavalier, à Calvisson, vous trouverez là des rafraiebissemonts. Avant que de se rejoindre à leur troupe, il vinst un jeune jardinier au devant de luy le prier de venir manger une salade a son jardin ; il eust la complaisance de l'accepter ; lui et ses cavaliers trouvèrent la une colation dont ils profitèrent; ce qui marque loujour l'intelligence de ces gens la avec eux. Le lendemain M. le marescbal fist partir un second courier pour la cour; si bien que l'arrivée de M. de St. -Pierre, qu'on attend à la fin de la sepmaine , ne terminera pas les IV. I '*

■2W PIECLS JUSTIFICATIVES.

affaires, il faudra encor attendre ce second courier. Aparemm^^ lier feit la pais sous de bonnes conditions. Attendons et non? cependant nous respi:

Cavalier alla coucher a Saiuct Mammers , et ayant seû que I estoit à Gajan . il lui manda qnil souhaitoit fort de le voir ; Lefebvre prist dabord une douzaine de ses soldats et monte à cheval : \ aussi accompagner d'un soldat qui jocoit du violon, et le fist jouer che-

nt Comme il approcha de Sa.:

est ce violon que jentends ? On îuy dit que Lefebvre apr. : monle dabord a cheval et ne mené que vingt hom:..: quils sapercurent, ils mirent tous dea* pied a terre, sembrassenî réciproquement et se fireut mil compliments. Cavalier demanda a Lefebvre que sigmfioit son violon; l'antre lui dit : Je l'ai îoujour me:. je vons cherchois daiu les bois; je n'j

Cavalier l'a fait boire, pour marque d'amitiez. Lefebvre bût et voulu lui faire des reproches de lui avoir gardez -

luy dit : Xe parlons plus du passez , dans peu de temps je reviendray et je vous iray voir a Gaian oa nous nous diverliiuns. Lefebvre lui répond : Vous serez le bien venu, Monsieur, et quelques uns des mais je vous prie de ne m'y point amener vosîre troupe, car je ne la re-

i a Gajan. ils se séparèrent, et dez q« il entonna nu pseaume , comme il avoit de coutume; ains. mesme >ortant de K Une huguenote, Zabi, de S

se mist a chanter avec eus ; mais 1 .lia sangler au

quelques coups d'un fouet de cheval quil teuoit a la main, et lui dit : Malheureuse , je t'empêche: ai bien ; pour vous, Monsieur, dit il a Cavalier, je n'ai rien a voir a vouf lera pas permis a ceuv sur qui j'ai pouvoir ; vous feriez pourtant mieux de ne pas en orei ainsi. Voila comme ils se quittèrent. Adieu.

'/■ nerez.

PÏKCES .H'STIFICATIVES.

De Nismes, le 1er juin 1704, à Clermont.

Venons a ma dernière lettre, qui cstoit du 18 may, et que vous devez avoir reçu. Il est arrivez du depuis des événements contraires a tout ce que nous espérions. Jeùs l'honneur de vous dire que les entrevues de nos puissances avec Cavalier avoienl fait une espèce de paix ou suspension d'armes : les Camisars alloientet veuoient librement , de mesme que les catholiques, chacun s'estoit remis au travail de la campagne ; et pour ce qui est de l'affaire d'Alais ou des environs , dont je ne vous disois qu'un mot dans ma dernière lettre, elle est (elle, que Roland estant la haut avec une troupe nombreuse, alla tomber sur le régiment de Tour non qui escorfoit plusieurs officiers qui s'en venoient voir monsieur le mareschal ; nous y perdismes dix ou douze officiers et environ deux cent soldats ; il n'est pas dit que les Camisars perdissent des leurs. Monsieur de Tournon ne s'y trouva pas ; mais monsieur de Courbe- \ille , lieutenant colonel de ce régiment, ne fust pas tuez sur la place , il en arriva pis : cest quils l'emmenèrent dans les bois, et l'on ne doute point quils ne layent massacrez bien cruellement. Cavalier a très bien justifiez cette action , que sestanl passée le matin de la fête de Pentecote , et luy ayant demandez trois ou quatre jours pour en aviser son monde , n'éust pas le temps dy rien dire , puisque la conférence qui] avoit eu estoit le douze ; ainsi lignorance de ce qui se traitoil fust la cause de ce malheur. Depuis ce temps il a gardez sa parole et sest retirez a Calvisson avec sa troupe, comme Monsieur le mareschal luy avoit dit. On mit dans ce lieu monsieur Vinxicres pour y estre commissaire ordonnateur ; il n'avoit avec luy que monsieur Capon , capitaine refor- ,; . , un autre officier et six dragons, \ous jugez bien qu'il n'y avoit pas là de quoi le garantir de la peur ; il avoue quil l'a eu belle quelque fois , et quil n'auroit pas tenu si longtemps s'il n'avoit connu que Cavalier y alloit do bonne foy. 11 fait dfl grands éloges de cet homme e|

■>\-2 pièces justificatives.

dit quil a de beaux sentiments . que sa religion et^sa révolte près, il est parfaitement honnête homme , ennemi des violences et des mauvaises actions; que sil s'en fait il proteste n'y avoir eu nulle part, qoil a sauvesce qu'il a pu et qoil témoigne un regret infini daroir estez obligez de porter les armes contre le roy : mais que les affaires de la religion le demandoient ainsi. Calvisson, à cette heure , estoit devenu le lien sainct. le concours du penple y venoit de quinze a vingt lieues a la ronde. Cavalier avoit un prophète qui leurs annoncoit la parole de Dieu , et ces crédules lescoutoient comme un homme qui avuit le Sainct Esprit. Ceux qui ont estez curieux catholiques mesme y ont estez pour voir de leurs yeux ce qu'on ne scauroit croire. On y voyoit ces inspirez qu'on apelle

- et surtout des prophetesse> se gonfler d'une manière étrange, et faire des contorsions et hurlements effroyables. L'on venoit dire ici a M. le mareschal ce qui se passoit : il ne vouloit rien précipiter , ayant pris des mesures avec Cavalier qui devoit se rendre à Xismes le dernier jour de may avec huit cent hommes pour aller en Portugal. Ou debitoit mil nouvelles a ce sujet, et sans rien dire de positif. On croyoit qu'on alloit lever un régiment choisi parmy ces Camisais , qu'on habilleroit de

lont Cavalier auroit le commandement. Il ne sagi pins de vous dire tout ce qu'on devoit faire, mais bien ce qui s'est fait.

\ u ttendiona impatiemment larivee des eouriers qu'on avoit enl cour : il en est reparti trois depuis monsieur de Saint il en est revenu deux et luy est encor attendu, et doit porteries derniers unes de considération parlant il y a quelque.* jours a monsieur de Baville , luy dire que cette affaire ressembloit foi I u lapocalypse ou personne ny comprend rien : en effet, dit monsieur de Baville, tout ceci vous est cachez , mais dimanche, qui est aujourd'hui prochain, lenigme sexpliquera. Cavalier fust encore icy, mercredy^S au jardin des Reculets comme la première fois conférer avec m

I , monsieur de Baville et monsieur Dclalande ; personne ne pu

sfloit, mais jeudy dernier monsieur de Vinxiere

.niva fortuitement: dez que monsieur le maieschal l'apercù ; il vit qui;

ne pouvoit avoir qu'un fâcheux incident , car quelque instance que luy

- .uvent monsieur de Vinxiere pour le tirer de ce poste , ou luj

. [ordre du roy ; il luy dit donc : quest cecy . mouleur. \u^ avez quittez les Camisais ? il respoadit, non. i ce sont eux mesme qui nous ont quiltez.

M fa e, ■.. J craignant qail ne parla trop publiquement le

lira a part , on le vit sortir fort triste et mélancolique , cependant ou a scû par les six dragons et les deux officiers qui le suivirent questant a Calvissou sur lheure du disner, et Monsieur de Vinxieres ayant invitez Cavalier, ce qui luy arivoit assez souvent , entendit bastre la générale , et l'on entendit du desordre dans les rues : Monsieur de Vinxieres commença a craindre , et dit a Cavalier de saîler présenter a la porte ; il y va avec un pistolet a la main et sa cane de l'autre ; il vit a la teste de quelques Camisars un certain Ravanel , insigne scélérat du caractère d'Abdias Maurel, dit Catinat, paysan d'nn hameau dépendant de Blansac , un malheureux plongez dans les débauches qui pour n'avoir pas voulu travailler a un mestier senrolla dans nos troupes , d'où estant revenu s'esloit mis dans la bande de Cavalier. Ce coquin là et ceux de sa cabale ne veulent point entrer au service du roy, et desavoue Cavalier, l'apellaut faux frère ; ils voulurent le tuer sur la porte de la maison ; Cavalier alloit luy lâcher sou pistolet , mais le prophète Moyse se mist entre deux. Monsieur de Vinxieres fust alarmez du desordre quil entendit, et cherchoit un retranchement pour ne pas se laisser tuer sans deffence, mais Cavalier revinst a luy et luy dit quil ne craignit point, quil esloit prest de donner sa vie pour le deffendre ; mais quil pouvoit preudre ses seurtez lui et les siens par une porte derrière. Il n'en fallu pas davantage a Monsieur de Vinxiere et aux siens pour monster viste a cheval, et venir icy a toute bride. En sortant de Calvisson ils virent les Camisars en troupe , qui gaignoient les hauteurs se disposant a recommencer les hostilitez. Cavalier trouva un homme qui venoit icy, et lui dit, asseurez Monsieur le mareschal de ma fidelitez ; que je suis la troupe pour tacher de les ramener, que je ne my epargneray point, et que si je suis assez malheureux pour n'eu pas venir a bout, je me livreray a luy pour faire de moi ce quil jugera a propos, et que demain sans faute il me verra, si Ion ue me délient pas, ou du moins il aura de mes nouvelles ; il n'y a pas manquez , il luy a écrit deux et trois fois ; le bruit est quil lui mande que ces malheureux ne veulent pas se rendre qu'a condition qu'on leur donnera des temples et la libertez de tous les prisonniers quon a exilez pour venir icy professer leur religion ; que pour luy il portera sa teste sur l'echaffau plutost que de manquer a la parole quil a donnez ; quil avoit déjà attirez a lui quatre cent hommes et quil falloit rendre avec eux a Sainct-Cigniez ; Monsieur le mareschal partit hier avec Monsieur de Baville pour y aller, ils y mènent des troupes non-seulement pour escorte, mais encor pour poursuivre les re-

2U PIECES Jl mil IÇATIVJgS.

belfi tous les boulangers oni travaillez a faire du pain de munition ; oa porte quanîitez de pondre et de plomb; il y a espérance q'on trouvera ces malheureux, et que Cavalier donnera des indices eu ils seront sil est vi ay quil y aille de bonne foy ; car il y a bien des gens qui doutent ; puisque l'on dit qne Ravanel et Catinat ne i'auroient pas laisse \i\:e s'ils eussent estez persuadez quil dust les abandonner. D'antre* tiennent pour luy, l'ayant veu pleurer de chagrin de l'inconstance de ses fnmpes : nous serons a temps de faire des réflexions ; ce sont des raisonnements a perte de veue , si vous estiez icy a votre maison vous entendriez tout le long du jour; chacun dit son sentiment a nosire bureau. Monsieur Je mareschal et Monsieui de jiaville eu savent plus que tous; ils ne seront pas les dupes de ces coquji | adresses et leur? douceurs ne les rament:. . îai Lien fort et malheur a leurs adhérants. Car on ne doute pas que tous ceux qui ont estez a Cahisson que Ion scaist très bien , et que Monsieur de Yinxieres y a veu , nayeni brouillez cette affaire; ils leurs ont dit quil ne falloil pas se rendre qu'on ne leur do^na des temples et leurs ont tant portez d'argent quils if la teste. La bource des louis dor que Monsieur Delalande jesta pour boire a la sanîez du xoy ne fust point acceptée de Cavalier, il la laissa entre les mains de Lacombe qui l'a encor, et Jayant roula rendre a Monsieur Delalande , il luy a respondu quii en iist c qu'il voudrait, LccuinLe dil ai:- : estant oïl? U : land pour lin dire ioat le traitiez quil faisoit avec Monsieur le mareschal : l'autre luy ment, si tu commande la i la basse SeveL le celle d'en haut, et ma troupe est plus belle et plus nombreuse que la tienne ; si j'avais voulu avoir un régiment comme toi. j'aurais es

- hal et j'aurois fait mes conditions ; puisque tu les as fait saio ma participation je ne my soubmestray point. Oa dit que sur cela ilmireut lepee a la main, mais que Lacomhe les sépara. Cavalier sestoi' ■ '.iissi brouillez avec Çatinat sur ce que ce coquin fust à .-ïimargue le jour de la feste Dieu ; il passa dans la place avec douze Caniimontez justement a Iheare de la procession. Monsieur Roche votre ami y portoit le Sainct-Sacrcmeul ; il fust interdit de voir devam cette cavalcade camisarde et toute la procession bien alarmée , ignorant le dessein de ces malheureux; chaquu alloit tourner casaque au bon Dieu quand ces gens là le rasseurerent en tirant leurs chapeaux ci poursuivant leur chemin. Cavalif tant qu'il devoit mettre

pied a terre, il a encor trouvez mauvais qu'on uaye pas fait la procession dans Calvisson , disant que si ou leust averti, il eust renfermez ses troupes dans des maisons pour laisser la libellez aux catholiques de célébrer la feste a l'accoutumée , tout cela là rendu suspect dans 6ou partis ; ils disent hautement quil les a tous vendu , et quil n'est pas de son âge davoir autant de teste quil en a , nous en serons bientost eclairci : on veut quil soit ministre dans sa religion , et que dans six mois seulement quil a estez a Genève, on luy fist limposition des mains.

On asseure quil y a plus de douze cent personnes de Nismes qui ont estez faire la cène a Calvisson , et à proportion des autres lieux; cette fausse pietez a si fort multipliez les Camisars quils en ont eu seulement ces jours passez plus de quatre cent de Nismes. Us avoient raison de dire a M. de Lalande , lorsqu'il leur represeutoit quil estoit temps de se rendre, quaussi bien ils estoieut aux abois, ayant perdu beaucoup des leurs a Xages et a Youzet ; un scélérat de la troupe lui dit : il ne nous peut manquer de monde , je nay quà monter sur une coline , monstraut nos pseaumes, et je fera y assembler a l'instant douze mil hommes.

Monsieur le Mareschal fusl a Caverac le jour de la Feste-Dieu, après le dinez ; il trouva le lieu désert de mesme que tous les villages circonvoisins, tout estoit a Calvisson. Cavalier luy fist dire quil navoit quà ordonner qu'on ny viust pas, que pour luy il ne pouvait pas les renvoyer. Monsieur le mareschal le fist dire dans tout le Vaunage ; mais ils se seroient fait pendre piutost que de perdre une si belle occasion d'entendre prescher le frerc Cavalier. Us disoient hautement quils estaient affamez de la parole de Dieu qu'ils n'avoient pas entendu depuis vingt ans. Cette affaire a redonnez le goust pour l'heresie : faudra encore vingt ans pour guérir le mal quils ont pris.

Joubliois de vous parler des purifications que faisoient nos nouveaux convertiz avant que daller a Calvisson. Ceux de nos quartiers passoient par Berniz, et là ils se purifioient en passant par le feu, voulants expier par cette cérémonie le péchez quils avoient fait de venir aux églises. On dit quils allumoient un feu , et que les élus ne s'y bruloient pas, bien quils y passassent par dessus ; ils crioient d'abord aux miracles. Des gens qui les ont veu mont dit quils y saultoient comme fait notre jeunesse au feu de la sainct Jean. Certaines femmes s'y sont bruslez les jambes par un excès de pietez et de zèle. Rien de si terrible et affreux

que les hurlements qu'ils fout; ils ressemblent a des demoniacles , ils ecument d'une manière tcnible. Cela semble nestre pas naturel; ce n'est pas pourtant l'esprit du Seigneur.

Monsieur Berglie, parfaitement honneste homme et \ostre amy, a racontez a une personne qui nous l'a dit ce quil a veu par deux fois touchant l'épreuve du feu, que font les prophetesses pour recevoir la plénitude de l'esprit sainct ; rien de si ridicule et rien qui sedoize mieux ces misérables aveugles. Il dit quil suivit un homme qui portoit environ quatre sarments avec une branche dolivier pour voir ce qui! vouloit faire de ces sarments. Cet homme vinst dans la plaine qui est proche îeglise de Calvisson , ou il y avoit bien qua re mil hommes ou femmes qui faisoient un cercle et qui estoient a genoux ; quan milieu de ce cercle il y avoit une jeune fille aagée d'environ dix huit ans, assez bien faite , entre deux hommes. Cet homme aporte ces sarments et allume le feu : re feu commençant a sallumer, tous ces hommes se retirent et se vinrent mettre a genoux vers les autres, et alors la fille commença a faire sa prière tout haut : Seigneur, passant par cette flamme , fais que cette flamme ne me nuize point. La flamme du feu estant tout a fait abattue, elle passa par trois fois sur ces charbons , mais ayant de très bons et de très forts souliers, et ensuite elle dispersa ses charbons d'un costez et d'antre avec la main , mais le plus viste quelle pust. Cependant tous se mirent a crier miracle ! Le mesme Monsieur Uerglie vist encore une autre épreuve de la mesme fourberiez , sinon que la fille nayant pas voulu attendre que la flamme du feu fust bien abattue , elle se brusla si bien quil la fallu emporter, et quelle en a estez malade plus de si\ mois, quil l'a fallu toujour penser, et ces aveugles crioient avec cela miracle! Comme je puize les nouvelles, et que je veu remplir le papier, il faut que vous scachiez que le mesme jour Monsieur de Vinxieres ariva aprenant levasion des Camisars ; ce mesme jour on alloit leur envoyer mille ecus, car ils estoient bien payez de leur solde, et ou leur portoit tout abondamment. Une table de huit couverts, entretenue par le seigneur Cavalier, qui outie cela estoit sans cesse régalez par Monsieur de Vinxieres. Le mesme continue de dire a tout le monde quil se laisseroit griller pour soutenir que Cavalier y va de bonne foi ; mais quil y a grand nombre de scélérats dans sa troupe. Il parle de l'audace de ces gens là qui \enoient tous les jours le trouver a C il visson poui !ui dire qu'il n'y avoit rien a faire auprès d'eux, s'ils n'avoieut des temples et uue entière libériez de conscience. Chacuu demandoit

mil chose de cette nature, a quoi Monsieur de Vinxieres acquiescoit, craignant que s'il eust refroignez seulement le visage , on ne leust déchirez et mis en pièce. Tous les huguenots , qui alloient là comme l'on va a Sl-Jacque en Calice , faisoient les insolents. Les femmes s'y sont bien signalez ; on ny a pourtant pas apercea des gens de qualitez, mais des bourgeoises et marchandes.

Au moment que je ferme ma lettre, on publie à la ville que les principaux chefs des phanatiques se rendent. Monsieur le mareschal ordonne que tous ceux qui ont estez aux Camisars et qui sont retournez a leurs maisons ayent a porter leurs armes a celui qui commande a la ville la plus prochaine ; promettant que ceux qui reviendront de leur rébellion dans jeudi prochain recevront leur pardon , mais que s'ils résistent on les fera passer au fil de l'epée, et deffeuce a toute sorte de personne de recevoir chez soi aucun Camisar, soub peine de mort et de confiscation de biens.

De iS'isuics, ce 15 juin 170 i, à Clei-mont.

Vous devez avoir receu ma lettre du premier de ce mois , ou je vous partais de l'ordonnance qu'avoit fait Monsieur le mareschal, et qu'on fist afficher partout ; elle ne donuoit que cinq jours aux rebels , lequel temps expirez il ordonnoit que les troupes du roy donnassent sur toutes les assemblées que l'on pourroit découvrir, et declaroit quil n'y auroit plus aucun pardon pour ces malheureux. Durant cet intervale , nous eume tous les jours cent différentes nouvelles, et le résultat est que nous sommes toujour en échec et que les affaires n'en sont pas devenue meilleures. Cavalier est toujour prest de Mousieur le mareschal , y faisant un très bon et beau personnage ; cest à cette heure le secret de la pièce. Je ne scais , mon R. P. , si j'avois eu l'honneur de vous dire qu'il n'a pu ramasser que cinquante ou soixante Camisars de sa troupe , le reste sest dispersez partie a Ravanel qui bat la campaigne du costez d'Uzez ,

paitie a Castanet dans le Yaunage. Ceux que Cavalier a conservez ont estez envoyez a Yallabergue, village catholique situez près le Rone. Ou ne croyoit pas que ces zélés catholiques pussent souffrir d'entendre chanter des pseaumes et voir phanatiser toutes les heures du soir ; ils ont voulu au commencement les menacer de les noyer plutost que d'entendre leurs hurlements ; mais il a fallu les souffrir , et ces villageois apprennent a devenir politiques; il les laissent faire tout comme ils veulent, pourveu quils se déclarent bons serviteurs du Roy ; aussi les entend-on chanter bien loin , les villages circonvoisins entendent leur sabath.

Cavalier qui a restez quelques jours dans Xismes , y estant arrivez avec nos puissances , est allé faire sa tournée a Yallabregue ; apparemment quil luy tardoit d'aller un peu phanatiser et donner des inspirations a son petit troupeau. On dit quil n'a qu'a porter la m^in tout droit au dessus de ses yeux, justement soub les sourcils, et qi:e dez l'instant tout lotie son personnage ; l'un se porte d'un costez , l'autre de l'antre , une grande plénitude d'inspirations les possède tons.

Laissons les gonfler tant quils voudront pour parler de Roland. Celui ci fust au rendez vous de Durfort avec ses principaux ofiieiers ; il y trouva des gens de considération, hugeenofs, qui le prièrent de se rendre et de ne pas attendre , puis quil n'y aveit plus que deux jours a ménager sa grâce. On dit, s'il faut en croire ces Messieurs là, quil s'obstina toujour , disant en premier lieu que les puissances n'avoient traittez qu'avec Cavalier , que cependant ce n'estoit q'un jeune homme qui avoit servy soub luy, et que cestoit de luy quil avoit les inspirations; que pour luy il les avoit directement de l'Eternel et de son véritable esprit. Il dit bon nombre de semblables folies ; il adjouta que quand encore Cavalier avec toute sa troupe se rendrait, tout cela estoiî fort inférieur à la sienne ; quil ne se rendrai! point que soub de bonnes conditions tant pour son établissement que pour sa religion ; quils vonloient tous le rétablissement de l'edict de Nantes, encor le retour de tous les exilez et condamnez, et qui plus est, que les depences que l'on fera pour la reedification des églises et autres bâtiments par eux bruslez et detruitz ne fussent pas pris sur les gens de la religion plus que sur les autres catholiques, faisant encor demander du deîay pour la trêve; n sieur le mareschal respondit quil donnerait pas de temps et qu'il se mocquoit de tou!es ses propositions; quil navoit qu'à se rendre tout comme Cavalier, sans conditions, et quil s'en pouvoit fier sur les boutez

l'IÈCKS JUSTIFICATIVES. 2i<»

du Roy. Sur cela, Cavalier pria Monsieur le mareschal de souffrir quil y alla luy mesme pour lâcher a le résoudre. Xos puissances avoient de la peine de consentir a celle entrevue , craignant que Cavalier ne fust tuez ; mais il tist des instances , disant quil ne craiguoit pas , que dalieurs il s'estimoit très heureux de sacrilier sa vie pour le service du Roy et pour expier le mal quil avoit fait. On le laissa partir bien escortez. Dez quil se vist avec Roland, il fallu que Cavalier essuya mil reproches ; il fust trailtez de faux frères, qu'il vendoit sa religion dans le (enips quelle alloit triompher de la nostre ; il y en eust mesure quelques uns de la troupe de Roland qui tirèrent sur Cavalier; on dit qu'on luy tua son cheval sur luy, cestoit le mesme que Monsieur le mareschal lui avoit donnez. Messieurs d'Aigualier et Lacombe, qui ne quittent point Cavalier, le deffeudirent cl résolurent Roland au pourparler. Cavalier luy dit toutes les raisons qui pouvoient surmonster cette obstination. On n'a pas scû au vray ce qu'ils conclurent, car les affaires se traittent à celle heure fort secrètement , et cependant chacun les débile a sa mode el selon son génie. Le bruist se respaudit le dernier jour de la (rêve que tout sestoit rendu, que Roland entroit dans Anduze pour y voir Monsieur le mareschal , et quil avoit déjà fait mestre armes bas à toute sa troupe composée de quinze cens camisars ; ils sont mesme en plus grand nombre , car (ou le la campagne et plusieurs des villes sont pour eux , et se sont allez enrôliez. Cestoit Coulon luy mesme qui asseuroit avoir vea les officiers de Roland qui sen veuoient a Anduze prester le serment. Mais tout a coup on débita la nouvelle que la troupe mutinée avoit tuez Roland, lu second courier ariva qui dit quil nestoit pas morl , mais qu'il avoit disparu.

Monsieur le mareschal se mist le dimanche 8 de ce mois , a trois heures du malin , a la teste des troupes quil avoit a Anduze pour aller chercher les rebels. Ils se fourerenl dans des bois et des montagnes ou l'on n'a pu les avoir. L'on croit (jue Roland n'est pas bien le maitre de celle allaire, el quil prend langue de certains élrangers qui sont inco<j~ nilo dans sa troupe ; cela est assez vraisemblable. Xos puissances retournèrent icy trois jours après et menèrent Cavalier ; il se promena lout le premier jour a cheval dans la ville de Xismes, et les autres jouis il fust a pied ; mais ayant toujour devant luy quatre suisses qui porloientles armes levées; celle pelite escorte est, a ce que l'on croit, donnée pour le garder d'e.stre insullcz ; car il est regardez des yeux différents des uns el des autres. Quelques uns du peuple ne peuvent s'em-

pécher de iui marmotter des injures ; il ne s'en est guère falu qnil n'j aye eu de lemotion, quelques femmes s'etant échappée a luy crier après Mais les officiers ont ordre de le ne pas souffrir: hien loin de là , on le traitte fort honorablement: il a encore a ses costez deux de ses prophètes et qneîques Camisais . ses ;

Il faut vous parler de son prophète Daniel qui est son mignon ; celuy cy est si attachez a Cavalier , quil plenroit amèrement lorsqail le vist abandonnez de sa troupe. C'est un enfant de quinze ans ; on le dit fils d'un cordonnier, d'antres disent d'un nommez Guy, jardinier. A la conférence quils eurent avec Roland, chacun avoit amenez le sien : le prophète de Roland cil dans son entousiasrne que Dieu ne vouloit pas la paix, mais quil faîloit exterminer tous les ennemis de leur religion ; et le prophète Daniel , après avoir fait toutes les contorsions , prononça que Dieu vouloit qu'on obéi au roy. Ce qui flatte ces rebels d'un secou: étranger , cest la Hotte qu'on a veu à la hauteur de Rarcelonne ; on dit quelle est composée dAnglois et dHollandois , commandée par le prince d'Armstat. On asseure quils avoient déjà fait heureusement leur descente sur cette coste, et que le prince d'Armstat avoit des intelligences avec le gouverneur de Barcelonne et quelques officiers de la garnison ; que la nuist du 30 au 31 may on devoit luy ouvrir une porte : le vice roy en eust advis et fist manquer le coup. Dez que les estrangers virent qu'on avoit manquez de parole ils ne doutèrent pas que le vice roy neust estez averti et se crurent perdus sils ne remonstoient en diligence sur leuis vaisseaux qui firent roile du costez du levant. On avoit crû qu'il avoit passez du costez dltalie , mais l'autre jour on nous asseura qu'on les avoit veu arester aux costes de Provence , du costez dHières. Je vous écris aujourdhuy a la hâte , estant souvent interrompue : et joubliois de vous dire que dez que Monsieur le mareschal sceust que la troupe de Cavalier l'avoit abandonnez , il luy envoya une bourse a\ec trois cent louis ; depuis cela il a receu icy un bievest de colonel et autres trois mil livres de la pari du Roy. Il est après pour lever son régiment. Il fust l'autre jour au fort pour recounoistre les prisonniers et disoit à quelques uns : Te voila bien heureux de venir servir le roy, toi qui alloit estre rompu sur la roue. Il y avoit des officiers qui avoient déjà demandez a Monsieur le mareschal quelsques uns de ces malheureux ; mais le seigneur Cavalier ne veut pas les céder , disant que ces fjens la 1 u\ apartiennent. Chacun levé les épaules de voir uu jeune homme de 21 ans , sans éducation, aye si bien imposez. Il est petit,

ragot, mine basse, très mal a cheval, ayant les épaules un peu voustée, assez joli de visage, ayant lair extrêmement doux ; mais rien de fix ni de spirituel, il faut que la teste joiie en lui tous les personnages différents qu'il a sceu faire.

Nous venons d'aprendre que Monsieur de Bombel , major ou coinmandant de la marine , qui a son département du costez d'Anduze , arresta lautre jour un Courier que Roland envoyoit a Monsieur le mareschal ; il luy dit qu'il pouvoit traitter tout de mesme avec luy ; le courier lui explique les intentions de la troupe de Roland qui reileroient leurs demandes, mais quils vouloient absolument lexercice libre de leur religion a la campagne et a certains lieux, et autres choses quils ont toujour demandez. Monsieur de Bombel, sans avoir communication avec nos puissances , acquiesça a tout, et signa de sa main le traittez ; après quoy il en donna advis a nos puissances, qui fulminent contre luy et ne veulent point que cela passe ainsi. On adjoute encor que Roland est prest à se rendre, mais quil ne peut tirer de sa troupe trente Camisars ; si bien que ce ne sera rien faire que den avoir quelques chefs ; il ne leur en manquera pas ; ils se feront chefs tous les uns après les autres , voyants quon leur fait de si grands avantages, il ny a pas un coquin dans ces troupes qui n'en sache bien faire autant, lambition de devenir colonel les rendra tous maîtres brigands. A la veritez, ils nont ni bruslez, ui tuez depuis tous les pourparlers ; on ne laisse pas de donner de bonnes escortes, surtout sur la route de Lunel a Montpellier. Un voiturin dicy qui menoit une calèche, sestant uu peu trop avancez devant lescorte, fust arestez par des Camisars qui se contentèrent de couper les couroyes , et demmener les chevaux ; ils en prennent par tout pour remonter leurs pieds plats.

Je vous ai bien dit des paroles et je ne vous rend pas plus instruit de ces affaires, puis quelles sont a peu prest comme elles estoient dez le commencement. Cette canaille ne demande qu'a temporiser, et amuser le lapis , croyants d'en venir à leurs fins. Monsieur le mareschal est fort indignez , luy qui a fait trembler toute lAllemaigne ne scaist comment il doit mestre des coquins a la raison ; s'il nen avoit qu'un a ménager, il auioit bientost fini ; mais en les perdant, on craint de ruiner le pays et denvelopper un grand nombre dinnocent.

Vous pouriez eslre curieux de scavoir si Monseigneur notre prélat a veu le seigneur Cavalier ; je vous diray qu'on m'a asseurez que non ; il estoil un jour chez Monsieur 1 Intendant, et Cavalier y entra ; dez que

monseigneur Fevesque Fapercû, il se tourna ponr entrer dans une lufn chambre ; Ion remarqua a la conlenr qai lai m0nfa aa visaae, que ses entrailles paternelle? estoient véritablement émues: comment' on prela! aussi pacifique au . du sang de tant

de prebtres et de bcns catholiques.

Madame la mareschaîe eust la coriositez de le \oii et luy c.

us voir iej : car aileurs je n 'aurais pas voulu vous trouver. Elle le fist passer dans sa chambre avec peu de monde, : unpeuphaL.

■ À de quelle rnan

»ur des responces, il parle si pea qu'on

n'en a point retenu , et on ne luy voit aucune politesse.

1 W de la troupe qu'a fait

Catinat ont fait des hostilitez du eosfei de Vie ; je ne scar si on doit ;."on en dit, mais des cens qui viennent icy pour cousins , asseurent qu'on y a mas* a 7aes S; cela est, Monsieur 3e : îra en campagne : car il ne se îra de bailerie, royanl que la douceur ny fait rien : 'Isospend faut qnil le peut, voyant que den roir iexeeulion.

Adieu

\ous devez roui pfei de navoir point receu de mei

depuis celle que jeust lhonneur de i

!f' 2-* ■ V" • ; nrcela, jaxois

vm dp " fort malade dune Brime continu* Mn

des rednublemens très dangereux ; cette raison et la stérilité z des nouvelles sont cause que je n'écrivis pas. Le premier jour de ce mois que Monsieur le mareschal sorti de l'inaction ou il nous paroissoit , je fus attaquée dune fluxion a la teste; je me trouve pourtant un peu plus libre a présent, et jespere que mou mal n'aura pas de suite, je me suis fait saigner; vous jugerez donc par lempressement que jay de vous écrire avec un bras bandez , si je nay pas bonne envie de vous apprendre des nouvelles de nos quartiers.

Vous uignorez peut estre pas le départ de Cavalier; ou luy donna cent dragons pour l'escorter jusqu'à Lyon ; et là il en devoit trouver d'autres pour le mener jusqu'à Rrisac en Alsace, il n'avoit pu ramasser de sa troupe que cent bommes qu'on luy gardoit a Vallabregue. Outre cela les troupes du roy en trouvèrent quinze qui couroientla campagne, ils les prireut et les vinrent donner a Cavalier, avec cela il est parti ; les autres troupes camisardes restent dans leurs obstinations ; ils vont par petites bandes de six , de huist , de dix , battre les ebamps ; on dit quils massacrent encor du costez du Pouxpidoux ; mais icy ils se contentent de désarmer tous ceux quils peuvent trouver et de prendre tous les chevaux. Jusquicy le chemin d'Avignon estoit libre, mais aujonrdhuy on nose pas y aller sans escorte ; et l'on tient pour cela la route de Reaucairc pour y faciliter le commerce de la foire ou l'on se prépare. Il n'y a que deux jours qu'un étranger passant parle grand chemin dans une calèche fust aresîez par une demie douzaine de ces coquins ; ils se contenteront de prendre les chevaux , d'ouvrir la valize et y prendre une chemise pour chacun d'eux , ils ne tuèrent pas , et de plus ils laissèrent tout le reste quils trouvèrent dans la valize mesme de l'argent , disants quils n'en avoient pas affaire ; ils laissèrent là le monsieur et le voiturin et changèrent leurs chemises en sa présence , leurs laissant celles quils quittèrent : cest vrayment vivre a l'apostolique.

Voici a cette heure la conduite de Monsieur le mareschal ; il avoit donnez une ordonnance comme je vous avois marquez qui fust suspendue a cause des pourparlers que tîst Roland , mais environ le 15 ou 1G de juin , Monsieur le mareschal receut une lettre de sa part dont le cachet fut examinez ; il y avoit un bras sortant d'une nue qui tenoit au poignet une epée nue et ces deux mots écrits a lentour : Roland le Varh'ux. Il luy mandoit dans cette lettre que ny luy ny aucun des siens neposeroient les armes si le Roy ne retablissoit l'ediet de Xautes, et sil ne faisoit revenir los exilez et condamnez : il réitère sans cesse ces

224 PIECES JUST IFIC ATI V F. S

demandes. Monsieur le mireschal ce respondit antre chose ■ qail n'avoit quà se rendre sans condition , a cause de qnoj il a donnez nne seconde ordonnance h partout, ou il ne donnoit que

huit jours de delay, et leur signifioit que ce temps expirez et leurs rebellions ne finissant pas , il feroit arester les parents des rebels et quil leurs feroient porter les peines deues aux coupables ; ce qnil a très bien exécutez. Gomme il ny a que la pare canaille , nous ignorons la plus part de ces enlèvements ; mais on nous dit quil s'en fait tout.- : rt se re

Xos païsî al apparemment de Cavalier que lannee précé-

dente il avoit donnez congez a sa troupe de venir travailler aux moissuile de quoy ils avoient tous repris les armes ; ils n'ont pas doutez qu'on n'en fist de mesme celte un ; de raison , puis-

qu'on leur coope les vivres de Cela a fort bi en

Mr le mareschi lîe, car Fan ne fait aucun mouvement

sans l'autre : ils sont d'une parfaite intelligence et se consul moindre incident. Ils partirent donc pour Lunel et donnèrent des ordres secrets pour enlever , dans neurs et coupeurs de bled, tant catholiques que huguenots. On les leur mena a Lunel , et la ils firent tx-iaille , ils renvoyèrent tons les catholiques et enfermèrent dans les casernes avirons tous les autres ; il y en avoit tant des uns que des autres plus de quinze cent trouva guère plus ï;oh renvoya pourtant quelques huguenots pour ne les avoir pas jugez coupables. De ceux qui restèrent dans les casernes de Lunel, il y en ent quelques uns, aparemrcentde ceux qui se i - ; lus chargez de crimes, qui gaignerent des soldats et les engag-: : tifications de leur presler leur cazaque pour si r: connu; cela leur réussit , c

::i qui a fait punir les soldats et mettre des officiers aux arrêts pour manquez d'attention a leur employé. On a fait a retrouvez quelques ^heureux

qu'on a renfermez. On croit que ces honnêtes gens seront conduits comme les autres bien loin d'icy et qu'on les fera sen

Xous ne savons point encore - udra traittahle , l'on ne

quil ne le fust el quil ne se rendit, mais ce coquin d'Abdias,

dit Catinat, et le nommez Ra\anel sont si inveterex dans le mal , qu'on

ne les aura jamais qu'avec \ioleace. Ils pourraient bien estre pris bien

.mils prennent t.»ii- le- jour- de- formes différentes; Ci

y a pou de jours que Catinat estoit habillez en gueux sur le grand chemin avec trois on quatre des siens qui demandèrent des gens qui pas-; soient.

Il s'est tenu depuis peu une assemblée a Piguan , dans un village a cinq lieues au dessus de Montpellier , ou on les entendoit comme des forcenez chanter leurs pseaumes , ils se dissipèrent a laproche des troupes qu'on y envoya ; Mr le mareschal les laissa dans ce village a discrétion ; il est maintenant tout détruit.

Le séjour que firent ces malheureux a Calvisson et la libériez q'un chacun avoit d'y aller phauatiser , et faire l'exercice de leur religion a estez dun grand préjudice , ils s'y sont fortifiez dans leur malice , et les conseils que leurs adhérents leur y donuoient a tout dérangez. Xos puissances sont montée de Lunel jusque Cette pour y reconnoistre le port , et de là ils vont jusquà Agde.

Cest bien tout ce que je puis faire pour Ihonneur de vostre service que de pousser si loin ma lettre dans lestât ou je suis. Excusez donc le desordre ou elle est et croyez moi , etc.

Sœur Dénierez

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