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Jean Charles Cazin

Je ne sais si l’on se rappelle encore les deux panneaux qu’exposa Cazin en 1892 et qu’il destinait à la Sorbonne. C’étaient deux peintures auxquelles il tenait fort et qu’il ne voulait livrer qu’au jour où il s’en trouverait pleinement satisfait. 11 les avait exécutées toutes deux surnature, ce qui ne lui arrivait point d’ordinaire pour des ouvrages aussi importants, et il eût désiré n’y introduire les modifications qu’il se décida enfin à y apporter, qu’en face du beau paysage méditerranéen devant lequel il les avait conçues.

des jardins et de la Maison de Socrate ,

Cazin était venu refaire sa santé, depuis

longtemps compromise par le fonctionnement irrégulier du cœur; c’est là qu’il est mort le 2G mars 1901.

D’un côté, c’est un beau jardin touffu, resserré dans un pli de colline, un Eden familier, avec son clapier et son pigeonnier enfouis sous les feuillages ; de petites flammes roses semblent courir sur les branches des amandiers en fleurs et les orangers épanouissent, dans les verdures luisantes, leurs pommes

C viii.net du Docteur C.azin a Boulogne

d’or rouge connue les beaux fruits de pierres précieuses des vergers merveilleux d’Aladin.

De l’autre, un tout petit édicule en pierre, au toit de tuiles rosées, refuge de douaniers ou abri de pêcheurs — qu'on appelait d’une plaisanterie coutumière « le Parlliénon » — - est devenu la maison de Socrate : au fond s’étend une calanque d’un bleu pâle, ourlée d'outremer et bordée des dernières ondulations des collines boisées, sous un ciel très doux.

C’est le Lavandou, modeste bourgade de pêcheurs devenue station hivernale. qui égrène au bord de la mer scs groupes d'humbles maisons. Plus loin,

en arrière, sur des hauteurs que dominent un vieux château et des moulins abandonnés, se dresse la petite ville de Bonnes, toute parfumée par les effluves des pins et des citronniers.

C’est là, dans cette exquise solitude, mais par la tristesse d'un âpre hiver qui n’épargna point ces régions fortunées, que Cazin a terminé mélancolique-

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ment les derniers mois de son existence et fermé à jamais ses veux clairs, si épris de la lumière et de la vie.

Il a été couché, suivant sa volonté, au milieu du petit cimetière de Dormes, dans le silence et l’intimité, à l 'abri des honneurs officiels, * 1 ns hommages hypocrites et des palinodies qui accompagnent les pompes de l;i mort. Cazin avait toujours aimé les cimetières de village, comme tout ce qui. dans la nature, lui parlait des choses humaines. Cet étroit cimetière de Dormes, juché sur la hauteur, avait pour lui quelque chose de mélancoliquement engageant.

Et de même qu’il aimait assez éparpiller sa vie à travers toutes sortes de domiciles qui semblaient créer à son imagination des multiplicités d’existence, de même avait-il manifesté, avec un sourire résigné, le désir de faire un petit séjour dans cet enclos funèbre, avant d’aller, pour l’éternité,

demeurer sous les sables plus froids du Nord, dans la terre des aïeux.

Car le grand regret de Cazin avait été de ne pas mourir dans la vieille maison où il était né.

Cette maison de Samer, il l’avait exprès rachetée, meublée de tous ses anciens souvenirs, il y avait reconstitué sa chambre d’enfant; il se plaisait à y aller, de temps en temps, continuer pour lui sa vie d’autrefois comme si aucun événement n’en avait interrompu le fil. Et il avait formé ce vœu, très intime et très ardent, de finir ses jours dans le même lit où il les avait commencés.

La vie, certes, lui avait été bonne, mais il remarquait qu elle n’avait pas toujours fait pour lui exactement ce qu’il attendait et que, ce qui n’est que trop la règle commune, la plupart du temps les choses arrivaient à contresens de ses désirs. Ce fut sa dernière déception.

Ceux qui n'ont pas connu Cazin de près seront surpris peut-être devant cette face imprévue de sa nature. On le savait doué d’une haute intelligence ouverte à toute chose, d’un esprit plein de finesse et d’ironie aimable et, en même temps, d’un jugement délicat et sûr. Mais les bons camarades étaient disposés à lui attribuer une personnalité d’un scepticisme assez pratique et

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