‹ Jean d'ArdenneChapitre 6 sur 7 · III · texte numérisé non relu

III

n'éprouve pas le besoin de dégager leurs des brumes millénaires où elles se sont <-ffa< é

Au fait, les convenances exigeaient que je méditasse un brin, en ce lieu exceptionnellement vénérable. Cherchant, pour cela, quelque ;olitude parmi ces champs de ruines où est écrite en caractères prodigieux une très vieille histoire, j'ai égaré mes pas dan^ le temple G, le plus grand de tous et le plus effroyablement bouleversé. C'est le premier qui se rencontre sur le plateau de l'est. On l'appelle aussi temple d'Apollon. Et il faut convenir que le dieu du jour a été particulièrement soigné par le tremblement de terre. Tudieu ! quelle purée ! J'ai pensé qu'il et. ut décent, en l'occurrence, de reprendre le vieux thème du père Volney. Ce thème est bien démodé ; mais Sélinonte est bien extraordinaire, — et l'on ne vient pas tous les jours à Sélinonte.

Dans l'indescriptible chaos de blocs épars, déjetés, émiettés, la jonchée de tambours gigantesques, de monstrueux chapiteaux. tout <ela criblé de trous caverneux, formant amoncellements désordonnés, entre ;ls se dr«--->' une colonne unique, rugueuse et fruste, restée debout par hasard, milieu de l'universel chambardement, — ii donc <]<• façon .1 trouver un endroit propice à quelque rêverie sur la chute d<-. empires ou ~ur tout autre sujet conforme.

oe de cette -, je m'a ment sur un

fût, je pris la pose séante aux gens qui roulent en leurs cervelles de vastes pensées, — <( et je demeurai immobile, livré à une mélancolie profonde ».

Ce pendant, là-bas, sur l'Acropole, dans les temples consacrés aux premières lettres de l'alphabet et où le couvert se trouvait mis, les autres dévoraient la charcuterie apportée du bateau et <( séchaient » tous les litres, — si bien que je pensai m'en aller de Sélinonte la langue pendant et le ventre creux. Par bonheur, un obligeant ami vint m'arracher, à temps encore, à ma poétique

rêverie.

Agrigenle.

Le rivage de Port-Empédocle s'allonge, taillé en falaise. Au fond, la croupe mamelonnée portant la petite ville de Girgenti se découpe sur le ciel du matin ; nous voyons se lever les derniers voiles de la nuit, qui l'enveloppaient encore, et le détail des maisons groupées en amphithéâtre se préciser graduellement dans une clarté rose.

Ce Girgenti est tout ce que notre époque a pu conserver de la superbe Agrigente d'autrefois. La ville moderne s'est retirée sur l'acropole; elle s'y est tassée, recroquevillée, repliée sur elle-même, laissant la libre nature reprendre ses droits sur l'étendue que couvrait l'ancienne. Celle-ci s'avançait vers la mer, s'étalait dans la plaine déclive, magnifiquement. Partie de l'Acropole qui fut son berceau l'y voici revenue aujourd'hui misérablement. Elle vivote là^ dans la torpeur provinciale, comme une ancienne reine

que dec revers de fortune auraient réduite à la condition de petite bourgeoise.

1 'est toujours mieux qu'à Sélinonte, où la l'ino e<-t morte.

Aussi, le séjour est bien différent et le sol offre d'autres ressources. L'exploitation du soufre, aux environs, constitue une des rares industries florissantes du pays sicilien, alimente le mouvement du port, et, d'autre part, le vaste périmètre de l'antique Agri- <• apparaît comme un jardin, déroule ses nappes de verdure, ses champs plantés de r.rs, de citronniers, d'oliviers, d'amandiers aux feuillages pâles, i|ue les pyramides grêles des cyprès et les dômes des pins parasols relèvent de taches vigoureuses. C'est avec délices que les regards embrassent ce tableau de nature au charme exubérant, où les squelettes des temples apparaissaient environnés de joie. L'atrr. sphère de Ségeste est d'une gravité parfaite, d'un<' sévérité presque tragique; à Sélinonte, l'ambiance est faite de tristesse, imprégnée 'litude farouche, et l'écroulement com- .ij"Ute à l'impression de mélancolie rimante qui vous saisit en ces par..

désolés. Ici, la terre garde un char::

qui se communique au passé spectral tsente par les débris survivant» d'un âge lit-- glorieux et tri-- lointain :

rennent dans le paysage verdoyant

rt baigné de s,, loi] un aspect plutôt gracieux.

En cherchant une analogie dans la mère-

de la Grèce, on

les

deux sièges principaux des cultes helléniques, à Delphes et à Olympie. J'eus l'occasion de le noter, naguère, de mettre en opposition, d'un côté le site prodigieux de Delphes et l'écrasement de l'esprit devant la muraille énorme et tragique des PhcedTiades, de l'autre la plaine de l'Altis, verte et fleurie, respirant la fraîcheur et la grâce printanières, évoquant d'aimables tableaux en son cadre virgilien, malgré toute la majesté des dieux.

Le plateau rocheux qui dévale de l'acropole vers la mer et porta la plus étendue de toutes les villes grecques après Syracuse, est compris dans la fourche de deux cours d'eau, l'Hypsas et l'Akragas (Drago et San Biagio, en géographie moderne), qui se rejoignent pour finir ensemble à l'endroit où était le port antique.

Il se termine par une longue terrasse, sorte de muraille naturelle au-dessus de la plaine marine et qui formait le rempart méridional de la cité agrandie. Sur cette terrasse, les Agrigentins avaient érigé leurs sanctuaires illustres, dont les restes encore debout ou couchés par terre s'alignent le long de l'escarpement.

Vers l'est, le temple de Junon Lacinienne. sur une assise élevée, domine le paysage ; des fûts à derdi-brisés, rongés par le vent d'Afrique, tout un côté de la colonnade surmontée de son entablement, produisent un grand effet. Les anciens photographes avaient toujours dans leurs ateliers de pose des fûts de colonne imités de l'antique, pour

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r d'accoudoir aux bourgeois désireux de se faire portraiter en des poses glorieuses, ystème se retrouve, très perfectionne, au temple de Junon d'Agrigcnte, et l'on peut mment saisir l'occasion qui s'offr« de r on groupe, avec de vraies colonnes dbriennes pour accessoires. Nous la saisîmes. Vers la partie centrale, le temple de la orde se carre en son intégrité relative. Il a une teinte spéciale, d'un jaune terreux et doux, qui lui donne un charme étrange lorsqu'il apparaît dans la lumière. Au moyen-âge, on en fit une église i hrétienne (Y-diée à Saint-Grégoire-des-Navets. Cette heureuse circonstance le préserva.

l'ignore quelle sorte de relations les navets ont bien pu nouer avec saint Grégoire; ces relations étaient vraisemblablement différentes de celles qu'ils entretiennent avec le canard ; mais je constate que, pour la conservation des temples païens, Saint-Grégoire-des-Navets n'a pas eu son pareil dans toute la chrétienté. Il est regrettable que ce saint ne fût poini encore inventé du t< mps de Libanius, l'éloquent défenseur des édifices de l'ancien culte, des beaux temples »! des belles statues, à la destruction d<^-quels ces brutes de premiers chrétiens, ausse livrèrent avec acharnement.

Toujours en allant vers l'ouest, on trouve,

!ut'|ue côté de la porte Dorée, le- débris

épars du temple d'Hercule et du temple de

Jupitor. <r dernier colossal, le plus v.i-te

du monde hellénique et qui se distinguait

par des variantes de construction peu ordinaires : colonnes du pourtour engagées dans un mur plein au lieu d'être isolées, emploi de cariatides comme supports. Ces cariatides étaient des atlantes de près de huit mètres de haut. On est parvenu à réunir les pierres frustes qui constituèrent un des colosses ; le squelette est couché sur le gazon parmi les autres débris de ce monument d'orgueil, dont la ruine semble d'autant plus consommée qu'il affichait plus de prétention. C'est chez lui que des générations de carriers s'approvisionnèrent de préférence et ses matériaux sacrés figurent abondamment dans les jetées de Port-Empédocle.

Toutes les époques nous ont montré de ces phénomènes orgueilleux : quelqu'un essayant de surpasser ce qui s'était fait, en exagérant les proportions. Lorsque l'archi tecture ogivele eut produit ses chefs-d'œuvre, les grandes cathédrales du pays de France, on vit les chanoines de Beauvais, piqués d'émulation, se livrer à une entreprise de ce genre. Il en résulta le chœur excessif que vous savez, condamné à attendre éternellement sa nef complémentaire.

L'orgueil des chanoines ne put aller au delà.

Dans l'antique Agrigente, ce fut le tyran Théron qui conçut le projet d'élever un sanctuaire plus vaste que tous les autres ; il le dédia, comme vous pensez, à Jupiter, ce maître temple ne pouvant être consacré qu'au maître des dieux.

Ce qui justifie dans une certaine mesure

l'orgueil de Théron, c'est qu'il venait d'administrer aux Carthaginois, de concert avec son gendre Gélon, tyran de Syracuse, la plus forte peignée que ces Sémites aient jamais reçue des Aryens: je parle de la bataille d'Himère, livrée en 481, et où les Hellènes de Sicile refoulèrent l'invasion punique, en même temps que les Hellènes de la métropole refoulaient à Salamine l'invasion modique. Cette double victoire assura pour un temps la domination grecque aux rives méditerranéennes et ouvrit l'ère brillante qui s'appelle le siècle de Périclès.

Et Théron, au retour d'Himère, entreprit son temple, sans compter bien d'autres embellissements et agrandissements de la cité. On rapportait les cinq milliards, — je veux dire que les vainqueurs étaient rentré? chez eux, à Agrigente, à Syracuse, dans toutes les autres colonies alliées, avec des tas de prisonniers qu'ils firent trimer dur en les employant aux travaux publics et prr C'est alors que Syracuse commença de creuser ces étranges et merveilleuses (c latomies » qui font aujourd'hui, avec le revêtement vivace que la nature y a mis, d'admirables accidents sur son immense plateau désert.

Alors au— i commença la grandeur d'Agrig( ote. Elle n'eut point longue du:

xante-quinze ans à peine. Dan- cet intervalle, les Carthaginois - à llimère, s'étaient refaits, prépare-, à une autn* in\< sion, qui fut la bonne. Ils trouvèrent un lans l'appel de Ségc-te contre S

linonte et, ayant commencé par traiter celleci de la façon que nous eûmes le désagrément de constater, poursuivirent la conquête de la Sicile. Agrigente y passa bientôt après Sélinonte ; en 406, les Carthaginois entraient par une porte, tandis que ces rossards d'Agrigentins, devenus trop riches, efféminés, avachis, ayant perdu toute vertu civique et toute endurance, s'en allaient par l'autre; ils filaient à Gela, leur ancienne métropole, toute voisine, pareils à des gosses fouettés qui se réfugient sous les jupons maternels. Les sanctuaires des dieux qu'ils avaient mis sur leurs murailles, en manière de protection, ne leur furent d^aucun secours. C'est, d'ailleurs, l'invariable habitude des dieux de ne secourir que ceux qui travaillent eux-mêmes à leur propre sauvegarde. De là le proverbe: Aide-toi, le ciel t'aidera. Ce en quoi les dieux sont très malins. Les gens qui implorent saint Antoine pour retrouver un objet perdu commencent par se livrer à d'activés rechercheSj au lieu de se croiser les bras; si elles aboutissent, ils remercient saint Antoine du résultat. La bêtise humaine correspond exactement à la malice divine.

C'est notre porte, la porte Dorée, entre PHeracleion et l'Olympeion, qui donna passage aux assiégeants. L'Olympeion, commencé par Théron, n'était pas encore tout à fait achevé; on y avait travaillé durant toute la haute fortune d'Agrigente.

Un peu plus loin, dans les prés verts, entre les myrtes et les amandiers, se dresse

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un fragment conservé du temple de= Dioscures, postérieur aux autres et construit au IIIe siècle, lors dune tentative de restauration de la cité: un groupe angulaire de colonnes sur leur soubassement dégagé et portant leur section d'architrave, celle-ci une section de frise à triglyphes, et, couronnant le tout, une section de fronton ; I donnance est complète. C'est trop joli pour n'être point le résultat d'une reconstitution; cela se réduit en bronze pour décoration d'étagères, comme les trois colonnes de Pédicule dédié aux mêmes, sur le forum romain. En effet, les restes du temple de Ca • • Pollux ont été pieusement ramassés et très artistement rassemblés par les soins de Cavallari, le prédécesseur de M. Salinas à la direction du musée de Palerme. Les archéologues actuels sont moins soucieux du pittoresque.

Il faut bien donner un coup d'œil au pauvre Girgenti, pelotonné là-bas sur sa colline. Figurez-vous Paris dont il ne resterait <[ue Montmartre. On irait, n'est-ce pas, ter le Sacré-Cœur par pure charité, en quittant les ruines du Louvre, de Notre-Dame i • de l'Opéra?

Et la cathédrale de Girgenti si ilU point culminant. Nous y arrivi par un labyrinthe de ruelle? bizarre.*., carpées, aux aspects de coupe-gorge. Des niaient en cortège, avec un attirail de poupées minuscules affublées, de chif- . bouts de chandelle fichés sur un de bois repr< ei talent des cier-

ges. En approchant, nous vîmes qu'ils jouaient à porter le Christ en terre (on était dans la quinzaine de Pâques), un jeu fort amusant que je recommande aux familles transalpines.

Les Transalpins ont gardé la déplorable habitude de rendre ces jeux-là crevants en ks parquant dans les églises, où ils sont l'apanage exclusif d'adultes lamentables et de vieilles gens gâteux. Viva l'Italia, qui égaie tout !

A la cathédrale, on nous montra le sarcophage fameux où l'histoire de Phèdre et d'Hippolyte est résumée en quatre basreliefs. Ce vieux raseur de Théramène était beaucoup plus bavard. Pour ceux qui connaissent les merveilles du musée de Constantinople, le sarcophage antique devient un objet d'un placement difficile. Celui-ci n'est d'ailleurs qu'une réplique romaine d'une œuvre grecque. L'original est égaré.

J'ai trouvé beaucoup plus intéressant le panorama que l'on voit se déployer de ce point culminant où s'élève la cathédrale de Girgenti. Nous aurions voulu nous attarder devant le prestigieux tableau que le soleil descendant sur la mer enveloppait d'une lumière éblouissante...

Syracuse.

C'était dimanche. Xous allâmes tout de suite faire nos dévotions à la cathédrale, qui est un ancien temple dorien du sixième

siècle avant Jésus-Christ et fut consacré à Minerve.

Les chrétiens l'ont ôté à Minerve pour le donner à la Trinité — et à Notre-Dame de Lourdes, qui s'appelle ici Notre-Dame des Colonnes, à cause des colonnes du vieux temple, des puissantes colonnes doriennes que l'église a gardées, engagées dans murs. On les prit simplement à la vierge d'Athènes, celle qui sortit du crâne de Jupin, afin de les attribuer à la vierge de z,u«>th, celle qui conçut par l'opération du Saint-Esprit. Vous n'imaginez pas la solidité qui fut ainsi obtenue. San? compter Domie des frais de bâtisse.

Les gens du moyen-âge couronnèrent frises de créneaux, ainsi qu'il apparaît encore tout le long de la face latérale, et, au .WII" siècle, les Espagnols mirent à ! fice un masque de style jésuite. Toul fait une salade extraordinaire. Ce qui ordinaire, c'est le tableau de l'intérieur, dimanches et fêtes: on y voit l'idols* catholique se manifester exactement d«* la

manière que partout ailleur-.

n'y moisîmes point.

Syracuse a agK w actuelle les ruines d'un a

actuaire de la même époque. Celui-ci it pour patronne une troisième Diane. Comme il était déj.'i trop délabré, L'époque où fleurirent ables transformations de tem

faux dieux en temples OU -<

tiens dédaignèrent d'en accommoder les restes.

En disant que notre première visite fut pour la cathédrale, j'ai un peu altéré la vérité. A parler franc, c'est la nymphe Aréthuse qui l'eut. D'abord parce qu'on trouve des cathédrales partout et que, Aréthuse ne ne trouvant qu'ici, il était décent de commencer par elle; ensuite parce qu'en débarquant aux rivages d'Ortygie, Aréthuse est ia première personne qu'on Tencontre au débarcadère.

Il est joli: un quai-promenoir, planté d'arbres, adossé à une haute terrasse bordée de maisons ; un square, des palmiers, des tamaris, des lauriers d'Inde, des fleurs, les bustes d'Archimède et d'autres notabilités syracusaines, tout blancSj sous les frondaisons traversées de rais lumineux. Une voûte creusée en tunnel sous un ancien fortin qui borne la terrasse: Aréthuse apparaît de l'autre côté, dans un bassin spacieux environné de murs et de rampes à degrés. Sa nappe cristalline forme un mélange d'eaux dormantes, courantes, sourdantes, d'où montent les tiges grêles des papyrus chevelus, bercés dans l'éternel remous.

La mer d'Ionie est là, toute voisine, pour recevoir les eaux de la fontaine. Mais je pense qu'on y chercherait en vain la trace d'Alphée, qui suivit Aréthuse d'Elide jusqu'ici, un jour qu'il se trouvait en d'exceptionnelles performances. C'était il y a fort longtemps. Depuis lors, le vieux marcheur a remisé et n'en mène plus large. Je l'ai

connu à Olympie. où il continue à serpen ter dans un paysage idyllique, évocateur de nymphes dansantes, au clair de la lune, sous le couvert des pin*. Cela L'inspirait, en son âge brillant, et l'on comprend sa poursuite d'Aréth'! \uj >urd'hui, c'est un

fleuve vanné et les nymphes dorment tranquilles sur ses bords.

Tout près de là, en haut des degrés, une porte basse s'ouvre dans la muraille d'unvieille maison, à l'angle d'une ruelle montante. Elle donne accès dans un gouffre qui se creuse sou- vos pieds dès l'entrée; un escalier en échelle y descend, se perd danles ténèbres, d'où montent des éclats de voix. On se penche; l'œil di-tingue COU un congrès de surcières autour d'un bassin taillé dans 1<- toc, au fond d'une sorte de puits caverneux.

Ce lavoir original, un peu terrifiant d pect, n'étant signalé par nul Baedeckei . ignore du commun des visiteurs, qui aux curiosités marquées comme vont au moulin. Pourtant, je le soupçonn • d'être la véritable fontaine Aréthuse, puisque, creu-é juste au niveau du bassin a ouvert qui | i nom, il reçoit avant

lui, directement du rocher, l'eau d source.

: vue de curieux étrangers penchés sur le trou, les lavandières du fond eurent tout d<- suite l'inspiration conforme pral

d'habitude les population .ces

créature rudimentairea manquaient

dominent d'informations sur la légende mythologique d'Alphée et d'Aréthuse ; elles ne savaient rien du vieux commérage ovidien et virgilien laissé dans nos mémoires classiques :

...Alpheum fama est hue Elidis amnem Occultas egisse vias subter mare, qui nunc Ore, Arethusa, tuo Siculis confunditur undis

et leur esprit n'était point ouvert aux pensers qui nous hantaient.

Interrompant net leur lessive,, elles tendirent un linge au-dessus de l'eau, en nous indiquant par des gestes et par des cris que notre seule fonction, pour l'instant, était d'y jeter des sous. Et leurs voix éraillées emplissaient de tumulte les concavités résonnantes de cette bouche du Tartare.

La Syracuse moderne est exactement à la Syracuse de Denys le Tyran ce qu'est Girgenti à l'Agrigente de Théron et d'Empédocle. Ici comme là-bas, la petite ville nouvelle est revenue se concentrer au berceau de l'ancienne; là, c'est l'acropole; ici, l'îlot d;Ortygie.

Mais, à Syracuse, l'espace délaissé est autrement vaste qu'à Agrigente, et il est difficile d'en passer la revue complète en une seule journée. Achradine, Tyché, la Néapole, les Epipoles, ces quatre cités qui, par extension graduelle, arrivèrent à former une immense agglomération fortifiée sur le plateau rocheux étalé au nord-ouest d'Ortygie, comprenaient plus de vingt fois la superficie de cette dernière.

Sui ce plateau aux bords relevés, aux tes inclinées vers la mer, enfoncé comme un coin dans les terres, où sa pointe fait un -pement pourvu jadis d'une défense qui • la clef de la position militaire, toutes les civilisations, depuis trois mille an peu s'en faut, ont laissé des vestiges extraordinaires. Certes, les souvenirs réunis là, -ur une surface d'une vingtaine de kilomètres de tour, pourraient faire la fortune de plusieurs pays pauvres d'histoire, entre lesquels on les répartirait f'quitablement, selon les principes sociaux.

fions avons erré dans les Latomies, où le printemps jouait une symphonie très à<>\;< e parmi les déchirures formidables du exravé, pénétré au fond des catacombes chn'tienm $ qui recèlent les restes d'une des «ept Eglises primitives, flâné sur la voie des nécropoles, le chemin creusé dans le roc d( rit les parois montrent des sépulture* de tous les âges, visité le cirque romain, — peuh ! — monument de décadence s'il en fut, mi les débris de la civilisation grecque; nous nous sommes attardas sur 1<?> gradins <lu magnifique théâtre adossé aux pentes de la Néapole, tourné vers la mer, larger. ouvert devant la sublimité du paysagdont les vingt-quatre mille spectateurs — le tout Syracuse des premières — avaient la primeur des tragédies d'Eschyle.

lit l'un des trois plus grands du monde grec; on trouve les restes deux autres en Asie-Mineure et «-n Aicadir; le premier à Milet, le second à -Megalopolis.

Ce qu'on ne trouve nulle part, c'est l'admirable disposition de celui-ci, dans un tableau de nature dont les éléments constitutifs, exactement proportionnés et distribués, réalisent un idéal de beauté sereine tout à fait conforme à l'esprit hellénique.

Les Latomies, ces carrières énormes, d'aspect original et surprenant, d'où sortit tout entière la cité des Hiérons et de Denys, offrent aujourd'hui, sur ce plateau désert, leurs cavités béantes, leurs abîmes chaotiques, en témoignage d'une grandeur et d'une puissance depuis longtemps disparues.

Au <( Paradis », près du théâtre, un tremblement de terre a déterminé l'écroulement des roches fouillées, excavées, térébrées en tous sens par les travaux d'extraction ; il en est résulté un formidable éboulis. Le temps a pu y mettre toute la splendeur d'une végétation prodigieusement vivace jetant une exquise débauche de verdure en ces abîmes de pierre où tant d'hommes peinèrent autrefois jusqu'à la mort.

Là-bas, vers la mer, aux versants de l'Achradine, le phénomène est plus saisissant encore : les Latomies des Capucins creusent un vaste labyrinthe Caillé à pic dans le plateau et qui se relève d'une façon soudaine et imprévue, profondément encaissé entre des roches colossales dressées en parois, en falaises surplombantes, en promontoires escarpés, en donjons fantastiques, en tranches minces et effilées comme des lames, perforées, déchiquetées, ébréchées, formant des amoncellements désordonnés, les acci-

dents les plus étranges et les plus inat tendus.

La chaleur du sol calcaire a produit làdedans des merveilles de végétation ; un éden s'est constitué dans cet ancien enfer <jue les prisonniers d'Athènes, de Carthage, d'Etrurie — selon les variations de la politique et le caprice de la fortune — venaient emplir tour à tour de leurs contingents lamentable^.

Sur cette horreur tragique, la nature a versé son charme comme un baume; elle l'a versé abondamment, prodigué avec une libéralité extraordinaire; elle semble avoir jalouse de dissimuler des traces honteuses et d'effacer de fâcheux souvenirs. Mais, à travers la féerie présente des verdure; prinunières et des arbres en fleurs, l'imagination atrice remet à nu ces grands tombeaux de pierre, les dépouille de la parure que leur apportèrent tout doucement les siècles d'oubli.

Cependant, un Anglais qui fut consul à Syraruse — rapport au commerce des vin-. sans doute, — aux alentours de 1S30, a eu l.i r iquadc de se faire enterrer et ériger un petit monument commémoratif en ce li>'u

ivant. Plus loin, les patriotes de la #inn on ont érigé un autre, du plus hideux bourgeoisisme, à Mazzini, dont la nu'-m évidemment honorable, aurait pu être honorée partout ailleurs. Ces incidents d'histoire contemporaine apportent une singulière di- :i- de> penseï

11 y a aussi la Syracuse chrétienne. I <.

cette ville, depuis les premiers colons corinthiens qui la fondèrent, a subi toutes les fortunes. C'est encore aux pentes de l'Achradine, parmi les vignes et les jardins, que l'on voit surgir la façade romane de San- Giovanni, église du XIIe siècle, sous laquelle se dissimule celle du IVe, où l'on montre la tombe de Marcien, fondateur, l'an 44, de la primitive Eglise syracusaine, succursale d'Antioche et la troisième des sept. Un padre capucino vous sert de cicérone en cet endroit sacré, puis aux catacombes voisines. C'est le même jeu qu'à Saint-Calixte, sur la voie Appienne — et le même prix.

Je ne cacherai pas mes préférences pour les Latomies. Ces souvenirs du christianisme primitif ont un caractère qui manque par trop d'ampleur, de gaîté et de lumière. On peut être sévère, sombre, terré, lugubre, funèbre, crevant, — mais pas d'une façon aussi intégrale.

Ah ! le théâtre grec, là-haut, sous la grande clarté du ciel, dans le noble cadre du paysage, en face de la mer d'Ionie !...

On m'objectera que de tels contrastes résultent fatalement des circonstances et qu'il serait absurde de réclamer du christianisme débutant des manifestations triomphantes.

Je n'ai pas dit le contraire et ne songe à incriminer personne. Mais il est bien permis d'exprimer ses sympathies.

* * Catane et l'Etna. — Taormina.

Encore un tableau incomparable : Catane, le matin, étalé sous les pentes de l'Etna; le

grand cône découpé, au fond de l'horizon ; te du versant oriental descendant verla mer, d'un trait allongé, dessiné avec ampleur.

récifs noirs ressortent vers la pointe • i < lie plonge ; ce sont les cailloux que le

< \i lope Polyphème lança sur les vaisseaux

Ulysse, — vous vous souvent mme

le Cyclope tapait au hasard, en aveugle qu'il ayant eu l'œil crevé, les cailloux tombaient dans l'eau, tandis que les compagnons d I lvsse, rigolants, garaient leurs sabots.

Ils n'ont plus bougé depuis, les cailloux, et pour cause. Les géographes, qui ne respectent rien, en ont fait des écueils et 1 -

< nt appelés Faraglioni.

Car ces rivages méditerranéens sont toujours amusants à parcourir, rien que parce qu'on y retrouve, à chaque pas, les lieux d'un tas de petits drames familiers qui documentèrent notre jeunesse. Les entours de l'Ktna sont fort bien lotis sous ce rapport. Avec sa masse prodigieuse, son caractère et • t tout particuliers, son activité territe de volcan, l'Etna a dû frapper extra-

< rdinainment l'imagination des hommes, aux époques où les phénomènes naturels

• nt par de poétiques légendes.

!'• d après la pointe susdite, vient Acir ■ u !. même Polyphème envoya un autre

< aillou (décidément, c'était une manie) à

riva] Aiis, l'amant de la nymphe Gala-

thée. Alw>, il avait encore son œil; aussi

a et le pau\ <n resta

L'historiette, oont< l 'vide —

'l représente Polyphème, amonreni et

devenu coquet, se rasant avec une faulx, — l'avait déjà été par Théocrite. Ces choses siciliennes ont de qui tenir.

On voit Catane grandir à la base de l'énorme montagne, le viaduc du chemin de fer dessiner ses arcades au fond du port, entre les mâtures et les gréements. Par delà les toits et les dômes, là-bas, dans un recul profond, une brume lointaine laisse transparaître les versants couverts de vignes et de jardins, où Le ton noirâtre des laves se rehausse du vert tendre des pousses printanières et de la neige des arbres en fleurs. Plus haut, la tête du géant, couronnée de son panache de fumée, s'accuse nettement sur le ciel.

La ville de Catane fait partie du massif volcanique de l'Etna, boursouflure colossale de plus de trois mille mètres de haut et de cent cinquante kilomètres de tour, qui s'éleva sur un fond de cuvette^ indépendante de toutes les formations voisines. Elle occupe l'extrémité méridionale du massif. Au delà, tout de suite, la nature du sol change ; c'est la «plaine de Catane», le plus fort lopin de terrain quaternaire de tout le territoire sicilien, qui s'étale au bord de la mer.

Nulle cité n'est aussi exposée, par sa situation, aux aventures désagréables résultant d'un voisinage dangereux. Périodiquement, elle reçoit la visite inattendue de quelque coulée de lave. Il n'y a rien d'inopportun comme ces visites-là : il est facile de s'en rendre compte par les témoignages irrécusables qu'elles ont laissés. Mais on sait

— »3> — les merveilleuses compensations que la nature apporte aux colons de l'Etna, et comment une prospérité extraordinaire, toujours renaissante, se greffe sur la ruine et la destruction. C'est ce qui explique la physionomie cossue de Catane, ses longues et larges bordées de maisons spacieuses et solidement construites.

Les Catanais sont soigneux de la mémoire de leurs grands hommes. Jusqu'ici, ils en ont deux — sauf erreur ou omission: Stési- , hore et Bellini. Le premier florissait au Vil*1 siècle avant notre ère; il fut de son état poète lyrique et inventa l'épode ; encore n'était-il pas Catanais de naissance; il le devint par l'habitation. Bellini, lui, est un natif. Il est mort à Puteaux. Ses cendres retournèrent à Catane, où on les conserve clans une salle du musée San-Nicolo (belle vue du haut du dôme de l'église; j'y suis monté; cela vaut les dix sous versés èsmains du custode). On a donné le nom de ichore à la plus belle rue de la ville, i , Ile qui s'élève en pente douce, très longue, rayant la cité d'un trait droit, dans l'axe de l'Etna. Là-haut, en dehors de la , orte, elle va buter contre un mamelon forp;iT le- laves et s'infléchit à gauche ! i ur devenir la route de Nicolosi. Quant à Bellini, ce garçon de génie, mort si prématurémenl neitoyens l'ont comblé en

lui dédiant, outre la sépulture du musée, une ade publique d'où l'on jouit

et un beau monument

où figure sa statue assise, d'abord, puis, aux quatre faces du piédestal, des personnages symbolisant les quatre œuvres maîtresses : «Xorma», « Sonnambula », « Prrato », « Puritani », et, pour préciser davantage, les thèmes caractéristiques de chacune d'elles proprement gravés sur le marbre. Le compte de Bellini, à Catane, est ce qui s'appelle un compte réglé ; sa ville natale s'est largement acquittée de la dette qu'elle avait contractée envers lui en lui donnant le jour.

La petite promenade obligatoire à Xicolosi, avec l'ascension pour rire des monts Rossi, les deux protubérances jumelles qui poussèrent, il y a une couple de siècles, à proximité du village, commençait à devenir affreusement banale. Le Syndicat d'initiative de l'Etna (en belge: Etna-Attractions) se devait à lui-même de trouver autre chose ; c'est pourquoi, il y a quelques années, on s'est mis à construire le Circum-Etna, une voie ferrée qui circule au flanc du massif et l'environne d'une véritable ceinture. Jusqu'à Giarre, le long de la côte, la ligne se confond avec celle de Messine. A Giarre, commence la voie circulaire proprement dite, qui s'infléchit au nord pour revenir à Catane par l'ouest.

J'ignore si l'entreprise est profitable, en d'autres termes si les actionnaires ont à s'en louer. Je ne le crois pas ; les apparences semblent indiquer le contraire. Ce qui est certain, c'est que les touristes trouvent grand bénéfice à cet admirable trajet de cent qua-

rante kilomètres, qui leur montre tous les aspects de la montagne et les traces des nombreux cataclysmes qui s'y succédèrent.

Nous fîmes le trajet à rebours, c'est-à-dire qu<> nous partîmes de Catane du côté ouest, par Misterbianco, Paterno, Biancavilla, Bronte, Randazzo, pour revenir du côté de la m^r.

A Bronte, la voie atteint sa plus grande

altitude, par une série de crochets à travers

les laves résultant des coulées de 1 65 1 et de

z. C'est aussi le point le plus rapproché

de la cime de l'Etna. Au delà, on descend

Randazzo. Des tables y étaient dresà notre intention dans le hall aux marchandises de la gare, et, au dessert, l'ancien député Colocci nous harangua avec unichaleur et une grandiloquence toutes méridionales, saluant en nous les représentante de la Science, débarqués aux rivages siciliens un siècle après que les soldats de Bonaparte, "n route pour l'Egypte, y avaient fait retentir le premier cri de libi

les deux cents et quelques personnes dont se composait l'assistance, nous pouvi bi<n être une douzaine à qui leur éducation permettait d'apprécier l'intérêt du voyage au point de vue indiqué par l'orateur.

propos cnt.-ndu- depuis le départ suffisaient d'ailleurs à établir 1 ni le niveau

Qtifique de notre réunion, ei Le pi •■ que nous allions faire faire à la d.ins . .•-, pai . .ut le moud : a pa

depuis les compagnon- d'Ulysse jusqu'aux le Cheapside rencontrés l'autre

jour à Païenne, sous la conduite d'une agence Cook, — ce progrès pouvait être envisagé avec modestie. Nous baissâmes les yeux. Une dame de province, à mes côtés, murmura : « Il paraît bien aimable, ce monsieur. » Mais l'ancien député ayant eu le malheur d'avancer que la science était plus grande encore que la nationalité, ne connaissant ni frontières ni différences de races, cette parole imprudente fut vivement relevée par le nationaliste situé en face de moi ; il ronchonnait: «Nous attendions ça!... Le voilà, le refrain que nous connaissons !... » Le voisin de droite, agacé, lui cria dans le tuyau de l'oreille : « Vive la Commune ! », tandis que celui de gauche se plaignait au garçon de n'avoir pas eu de salade de museau.

Cependant, l'ex-député terminait sa harangue par une allusion politique d'une extrême limpidité, en protestant contre l'invasion des barbares du Nord sur le littoral méditerranéen et en invoquant l'union latine pour le maintien des populations autochtones sut ces rivages illustres. En finissant, il nous traita de « frères », et des bravos enthousiastes répondirent à ce cri du cœur. On avait retrouvé un reste de salade, que le garçon apportait.

Randazzo a ceci de particulier qu'il réussit toujours — bien que plus rapproché du cratère de l'Etna que toutes les autres localités du massif (quinze kilomètres) — à éviter la destruction totale ou partielle réservée périodiquement à ces aventurières.

Aussi garde-t-il une précieuse physionomie médiévale, des maisons du XIVe et du XVe siècle, une cathédrale normande, un vénérable édifice — entre autres — de style aragonais, qui fut palais ducal et sert aujourd'hui de piisnn, un passage à arcades vales dont la première est surmontée d'une délicieuse fenêtre géminée.

Les végétations pariétaires mettent du renouveau sur ces vieux murs. Aux alentours, le paysage se déroule avec une ampleur très (mouvante : d'un côté, le majestueux Etna ; de l'autre, la chaîne des monts Nebrod l'horizon lointain, au delà d'un panarama montagneux où d'anciens bourgs couronnant des sommets rissolent au soleil, témoins perînts d'une époque où la vie sociale nécesit le groupement sur des lieux élevés, d'accès difficile, de défense ais

liais c'est à Taormine que l'on trouve à - n maximum d'intensité le charme grandiose des paysages siciliens. Le tableau qui s'offre aux regards, du haut du thi antique, est un des plus réputés qui soient, n'a certes point volé sa réputation.

Le perrichonisme outrantier dont il i proie, en raison même de sa magnificence notoire, n'a pas réussi à le banaliser. Le culte que lui ont voué les bourkr< "i-, des deux mondes, par l'intermédiaire des ageno laissé indemne, inaltérable, la beauté supérieure (jui s'en dégage, cette beauté sireine, triomphante, résultant de la < ombinaison de nents susceptibles de ravir les )iuï « t l'esprit.

Elle a résisté à l'épouvantable admiration des bandes de voyageurs à prix réduits, à la répugnante vulgarisation que lui ont infligée, que lui infligent encore tous les jours les hordes de rapins et de photographes employés à la fabrication des « souvenirs d'Italie » à l'usage des familles.

Rien ne peut prévaloir contre elle. L'Etna lui-même, qui concourt pour une large part à la splendeur de ce tableau unique au monde, reste éternellement impuissant à lui apporter la moindre tare ; le site de Taormine est hors des atteintes du monstre ; la merveilleuse terrasse, dominée par le roc de Mola, qu'il occupe devant la mer où se lève le soleil, est située au point voulu pour que la montagne si redoutable à d'autres ne joue pour lui qu'un rôle purement décoratif.

Après cette vision, je ne me sens plus le désir d'en noter d'autres. Les grands quais de Messine et son diadème de hauteurs, avec les cimes calabraises en face, le roc de Scylla, même le délicieux golfe de Salerne, où l'on nous fit repasser, se contenteront d'une simple mention.

Pourtant, les temples de Pcestum rougeoyants sous la lumière oblique, dans la sévérité du paysage, n'offraient point un spectacle banal, — et la corniche d'Amalfi, dévoilant une nouvelle féerie à chaque ressaut de la côte, mérite d'être signalée tout spécialement à l'attention du voyageur. Mais on ne m'a pas attendu pour accomplir cette formalité.

La... dynamite à Gand

Juillet IQ02.

La Ville de Gand vient d'être à son tour le théâtre d'un attentat* anarchiste. Celui-ci, heureusement, n'a point eu de suites fâcheuses : la bombe n'a pas éclaté, et pour cause : on pourrait même dire qu'elle • plutôt faite pour porter veine que malheur. .M .us n'anticipons point. L'histoire fut contée en des feuilles graves. Résumons-la :

i 'était pendant l'horreur d'une profonde nuit. Le facteur Hanssens, passant dan petite rue Saint-Bavon, avisa une boîte en fer-blanc, qu'une main, naturellement □

use, avait déposée au seuil d'une fenêtres de l'évêché. 11 s'approcha et vit que la boîte était munie d'un tube à mè< lie.

iquement, il saisit l'engin et le porta au poste de police de l'hôtel-de-ville. petite boite de fer-blanc, qui continuait, malgarder une attitude pi

y resta bien sage jusqu'au matin, OÙ nreni l.i visiter, ave momial habituel. Le parquet, (l'a sous les espères du juge d'instruction, du procure ui et du grelï livrèrent à un examen ttdi sur '

les détails nous manquent, mais que Ton peut supposer n'avoir point été accompli de tiop près (dame ! mettez-vous à leur place), et à la suite duquel il fut décidé que la boîte serait ouverte par un spécialiste. Il est toujours préférable, en effet, de confier pareille besogne aux gens dont c'est le métier.

En conséquence, le commandant de la place fut requis de charger de ce soin un officier compétent.

Un lieutenant d'artillerie, commis à cet effet, procéda à un examen sommaire et demanda qu'on lui adjoignit un chimiste, pour le détail. Le parquet désigna le directeur du laboratoire municipal.

Cela fait, on délibéra. Les uns furent d'avis qu'il fallait immerger la bombe, qui, après un bain de vingt-quatre heures pourrait être examinée sans danger. Le parquet, auquel s'était joint M. le procureur général, se rallia à cette opinion, et l'on fit mander aussitôt le commandant des sapeurs-pompiers. Celui-ci estima que, avant tout, il convenait de transporter l'objet suspect dans un terrain vague ; après quoi, on verrait de quelle façon il conviendrait de l'examiner sans risque ; la meilleure, à son avis, était de lui percer le flanc d'abord, en lui envoyant quelques chevrotines. En conséquence, il offrit de faire transporter la boîte par deux hommes munis de longues perches.

Les autres trouvèrent que l'opération proposée n'était pas sans péril. L'architecte de la Ville fut mandé à son tour. On discuta.

La discussion n'aboutit point à une résolution définitive. Celle-ci fut renvoyée au soir. A six heures, les magistrats, qui avaient poursuivi leur délibération, se décidèrent pour la solution proposée par le commandant des pompiers : le transport de la bombe dans un endroit écarté. Ce fut un brigadier de police qui se chargea de l'opération.

F.nfin, la bombe fut déposée au beau milieu de la pelouse du Jardin botanique et te commandant des pompiers se mit à lui tirer des coups de fusil. Au huitième coup, la boîte, atteinte en plein cœur, laissait échapper « une matière brunâtre ».

Par prudence, on attendit encore quelques minutes, puis voyant qu'aucune explosion ne se produisait, les magistrats s'approchèrent pour reconnaître la dite c matière brunâtre », et quand ils eurent le nez dessus, le demi -r doute s'envola : La bombe était pleine... d'une farce qu'un dynamitard fantai avait faite aux autorités gantoises.

Alors, la raison pour laquelle l'explosii n n'avait pas eu lieu fut expliquée.

Le lendemain, je rencontrai te dynamitard gantois dans la gare d'Alost. Je lui dis :

— Eh bien nous avons voulu faire sauter hé de Gand avec de la...

Il m'interrompit (à temps) :

— Parfaitement. C'est ton .ent ces sales ratichons.

— Je n'y contredis pmnt, repris-je, mais c'est tout de même une d; • et peu pratique au point de vue du

— Du résultat : ' ' ..

Mon homme se gondolait. Il poursuivit :

— Alors, vous trouvez que le résultat n'a pas été chouette, vous ? Qu'est-ce qu'il vous faut ? On ne pouvait pourtant pas rappeler Louis XVIII dans les carrosses du sacre pour assister à la cérémonie du Jardin botanique... Non, mais vous figurez-vous ça : les autorités réunies, la magistrature, l'armée, le clergé, les pompiers, la police, le peuple rassemblé, haletant, les huit coups de fusil résonnant dans le silence solennel... On aurait entendu voler une mouche...

— A miel...

— A miel, comme vous dites très élégamment... Et puis, paf ! Dans le mille et... le pot aux roses. Puis les gueules!... Bon sang de bon Dieu, que ça devait être rigolo!... Et vous trouvez que ce ne fut pas là un joli résultat?... Mais moi, l'auteur, j'en suis bleu, je ne m'attendais guère à cette veine, je n'arrête pas de rire depuis hier, je me tords tout le temps. Ah ! je puis dire que j'ai fait mes frais. C'est un plaisir de travailler à Gand !

— Si vous le prenez comme cela, dis-je, il me serait difficile de ne point partager votre sentiment et même votre joie. Mais comment, diable, cette idée vous est-elle venue?

— C'est bien simple : ça tient de famille.

— Ma mère a été bonne à tout faire chez un petit-neveu du général Cambronne (ici, le type mit la main à sa casquette et esquissa un salut militaire). Alors, vous comprenez...

— L'atavisme, quoi?

— mi —

— Vous l'avez dit.

Là-dessus, le brave dynamitard me tendit sa main — que je n'osai pas refuser : Le < r d'interviewer a ses exigences, quelquefois pénibles.

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