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Saint-Jean-des-Ermites, dont la ruine exquise s'euveloppe du charme naturel des verdures et des fleurs et, là-bas, sur le coteau voisin, la grande basilique et le cloître fastueux de Monreale, dont les splendeurs s'érigent en face d'un paysage incomparable. On les retrouve encore à la Zisa, à la Cuba, derniers vestiges des châteaux dont les princes normands avaient parsemé la Conque d'Or, le site enchanté de Palerme, arrondi dans la courbe de ses montagnes et formant un immense amphithéâtre tourné vers la mer. Le Palais-Royal lui-même, transformé de siècle •en siècle, a gardé intactes, parmi les constructions hybrides d'où résulte sa forme actuelle, non seulement la merveilleuse chaj>elle gréco-arabe, joyau artistique de la cité, mais encore la salle dite de Roger et qui lui est contemporaine.
L'ensemble de ces monuments, les uns ru; nés, ou défigurés, ou laissés à l'abandon, les autres constamment préservés et restaup -, témoigne .1 DOS yeux de l'admirable résultat que de simples aventuriers normand>, conquérants de la Sicile il y a près de neuf les, surent obtenir par un procédé humain et logique : il consiste à mettre en œuvre toutes les force l respecter Les
mœurs et les traditions existantes, à ne rien imposer par la violence, tout en accueillant du dehors l«'s influences régénératrices, — à créer ainsi une civilisation nouvelle, par la combinaison, naturellement opérée, de les bons éléments anciens et modernes, indi-
C'est ce que fit en Sicile la dynastie malheureusement trop tôt finie des Rogers et des Guillaumes, qui n'étaient pas Normands pour rien. Leurs pères, les madrés aventuriers venus, au XIe siècle, chercher fortune en Italie, avaient compris tout de suite la façon tolérante et conciliatrice dont il fallait agir ; ils n'eurent pas l'imbécile suffisance des Castillans, qui, durant tout le moyenâge, en haine de l'infidèle, s'occupèrent surtout de détruire l'œuvre des Arabes d'abord, des Maures pour finir.
Le grand empereur Frédéric IL héritier par sa mère de cette lignée normande, apporta un nouveau lustre au régime qu'elle avait instauré, c'est-à-dire qu'il le fit briller d'un dernier éclat. Avec lui disparut à jamais ce charmant éclectisme qui, en favorisant l'expansion artistique et la prospérité matérielle, donnait au pays une extraordinaire vitalité. L'absolutisme chagrin, étroit, persécuteur, apporté par l'élément latin dans cette aimable civilisation où l'Orient ensoleillé tenait tant de place, prit bientôt le dessus.
La Sicile, d'ailleurs, eut les maîtres que l'on sait, après les Hohenstaufen : Angevins, Aragonais, Espagnols, jusqu'à cette pourriture bourbonnienne dont le joyeux Bomba fut l'avant-dernière fleur et à laquelle Garibaldi, débarqué avec ses Mille en 1860, donna le coup de balai sur le plateau de Calatafimi.
Au trésor de la cathédrale de Palerme, on nous a ouvert une armoire blindée où est
«, Dservée la coiffure d*apparat de cette Cons- -• héritier.- des rois normands éric II. La parure fut retrouvée intacte dans le tombeau de la personne, ouvert au XVI* siècle. C'est une tiare trice byzantine. Elle moule la forme de la tête, est ornée de cabochons, et des leloques triangulaires en descendent à fauche- Nous avons vu cela sur la tête de Sarah Bernhardt. La tiare oV Théodora, figurée dans la mosaïque célèbre Saint-Vitale, à Ravenne, est plus ample et plus lourde; mais c'est la même coiffure, en somme.
Cela et bien d'autres parures du temps — il en existe divers spécimens à Vienne, dans collections de la maison impériale — nous révèlent le byzantinisme du costume à la cour des rois normands. Mais ce byzantinisme était partout; les murs de la cha Palatine, de la Martorana, de l'église de ireale, et en dehors de Palerme, de la . ..thédrale de Cefalu — pour ne citer que spécimens les plus notoires, — ces murs, ;itcnt un vaste et curieux chapitre de l'histoire de la mosaïque byzantine, à Ravenne, au baptistère, au t- mbeau de Galla Placidia, à Saint-Vitale, I i t-Apolltnaire-m-Classe, à Saint-Apollinaire !<--N<ut, — continuée a Torcello ■
•yzantinisme beureu-
Minent combine avec la fantaisie arabe, sert fréquemment a n
turales empruntées à l'Occident hitin. Les \. rmao ave* le ni ' un'r
ces choses qui semblaient ne point devoir s'accorder ensemble et de leur faire faire très bon ménage, ainsi que le témoignent encore les monuments susdits. Et, pour cela, ils n'eurent qu'à laisser l'art sicilien se développer librement selon ses traditions et ses tendances, en profitant des influences que la fortune lui apportait.
Le Musée occupe un local à souhait : non point un de ces bâtiments tout flambants neufs, que notre époque édifie exprès pour abriter les collections publiques et qui possèdent, si vous voulez, — et si l'architecte s'est montré à la hauteur de sa tâche, — le mérite de l'édifice rigoureusement approprié à sa destination.
Mais combien je préfère, pour y rassembler les vénérables débris du passé, des locaux qui, ayant un passé eux-mêmes, en prennent du caractère et de la physionomie ! Je ne me figure pas, à Florence, le musée de Saint-Marc ailleurs qu'en son milieu suggestif, le couvent du XVe siècle, décoré par Fra Bartolomeo et où vécut Savonarole. Celui de Païenne n'a pas cette illustration ; il date du XVIIe seulement ; c'est l'ancien couvent des Filippins, contigu à l'église de l'OlivelIa. Mais tel qu'il est, il remplit les conditions du vieux cadre séant aux choses qui ont une histoire. Ses deux cours, qui étaient les cloîtres, environnées de portiques en arcades pleines d'air et de lumière, se parent délicieusement de verdure et de fleurs ; les rosiers grimpants s'y accrochent aux architectures ; d'autres végétations lé-
gères s'enroulent aux colonnes, retombent en lianes des corniches et des balcons ajourés. Cependant, le jet d'eau qui s'échappe de la conque d'un triton fait un doux clapotis dans sa vasque de marbre parmi les herbes aquatiques. Et les choses mortes, réunies dans cette paix que la nature anime encore de son charme vivace, font songer aux âmes heureuses dans les Champs-Elysées.
Aux étages, où les longs couloirs se déroulent, les fenêtres ouvertes sur des jardins montrent, dans la clarté du jour, des bosquets de citronniers aux fruits d'or et de larges dômes de pins parasols dont l'azur profond du ciel accuse violemment les silhouettes.
Les salles de la haute antiquité sont làbas, au fond de la seconde cour, où des eucalyptus laissent pendre mélancoliquement leurs chevelures, où des papyrus syracusains, au centre du préau, dressent leurs houppes que nul souffle n'agite sur l'eau immobile, symbolisant une Aréthuse endormie.
La salle dite de Sélinonte contient, entre autres les célèbres métopes découvertes dans les ruine- des temples dont nous ■ rons dans la suite du I intégral
« tïnndrement. On sait — et si l'on ne sait pas, il suffit, jxiur savoir, de consulter n'importe quel «uide de l'Italie du Sud, — que
rïérents, bien qu'..
rappra béa l'un de l'autre, constituent documents les plus préxieux puur l'étude
de l'évolution sculpturale chez les Grecs. Les trois premières (le quadrige présenté de face, — ' Persée décapitant Méduse et, du même coupj donnant naissance à Pégase, sous les yeux de Minerve, — Hercule emportant les Cercopes), trouvées parmi les restes d'un sanctuaire contemporain de la fondation de Sélinonte, à la fin du VIIe siècle, représentent l'enfance de l'art dorien, qui se révèle néanmoins sous une grossière naïveté et une maladresse de facture terriblement bouffonne. A un siècle d'intervalle, ces formidables caricatures auront fait place à des œuvres d'un art déjà admirable et qui, après une soixantaine d'années encore, donnera son expression parfaite dans les métopes du Parthénon.
L'épisode lapidaire d'Hercule et des Cercopes m'intéressait particulièrement, à cause du récit de M. Bergeret à son élève, M. Goubin :
« Ayant surpris un jour (ainsi parle M. Bergeret) le mélampyge endormi sur la mousse au bord d'un ruisseau: les deux frères Cercopes se glissèrent jusqu'à lui pour lui voler sa massue et sa peau de lion. Mais le héros, réveillé soudain, les empoigna, les attacha par les pieds à une branche d'arbre et, les portant sur son dos, poursuivit son chemin. Les Cercopes n'étaient pas à leur aise, sans doute, ni bien rassurés sur leur sort. Mais comme ils avaient le corps souple et l'âme légère, et que tout leur était distraction, ils s'amusèrent à ce qu'ils voyaient. C'était précisément l'endroit par lequel le
héros avait mérité le nom de mélampyge... Et tous deux, tandis qu'ils pendaient comme des chevreuils à l'épieu d'un chasseur, chuchotaient : Mélampyge, mélampyge », un rire moqueur, semblable au cri d huppe dans les bois. »
Lorsque j'étais enfant, nous avions aussi, dans mon village, une personne qui avait mérité ce surnom, lequel, traduit du grec en patois wallon, se dit, sauf votre respect, t neur cou ». Cette personne n'avait rien d'Hercule. C'était une vieille drôlesse qu'on trouvait accroupie sur les talus, dans les chemins creux. Et les polissons la poursuivaient de l'épithète gracieuse que je viens de dire, exactement comme les Cen firent au fils d'Alcmène. Cependant, il n'arriva jamais à la vieille femme d'emp' aucun de nous sur ses épaules.
Après ça, on dira encore que l'histoire ne se répète pas... Mais quel progrès, depuile ciseau du tailleur de pierres sélinontain jusqu'à la plume d'Anatole France, p exprimer la modeste aventure d'Hercule et des Cercopes !...
Le théâtre de Palerme est une <!<■- gran scènes de l'Italie. Il est neuf. On 1 nait de loin à sa haute rotonde saillant toitures environnantes, aux confina de la vieille ville et des quartiers v veloppés vers l'ouest — selon la loi mode:
là, on donnait « Rigoletto ». Nous entrâmes. Le troisir;
Une ' plus nous eûmes 1 occasion
reconnaître la nécessité de représenter les oeuvres dans leur forme et leur allure originales, l'inanité des traductions et la sottise des interprétations dont on change le caractère, en les changeant de scène. Les ouvrages d'une valeur secondaire comme « Rigoletto »» à peu près insupportables sur nos théâtres transalpins, reprennent un réel intérêt dans leur pays d'origine. Toutefois, le troisième acte fini, nous n'insistâmes point, l'attraction du dehors étant la plus forte.
En effet, jamais nuit printanière ne fut plus sereine et plus douce. La voûte du ciel avait une splendeur inaccoutumée, et la lune, en son plein, brillait d'un incomparable éclat. L'atmosphère s'imprégnait de senteurs exquises, émanant des jardins en fleurs. Et l'on éprouvait la plus enviable sensation rien qu'à déambuler dans ces rues de Palerme, rendues au calme et au silence, et où l'ombre des édifices tranchait sur la blancheur lunaire.
Le bateau ne levait l'ancre qu'à l'aurore. Nous pûmes nous attarder longuement...
Sélinonte.
Oh ! pas Selinous, je vous prie. Cette finale en onte éclate dans l'air sonore avec une superbe redondance, comme une fanfare de trompette. L'autre, en ous, tombe tout plat, sans écho, étouffée dans un trou. -Hou ! hou !
Sans doute, il s'agit tout bêtement de l'ache, — que nous appelons persil et qui, répandue abondamment aux alentours, donna
son nom à la cite antique: en ne consultant que cette origine, on est porté à rendre au vocable une allure plutôt modeste. Mais à quoi bon ? Pourquoi changer ce que la langue française nous transmit? Elle nous donna Sélinonte, qui est charmant et vainqueur. Gardons-le. Oui, je sais: l'usage, introduit naguère par l'illustre Leconte de Lisle (je l'ai connu: il ne savait pas le grec), de ramener à la forme hellénique originelle les noms propres que le français s'était approen les modifiant selon son génie particulier... Eh bien, quoi? II est absurde, cet usage, — et son absurdité est assez démontrée par la phrase même que je viens d'écrire.
C'est ainsi que, sous couleur de remettre les choses à leur place, on laisse entamer la langue et les barbares reprendre pied tout doucement sur le terrain gaulois, d'où ancêtres les avaient chas- N jrons
Canterbury, Braunschweig, Regensburg, Gotebor reparaître couramment ; ceux qui vent — en français — ces nom? de villes ne savent même plus qu'il î'aKit des loc.t dé-ignées par leurs pères sous les noms de Cantorbéry, Brunswick, Ratisbonne, Gothembourg. Thionvillc, depuis la conquête, tend effacer devant Diedenhofen. Je connais de? plumitifs qui transcrivent ingénument : «Firenze»; on les étonnerait en leur apprenant que rY-t de Florence qu'il? parlent... flamingants belges trouveraient tout naturel qui- Gand, Bruge?, Anvers fut
rayés du dictionnaire français et remplacés logiquement par Gent, Brugge, Antwerpen.
Quant aux Anglais, ils ne veulent rien savoir de la ville que l'impertinence française se permet d'appeler Londres.
Restons impertinents et igardons un précieux illogisme !
Sélimonte apparaît sur la plaine morne, devant cette mer d'Afrique où passent les souffles brûlants et qui n'a point les douceurs de la mer d'Ionie.
Teque datis linquo ventis, palmosa Selinus.
Sélinonte aux palmiers ! Le pieux Enée a-t-il eu la berlue, dans cette vision rapide, tandis que le vent l'emportait, au long des rivages, vers les rochers de Lilybée ? Ou l'image entrevue était-elle réelle ? Ce qui est certain, c'est qu'il n'est pas du tout question de palmiers, aujourd'hui, à Sélinonte. Ah ! les palmiers sont coupés. Nous n'irons plus au bois. La nature s'est faite désolée autour de la cité morte; elle a pris sa part de deuil,
— et cela depuis si longtemps que sa physionomie présente paraît être sa physionomie propre, essentielle, éternelle; il est difficile de croire qu'il n'en ait jamais eu d'autre. Vous me direz qu'en un laps comme celui qui sépare notre temps de celui d'Enée,
— tout arrive. Je n'y contredis point... Mais où est Sélinonte la palmeuse?...
La «mer d'Afrique», par parenthèse, qui s'étale devant cette côte chagrine, emplit une lange fosse creusée un jour entre Tunis
et la Sicile, par raffai,scment du sol qui formait, à cet endroit, un isthme reliant entre eux le? continents d'Afrique et d'Europe, isthme dont la Sicile actuelle est un reste notable (elle acheva de s'isoler de l'autre côté un peu plus tard, par la fracture d'où résulta le détruit de .Messine).
Ce petit incident se passa d'ailleurs sans témoins de l'espèce humaine; aussi manquons-nous de détails historiques à son -ujet. Il date de la fin de l'âge tertiaire, époque à laquelle le nommé Jéhovah n'avait pas encore donné suite à son astucieux projet de
■ do- hommes. En ce temps-là, — d'à les témoignages les plus dignes de foi, — Jéhovah n'avait guère fabriqué que d'invraisemblables mammi-fères, d'extravagants saurions des vertébrés mal fichus, — et surtout des mollusques. Cette dernière fabrical continue.
Sélinontc, dis-je, apparaît sur la plaine. Et cette apparition ne ressemble à aucune autre. Car les grands sièges de ruines ses en Sicile par la civilisation hellénique — Ségeste, Sélinonte, Agrigentc, -v Taormine — ont des aspi et des caractères particu! ■ montre point, comme Ségeste, des silhou. de ruiii' debout, disposées entre
des lignes de paysage montagneux:
sente ,'i la façon d'un < H.im étalé au bord de la mer et où s'amoncellent
ements blanchis»! accessoire ob de tout bataille qui a d
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Ossements ériormes, par exemple, et qui semblent raconter une lutte titanesque, un combat formidable, prolongé, entre des forces surhumaines, analogues à celles qui mirent Pélion sur Ossa. Ce sont les restes de ses temples (il y en avait huit), écroulés comme des châteaux de cartes, épars sur le sol nu, et, dans l'abandon et la tristesse qui les enveloppe, offrant des aspects étranges, superbement chaotiques.
Or, il y a là, tout naturellement, un effet de tremblement de terre survenu au moyenâge, alors que Sélinonte n'était plus depuis longtemps. Mais ses temples, désertés et ruinés, se dressaient encore, témoins d'un passé presque stupéfiant.
Ce passé est lointain et la période qu'il embrasse fut courte. Des gens de Megara- Hybléa, l'une des premières colonies grecques établies aux rives de Sicile, sept cent et quelques années avant notre ère, s'en allèrent, au siècle suivant^ fonder une succursale plus loin vers l'occident, sur la côte voisine de Ségeste. Ce fut ce voisinage qui valut à Sélinonte une fin désastreuse, après deux bons siècles, guère plus, d'une existence dont la prospérité nous étonne encore par les vestiges qu'elle a laissés. En 40g, tout juste dans la deux-cent-vingtième année de son âge, elle périt, voici comment : Les Carthaginois, appelés par ces intrigants de Ségestains, débarquèrent en nombre formidable sur la plage où se trouve aujourd'hui le petit port de Mazzara (c'est également là que nous débarquâmes ces jours derniers
— sans comparaison). Alors commença un de ces sièges dits ((héroïques», dont tous les âges de l'histoire, depuis le siège de Troie, ont fourni des exemples. Ce n'est pas que Sélinonte ait tenu longtemps : douze jours. Mais, les remparts forcés, la résistance s'organisa désespérément dans les rue», les maisons, les temples. Les masses puniques ruées à l'assaut et entrées par la brèche eurent à conquérir ainsi la ville entière, dont les habitants se défendaient pied à pied. Ce fut une tuerie énorme et une grande destruction, suivies, selon les us, d'un pillage soigné et d'une razzia des vaincus survivants, qu'on envoya peupler les ergastules de Carthage.
Et Sélinonte ne se releva plus; j'entends qu'elle ne recouvra jamais sa splendeur. De nouveaux colons, venus de Syracuse, essayèrent bien de restaurer ses ruines et -^faire ses défenses; les témoignage-; recette entreprise se reconnaissent mêlés aux débris plus ancien-, au pourtour de son enceinte. Finalement, la première guerre punique lui amena un retour offensif de Carthaginois qui complétèrent l'œuvre de leurs an . achevant de ruiner la
malheureuse ville. On la retrouve à 1 que romaine irrasine,
un état de déchéance qui apparaît d'autant plus lamentable qu'il révèle plus de magni- ' de grandeur passées. Les premiers ermiti-, y niellèrent BOrdidement, entre les colonnes ncore debout, appor-
te de
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dérisoire, outrageante pour les dieux proscrits, qui était la manifestation du culte nouveau, et Roger II, le grand comte de Sicile, en délogea les Sarrasins qui s'y étaient retranchés.
Un dernier cataclysme, digne épilogue de cette longue misère, était réservé à ces monuments. Une convulsion du sol le leur apporta: elle les coucha par terre, en un total et définitif écroulement, comme si la mère Nature n'avait plus rien eu d'autre à faire pour eux, après tant d'injures subies de la part du temps et des hommes. On ignore à quelle date précise leur échut cette suprême infortune. Ce jour-là, le vieil Encelade, sommeillant sous l'Etna qui l'opprime, avait dû faire, en changeant de côté, un mouvement un peu plus brusque que d'habitude. La commotion qui en résulta se fit surtout sentir aux rives désertes de Sélinonte. Ainsi, la catastrophe n'eut pas de témoins.
Depuis lors, le vent du désert, traversant l'étendue marine, apporte à ces restes un linceul de sables lentement accumulés et qui auraient fini par les ensevelir, dessinant des monticules aux endroits où ils gisent, si notre époque avait gardé pour les monuments du passé l'indifférence de ses devancières. SéJinonte fut pour ainsi dire découverte en 1822. Il était temps!
A partir de cette date, on a autant que possible entretenu les ruines dans un état propre à faciliter les études des archéologues et à mériter la visite des touristes. Une mai-
de gardien s'élève tout juste à l'en ancienne acropole, qui formait une avani • vers l'ouest, au-dessus de la grève marine, et dont un fragment de rempart, en soutènement, subsiste encore, et des cultures ndent aujourd'hui sur cette campagne ngtemps en friche. Mais elle n'en est guère plus peuplée: ceux qui la cultivent viennent, d'ailleurs, le matin, et s'en retournent le soir; ils ne sont point attachés au sol, (jui a d'autres propriétaires. On n'ignore lue c'est là une des plaies de la Sicile: ;urale restée aux mains de citadins oisifs; le paysan simple fermier, s'en allant loin de sa demeure cultiver le lopin de terre qu'on lui loue et perdant chaque jour une certaine somme de temps et de force en d'os courses aussi longues que fatigantes. Ce régime fleurit même dans les villes: Castelvetrano, la bourgade la plus voisine, est tout entier la propriété de nobles rmitains, les Monteleone ; les habitants ne sont que des locataires; il est vrai que Us baux se transmettent par héritage.
Sélinonte comprend deux sièges de ruines, liés par une dépression m. : à
un plateau ras, avec les restes de trois ;t l'ouest, la rit.' proprement dite, l'acropole, avec les débris des cinq autres temples et do- ruines de diverses époques. Plus loin, en allant toujoui -in> <hi
i-dclà du fleuve Modione, l'antique on trouve nv ore un- temple, le egaron de Démétem — autrement dit le — et une nécropole.
Les archéologues qui étudièrent les nombreux édifices sacrés réunis en ces parages déserts et longtemps ignorés, ne sachant à quels dieux les vouer, prirent le parti de les numéroter ou plutôt de les désigner chacun par une lettre. Opération simple et commode, qui présentait l'avantage de supprimer tout effort inutile de l'imagination, faculté négligeable. Elle nous a valu ces désignations délicieusement poétiques et d'une émouvante suggestivité : Temples A, B, C, D, E, F, G, O.
Mais à quoi bon nous inquiéter de rendre à chacun de ces monuments d'un âge très écoulé, qu'une catastrophe naturelle a réunis dans un commun désastre, son patron d'autrefois ? Ces antiques consécrations sont oubliées ; la « nuit des temps » les a prises ; qu'elle les garde, je n'y vois point d'inconvénient.
Je concède que les majuscules sont fâcheuses. Mais les dieux ont passé avec les hommes qui les vénéraient (il en a été, il en sera toujours ainsi après une certaine période dont la durée n'est pas en question). Des uns et des autres, il ne resterait rien qu'un souvenir vague sans ces colosses effondrés, qui gardent encore de quoi faire revivre en notre esprit l'époque qu'ils représentent. Contentons-nous de cette puissante suggestion et respectons le mystère où les dieux sont rentrés ! Il faut toujours respecter le mystère des dieux. L'ambiance où leurs souvenirs se retrouvent imprécis, indistincts, confondus, suffit à mes méditations et je