‹ Jean Dacier; drame en cinq actes, en versChapitre 11 sur 88 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

— Il sait qu'ici, du moins, quoi qu'on fasse, il lui reste Des amis, des sujets dévoués.

LE COMTE

Je l'atteste !

Mes paysans ont su conserver sous mes yeux Le respect de leur maître et la foi des aïeux. C'est sur eux, sur leurs bras dévoués, que je compte. Ils se lèveront tous à l'appel de leur comte. Et notre roi n'aura, dans les futurs combats. Plus fidèles sujets ni plus braves soldats. Ne craignez pas, d'ailleurs, que leurs mains inhabiles Ne sachent envoyer que des coups inutiles : J'ai trop souvent fermé les yeux sur leurs exploits Pour ignorer s'ils sont des braconniers adroits.

— Mais toi, parle. J'ai soif, j'ai besoin de nouvelles I Parle-moi de Paris ! parle-moi des rebelles ! Dis-moi quelle est leur crainte, et quel est leur espoir, Ce qu'ils peuvent en fait, ce qu'ils pensent pouvoir.

RAOIL.

Un suprême combat : voilà leur espérance.

Ils viennent de jeter un appel à la France.

Partout, offrant à tous leur mort à partager,

On les voit proclamer la patrie en danger.

Dans tout Paris, tambours en tête, lents et graves

Ils ont fait un appel suprême à tous les braves,

Et mêlé la rumeur du peuple soulevé

Au bruit sourd des canons roulant sur le pavé.

La ville a tressailli d'un souffle militaire.

J'ai vu les bataillons, comme sortant de terre.

U JEAN DÂCIER.

En une heure debout, rangés, vêtus, armés,

Et d'une ardeur joyeuse et terrible animés.

Si la rébellion doit se voir dominée,

Ce ne sera qu'après une lutte acharnée.

Vous vous rappellerez, j'espère, en attendant,

Que vous n'avez pas, vous, le droit d'être imprudent.

La paix règne chez vous ; mais nul ne peut prétendre

Savoir jusqu'à quel point le combat peut s'étendre.

Votre premier devoir est celui d'un époux :

Emmenez la comtesse, et j'agirai pour vous.

LE COMTE

Fuir 1 Nos aïeux communs, dans toute leur conduite. Ne nous ont pas laissé l'exemple de la fuite.

MAHIE.

Cependant, mon ami...

LE COMTE

Quoi !.. sous ces cheveux blancs.

Je fuirais le péril avec des pas tremblants ! Non ! ce n'est pas ainsi qu'on fait dans nos familles ! De telles lâchetés feraient rougir nos filles. Nous savons accomplir un devoir jusqu'au bout, Et notre ambition, c'est de mourir debout.

RAOUL

Pourtant !..

Ah 1 je sais bien que je ne puis, sans blâme, A de pareils dangers exposer une femme.

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