ACTE PREMIER
(A Marie.)
Il faudra, pour longtemps, vous éloigner de moi. Le sacrifice est grand : je ne le fais qu'au roi.
MARIE
Non ! je ne fuirai pas si le péril existe :
A votre volonté, cette fois, je résiste.
Et, si vous mimposez cette honte de fuir,
Je mettrai mon devoir à vous désobéir.
En quoi diffèrent donc vos filles et les nôtres ?
Celles de nos maisons valent celles des vôtres.
Nos pères, en mourant, ne nous ont pas appris
A regarder la mort avec moins de mépris.
Je reste près de vous : c'est mon droit, c'est ma place ;
Je l'exige et de plus... je le demande en grâce.
Merci
LE COMTE
M-i^RIK.
Vous consentez ?..
Non ! Je ne puis souffrir Que vous m'accompagniez, lorsque je dois mourir. Oh ! ne discutons pas sur ce mot-là, ma chère ! C'est un pressentiment qui ne nous trompe guère ; Et je sais, en donnant le signal des combats, Que j'entre dans la flamme et n'en sortirai pas. Du sort que Dieu me fait je n'ai pas à me plaindre, Si pour votre bonheur je n'ai plus rien à craindre; Et je crois l'assurer pour jamais aujourd'hui, En vous donnant Raoul pour guide et pour appui.
RAOUL
Moil
LE COMTE, à Raoul.
Vous l'aimez, Raoul ! Mais, à l'honneur fidèle, Vous auriez su mourir sans rien espérer d'elle.
(A Marie.)
Et VOUS, qui ne pouvez m'aimer que par devoir, Vous avez su souffrir et ne rien laisser voir ; Je sais que je vous puis confier l'un à l'autre, Vous livrer mon honneur, c'est-à-dire le vôtre, Et que vous attendrez, pour vouloir être heureux, Que je sois dans le ciel pour vous bénir tous deux,
(On entend le tambour aa loin.)